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Intervenant 1 — 00:00
Tu es pas dans des zones où on ne peut pas aller. Je vais là où vous pouvez pas aller et je vais vous montrer des choses que peut-être vous pouvez pas ou vous n'avez pas envie de voir. Moi je vous les montre pour qu'au moins on puisse pas dire, on ne savait pas. Mon appareil photo, il pesait tout d'un coup 2 tonnes. Je n'ai pas pu prendre la La vie n'est pas en noir et blanc, c'est il y plein de gris, il a plein de nuances. C'est pour ça moi d'ailleurs que je ne prends jamais de photos en noir et blanc. Qu'est-ce que tu as ramené dans dans tes valises? En fantôme ou en pépite? On va les 2 pour voir.
Intervenant 2 — 00:26
Bonjour à tous et bienvenue dans tous Wonder, le média qui parle de votre point de bascule.
Intervenant 2 — 00:31
Aujourd'hui, on reçoit Véronique de Vigri. Elle est photographe,
Intervenant 2 — 00:35
journaliste de guerre, baroudeuse.
Intervenant 2 — 00:37
Elle a vécu en Afghanistan, elle a survécu à des situations extrêmement dangereuses comme une attaque dans un cyber café. Elle a parcouru le monde, l'Iran, l'Irak, le Yémen, la Somalie pour raconter,
Intervenant 2 — 00:50
pour témoigner.
Intervenant 2 — 00:51
Tous Wonder,
Intervenant 2 — 00:53
vous retrouvez nos épisodes tous les mardis sur YouTube.
Intervenant 2 — 00:57
Abonnez-vous,
Intervenant 2 — 00:58
cliquez sur la petite cloche pour être informé dès qu'un épisode
Intervenant 2 — 01:01
sort, commentez les vidéos. Et puis vous pouvez aussi nous écouter en podcast sur Spotify,
Intervenant 2 — 01:07
Deezer, Amazon
Intervenant 2 — 01:08
et Apple. Merci à vous et merci aussi à Sumeria,
Intervenant 2 — 01:13
notre sponsor. Sumeria, c'est qui? Bien, c'est la même équipe que Lydia. Vous savez, cette application qui vous permet d'envoyer de l'argent, de partager une note au restaurant ou de participer à un cadeau commun, par exemple. Bien, Sumeria,
Intervenant 2 — 01:25
c'est un compte courant classique avec une carte bancaire classique. C'est un compte courant rémunéré et ça, ça n'existait pas en France. Merci en tout cas à Suméria.
Intervenant 2 — 01:35
Tous Wonder, ça commence maintenant avec Véronique de Vigri, reporter de guerre.
Intervenant 1 — 01:50
Véronique,
Intervenant 1 — 01:51
tu es photographe de guerre, journaliste baroudeuse,
Intervenant 2 — 01:54
je l'ai dit. Ton point de bascule, il est au printemps vers avril 2006, tu vis déjà en Afghanistan
Intervenant 1 — 02:00
et il y a un soir, tu es avec des soldats américains, il va se passer un truc qui pour toi n'est n'a pas été anodin.
Intervenant 1 — 02:07
Non, en fait, oui, ça fait déjà 2 ans que je vis à Kaboul. Déjà dans une des questions qu'on se pose dès le début, ils me demandent d'où je viens. Je dis que j'arrive de Kaboul
Intervenant 1 — 02:17
et il y en a plusieurs qui me demandent où est Kaboul.
Intervenant 1 — 02:20
Donc, c'est quand même le capital de du pays dans lequel ils sont déployés depuis quelques mois déjà. Donc, ils ne savent même pas où ils sont. Ils ne savent même pas où ils sont. Et on dit, en fait, y a beaucoup d'attentes quand on est avec l'armée
Intervenant 1 — 02:32
et donc il y on passe beaucoup de temps à discuter.
Intervenant 1 — 02:35
Ils me racontent un peu d'où ils viennent. Je me rends compte que la plupart déjà sont très jeunes. Enfin, à l'époque aussi jeunes que moi, une vingtaine d'années,
Intervenant 1 — 02:44
qui ne sont pas là par désir ni par idéologie
Intervenant 1 — 02:47
ni rien. La plupart, c'est pour payer leurs études
Intervenant 1 — 02:53
et qui sont là vraiment à contrecoeur
Intervenant 1 — 02:56
et donc aucune envie de connaître
Intervenant 1 — 02:58
cette autre civilisation,
Intervenant 1 — 03:00
cet autre pays.
Intervenant 1 — 03:02
Et
Intervenant 1 — 03:03
à un moment, après un peu plus tard dans la soirée,
Intervenant 1 — 03:07
il y en a un qui me raconte qu'avec une arme lourde, il a réussi à couper son corps en 2 et qu'il a vu les jambes continuer de marcher un peu comme un poulet à qui on coupe la tête. Et là, tout le monde rigole.
Intervenant 1 — 03:24
Tout le monde rigole, mais moi, je suis
Intervenant 1 — 03:26
sidérée,
Intervenant 1 — 03:27
effrayée
Intervenant 1 — 03:28
et je me dis, mais ce n'est pas possible. Enfin, on est, enfin on parle de d'un père, d'un d'un frère, d'un fils, enfin d'un homme quoi, d'un humain.
Intervenant 1 — 03:38
Et apparemment, je suis
Intervenant 1 — 03:40
presque la seule à penser ça.
Intervenant 1 — 03:42
Et donc là, je je me fais la
Intervenant 1 — 03:46
conclusion un peu glaçante, me dire qu'en fait, on est on n'est plus dans la vie réelle, on est dans un, enfin eux en tout cas ils sont dans un jeu vidéo.
Intervenant 1 — 03:55
Et j'avais rencontré
Intervenant 1 — 03:57
des talibans, des combattants talibans
Intervenant 1 — 03:59
du même âge qu'eux, c'est-à-dire
Intervenant 1 — 04:02
je ne vous parle pas des grandes têtes talibans, des petits combattants talibans de 18,
Intervenant 1 — 04:07
20 ans, tout jeune,
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qui n'ont pas vraiment choisi
Intervenant 1 — 04:11
non plus d'épouser l'idéologie talibane. C'est qu'ils sont dans le village, le village est sous contrôle des talibans.
Intervenant 1 — 04:18
Bon, on est recruté quoi, il n'y pas, il n'y a pas son mot à dire.
Intervenant 1 — 04:21
Et ils avaient aussi une vision complètement déshumanisée
Intervenant 1 — 04:26
des soldats
Intervenant 1 — 04:27
américains.
Intervenant 1 — 04:29
Et en fait,
Intervenant 1 — 04:31
je me suis, ça m'a, j'ai eu ce moment dans ma tête où je me suis dit, c'est vraiment
Intervenant 1 — 04:36
con la guerre, parce qu'en fait,
Intervenant 1 — 04:39
dans un autre monde,
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ils auraient pu tous être potes et se retrouver à à jouer justement
Intervenant 1 — 04:45
aux mêmes jeux vidéo, se taper les mêmes délires. En fait, ils sont tous en train de jouer à la guerre. Sauf que c'est la vraie guerre. Tu dis, il n'y a pas de blanc ou noir, c'est souvent une zone grise.
Intervenant 1 — 04:57
Oui, alors là, ça, je me suis rendue compte de plus en plus d'ailleurs dans ma carrière qu'on
Intervenant 1 — 05:03
est
Intervenant 1 — 05:05
noyé, baigné de clichés
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de de noir et blanc où on adore
Intervenant 1 — 05:11
les héros d'un côté, les méchants de l'autre, parce que c'est tellement plus facile
Intervenant 1 — 05:15
pour nos cerveaux de de de de continuer à avancer comme ça en se disant bon, mais ça c'est bon, ça c'est mauvais, là je vais dans le bon chemin, là c'est le bon. Et en fait,
Intervenant 1 — 05:25
fur et à, enfin au fur et à mesure qu'on avance même dans la vie, quand même, on se rend compte que c'est quand même beaucoup plus complexe que ça et que la vie n'est pas en noir et blanc. C'est, il y a plein de gris, il y plein de nuances.
Intervenant 1 — 05:37
C'est pour ça, moi d'ailleurs, que je ne je ne prends jamais de photos en noir et blanc. Ah, c'est pour ça. Je prends des photos en couleur parce que je, déjà on voit la vie en couleur. La vie est complexe comme toute la palette des couleurs qui existe.
Intervenant 1 — 05:51
Et et c'est comme je fais du photo journalisme, je suis censée rendre des informations les plus
Intervenant 1 — 05:58
crédibles, les plus réelles et donc en couleur.
Intervenant 1 — 06:01
Quand tu dis,
Intervenant 1 — 06:03
ce n'est pas noir ou blanc,
Intervenant 1 — 06:05
tu as vécu en Afghanistan,
Intervenant 1 — 06:07
tu as côtoyé les talibans que tu as rencontré en 2006.
Intervenant 1 — 06:10
Est-ce que
Intervenant 1 — 06:11
tu t'es senti parfois je ne sais pas touché par un taliban ou est-ce que tu as pu en trouver un sympa
Intervenant 1 — 06:17
parce qu'on se dit c'est des monstres tu vois. Est-ce que toi avec ton empathie, à un moment tu te dis c'est dingue ces talibans, mais ils sont quand même sympas. En fait, c'est un, la 1re fois où je les ai rencontrés,
Intervenant 1 — 06:30
j'étais avec
Intervenant 1 — 06:31
un autre journaliste et une autre journaliste
Intervenant 1 — 06:34
et on était les premiers à aller les rencontrer, les premiers occidentaux depuis très longtemps.
Intervenant 1 — 06:38
Et franchement, on flippait quoi. On était dans notre,
Intervenant 1 — 06:42
dans notre taxi.
Intervenant 1 — 06:44
La journaliste Claire et moi, on avait la burqa,
Intervenant 1 — 06:47
on se tenait la main.
Intervenant 1 — 06:50
Il faisait une chaleur de bête, un silence
Intervenant 1 — 06:54
de mort. Et quand on a vu les motos des talibans par les fenêtres de la voiture,
Intervenant 1 — 07:00
à nous escorter,
Intervenant 1 — 07:01
nous demander les téléphones portables,
Intervenant 1 — 07:03
On s'est serré la main et on était là, voilà, est-ce qu'on est allé se foutre dans la gueule du loup? Oui ou non? Est-ce qu'on va sortir de cette de cette truc dans lequel on s'est mis volontairement?
Intervenant 1 — 07:13
Parce que Vous auriez pu vous faire enlever. On avait, on a, on est, on ne savait pas trop, on était là. De toute façon, nous, on va rencontrer des gens, des monstres quoi. On va rencontrer des monstres.
Intervenant 1 — 07:24
Et
Intervenant 1 — 07:25
en fait, ce qui est très bizarre et très choquant et qui ne devrait pas l'être, c'est qu'en fait, se retrouve devant quoi, des êtres humains. Ok?
Intervenant 1 — 07:34
Et au début, on est choqué, puis après on se dit, mais en fait, enfin je veux dire, je ne vous apprends rien que ce sont des êtres humains quand même quoi.
Intervenant 1 — 07:42
Et donc comme tout être humain,
Intervenant 1 — 07:45
ils peuvent avoir des côtés qui sont
Intervenant 1 — 07:48
sympathiques, ça ne veut pas dire qu'ils sont sympas.
Intervenant 1 — 07:51
Ce qu'ils font est horrible,
Intervenant 1 — 07:53
mais ça ne les empêche pas d'être
Intervenant 1 — 07:56
d'autre part peut-être,
Intervenant 1 — 07:58
peut-être même un bon père.
Intervenant 1 — 08:00
Qui sait? Peut-être un très bon mari,
Intervenant 1 — 08:03
peut-être un
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mec super drôle qui fait marrer ses camarades.
Intervenant 1 — 08:07
En fait, l'un n'empêche, enfin l'un n'empêche pas l'autre finalement.
Intervenant 1 — 08:11
D'ailleurs, c'est c'est souvent ce qui choque les gens quand on apprend que,
Intervenant 1 — 08:16
je ne sais pas, un meurtrier
Intervenant 1 — 08:19
vivait, était son voisin et souvent les gens, c'est bizarre, c'est que c'était vraiment quelqu'un de normal.
Intervenant 1 — 08:25
Et je pense qu'en fait avec cette espèce de vision
Intervenant 1 — 08:28
dont on a parlé de tout en noir et blanc, on s'imagine
Intervenant 1 — 08:32
que les monstres
Intervenant 1 — 08:34
ou que les gens qui font les choses monstrueuses
Intervenant 1 — 08:36
doivent naître monstre, nés monstre.
Intervenant 1 — 08:40
Mais en fait, non, on peut devenir monstre,
Intervenant 1 — 08:43
mais ne pas être un monstre
Intervenant 1 — 08:46
à à la base quoi. C'est c'est,
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il faut faire une différence entre
Intervenant 1 — 08:52
entre les choses qu'on fait et qui
Intervenant 1 — 08:55
on est, je crois. Il y a aussi des situations un peu cocasses.
Intervenant 1 — 08:59
Il y a une sonnerie de téléphone, je crois, des talibans, fait, c'est Britney Spires. En fait, ils écoutent les mêmes musiques que les soldats américains qui sont en face quoi. Oui, à un moment, je prends les ablutions
Intervenant 1 — 09:10
avant la prière dans la rivière
Intervenant 1 — 09:12
Je suis un peu cachée, il y a 3 jeunes qui sont en train de se
Intervenant 1 — 09:17
faire les ablutions, se laver les pieds et tout. Et à un moment effectivement,
Intervenant 1 — 09:21
sonnerie portable et c'est,
Intervenant 1 — 09:26
C'est improbable,
Intervenant 1 — 09:27
Complètement improbable.
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C'était l'époque,
Intervenant 1 — 09:29
je ne sais pas si toi tu l'as eu, tu es quand même plus jeune, mais où on achetait
Intervenant 1 — 09:35
les sons de ces Bien sûr. De ces portables. Voilà. Donc il avait acheté, il s'était offert
Intervenant 1 — 09:42
cette,
Intervenant 1 — 09:43
ça dit de C'était une sonnerie. Voilà, mais c'est trop marrant et c'est plein de petites choses comme ça qui font que vraiment c'est,
Intervenant 1 — 09:51
c'est les mêmes.
Intervenant 1 — 09:53
Ils ont juste été déformés
Intervenant 1 — 09:55
par la guerre,
Intervenant 1 — 09:56
certains d'un côté et certains de l'autre.
Intervenant 1 — 09:59
Tu as vécu en Afghanistan et ce qui est intéressant, tu as une vision extrêmement précise de la vie, du quotidien des femmes des afghanes.
Intervenant 1 — 10:08
C'est vrai que nous on les imagine
Intervenant 1 — 10:10
et elles le sont évidemment coupées du monde, mais tu as pu les approcher, tu as pu leur parler.
Intervenant 1 — 10:15
Il y a quand même des moments d'évasion, des petits moments.
Intervenant 1 — 10:19
En fait,
Intervenant 1 — 10:21
moi quand je suis arrivée en Afghanistan, donc il y a très longtemps, en 2003,
Intervenant 1 — 10:25
j'avais
Intervenant 1 — 10:26
une vision d'elles comme des femmes très
Intervenant 1 — 10:31
soumises,
Intervenant 1 — 10:32
très silencieuses,
Intervenant 1 — 10:33
drapées sous leur burqa,
Intervenant 1 — 10:35
qui subissaient leur sort sans moufter.
Intervenant 1 — 10:38
Et en 2007,
Intervenant 1 — 10:42
je crois, oui en 2007,
Intervenant 1 — 10:44
je dois faire des des photos dans un commissariat de police, une unité féminine à Kandar. Donc c'est vraiment
Intervenant 1 — 10:51
le, là où sont nés les talibans,
Intervenant 1 — 10:55
hyper conservateurs, hyper traditionalistes.
Intervenant 1 — 10:58
J'arrive dans le commissariat,
Intervenant 1 — 10:59
dans l'unité de policière
Intervenant 1 — 11:02
et là, elles sont toutes en train de rire
Intervenant 1 — 11:05
et en train de fumer des énormes cigarettes.
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Et là, tous mes clichés de la femme soumise
Intervenant 1 — 11:12
qui tombent.
Intervenant 1 — 11:14
Et tant mieux et et depuis en fait je
Intervenant 1 — 11:18
je me dis en fait, c'est complètement stupide de penser que parce qu'elles sont afghanes, elles vont toutes être pareilles. Bien sûr que non.
Intervenant 1 — 11:25
Elles sont des femmes d'abord.
Intervenant 1 — 11:28
Et comme toutes les femmes, il y en a qui sont
Intervenant 1 — 11:31
drôles, il y en a qui sont chiantes, y a qui sont,
Intervenant 1 — 11:34
qui ont tendance à être déprimées, y en a, alors elles sont opprimées
Intervenant 1 — 11:38
clairement,
Intervenant 1 — 11:39
mais elles ne sont pas du tout silencieuses,
Intervenant 1 — 11:42
elles ne sont pas du tout soumises.
Intervenant 1 — 11:44
Il y a plein de femmes hyper fortes, il y a des femmes qui font des trucs incroyables.
Intervenant 1 — 11:49
Encore aujourd'hui, y a des femmes qui ont monté des des réseaux d'écoles
Intervenant 1 — 11:55
clandestines
Intervenant 1 — 11:56
à leur risque et péril pour que les filles continuent. Donc ça existe encore aujourd'hui? Bien sûr, ça existe. Il y eu, il y a eu, il y a encore plein de filles
Intervenant 1 — 12:04
qui,
Intervenant 1 — 12:06
en défiance par rapport aux talibans,
Intervenant 1 — 12:08
se baladent avec le visage non couvert, maquillé et qui regardent les talibans droit dans les yeux. Qu'est-ce qui leur implique quand elles font ça?
Intervenant 1 — 12:16
Elles
Intervenant 1 — 12:18
peuvent se faire,
Intervenant 1 — 12:20
elles peuvent se faire vraiment embêter quoi.
Intervenant 1 — 12:22
Après, je ne sais pas où jusqu'où ça peut aller, mais bon, elles vont se faire clairement, elles vont se faire, elles vont se faire embêter.
Intervenant 1 — 12:30
Embêter, c'est quoi? Enfin, c'est En fait, ça va dépendre, ça va dépendre et elles le savent très bien, ça va dépendre de à qui elles le font ou
Intervenant 1 — 12:39
et tout ça parce que
Intervenant 1 — 12:41
en fait, en Afghanistan,
Intervenant 1 — 12:42
aujourd'hui, elles n'ont le droit de rien du tout. C'est ça. Elles ont le droit de rien. Elles peuvent même plus parler en fait. Elles ont, voilà. Mais en fait, il y a beaucoup de de de de règles
Intervenant 1 — 12:52
qui sont inapplicables.
Intervenant 1 — 12:54
Quel est,
Intervenant 1 — 12:55
comment?
Intervenant 1 — 12:56
Parce que les talibans, ils font quand même, ils sont quand même sortis du ventre de leur mère et ils ont souvent une épouse et ils ont aussi des des des filles ou des soeurs. Donc,
Intervenant 1 — 13:07
ils ont quand même, enfin,
Intervenant 1 — 13:09
ils ont quand même, ils peuvent penser quand même à à des femmes qui Ils ont une forme d'empathie, tu dis? Peut-être pas quand même. Mais ça, en fait, il y a donc il y les règles qui sont émises par des des des grands leaders talibans qui eux, je pense, n'ont aucune empathie envers les femmes. Après, doivent être appliquées par parfois un taliban qui qui peut avoir 19, 20 ans et qui a encore peur de sa mère.
Intervenant 1 — 13:36
Enfin, vous voyez
Intervenant 1 — 13:38
ou ou pas, ou par un taliban qui
Intervenant 1 — 13:42
s'entend très bien avec sa femme. Enfin, je veux dire en fait,
Intervenant 1 — 13:46
il y a encore une fois Il n'y que un cas particulier en fait. On n'est pas dans un truc en noir ou blanc. Tout en noir et blanc. Il y a, tout est un cas particulier.
Intervenant 1 — 13:54
Ce qui a, ce que je sais par contre, c'est qu'il y a des femmes qui font cette résistance un peu de tous les jours. Alors évidemment qu'elles ne pas se montrer à découvert devant un grand chef taliban qui est connu pour les fouetter en public.
Intervenant 1 — 14:09
C'est, ça va être plus, vous voyez. Est-ce qu'il y a encore aujourd'hui des des petites libertés
Intervenant 1 — 14:14
ou des moments d'évasion? Ça existe encore aujourd'hui quand est une femme en Afghanistan?
Intervenant 1 — 14:20
Oui, parce qu'elles sont malignes, donc elle les trouve bien évidemment.
Intervenant 1 — 14:23
Il y a des, il y a des, elles se retrouvent à des mariages, il y a des, il y plein de petites choses qui se font un peu cachées
Intervenant 1 — 14:31
parce que toutes ces règles, de toute façon, elles sont tellement, presque elles n'ont plus le droit de respirer. Donc de toute façon pour vivre,
Intervenant 1 — 14:39
elles sont obligées de de louvoyer et elles y arrivent. Et puis
Intervenant 1 — 14:45
c'est
Intervenant 1 — 14:46
tous ces tous ces
Intervenant 1 — 14:48
ces talibans,
Intervenant 1 — 14:50
toute la nouvelle génération, elle est élevée par des femmes avec des soeurs.
Intervenant 1 — 14:54
Tu as déjà porté la burqa Oui. Évidemment de fois. Mais comment on se sent? C'est ça, comment on se sent? Parce que nous, femmes occidentales, on n'arrive pas à imaginer. Est-ce que tu peux nous décrire, parce que moi, je me suis toujours dit, mais il fait une chaleur de bête en fait. Comment tu te sens derrière ce grillage? Clairement, c'est hyper désagréable.
Intervenant 1 — 15:13
Déjà, on voit très mal et le la chose à laquelle on ne pense pas, c'est qu'il y a vraiment les les le filet qui se prend tout le temps dans les cils. Donc c'est
Intervenant 1 — 15:22
c'est c'est ça fait à force, ça fait mal aux cils. En plus, a et on doit toujours regarder derrière
Intervenant 1 — 15:28
les les fils, donc au bout d'un moment, j'imagine qu'au bout d'un moment on s'habitue, mais quand on n'est pas habitué, au bout d'un moment ça fait mal à la tête de devoir toujours aller plus loin.
Intervenant 1 — 15:37
Et puis nous, moi j'utilisais la burqa pour
Intervenant 1 — 15:40
son effet baguette magique, je disparais quoi. Et donc c'est vrai que ça, ça arrive beaucoup pour aller d'un plan, d'un point a à un point b
Intervenant 1 — 15:48
sans être remarqué. Mettre la burqa, c'est vraiment disparaître,
Intervenant 1 — 15:52
plus personne ne vous parle, les regards glissent sur vous sans jamais s'arrêter.
Intervenant 1 — 15:57
Donc top.
Intervenant 1 — 15:58
Et pour Et le fait, parlons d'avoir les yeux bleus juste Attends, parce que Pour que l'effet soit plus,
Intervenant 1 — 16:04
soit plus vrai, on prenait des, des, des vodka, n'importe quoi, des, des, des burqas de 2e main qui avaient déjà été utilisés.
Intervenant 1 — 16:13
Et alors là, ça, ce qui est vraiment très désagréable, c'est qu'en fait la bouche,
Intervenant 1 — 16:17
ça garde la, la laine de la précédente.
Intervenant 1 — 16:21
Donc, on avait des burqas qui sentaient le mouton ou d'autres fois, voilà, c'était voilà. C'est dur. Voilà, ça
Intervenant 1 — 16:29
peut être assez dur. Et le fait d'avoir les yeux bleus parce qu'on voit un tout petit peu les yeux au travers du grillage, est-ce ça t'a apporté préjudice ou jamais? Non, non, franchement, on ne voit pas du les yeux. Il faudrait vraiment que la personne
Intervenant 1 — 16:40
se Non
Intervenant 1 — 16:42
non, mais ça ne fait pas. Mais vraiment non, ça ne fait pas du tout. Et vraiment, c'est burqa le le le regard
Intervenant 1 — 16:48
de l'autre glisse sans s'arrêter.
Intervenant 1 — 16:51
Il paraît que tu écoutes une musique en particulier quand on fait une burqa, c'est vrai? Oui, ça, c'était
Intervenant 1 — 16:56
quand on mettait la burqa pour aller effectivement,
Intervenant 1 — 16:59
on mettait like aver jean avec avec ma pote journaliste
Intervenant 1 — 17:04
dessous. Ça nous faisait une petite vengeance pour les les souffrances de justement la mauvaise haleine et tout. Bon voilà, c'était notre petite vengeance à nous.
Intervenant 1 — 17:13
Est-ce qu'il y a des des moments
Intervenant 1 — 17:16
dans ta carrière en général parce que là on parle de l'Afghanistan, mais tu es aussi allée dans d'autres pays. Est-ce qu'il y a des moments où tu t'es dit je ne peux pas prendre cette photo
Intervenant 1 — 17:26
ou alors je pose mon appareil photo.
Intervenant 1 — 17:30
Est-ce qu'il y a des moments où ton empathie de femme a pris le dessus ou est-ce que quand on est là pour témoigner, pour raconter,
Intervenant 1 — 17:37
il faut prendre toutes les photos?
Intervenant 1 — 17:39
Alors moi, je pense qu'effectivement,
Intervenant 1 — 17:43
il faut prendre toutes les photos parce que c'est ça que je sais bien faire.
Intervenant 1 — 17:49
Ça n'empêche pas de après
Intervenant 1 — 17:52
expliquer,
Intervenant 1 — 17:53
prendre dans les bras, pleurer en prenant la photo.
Intervenant 1 — 17:56
Ce n'est pas grave. Mais la personne,
Intervenant 1 — 17:58
elle elle elle ne pleure pas
Intervenant 1 — 18:01
devant moi en me racontant ce qu'elle est en train de me raconter
Intervenant 1 — 18:04
pour que je la prenne dans les bras. Pour ça, elle a des gens,
Intervenant 1 — 18:08
je suis sûre qu'elle préfère avoir
Intervenant 1 — 18:11
sa soeur ou je ne sais qui qui l'apprenne en ce moment plutôt que moi. Et moi, donc le, pour lui rendre
Intervenant 1 — 18:20
l'appareil,
Intervenant 1 — 18:21
ce que je dois faire, c'est vraiment pour le coup prendre mon appareil et rendre la photo la plus touchante à la mesure
Intervenant 1 — 18:29
de l'émotion
Intervenant 1 — 18:30
qu'elle qu'elle a subie et qu'elle est en train de me faire partager.
Intervenant 1 — 18:33
Est-ce qu'il y des moments où toi tu es rentrée et tu as des images qui t'ont poursuivi?
Intervenant 1 — 18:37
Parce qu'on ne sort pas indemne quand même de tout ce que tu as vu. Ah bien j'en ai, j'en ai plein. Évidemment qu'il y a des,
Intervenant 1 — 18:43
évidemment qu'il y des reportages où on rentre avec
Intervenant 1 — 18:47
des valises avec plein de fantômes dedans. Mais
Intervenant 1 — 18:50
je crois qu'il faut l'accepter et je crois que je le,
Intervenant 1 — 18:53
je le, je le savais. Après, il y a des fantômes, mais il y a aussi, je ne pas si je peux dire ça, mais il y a, il a, il y a aussi des des choses très belles avec lesquelles on rentre, des des espèces de petites pépites
Intervenant 1 — 19:05
qui sont des leçons de vie pour pour notre vie
Intervenant 1 — 19:09
de tous les jours. Quoi quoi par exemple? Qu'est-ce que tu as ramené dans dans tes valises?
Intervenant 1 — 19:14
En fantôme ou en pépite? Les 2 pour ne
Intervenant 1 — 19:18
En fantôme,
Intervenant 1 — 19:20
il y a eu une fois où c'était vraiment dur.
Intervenant 1 — 19:24
J'étais partie au Yémen et j'avais notamment couvert la,
Intervenant 1 — 19:28
on avait couvert la famine au Yémen
Intervenant 1 — 19:30
et
Intervenant 1 — 19:32
et on on avait vu vraiment des enfants qui étaient en train de
Intervenant 1 — 19:36
de mourir de de faim.
Intervenant 1 — 19:38
Et en fait en rentrant
Intervenant 1 — 19:41
chez moi, moi j'ai 2 petites filles,
Intervenant 1 — 19:44
on allait faire les courses
Intervenant 1 — 19:45
à monoprix, je me souviens et on va choisir les céréales du matin
Intervenant 1 — 19:50
et j'ai failli avoir un tombé dans les pommes en fait d'avoir ce,
Intervenant 1 — 19:55
en train de me dire mais qu'est-ce que c'est que ce monde où là ça fait depuis
Intervenant 1 — 20:00
10 minutes que je suis en train de chercher quelles céréales pour ma fille alors qu'avant-hier
Intervenant 1 — 20:06
j'étais
Intervenant 1 — 20:07
dans un hôpital où il y a il y a plus de bouffe pour les enfants. Enfin ce n'est pas normal, il y a un truc qui, et donc parfois quand
Intervenant 1 — 20:15
j'arrive souvent à imaginer que ces 2 réalités qui sont parallèles et qui ne se croisent pas trop, et quand ça se croise, ça fait mal. Tu arrives quand même à dissocier?
Intervenant 1 — 20:25
J'essaye le plus possible. Oui, ce n'est pas toujours facile. Ce n'est pas toujours facile, j'imagine. Ce n'est pas toujours facile. Est-ce que tu as des rêves parfois?
Intervenant 1 — 20:32
Oui,
Intervenant 1 — 20:33
hyper souvent. J'en ai, les les la nuit, ça revient, il y a il y a ouais ouais, hyper souvent. Est-ce que tu as des rêves qui sont récurrents par exemple?
Intervenant 1 — 20:44
Oui, j'en ai plein, mais à force, je vais pleurer. Non, mais on ne pas te faire pleurer, mais c'est juste de nous raconter pour qu'on comprenne.
Intervenant 1 — 20:51
Alors
Intervenant 1 — 20:52
ce n'est pas, ça va, c'est des rêves où souvent
Intervenant 1 — 20:57
je me retrouve,
Intervenant 1 — 21:02
genre je ne peux plus parler ou je ne peux plus avancer.
Intervenant 1 — 21:05
Je vois quelque chose qui se passe,
Intervenant 1 — 21:08
que j'ai imaginé ou qu'on m'a raconté
Intervenant 1 — 21:10
et je je suis
Intervenant 1 — 21:12
figée.
Intervenant 1 — 21:14
Et je dois continuer de regarder sans
Intervenant 1 — 21:16
sans rien faire. Et il y une image que tu pourrais nous raconter?
Intervenant 1 — 21:23
Non, mais oui, il y il y en a certains par exemple, des des bombardements
Intervenant 1 — 21:28
et il faut aller sauver des,
Intervenant 1 — 21:31
d'ailleurs ce n'est pas des bombardements, c'est plutôt des tremblements de terre et il faut aller
Intervenant 1 — 21:35
sauver des gens qui sont coincés et je suis
Intervenant 1 — 21:39
glacée, figée.
Intervenant 1 — 21:40
Et ça t'est déjà arrivé d'être figée?
Intervenant 1 — 21:42
En vrai non. En vrai non. Non,
Intervenant 1 — 21:45
jamais.
Intervenant 1 — 21:46
Est-ce que le fait d'avoir un appareil photo ça te permet parfois
Intervenant 1 — 21:50
d'avoir une certaine distance? Je te pose la question parce que tu as pris,
Intervenant 1 — 21:54
tu étais auprès des talibans, tu as fait ce reportage photo pour Paris match en 2008
Intervenant 1 — 21:59
avec cette attaque qui va tuer 10 soldats français si je ne me trompe Ouais et leurs fixeurs. Et leurs fixeurs,
Intervenant 1 — 22:05
c'est un moment évidemment extrêmement violent.
Intervenant 1 — 22:07
Tu es en plus aux côtés des talibans, ce qui va te porter préjudice parce que tu as plein de gens qui après t'ont critiqué, tu vas nous raconter. Est-ce qu'à ce moment-là d'avoir ton appareil photo, ça t'a permis d'avoir une distance avec le réel?
Intervenant 1 — 22:20
Franchement, ce n'est pas là où ça m'a le plus
Intervenant 1 — 22:23
aidé parce qu'en fait je,
Intervenant 1 — 22:26
déjà
Intervenant 1 — 22:27
je ne savais pas au moment où je les ai rencontrés que j'allais rencontrer
Intervenant 1 — 22:34
ceux-là.
Intervenant 1 — 22:36
Moi mon but, c'était d'aller dans les dans les villages à côté qui étaient entre leurs mains.
Intervenant 1 — 22:42
Et
Intervenant 1 — 22:44
en fait,
Intervenant 1 — 22:45
l'écran
Intervenant 1 — 22:46
de l'appareil photo, je trouve que ça sert, mais pas pour la peur.
Intervenant 1 — 22:50
Là, ce que que j'aurais pu craindre, du coup, c'était la peur. Mais en fait, moment où je me suis rendu compte que c'était eux,
Intervenant 1 — 22:57
je savais qu'il n'allait rien m'arriver.
Intervenant 1 — 23:00
Quand quand tu dis c'était eux, tu parles des talibans,
Intervenant 1 — 23:02
des, ouais, quand j'ai su, en fait que je, là je savais que c'était les talibans, je savais que j'allais rencontrer des talibans.
Intervenant 1 — 23:09
Quand j'ai réalisé au fur et à mesure de mon interview
Intervenant 1 — 23:13
que c'était ceux qui avaient tué les français la semaine d'avant,
Intervenant 1 — 23:19
je n'avais pas besoin d'écran pour me protéger de quoi que ce soit. Ça sert d'écran pour
Intervenant 1 — 23:25
l'émotion plutôt.
Intervenant 1 — 23:28
Ça sert d'écran, prend des photos,
Intervenant 1 — 23:30
continuer à prendre des photos là où effectivement, normalement, on aurait arrêté par pudeur ou on aurait commencé à prendre dans les bras. C'est un peu pour qu'on se dit bon, c'est du travail, il faut le faire, il faut le faire et se concentrer sur autre chose
Intervenant 1 — 23:45
que ce qu'on est en train de voir ou de
Intervenant 1 — 23:48
ou d'entendre.
Intervenant 1 — 23:49
Et dans ce cas, tu te sens de quoi sur la technique, sur
Intervenant 1 — 23:53
ouais ouais c'est ça. Oui oui oui c'est ça sur la technique, mais ça ne marche pas à tous les coups. Je me souviens d'une fois justement ce, un tremblement de terre.
Intervenant 1 — 24:02
J'étais très jeune et
Intervenant 1 — 24:04
c'était en 2006 au Pakistan
Intervenant 1 — 24:06
et donc je n'étais pas du tout préparée et j'ai été complètement submergée
Intervenant 1 — 24:11
par,
Intervenant 1 — 24:12
par par ce que je voyais, l'émotion,
Intervenant 1 — 24:15
ses corps, mort, cette impuissance
Intervenant 1 — 24:19
par rapport aux gens qui avaient besoin de tout et à qui je n'apportais rien,
Intervenant 1 — 24:24
ni rien puisque ils étaient trop nombreux et tout. Et je sais qu'à un moment j'ai vu cette image
Intervenant 1 — 24:31
où
Intervenant 1 — 24:33
il y avait un père
Intervenant 1 — 24:34
qui se baladait et il avait,
Intervenant 1 — 24:37
il portait
Intervenant 1 — 24:38
un enfant,
Intervenant 1 — 24:39
une petite fille comme ça sur son bras et après là, il avait un sac
Intervenant 1 — 24:45
en toile de jute et de la toile de jute dépassait
Intervenant 1 — 24:49
2 petits pieds.
Intervenant 1 — 24:51
Et donc,
Intervenant 1 — 24:53
et franchement il y a eu tellement de morts que,
Intervenant 1 — 24:57
enfin je sais c'est le père qui avec ses enfants quoi.
Intervenant 1 — 25:00
Et j'ai voulu prendre
Intervenant 1 — 25:02
une photo
Intervenant 1 — 25:03
et là, c'est la 1re fois et la dernière fois que ça m'est arrivé, mais mon appareil photo,
Intervenant 1 — 25:08
il pesait tout d'un coup 2 tonnes. Je n'ai pas pu,
Intervenant 1 — 25:11
j'ai essayé et je n'ai pas pu prendre la photo.
Intervenant 1 — 25:15
Je n'ai pas pu prendre la photo et pourtant c'était une photo qui aurait été
Intervenant 1 — 25:19
Hyper forte. Hyper forte et
Intervenant 1 — 25:22
après je l'ai suivie
Intervenant 1 — 25:23
et il était, il les a enterrés dans, dans
Intervenant 1 — 25:28
une espèce de rond-point avec un autre
Intervenant 1 — 25:31
homme qui aussi enterré,
Intervenant 1 — 25:33
enfin voilà, c'est, on en était là. Mais
Intervenant 1 — 25:37
j'ai j'avais j'ai raté la photo. Ça, c'est la photo que je n'ai pas prise et qui me
Intervenant 1 — 25:42
qui me hante,
Intervenant 1 — 25:44
qui me hantera toute ma vie quoi. Et c'est peut-être là aussi où j'ai réalisé que mon boulot, ce n'était pas, enfin ça lui sert à quoi que je lui, que je me dise, c'est horrible,
Intervenant 1 — 25:54
ça ne lui sert à rien du tout. Moi ça lui sert si j'avais pris la photo, réussi la photo et qu'ils auraient, qu'ils aient pu utiliser cette photo pour qu'il y ait des gens qui
Intervenant 1 — 26:04
donnent
Intervenant 1 — 26:06
aux ONG ou qu'il y ait des gens qui viennent aider. Voilà, c'est ça ton boulot. Ton boulot, c'est ça? Tu dis, c'est nous confronter, nous, à la réalité du monde.
Intervenant 1 — 26:15
Exactement, je vous la ramène chez vous.
Intervenant 1 — 26:18
Tu vas dans des zones où on ne peut pas aller en fait. Voilà, je vais là où vous ne pouvez pas aller et je vais vous montrer des choses que peut-être vous avez, vous ne pouvez pas ou vous n'avez pas envie de voir. Moi je vous les montre pour qu'au moins on ne puisse pas dire, on ne savait pas.
Intervenant 1 — 26:32
Il y a des situations évidemment dangereuses que tu as vécues et tu as notamment survécu à un attentat dans un cyber café.
Intervenant 1 — 26:39
C'est en 2006, c'est ça? 2005. 2005,
Intervenant 2 — 26:43
tu vis déjà en Afghanistan, qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là?
Intervenant 1 — 26:46
Donc je vis en Afghanistan depuis
Intervenant 1 — 26:49
plus d'un an
Intervenant 1 — 26:51
et je suis
Intervenant 1 — 26:53
abonnée
Intervenant 1 — 26:53
au cyber café parce qu'à l'époque il y a un internet,
Intervenant 1 — 26:57
enfin tout le monde n'a pas internet.
Intervenant 1 — 27:00
Et donc on passe des heures, des heures et des heures, parfois des jours même à envoyer quelques photos.
Intervenant 1 — 27:06
Et parfois ça s'arrête parce qu'il y panne d'électricité, il faut recommencer.
Intervenant 1 — 27:10
Et c'est aussi le seul endroit où on peut appeler
Intervenant 1 — 27:14
nos parents ou nos familles avec
Intervenant 1 — 27:18
Skype. Ouais, donc tu passes du temps dans ce genre de Donc on y passe, on y passe, tout le monde y va. Y d'ailleurs il y a des il y a des cyber cafés partout partout qui fleurissent.
Intervenant 1 — 27:27
Et,
Intervenant 1 — 27:28
et donc je suis dans le cyber café où je vais d'habitude avec une copine
Intervenant 1 — 27:32
et je ne sais pas ce qu'on est en train de faire, moi je crois que je suis en train d'envoyer des photos.
Intervenant 1 — 27:37
Et à un moment
Intervenant 1 — 27:39
juste on entend
Intervenant 1 — 27:41
une énorme
Intervenant 1 — 27:42
explosion derrière nous.
Intervenant 1 — 27:44
Le,
Intervenant 1 — 27:45
le toit
Intervenant 1 — 27:47
tombe, tombe dessus, donc je ne vois plus rien.
Intervenant 1 — 27:50
J'ai les oreilles qui, qui sifflent.
Intervenant 1 — 27:53
Je, on, enfin je pense, personne ne comprend du tout ce qui se passe. Il y a des cris qui disent, il faut sortir, il faut sortir, il faut sortir.
Intervenant 1 — 28:02
Qui se fait en anglais, enfin tu comprends? Ouais ouais, oui,
Intervenant 1 — 28:05
je je ne sais plus où il y a là, enfin de toute façon, ça veut dire voilà,
Intervenant 1 — 28:09
panique. Moi j'appelle
Intervenant 1 — 28:11
ma ma copine qui est en face que je ne vois pas, Pauline,
Intervenant 1 — 28:16
ça va? Elle me dit oui ça va,
Intervenant 1 — 28:19
il faut sortir,
Intervenant 1 — 28:20
oui on sort, et là je récupère
Intervenant 1 — 28:23
mon appareil photo,
Intervenant 1 — 28:26
mon mon truc, enfin ce que je peux. Je sors évidemment là, il y a une espèce de baie vitrée qui est complètement exposée, donc tout le monde sort par là.
Intervenant 1 — 28:34
Et puis,
Intervenant 1 — 28:36
et puis en fait à un moment la la la poussière on attend. Il y a des, y a des personnes qui sont blessées, qui sortent,
Intervenant 1 — 28:43
bon on a, il y a des des gens qui viennent les aider et quand la poussière
Intervenant 1 — 28:48
tombe,
Intervenant 1 — 28:49
on voit qu'il reste
Intervenant 1 — 28:52
5 corps à l'intérieur qui ne sont pas sortis quoi.
Intervenant 1 — 28:55
Et et comment tu,
Intervenant 1 — 28:58
enfin c'est une question idiote, mais tu tu fais quoi? Enfin tu réagis comment? Alors je
Intervenant 1 — 29:02
je je réagis comment? Je, donc à
Intervenant 1 — 29:06
l'époque, il n'y avait pas de,
Intervenant 1 — 29:09
c'est le 1er
Intervenant 1 — 29:11
attentat suicide.
Intervenant 1 — 29:12
Ah c'est le 1er. En Afghanistan, en Afghanistan. Il y avait en Irak, il y avait eu, il y en avait beaucoup en Irak, il y en a vu au Pakistan.
Intervenant 1 — 29:19
Mais en Afghanistan,
Intervenant 1 — 29:20
il y en a, n'y en avait pas.
Intervenant 1 — 29:23
Donc
Intervenant 1 — 29:24
il y a des gens qui disent
Intervenant 1 — 29:26
très vite, c'est la bonbonne de gaz qui a qui a explosé de derrière et tout. Moi comme d'habitude ce que je fais, je prends des photos,
Intervenant 1 — 29:35
mais je suis tellement,
Intervenant 1 — 29:36
je les ai revues,
Intervenant 1 — 29:38
elles
Intervenant 1 — 29:39
sont toutes floues tellement je tremble et tout. Avec Pauline, on est un peu
Intervenant 1 — 29:45
éberlué
Intervenant 1 — 29:47
choqué. En fait, on est choqué tout simplement de ce qui nous est arrivé. On ne sait pas trop comment le faire. Et puis
Intervenant 1 — 29:54
je ne sais même pas, on rentre. Et puis le lendemain, il y a des
Intervenant 1 — 29:59
des des soldats de l'armée française qui viennent nous voir, qui veulent savoir si on a besoin d'être accompagnés,
Intervenant 1 — 30:05
si on a subi voilà. Moi je crois que mes des acouphènes durent quelques
Intervenant 1 — 30:10
quelques semaines et puis voilà.
Intervenant 1 — 30:12
Et donc c'est le 1er attentat,
Intervenant 1 — 30:14
il y en aura d'autres. Est-ce qu'après tu as travaillé différemment
Intervenant 1 — 30:17
pour te protéger? Non en fait cet attentat,
Intervenant 1 — 30:21
oui après il y en a eu d'autres.
Intervenant 1 — 30:23
Oui
Intervenant 1 — 30:24
mais surtout cet attentat m'a donné bizarrement,
Intervenant 1 — 30:27
je ne sais pas si
Intervenant 1 — 30:29
moi ça m'a donné envie de rencontrer les talibans. Je me suis dit, je ne comprends pas en fait. Je ne comprends pas pourquoi
Intervenant 1 — 30:36
quelqu'un,
Intervenant 1 — 30:37
donc parce qu'après on a appris que c'était donc un kamikaze,
Intervenant 1 — 30:40
qui s'est, qui qui s'était
Intervenant 1 — 30:42
fait exploser.
Intervenant 1 — 30:44
Et je me suis dit, je ne comprends pas comment quelqu'un au nom d'une religion
Intervenant 1 — 30:49
puisse
Intervenant 1 — 30:50
se tuer et tuer d'autres personnes qu'il ne connaît pas, qui sont,
Intervenant 1 — 30:55
qui sont là par hasard, enfin
Intervenant 1 — 30:58
voilà. Et donc à partir de là, je me suis dit moi je veux les voir. Donc c'est aussi un point de bascule quelque part. C'est aussi un point de bascule. À partir de là, je me suis dit je veux voir
Intervenant 1 — 31:07
qu'est-ce que c'est, qu'est-ce qui se cache derrière ce mot taliban en fait. Et après tu as réussi à en sortir parce que pourquoi tu vas quitter l'Afghanistan?
Intervenant 1 — 31:15
Pourquoi tu vas décider de rentrer? Parce que tu fais beaucoup de reportages, beaucoup de terrains, tu les rencontres,
Intervenant 1 — 31:20
tu les suis, mais pourquoi maman tu vas rentrer? Et donc 4 ans après,
Intervenant 1 — 31:26
je,
Intervenant 1 — 31:27
en fait c'est, je vois un
Intervenant 1 — 31:30
reportage et son reportage c'est sur
Intervenant 1 — 31:32
des petites filles qui sont mariées à des vieux en Afghanistan.
Intervenant 1 — 31:38
Et Stéphanie
Intervenant 1 — 31:40
Saint-Clair, ça y est, ça m'est revenu.
Intervenant 1 — 31:42
Et je vois son reportage et je suis, je me dis, mais en fait, je, c'est, je l'ai vu
Intervenant 1 — 31:49
plein de fois ça. Et je suis tellement imprégnée
Intervenant 1 — 31:54
dedans, dans la culture
Intervenant 1 — 31:56
que ça ne ça ne m'a même pas choqué.
Intervenant 1 — 32:00
Ou ça m'a En fait, tu dis sur le terrain, j'ai vu des petites filles mariées avec des hommes plus vieux. Et ça ne m'a même pas paru
Intervenant 1 — 32:07
quelque chose qui était, qui valait le coup d'être Raconté. Raconté. Et là, je me suis dit ça fait trop longtemps que tu es en Afghanistan
Intervenant 1 — 32:16
Par, tu as besoin de prendre du recul par rapport
Intervenant 1 — 32:19
par rapport à par rapport à ce pays. Tu es en train de devenir trop
Intervenant 1 — 32:24
Afghane.
Intervenant 1 — 32:26
Habituée quoi. Mais ouais, habituée et tu as besoin de prendre un peu de recul. Plus,
Intervenant 1 — 32:31
il faut quand même le dire, j'étais fatiguée
Intervenant 1 — 32:33
de de ces 4 ans
Intervenant 1 — 32:35
d'Afghanistan. C'est un pays que j'adore, où j'aime toujours retourner avec plaisir et tout,
Intervenant 1 — 32:40
mais c'est bien de prendre un peu de recul parfois.
Intervenant 1 — 32:43
Tu parles de fatigue. Est-ce qu'il y des moments où tu es fatiguée, où tu es usée, où tu te dis que tu pourrais arrêter?
Intervenant 1 — 32:50
Alors jamais,
Intervenant 1 — 32:51
jamais par rapport au reportage et tout, je suis toujours contente. Il n'y a pas de, il n'y a jamais eu un reportage où je me suis dit, alors des reportages où j'ai peur, il y des reportages où je suis, mais je ne suis pas jamais blasée.
Intervenant 1 — 33:03
Non, ce ce qui me fatigue parfois,
Intervenant 1 — 33:07
et franchement je n'ai pas le droit de me plaindre parce que truc, mais ce qui est fatigant,
Intervenant 1 — 33:11
c'est
Intervenant 1 — 33:12
cette précarité,
Intervenant 1 — 33:13
vulnérabilité
Intervenant 1 — 33:15
dans laquelle on est,
Intervenant 1 — 33:17
mais par rapport à la situation ici quoi en France. C'est-à-dire? On
Intervenant 1 — 33:23
est,
Intervenant 1 — 33:25
enfin voilà, il faut,
Intervenant 1 — 33:27
il faut qu'on soit content
Intervenant 1 — 33:29
quelles que soient les
Intervenant 1 — 33:31
les conditions
Intervenant 1 — 33:33
de partir parce que,
Intervenant 1 — 33:36
parce qu'en fait on est beaucoup à vouloir faire des reportages, il y a peu de magazines qui produisent encore.
Intervenant 1 — 33:43
Et donc
Intervenant 1 — 33:44
enfin voilà, les les la balle n'est pas du tout du tout dans notre camp. Donc pour comprendre, ce qui te fatigue, c'est la précarité du métier. Oui, oui pardon. C'est
Intervenant 1 — 33:54
Oui, la précarité du métier de C'est la précarité du métier de pigiste parce que tu n'as pas beaucoup de magazines qui vont acheter tes reportages
Intervenant 1 — 34:01
et tu dois peut-être parfois avoir une frustration, avoir envie de raconter quelque chose et personne ne te l'achète. Ouais voilà, il y a ça temps sur le terrain. Mais sur le terrain jamais. Non, je n'ai jamais été,
Intervenant 1 — 34:11
j'ai déjà été super énervée par certaines personnes, mais je n'ai jamais été blasée, non. Jamais? Non, jamais. Il y a des situations
Intervenant 1 — 34:20
cocasses, voire dangereuses
Intervenant 1 — 34:22
que tu as vécues.
Intervenant 1 — 34:24
Il y a une situation, c'est au delta du Niger. Tu étais avec ta consoeur Franchement, Keroui. Keroui, Et là, il y a un homme qui va avoir envie de l'épouser, c'est ça? Oui. Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé?
Intervenant 1 — 34:37
En fait,
Intervenant 1 — 34:39
on venait,
Intervenant 1 — 34:40
on venait d'arriver donc dans
Intervenant 1 — 34:43
dans le l'antre
Intervenant 1 — 34:44
qui est la mangrove d'un certain,
Intervenant 1 — 34:48
était un,
Intervenant 1 — 34:49
on va dire un
Intervenant 1 — 34:51
général
Intervenant 1 — 34:52
qui s'occupait de de de ses troupes,
Intervenant 1 — 34:55
qui s'appelait le mouvement d'émancipation du delta du Niger
Intervenant 1 — 34:58
et qui en gros
Intervenant 1 — 35:04
faisaient du du raquette
Intervenant 1 — 35:06
à des des industries pétrolières
Intervenant 1 — 35:09
pour ne les attaquer.
Intervenant 1 — 35:10
C'est ça.
Intervenant 1 — 35:11
Et donc, il était recherché par l'armée et tout. Donc en fait, quand on arrive
Intervenant 1 — 35:16
dans sa mangrove, c'est lui qui vient nous chercher.
Intervenant 1 — 35:20
Et pour repartir, c'est aussi lui qui nous ramène dans un point. Donc on est quand même un peu
Intervenant 1 — 35:27
dépendante complètement de lui. Du mec ouais. Évidemment.
Intervenant 1 — 35:30
Et donc Manon,
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très belle,
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magnifique et tout,
Intervenant 1 — 35:34
tape évidemment,
Intervenant 1 — 35:36
lui tape dans l'oeil.
Intervenant 1 — 35:38
Et là,
Intervenant 1 — 35:39
il nous dit bon, en fait, voilà,
Intervenant 1 — 35:42
en gros Manon, tu me plais beaucoup quoi.
Intervenant 1 — 35:45
Donc nous, on est des emparets, faut réfléchir vite et avec le fixeur, on est là, il n'y a qu'une chose à faire,
Intervenant 1 — 35:52
c'est dire que
Intervenant 1 — 35:54
chez nous, ça ne se fait pas comme ça, il faut se marier d'abord
Intervenant 1 — 35:58
pour donner un peu, s'acheter un peu de temps quoi. Juste pour préciser, un fixeur, c'est un journaliste local ou une personne qui a beaucoup de connaissances du terrain. C'est un guide plus plus plus traducteur,
Intervenant 1 — 36:10
plus qui est entremetteur
Intervenant 1 — 36:12
entre les trucs et
Intervenant 1 — 36:14
là, plus,
Intervenant 1 — 36:16
c'est un mec qui est
Intervenant 1 — 36:19
Enfin bon bref. Donc en tout cas, vous êtes toutes les 2 avec un guide, avec un mec qui vous accompagne, qui est tout aussi bloqué que vous, mais qui connaît aussi la culture. Qui connaît la culture et qui connaît même le le le personnage et qui donc sait à peu près ce qui va marcher ou pas marcher. Donc, on dit ça pour s'acheter un peu de temps.
Intervenant 1 — 36:38
Et donc il décide que oui, de toute façon il est tout à fait d'accord pour se pour se marier avec Manon. Il faut savoir que là-bas, il n'y a pas vraiment de problème de monogamie,
Intervenant 1 — 36:48
donc une de plus ou une de moins.
Intervenant 1 — 36:50
Et que voilà, donc on est là super.
Intervenant 1 — 36:53
Donc tu es, si tu veux te marier avec Manon, écoute, il va falloir quand même qu'on rentre à Port-Arcours
Intervenant 1 — 36:58
pour prévenir nos parents qui vont évidemment, parce qu'on disait qu'on était des soeurs qui vont évidemment être enchantées de cette nouvelle et puis acheter une robe et puis tout un tas de trucs à préparer quoi, un mariage quoi.
Intervenant 1 — 37:11
Et
Intervenant 1 — 37:13
étant donné qu'il est très mégalo et que je pense que peu
Intervenant 1 — 37:17
de de de ces demandes soient refusées, surtout une demande en mariage, le le type,
Intervenant 1 — 37:23
voilà, ne bronche pas et nous donne quelques billets pour aller faire nos petites emplettes et tout, et pour repartir à Port Harcour. Donc, il vous laisse repartir. Il nous laisse repartir. Tellement sûr qu'évidemment,
Intervenant 1 — 37:35
Manon a
Intervenant 1 — 37:36
apprécié ses charmes et se fait une joie de rentrer vivre sa vie de jeune mariée dans la mangrove.
Intervenant 1 — 37:42
Donc, il attend toujours sa
Intervenant 1 — 37:45
mariée va pourrie exactement.
Intervenant 1 — 37:47
C'est hallucinant.
Intervenant 1 — 37:48
Mais là, est-ce qu'il y d'autres situations comme ça où en tant que femme,
Intervenant 1 — 37:52
c'est un peu tangent, c'est un peu dangereux? Tu vois, est-ce qu'il y d'autres trucs où tu as dû inventer ou entourlouper pour t'en sortir? En fait,
Intervenant 1 — 37:59
être une femme, c'est avoir certaines armes. Être un homme, c'est avoir certaines
Intervenant 1 — 38:04
armes.
Intervenant 1 — 38:05
Donc évidemment qu'on qu'on qu'on les utilise.
Intervenant 1 — 38:09
Donc,
Intervenant 1 — 38:10
alors je ne dis pas,
Intervenant 1 — 38:13
je ne dis pas genre coucher avec les gens, mais utiliser par exemple, moi j'utilise beaucoup
Intervenant 1 — 38:19
le le le fait de d'avoir l'air
Intervenant 1 — 38:22
vulnérable
Intervenant 1 — 38:23
ou fragile ou très blonde
Intervenant 1 — 38:25
parce que
Intervenant 1 — 38:27
du coup, c'est, ça ça engendre, je trouve,
Intervenant 1 — 38:31
de la part de l'autre, souvent de l'homme, de la bienveillance
Intervenant 1 — 38:34
parce qu'il se dit elle,
Intervenant 1 — 38:36
elle n'est pas dangereuse.
Intervenant 1 — 38:37
Peut-être avec un peu de chance, elle est stupide.
Intervenant 1 — 38:40
Donc je peux, je n'ai pas besoin de trop me méfier d'elle. Et du coup, les gens, ils sont, ils ont plus tendance à
Intervenant 1 — 38:46
à baisser
Intervenant 1 — 38:47
la garde plus vite.
Intervenant 1 — 38:50
Ça, je trouve que voilà,
Intervenant 1 — 38:51
là
Intervenant 1 — 38:52
où par exemple, notamment par au Delta du Niger, ça aurait été une très mauvaise idée de jouer
Intervenant 1 — 38:59
avec la camaraderie,
Intervenant 1 — 39:01
genre on rigole, on boit des coups ensemble. Est-ce que ça serait tout de suite aller beaucoup trop loin? Alors qu'un homme peut le aurait vu ça comme une
Intervenant 1 — 39:10
réponse positive aux avances quoi. Oui, en plus, on nous l'avait dit, on nous avait dit là-bas, vous allez y aller, vous
Intervenant 1 — 39:17
ne buvez pas, vous
Intervenant 1 — 39:19
rigolez à aucune blague. Enfin, il faut montrer qu'on est genre chiante,
Intervenant 1 — 39:24
pas drôle pour couper court. Et même, bon, on voit que ça n'a pas coupé court à tout. Mais voilà, il y a, il a, enfin voilà, en fait, en fonction des terrains, en fonction des gens,
Intervenant 1 — 39:37
on sort telle carte ou telle carte, voilà. Tu parlais de blonde sur ton compte x. Moi, j'ai adoré, tu écris photographe de guerre, maman de 2 enfants, blonde,
Intervenant 1 — 39:47
pas stupide et sans peur.
Intervenant 1 — 39:49
Est-ce qu'il faut être sans peur pour faire ce métier?
Intervenant 1 — 39:52
En fait, c'est un peu,
Intervenant 1 — 39:54
c'est un peu exagéré, bien sûr, parce que j'ai peur.
Intervenant 1 — 39:58
Mais juste,
Intervenant 1 — 39:59
n'ai pas peur d'avoir peur.
Intervenant 1 — 40:02
Et la peur ne me paralyse pas. La peur est un peu,
Intervenant 1 — 40:06
c'est un peu quand même une copine.
Intervenant 1 — 40:08
C'est qui est, qui va m'aider à
Intervenant 1 — 40:11
à être plus attentive,
Intervenant 1 — 40:13
plus
Intervenant 1 — 40:15
plus,
Intervenant 1 — 40:16
je sais pas, peut-être développer un peu ce 6e sens dont on parle de se, s'écouter.
Intervenant 1 — 40:24
Donc en fait,
Intervenant 1 — 40:25
pas que je n'ai pas peur, c'est que j'aime bien la peur. C'est ça. En fait, c'était ma prochaine question. Est-ce qu'il n'y a pas une sorte de drogue? C'est que moi pour avoir côtoyé
Intervenant 1 — 40:33
plein de confrères qui sont allés sur les terrains de conflit, ils m'ont souvent dit j'ai envie d'y retourner. J'ai envie, tu vois il y a un truc où enfin il y a cette mise en danger qui parfois il y a une forme d'adrénaline qui est très addictive en fait.
Intervenant 1 — 40:46
Oui,
Intervenant 1 — 40:48
oui, oui, évidemment. Après, ça, c'est un peu dommage de réduire
Intervenant 1 — 40:53
Non, c'est un retard, mais voilà. Mais ça en fait partie.
Intervenant 1 — 41:00
Moi, j'aime bien aussi les sports un peu extrêmes.
Intervenant 1 — 41:03
Bon,
Intervenant 1 — 41:05
je crois que se sentir tellement vivant après
Intervenant 1 — 41:09
avoir
Intervenant 1 — 41:11
frôlé
Intervenant 1 — 41:12
la mort, c'est c'est c'est une réalité en fait. Il y a, il y en a un peu ce cette espèce de d'adrénaline
Intervenant 1 — 41:19
de se dire que
Intervenant 1 — 41:21
encore une fois,
Intervenant 1 — 41:23
on a remporté
Intervenant 1 — 41:25
la victoire sur la mort. C'est un peu mégalo de dire ça et tout, mais il y a un petit peu de,
Intervenant 1 — 41:31
ouais, oui, il y un petit peu de ça. Tes mamans ont 2 enfants, tu en as parlé.
Intervenant 1 — 41:36
Tu parles de remporter cette victoire sur la mort. Est-ce que tu as un rituel quand tu pars? Est-ce qu'à un moment où tu te dis quand tu pars, je pourrais ne pas revenir? Est-ce que tu leur dis au revoir d'une certaine façon? Non, je ne me dis jamais
Intervenant 1 — 41:48
jamais jamais que je ne vais pas revenir ou
Intervenant 1 — 41:52
ou qu'il y ait même une possibilité
Intervenant 1 — 41:54
que je ne revienne pas.
Intervenant 1 — 41:56
Donc
Intervenant 1 — 41:56
non, je ne leur fais pas de de rituels particuliers.
Intervenant 1 — 42:02
Et heureusement parce que si tout d'un coup je leur faisais des rituels particuliers Non, ça aurait été
Intervenant 1 — 42:07
Moi j'ai rencontré
Intervenant 1 — 42:08
quelqu'un qui était sur le terrain que tu as dû croiser, on en parlera, mais qui me disait à chaque fois, je leur dis dans les yeux, maman t'aime. En fait, voulait que le dernier, tu vois, le dernier contact avec ses enfants, ça soit ça. Donc, me demandais si toi aussi, tu avais un petit truc. Non, moi, je crois que vraiment, je le, je le fais
Intervenant 1 — 42:26
banalement
Intervenant 1 — 42:27
pour que ça reste quelque chose de banal. Partez
Intervenant 1 — 42:30
au bureau. Ouais et qu'elle du coup elle se fasse, elle le prenne aussi de manière
Intervenant 1 — 42:35
plus
Intervenant 1 — 42:36
banale. Donc je ne fais pas de,
Intervenant 1 — 42:38
et vraiment je ne crois jamais que je vais mourir, jamais. Et sur le terrain, tu arrives à les appeler?
Intervenant 1 — 42:44
Alors moi je m'étais fait un,
Intervenant 1 — 42:46
on s'était fait un,
Intervenant 1 — 42:48
on s'était dit avec leur père que moi je n'appelais pas. Ok. Par contre,
Intervenant 1 — 42:53
parce que ça perturbe un peu dans leur truc, moi ça me fait du bien, mais pas forcément elle. Par contre si j'avais vraiment envie de leur parler, j'enregistrais un message
Intervenant 1 — 43:02
que je lui envoyais à lui
Intervenant 1 — 43:04
et qu'il leur donnait
Intervenant 1 — 43:06
quand elle, elle en avait besoin ou si elle le demandait ou si elle le voulait ou si lui jugeait que c'était le moment Ouais, genre à 19 heures avant de se coucher. Voilà, exactement.
Intervenant 1 — 43:16
Pas le coup de fil qui moi me fait du bien et qui derrière laisse tout le monde.
Intervenant 1 — 43:21
Donc non,
Intervenant 1 — 43:23
maintenant elles sont plus grandes, c'est des, c'est des, c'est des ados. Elles ont quel âge? Elles ont 13 et 11. Et donc par contre, elles, elles m'appellent et je leur dis ça. Et franchement, je décroche tout le temps, Même si je suis en
Intervenant 1 — 43:38
en plein interview hyper importante et tout, je décroche ou j'envoie un truc genre si c'est urgent, je décroche,
Intervenant 1 — 43:45
rappel. Et bon oui, parce que ça m'est arrivé de de décrocher,
Intervenant 1 — 43:50
c'est parce que je ne sais pas, loue à des poux.
Intervenant 1 — 43:54
Enfin bon voilà, ce n'est pas très intéressant, donc, mais bon. Non mais du coup, ça m'est arrivé d'être je ne sais pas quoi sous un bombardement et elle te dit j'ai des poux. Non, c'est l'école qui m'appelle et me dit oui,
Intervenant 1 — 44:04
c'est pour vous dire que oui, désolée, mais là, ça me coûte déjà 5 euros la minute. Oui, donc, je vais vous passer. Non, non,
Intervenant 1 — 44:11
appelez le père. Non, mais c'est pour vous dire qu'elle a des poux.
Intervenant 1 — 44:15
Je fais autre chose. Je m'en fiche.
Intervenant 1 — 44:18
Et il des moments où tu as fait réciter une poésie,
Intervenant 1 — 44:22
je ne pas quoi, sur un camp militaire ou un truc comme ça. Tu as des souvenirs de trucs?
Intervenant 1 — 44:27
Non, mais par contre,
Intervenant 1 — 44:29
j'ai, j'ai, j'étais
Intervenant 1 — 44:32
entre l'Ukraine et la Russie
Intervenant 1 — 44:35
il y a 2
Intervenant 1 — 44:37
il y a 2 ans pour et c'était pendant la rentrée des classes
Intervenant 1 — 44:41
de ma fille
Intervenant 1 — 44:43
et je et c'est elle changeait de collège et je sais que là
Intervenant 1 — 44:47
ça allait, ce n'était pas du tout le bon moment. On était en train de passer
Intervenant 1 — 44:52
dans
Intervenant 1 — 44:53
des zones qui étaient bombardées. Enfin, il fallait faire hyper attention aux drones et tout.
Intervenant 1 — 44:58
Et là, elle décroche
Intervenant 1 — 45:00
et elle m'a, elle m'appelle et je sais qu'elle vient de de d'avoir le
Intervenant 1 — 45:04
le et
Intervenant 1 — 45:05
avec qui elle est en classe, si elle est avec ses copines et tout. Et là, j'étais là,
Intervenant 1 — 45:10
déso, mais on va devoir s'arrêter, je dois prendre cet appel.
Intervenant 1 — 45:14
Et donc, je l'ai écoutée,
Intervenant 1 — 45:16
qui me racontait comment elle était désespérée parce qu'elle était toute seule dans sa classe et que c'était horrible et que en plus, elle avait un emploi du temps vraiment
Intervenant 1 — 45:25
affreux
Intervenant 1 — 45:26
et elle pleurait. Moi, j'étais obligée de dire, comprends ma chérie, c'est très grave. Oui, je comprends mon coeur, oui, oui, tu dois être très triste. Et là et là tu es où toi? Et moi je suis vraiment
Intervenant 1 — 45:37
à 2 pas de la frontière
Intervenant 1 — 45:40
avec la Russie
Intervenant 1 — 45:42
où on est, voilà, où on est censé
Intervenant 1 — 45:45
éteindre largement les téléphones
Intervenant 1 — 45:48
et tout. Mais en même temps, je suis là et je suis là. J'essaye de couper court, mais en même temps, je ne peux pas lui dire je m'en fous de tes, enfin voilà, je suis là où il ne faut pas être avec un téléphone. C'est incroyable. Et et tes filles, elles se rendent compte quand même que tu décroches comme ça, que tu es disponible tout le temps. Ah, mais moi, je ne vais pas lui faire Tu lui dis Ah, mais est-ce que tu lui dis, j'ai les pieds dans la bouche, porte un gilet je vais à 200 mètres de la frontière. Tu lui racontes Pas du tout, je ne dis pas du tout, non. D'ailleurs je crois qu'à un moment, y a eu un bombardement pas loin et j'ai raccroché direct quoi pour ne pas qu'elle entende. Oui oui oui. Tes filles comprennent ton métier?
Intervenant 1 — 46:19
Alors au début pas du tout.
Intervenant 1 — 46:23
La petite, une fois je lui avais ramené,
Intervenant 1 — 46:26
ce que j'ai fait un album de reporter sans frontières où il y plein de photos et tout. Et donc je leur en ramène
Intervenant 1 — 46:31
un pour chacune en disant voilà comme ça vous comprendrez mieux ce que je fais. Et elle me balance l'album à la figure en me disant de toute façon maman, je n'aime pas du tout ce que tu fais, tu prends en photo que la vie moche.
Intervenant 1 — 46:43
Ouais, c'est dur. Et là j'étais là ouais, mais pas pour, ok j'entends.
Intervenant 1 — 46:49
Du coup j'ai un peu changé maintenant, j'essaie, suis là aussi, c'est vrai que j'en ai marre aussi de raconter que
Intervenant 1 — 46:55
la vie moche. En vrai, ce qui est publié, c'est souvent la vie moche que c'est,
Intervenant 1 — 47:00
c'est, il n'y pas beaucoup de photos qu'on peut publier sur un 10 pages quoi, donc voilà.
Intervenant 1 — 47:05
Mais maintenant je je fais aussi pas mal d'expos et tout où je publie ces photos de
Intervenant 1 — 47:10
parfois la vie,
Intervenant 1 — 47:12
bon là moi je l'appelle la vie en rose sur les zones de conflit quoi. Et c'est quoi la vie en rose sur une zone de conflit? C'est
Intervenant 1 — 47:18
tous les moments qui existent aussi dans les zones de conflits qui sont beaux,
Intervenant 1 — 47:23
parfois poétiques,
Intervenant 1 — 47:24
où il y a de l'amour, où il y du rire, où il y a en fait
Intervenant 1 — 47:28
comme partout quoi,
Intervenant 1 — 47:30
la vie quoi.
Intervenant 1 — 47:31
Tu as une scène en particulier pour qu'on imagine?
Intervenant 1 — 47:34
Par exemple,
Intervenant 1 — 47:37
quand
Intervenant 1 — 47:39
je vais en Afghanistan,
Intervenant 1 — 47:41
les talibans sont déjà depuis 2 ans, il n'y plus déjà d'école pour les petites filles de 12 ans. Il y a encore,
Intervenant 1 — 47:48
elles ne le savent pas, encore 3 semaines pour les filles à la faculté. Au bout de 3 semaines, sera à.
Intervenant 1 — 47:54
Mais 3 semaines avant, on va devant la faculté.
Intervenant 1 — 47:58
Et pourtant, il y a eu quand même vachement de, donc elles ne peuvent plus être dans des classes avec les garçons, elles n'ont plus de droit de travaux pratiques.
Intervenant 1 — 48:06
Ça
Intervenant 1 — 48:07
a commencé déjà à être un peu dur. Et pourtant, je tombe sur 3
Intervenant 1 — 48:13
étudiantes en journalisme
Intervenant 1 — 48:15
qui sont en train de rigoler
Intervenant 1 — 48:17
comme des étudiantes en fait, truc avec leur téléphone en train de manger des énormes barbe à papa.
Intervenant 1 — 48:24
Et donc elles sont avec leur barbe à papa,
Intervenant 1 — 48:26
maquillées avec leur petit sac et en train de se raconter
Intervenant 1 — 48:31
Des petits secrets. Des petits secrets que toutes les adolescentes
Intervenant 1 — 48:35
se racontent à leur âge où qu'elles soient,
Intervenant 1 — 48:38
en dépit de
Intervenant 1 — 48:39
cette espèce de couvercle noir qui est en train de leur tomber dessus. Est-ce qu'il y a des reportages que tu aurais aimé faire que tu n'as pas fait ou est-ce qu'il y des reportages que tu aurais envie de faire que tu peux nous divulguer maintenant par exemple?
Intervenant 1 — 48:54
Alors ce que j'aurais envie de faire et que je n'ai pas réussi à faire, j'espère les faire.
Intervenant 1 — 49:00
Voilà Tu ne pas nous raconter lesquels du coup.
Intervenant 1 — 49:03
Mais
Intervenant 1 — 49:05
il y en a qui, il y en a qui vont arriver là bientôt.
Intervenant 1 — 49:09
Et
Intervenant 1 — 49:12
ce que je, ce que j'aurais aimé faire et que je ne pourrais jamais faire.
Intervenant 1 — 49:19
En fait, as tu as tout fait? Non, ce n'est pas là, ce n'est pas que j'ai tout fait, mais j'essaye plutôt de me concentrer sur ce que je peux faire. Ce ce que je ne peux pas faire,
Intervenant 1 — 49:28
bon, je ne veux pas les, je veux pas les garder. J'ai des, les photos que je n'ai pas faites, qui me restent en tête, ça, on en a déjà parlé.
Intervenant 1 — 49:35
Et ça, ils resteront et je n'y peux rien et c'est comme ça.
Intervenant 1 — 49:39
Mais des reportages,
Intervenant 1 — 49:41
bon non, n'ai pas Pas du tout. Oublié. Non, n'ai pas de
Intervenant 1 — 49:44
Et
Intervenant 1 — 49:45
avant dernière question,
Intervenant 1 — 49:47
est-ce que tu peux nous raconter ce qui t'a motivé
Intervenant 1 — 49:50
pour faire le métier que tu fais?
Intervenant 1 — 49:52
Et est-ce que ce que tu imaginais du métier
Intervenant 1 — 49:54
est une réalité ou est-ce que tu avais tu sais des une image du reporter de guerre du photographe et finalement ce n'est pas la réalité?
Intervenant 1 — 50:01
Qu'est-ce qui m'a donné l'idée?
Intervenant 1 — 50:08
En fait j'avais envie d'être,
Intervenant 1 — 50:10
de partir à l'aventure,
Intervenant 1 — 50:12
de voir plein de monde. Moi je suis née dans une,
Intervenant 1 — 50:16
enfin je ne pas née dedans, mais j'ai vécu dans une toute petite ville à Carcassonne
Intervenant 1 — 50:20
et
Intervenant 1 — 50:21
et voilà j'avais envie de de de de voir tout le reste du monde qu'il y avait autour. Donc je voulais être,
Intervenant 1 — 50:29
début je m'étais dit la bonne idée c'est d'être militaire.
Intervenant 1 — 50:32
Bon après la la discipline,
Intervenant 1 — 50:35
je n'aime pas trop et tout donc je me suis dans Il fallait être sportif quoi. Ouais ouais, ça à la limite ça va, mais
Intervenant 1 — 50:41
donc j'étais là non.
Intervenant 1 — 50:43
Et puis après je me suis dit, ne suis pas aventurier, n'est pas vraiment un métier.
Intervenant 1 — 50:48
Donc je me suis dit journaliste,
Intervenant 1 — 50:50
en fait
Intervenant 1 — 50:52
écrire et tout ça me, ce n'est pas non plus mon truc. Et j'avais toujours aimé la photo et donc je me suis franchement,
Intervenant 1 — 50:58
enfin je ne sais pas pourquoi je n'avais pas pensé avant, mais ça coule de source que c'est ça. Et pendant un de mes stages,
Intervenant 1 — 51:05
quand j'étais étudiante en
Intervenant 1 — 51:08
en photo, photo journalisme,
Intervenant 1 — 51:09
j'ai fait un stage dans un
Intervenant 1 — 51:11
dans un journal local en Angleterre.
Intervenant 1 — 51:14
Et mais je ne sais pas, c'est les planètes qui se sont alignées,
Intervenant 1 — 51:18
ma bonne étoile, je ne sais quoi.
Intervenant 1 — 51:20
Pendant mon stage, il me demande si je veux, mon boss me demande, ça te dirait de partir en Afghanistan ou pas?
Intervenant 1 — 51:27
Pendant un stage, c'est dingue. Pendant un stage, dis évidemment que je pars en Afghanistan, c'est clair. Mais c'est improbable. Voilà, improbable, une chance énorme.
Intervenant 1 — 51:35
Et en fait quand j'arrive en Afghanistan,
Intervenant 1 — 51:38
j'ai
Intervenant 1 — 51:39
un moment d'épiphanie
Intervenant 1 — 51:41
où je me dis,
Intervenant 1 — 51:42
je suis exactement
Intervenant 1 — 51:44
là où je veux être et je fais exactement ce que je veux faire et je voudrais être nulle part d'autre. Je suis, voilà, j'ai trouvé mon
Intervenant 1 — 51:52
évidence quoi. Mon évidence et je me suis dit, c'est ça que veux faire toute ma vie. Trop bien, voilà. Dans,
Intervenant 1 — 51:57
on finit toujours avec un petit conseil. Au vu de tout ce qu'on s'est dit, de ton parcours,
Intervenant 1 — 52:03
tu as parcouru le monde, tu as
Intervenant 1 — 52:06
vu tellement de choses, c'est quoi le conseil que tu pourrais donner aux gens qui nous regardent et qui nous écoutent?
Intervenant 1 — 52:16
Moi, je crois que le conseil,
Intervenant 1 — 52:18
c'est
Intervenant 1 — 52:20
quand on veut vraiment,
Intervenant 1 — 52:22
on peut.
Intervenant 1 — 52:24
Moi au début, tout le monde, j'ai eu beaucoup de gens, des gens du métier qui me disaient, mais alors que j'étais encore étudiante,
Intervenant 1 — 52:32
le métier, est mort de photographe, c'est laisse tomber, trouve autre chose.
Intervenant 1 — 52:38
Et
Intervenant 1 — 52:39
c'était il y a
Intervenant 1 — 52:41
25 ans, même peut-être plus.
Intervenant 1 — 52:45
Je connais des photographes qui n'en vivent pas, ils sont obligés de faire d'autres métiers. C'est c'est la fin du du jeu du photo journalisme et tout. Bon ça
Intervenant 1 — 52:54
m'a super déprimé
Intervenant 1 — 52:56
et au bout de 3 semaines je me suis dit mais merde en fait,
Intervenant 1 — 53:00
pourquoi je vais les écouter eux, je vais justement prouver que c'est possible
Intervenant 1 — 53:05
et
Intervenant 1 — 53:07
leur leur
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leur nom et c'est devenu mon moteur. Mais je crois que c'est ça le truc, c'est, il ne faut pas,
Intervenant 1 — 53:14
il ne faut pas écouter les gens qui disent non mais ça va être trop difficile et tout. Difficile peut-être mais pas impossible quoi. Il faut foncer quoi. Il faut foncer et parfois le difficile, le complexe c'est bien.
Intervenant 1 — 53:26
Génial. Merci Véronique de Digri pour tes conseils,
Intervenant 1 — 53:30
pour ta confiance et pour tout ce que tu nous as raconté. Et nous on se retrouve mardi prochain, à la semaine prochaine, salut.