Dans les profondeurs des enquêtes criminelles : le quotidien d’un plongeur de la Gendarmerie
Publié le 26 septembre 2026 · Mis à jour le 3 octobre 2026
Sur le plateau du podcast Tous WONDER, l'ambiance se veut intimiste et profondément informative. Une journaliste aux cheveux blonds, vêtue d'un pull crème, s'adresse à son invité face aux micros. L'arrière-plan révèle des étagères en bois décorées d'une lampe au design épuré et d'une plante verte.
De l'autre côté de l'écran scindé, un homme écoute avec attention. Il porte un polo sombre floqué de l'inscription GENDARMERIE. L'adjudant-chef Yohan incarne une spécialité rarissime au sein des forces de l'ordre.
Il est aujourd'hui le seul coordinateur en criminalistique subaquatique de France. Son quotidien se déroule sous la surface de l'eau, dans une obscurité angoissante où chaque geste compte.
Alors que cet épisode est diffusé sur des plateformes majeures comme Apple et Amazon, ce témoignage inédit lève le voile sur des opérations secrètes. Là où la vase et les courants menacent en permanence, ces plongeurs affrontent la mort pour restituer une vérité aux familles endeuillées.
Un enquêteur unique face aux scènes de crime sous l’eau

L'adjudant-chef Yohan commande la prestigieuse brigade fluviale de Conflans-Sainte-Honorine. Son expertise singulière le place au sommet de la criminalistique subaquatique nationale.
Son domaine d'intervention n'a rien à voir avec les laboratoires stériles de la police scientifique. Il évolue dans un environnement profondément hostile, oppressant et imprévisible.
La vase comme seule compagne d'enquête
Sous la surface, la pression physique écrase les tympans. Le courant menace en permanence de déstabiliser le professionnel équipé de ses lourdes bouteilles.
La lumière du soleil disparaît dès les premiers mètres. Les militaires se retrouvent plongés dans une nuit artificielle qui brouille tous les repères sensoriels.
La vase en suspension annule instantanément toute visibilité. L'exploration devient exclusivement tactile, exigeant une concentration extrême pour ne pas détruire les indices enfouis.
Pourquoi les rivières cachent-elles autant de véhicules et de disparitions ?
Les cours d'eau français dissimulent un nombre effarant de carcasses métalliques. Une simple prospection sur un canal de Provence a révélé 750 véhicules sur une distance de moins de vingt kilomètres.
Ces statistiques vertigineuses illustrent l'ampleur d'un phénomène méconnu. Les plans d'eau agissent comme d'immenses coffres-forts naturels, capables d'effacer les traces d'un cambriolage ou d'un assassinat.
L'utilisation d'ondes acoustiques et de sonars de pointe bouleverse aujourd'hui cet équilibre silencieux. La technologie permet de scruter les fonds sédimentaires avec une précision redoutable.
Un espoir ravivé pour les proches
C'est lors d'une plongée de routine que Yohan réalise l'importance de ces épaves inexplorées. En sondant les restes d'une Citroën Diane, ses gants effleurent un pare-brise portant l'année 1984.
Un homme disparu depuis quarante longues années se trouvait toujours à l'intérieur. Cette découverte fortuite démontre l'absolue nécessité de fouiller méthodiquement ces cercueils de tôle.
Le projet de la dernière chance
C'est ainsi que naît l'ambitieux Projet Lété, pensé pour mobiliser les plongeurs de la Gendarmerie. L'objectif consiste à cartographier rigoureusement chaque écho suspect répertorié sur le territoire national.
La démarche soulève une interrogation cruciale, que l'adjudant-chef formule avec une grande gravité face à la caméra.
Analyse des éléments retrouvés sous l'eau
| Type de cible | Difficulté de détection | Qualité de préservation |
|---|---|---|
| Véhicule immergé | Faible (sonar très efficace) | Habitacle protecteur |
| Arme métallique | Complexe (enfouissement rapide) | Altération par la rouille |
| Corps humain | Imprévisible (dérive du courant) | Dépendante de la température |
Traiter chaque découverte comme une scène de crime

La présence d'un corps immergé ne livre jamais sa vérité au premier regard. Un suicide par noyade peut parfaitement masquer une mise en scène macabre organisée par un tiers.
Les gendarmes s'immergent toujours avec une forte hypothèse criminelle en tête. Ce postulat théorique garantit la protection rigoureuse des preuves potentielles.
Chercher l'invisible au bout des doigts
La méthode d'enquête impose d'écarter le meurtre avant de valider la thèse de l'accident. L'équipe recherche des traces de violences, des cordages d'entrave ou d'éventuels impacts balistiques.
L'absence totale de lumière complique atrocement cette vérification. Les mains du plongeur se substituent à ses yeux pour palper délicatement le métal tordu et les vêtements.
Une tension psychologique de chaque instant
Tomber nez à nez avec une victime dans le noir absolu provoque un choc viscéral. Le contact physique direct précède presque toujours l'identification visuelle.
Cette réalité crue met les nerfs des intervenants à rude épreuve. Les militaires doivent instantanément maîtriser leur rythme cardiaque pour conserver une froideur clinique.
Chaque geste précipité ou motivé par la peur pourrait ruiner la zone. Une erreur d'appréciation risque d'effacer les seules preuves capables d'élucider l'affaire.
Le froid, le courant et l’incertitude : les limites du corps humain
L'environnement aquatique ne pardonne absolument aucune approximation. En période hivernale, les températures chutent drastiquement, transformant la mission en véritable calvaire physique.
Le froid insidieux transperce les épaisses combinaisons étanches. Il engourdit les articulations et provoque des douleurs lancinantes jusqu'au bout des doigts.
Vaincre la force brutale de la rivière
Les plongeurs luttent contre des débits d'eau parfois terrifiants. Ils progressent lentement, épaule contre épaule, en résistant à la masse liquide pour maintenir leur position.
Le matériel de respiration ajoute vingt à trente kilos de lest sur leur dos. Cette charge accablante épuise les réserves d'oxygène et raccourcit la durée d'intervention.
La transmission des informations s'effectue au moyen d'un modeste filin de sécurité. Relié au collègue resté en surface, le plongeur envoie ses messages par de brèves tractions codées.
Gérer les pièges de notre propre cerveau
Le doute s'installe très vite dans l'esprit des équipes de recherche. Un corps peut reposer à quelques dizaines de centimètres sans jamais être effleuré.
Les crevasses et les blocs de pierre trompent l'évaluation du terrain. Les redoutables biais cognitifs guettent l'enquêteur, toujours tenté de céder à une fausse intuition.
Ne rien trouver sur une zone ne signifie jamais qu'elle est déserte. L'humilité reste donc l'arme la plus indispensable d'un bon spécialiste subaquatique.
La criminalistique subaquatique : préserver le moindre indice

Les techniciens en identification criminelle opèrent selon des standards mondiaux sur la terre ferme. Exécuter ces mêmes protocoles sous la pression de l'eau relève d'une prouesse technique inédite.
Le but ultime consiste à isoler l'élément matériel qui débloquera le dossier judiciaire. Une infime particule, une douille percutée ou un bout de papier peuvent condamner un coupable.
L'art de la lenteur assumée
La précipitation crée des vortex destructeurs d'indices. L'intervenant s'oblige à évoluer avec une lenteur calculée afin de ne pas soulever les sédiments tapissant le fond.
Étonnamment, la cellulose résiste plutôt bien à une immersion de longue durée. Un agenda ou une pièce d'identité peuvent être sauvés s'ils sont saisis avec une minutie chirurgicale.
Figer l'espace avant de le modifier
L'inclinaison de la voiture, la puissance du flux et la composition géologique racontent le drame. Ces données primordiales doivent être recensées avec exactitude avant toute manipulation.
Des boîtiers photographiques renforcés et des modélisateurs 3D sont alors déployés dans l'obscurité. Ils immortalisent cet instant décisif pour les juges d'instruction restés sur la berge.
Les magistrats et les profileurs ne pourront jamais descendre analyser ces lieux inhospitaliers. Le gendarme agit donc comme leurs yeux et leur mémoire.
Récupérer un corps avec dignité et préserver les preuves
L'exfiltration de la dépouille marque l'aboutissement douloureux de la fouille. Les restes humains présentent des niveaux de dégradation très fluctuants selon la profondeur et l'activité de la faune aquatique.
La manœuvre de levage exige un immense respect et une douceur absolue. Le transfert doit éviter la dispersion des micro-traces biologiques piégées dans les tissus.
Le bouclier opaque de la housse mortuaire
Le sac de transfert obéit avant tout à un devoir de stricte humanité. Il dissimule la victime aux objectifs indiscrets et aux badauds massés sur le rivage.
Il remplit aussi une fonction scientifique d'une importance capitale. Son enveloppe hermétique bloque les ravages causés par les rayons ultraviolets sur l'ADN résiduel.
La course biologique contre la montre
Dès la sortie de l'eau, le processus de putréfaction s'emballe violemment. L'exposition à la chaleur et à l'oxygène atmosphérique déclenche des réactions cellulaires irréversibles.
La gestion des écoulements fluides requiert une rapidité d'exécution sans faille. Les spécialistes scellent la dépouille pour l'acheminer au plus vite vers la morgue.
Ce passage délicat entre le fleuve et la terre ferme reste le maillon faible de l'enquête. Une erreur de conditionnement ruinerait le travail du médecin légiste.
Quand l’eau devient un outil pour dissimuler un crime

Les meurtriers perçoivent spontanément les cours d'eau comme des alliés parfaits. Rivières et étangs offrent une solution expéditive pour engloutir les preuves gênantes d'une agression.
Les annales judiciaires regorgent d'enquêtes hantées par l'élément liquide. Les fleuves absorbent les revolvers fumants et enterrent les berlines liées aux braquages.
Le lourd silence des affaires retentissantes
Le militaire évoque plusieurs dossiers gravés dans la mémoire de la nation. Les prénoms de Grégory, Laetitia ou Jonathan résonnent comme de profondes blessures sociétales.
Chacune de ces tragédies montre comment un lac peut anéantir le travail de la justice. Les pièces à conviction sont soustraites au regard des techniciens terrestres.
Transformer un obstacle en laboratoire
Les délinquants misent sur le caractère terrifiant et inaccessible de ces zones boueuses. Ils ignorent que l'expertise des brigades spécialisées a considérablement progressé ces dernières années.
Les gendarmes renversent totalement ce faux sentiment d'impunité criminelle. Ils transforment des fosses sombres et hostiles en véritables salles d'analyse scientifique.
Le moindre fragment exhumé de la vase fait vaciller la défense des accusés. L'eau ne garantit plus l'oubli à ceux qui croient pouvoir y cacher leurs atrocités.
Une voiture retournée sous l’eau : la découverte qui bouleverse une mission
Les plongées les plus banales engendrent parfois des traumatismes tenaces. L'adjudant-chef se remémore l'inspection d'une épave dont seuls les pneus perçaient la surface troublée.
La carcasse reposait lourdement sur son pavillon, piégée dans une boue très dense. Le faisceau de la lampe halogène ricochait sur une eau devenue laiteuse.
S'enfoncer à l'aveugle dans l'acier froissé
La compression de l'habitacle bloquait toute infiltration classique par les portières. Le militaire s'est glissé dans la malle arrière, avançant à l'aveuglette dans un espace oppressant.
L'oxygène manquait et la tôle tranchante menaçait de déchirer la combinaison étanche. La rupture contrôlée d'une vitre a soudain libéré un accès vers l'avant du véhicule.
Le choc frontal avec la tragédie
La main du spécialiste a heurté une masse singulièrement souple. Le palpé méthodique a très vite validé la présence d'un passager décédé dans l'habitacle exigu.
L'effet de surprise suspend violemment le rythme de la pensée. L'adrénaline doit instantanément laisser place à une retenue absolue pour ne pas détruire la scène.
Cette confrontation directe avec la finalité de l'existence soulève une interrogation très humaine. La journaliste tente d'ailleurs d'en mesurer le poids psychologique au détour d'une question.
Les embâcles de la Seine : le danger que même les plongeurs redoutent

L'environnement fluvial produit des pièges mortels sans aucune intervention humaine. Les embâcles constituent l'angoisse suprême des professionnels engagés sous la surface.
Ces immenses barrages naturels naissent lors des fortes crues hivernales. Ils entremêlent des troncs massifs, du plastique et des carcasses industrielles pour former des dômes instables.
Le vortex aspirant, un péril fatal
La pression hydraulique s'engouffre sous ces barrages avec une violence inouïe. Le militaire risque à tout moment d'être plaqué contre une branche, incapable de s'extirper du siphon.
Les personnes noyées dérivent souvent jusqu'à ces zones de rétention d'une densité infernale. Extraire un corps de ces enchevêtrements relève d'une prouesse technique extrêmement risquée.
Savoir renoncer pour sauver sa vie
Le protocole de la Gendarmerie exige une évaluation scrupuleuse des courants avant l'immersion. Si le risque mécanique surpasse les capacités du binôme, l'intervention est catégoriquement refusée.
Un plongeur judiciaire détient toujours l'autorité d'annuler sa propre mission. S'il ressent une faiblesse mentale ou physique, il doit renoncer pour garantir sa survie.
La virtuosité technique s'efface totalement devant le pouvoir écrasant des éléments. L'humilité et la cohésion d'équipe demeurent les seules garanties de survie dans cette profession hors norme.
Les moments forts
Questions fréquentes

Qu’est-ce que la criminalistique subaquatique ?
C'est l'application des méthodes de la police technique et scientifique aux milieux aquatiques. Elle permet de relever des indices, de prélever des preuves et d'analyser des scènes de crime immergées, en composant avec les contraintes de l'eau, du froid et du courant.
Quel est le rôle d’un plongeur enquêteur de la Gendarmerie nationale ?
Son rôle est de sécuriser une scène de crime ou de disparition située sous l'eau. Il doit figer les lieux par la photographie ou la modélisation 3D, récolter méticuleusement des preuves matérielles et extraire les corps des victimes en préservant leur dignité et les indices biologiques.
Pourquoi les véhicules immergés sont-ils importants dans les enquêtes ?
L'eau dissimule les épaves aux regards des passants. Un véhicule immergé peut conserver à l'abri des décennies d'indices, devenant une pièce maîtresse pour résoudre des affaires classées, des disparitions inexpliquées ou des dissimulations criminelles.
Comment les enquêteurs préservent-ils les preuves immergées ?
Les plongeurs progressent avec une lenteur extrême pour ne pas créer de remous. Ils utilisent des contenants étanches pour remonter les armes ou les documents, et emploient des housses mortuaires opaques pour bloquer l'exposition immédiate aux rayons UV et à l'oxygène de surface.
Pourquoi les embâcles sont-ils dangereux pour les plongeurs ?
Ces accumulations de branches et de débris créent des barrages naturels hautement instables. Ils génèrent de puissants courants d'aspiration capables de bloquer définitivement un plongeur sous l'eau sans aucune possibilité de dégagement.
Invités
- Yohan — Plongeur de la Gendarmerie

Voir le transcript complet
[SPEAKER_01] Je suis tombé nez à nez avec corps. Tu bosses sur des scènes de crime sous l'eau. Je descends sous le cadavre, je me suis retrouvé à rechercher des gens démembrés dans des valises. Qu'est-ce que tu peux relever? On passe notre temps à gérer l'incertitude. Ton plus grand défi c'est quoi? C'est de voir les gens sont encore dans l'espoir que peut-être on nous retrouve vivant. Je tire, c'était le bras de la victime quoi. Bonjour à tous et bienvenue dans tous Wonder, le média qui parle de votre point de bascule. Aujourd'hui, on plonge littéralement dans un univers que peu de gens connaissent. On reçoit l'adjudant chef Yohan. Il est le 1er et le seul coordinateur [SPEAKER_01] criminalistique [SPEAKER_01] subaquatique. Ça veut dire quoi? Ça veut dire qu'il traite des scènes de crime sous l'eau. Il prélève de l'ADN, des fibres et tout ça sous l'eau. Au quotidien, il est enquêteur subaquatique, commandant de la brigade fluviale de Conflans-Sainte-Honorine [SPEAKER_01] et il s'est lancé dans un projet de dingue. Il cartographie [SPEAKER_01] toutes les voitures immergées [SPEAKER_01] dans les cours d'eau, dans les plans d'eau, sur tout le territoire. Résultat, [SPEAKER_01] vous allez l'entendre, il a résolu certains cold case. Tous Wonder, c'est tous les mardis, vous nous retrouvez sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcast [SPEAKER_01] Spotify, Deezer, Amazon et Apple. Vous pouvez nous regarder, nous suivre un peu partout et un peu tout le temps. Si vous voulez sponsoriser l'épisode, [SPEAKER_01] c'est possible. Il faut nous écrire à partenariat au singulier arobase tous wonder point com. Si vous voulez venir me raconter votre vie incroyable, là il faut écrire à émission [SPEAKER_01] au singulier arobase tous wonder point com. Et tous vendeurs c'est maintenant avec l'adjudant chef Johann enquêteur subaquatique. [SPEAKER_01] Adjudant chef Johanne merci d'être avec nous. Je suis hyper contente parce que tu as quand même un métier de dingue parce que tu es alors je l'ai dit le 1er et le seul coordinateur [SPEAKER_01] criminalistique [SPEAKER_01] subaquatique. [SPEAKER_01] Tu bosses sous l'eau sur des scènes de crime sous l'eau. On commence toujours avec un point de bascule. Le tien c'est 2023, il est assez récent évidemment on en a plein, mais en tout cas un gros point de bascule pour toi. [SPEAKER_01] Tu es en train de bosser, tu plonges et presque par hasard tu découvres une voiture, une Citroën Diane [SPEAKER_01] date de 1984 [SPEAKER_01] et là tu vas résoudre une affaire, est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé et pourquoi pour toi c'était un moment incroyable. [SPEAKER_00] Alors effectivement c'est assez mémorable. En 2023, [SPEAKER_00] fait une prospection avec un sonar donc on recherche par hasard, c'est un camarade à moi qui fait cette recherche un dimanche et en fait il retrouve cette voiture sur 3 kilomètres. [SPEAKER_00] Et le lundi on programme la plongée, on se sépare en binôme [SPEAKER_00] et avec mon binôme du coup je me retrouve à plonger sur la 4e voiture. Il y a plusieurs voitures. Alors il y a 7 voitures sur 3 kilomètres. Donc c'est une petite rivière on est assez surpris parce qu'elle n'est pas très large et on ne s'attend pas à trouver autant de voitures même si on sait qu'il y a beaucoup de voitures immergées. [SPEAKER_00] Et arrivé à la 4e voiture, on se retrouve sur [SPEAKER_00] où il n'y pas beaucoup de visibilité, on voit pas grand-chose et on se retrouve sur ce qu'on croit reconnaître être une 2 chevaux, parce que Diane 2 chevaux ça ressemble beaucoup et [SPEAKER_00] puis [SPEAKER_00] et puis en fait je mets les mains dans la vase et [SPEAKER_00] je découvre des restes osseux du coup [SPEAKER_00] dans dans le cas de cette affaire et je sur le pare-brise je vois marquer 84 et là je ça fait tilt en fait je me dis waouh c'est un très très vieux dossier. La personne était [SPEAKER_00] dans la Citroën Diane depuis 84. C'est un des rares cas où enfin c'est un des rares cas, c'est un des quasi-seul cas où un corps reste au fond de l'eau en fait. La plupart du temps, il remonte en [SPEAKER_00] surface [SPEAKER_00] mais quand ils sont bloqués dans des voitures, ils restent coincés. Et donc là c'est ce qui s'est passé avec avec cette personne. Est restée Tu as raison d'une affaire de disparition. C'est ça, voilà. Pourquoi c'est un point de bascule pour toi en ce moment [SPEAKER_01] que tu découvres cette voiture, ce corps, cette cette petite [SPEAKER_01] vignette 1984? [SPEAKER_00] En fait c'est à quel point on a des dossiers anciens qui peuvent être cachés dans l'eau. J'avais déjà trouvé des corps immergés dans des voitures et certains de mes camarades également, donc on le sait qu'il y a des corps qui peuvent être cachés dans l'eau, mais là ça a été la la révélation de me dire mais en fait 84, [SPEAKER_00] ça fait depuis tout ce temps qu'il est dans l'eau et personne ne l'a trouvé et il va falloir en fait [SPEAKER_00] créer quelque chose pour pouvoir prospecter toutes les rivières et tous les plans d'eau. Et c'est comme ça qu'est né le projet, le projet l'été. C'est un projet de dingue. Donc en fait tu vas cartographier [SPEAKER_00] les cours d'eau, les plans d'eau sur tout le territoire pour retrouver des voitures immergées, c'est ça? Exactement, c'est ça. En fait l'idée c'est de, on a des des sonars sont très performants, qui envoient des ondes acoustiques et qui nous permettent de repérer les épaves de voitures de façon très efficace. Et donc l'idée c'est de mettre à contribution les 120 plongeurs de la métropole [SPEAKER_00] de la gendarmerie nationale pour en fait faire cette prospection, repérer les échos sonars de ces voitures et ensuite plonger dessus, les fouiller de façon systématique [SPEAKER_00] et potentiellement retrouver des personnes qui seraient coincées encore dedans. La gendarmerie, elle estime que depuis 72, [SPEAKER_01] il y a 1000 personnes disparues, c'est ça? Les gens qu'on n'a pas retrouvés, qui sont soit ont souhaité disparaître, mais qui peut-être aussi se sont soit suicidés, [SPEAKER_00] ont été tués. En fait, il y énormément de personnes disparues et on s'est rendu compte aussi qu'on avait des personnes disparues qui avaient disparu avec leur véhicule. Et donc pour faire disparaître un véhicule, c'est extrêmement efficace de de l'immerger. [SPEAKER_00] Donc c'est aussi pour ça que ce projet il est né, c'est de se dire mais en fait on a, [SPEAKER_00] on sait qu'on a des milliers de voitures puisqu'on a déjà fait des campagnes de recherche pour des dossiers. Donc on a pu voir par exemple sur le Rhône, le fleuve du Rhône au niveau de la Drome par exemple, on a 30 kilomètres, on a 300 échos de voitures. On a un canal en Provence, mes camarades de de Marti plongent régulièrement dessus, un canal EDF et on a 750 voitures sur moins de 20 kilomètres. [SPEAKER_00] C'est énorme en fait la quantité de de voitures immergées. Et donc parmi toutes ces voitures potentiellement on a des des gens qui sont coincés dedans. Et donc c'est ça, c'est pour ça que ça a été une révélation ce ce monsieur découvert après après 40 ans. Je me dit mais en fait il a encore combien des comme ça et [SPEAKER_00] il n'était pas très loin de chez lui finalement. [SPEAKER_00] Donc [SPEAKER_00] voilà il avait juste disparu sous l'eau et en fait c'est c'est hyper efficace quoi, on balance une arme, on balance une voiture et en quelques secondes, ça a disparu dans des eaux qui sont souvent troubles et donc ça marche bien, c'est c'est très efficace. [SPEAKER_01] Toi ton métier donc c'est de travailler sur des scènes de crime sous l'eau. C'est ça tout à fait. Il faut que tu nous expliques alors il faut vraiment qu'on imagine comment comment ça se passe, c'est-à-dire que [SPEAKER_01] tu [SPEAKER_01] as un équipement qui est très lourd, [SPEAKER_01] tu arrives dans des dans des habitats que j'imagine qui parfois sont compressés, y a eu un choc, c'est minuscule. [SPEAKER_01] Comment tu fais? [SPEAKER_01] Parce que nous on imagine les scènes de crime pardon comme dans les films, c'est un peu naïf mon truc, mais les mecs en blanc, tu vois où tu as un espace dans une pièce. Là c'est minuscule, comment tu fais? En quoi ça consiste? Alors c'est minuscule ou ça peut être hyper étendu, ça va vraiment dépendre de de la Si [SPEAKER_00] c'est concentré dans une voiture, effectivement là ça a été quelque chose qui est qui est très compact dans l'habitacle de la voiture ou dans le coffre. Donc là, oui on transporte de l'équipement qui est assez lourd, qui est assez volumineux pour pouvoir respirer sous l'eau, ce n'est pas naturel. Donc c'est 20, 30 kilos hein? Ouais de 20, 30 kilos à peu près d'équipement, selon ce qu'on emporte avec nous. Donc tu n'arrives pas forcément à rentrer dans la voiture toi-même en fait? Alors on va réussir en général à passer les épaules et le torse, voilà. Ça c'est en général suffisant pour aller vérifier [SPEAKER_00] les éléments comme le pommeau de vitesse, comme s'il y a des clés, vérifier la boîte à gants et vérifier surtout la présence d'un corps. [SPEAKER_00] On va également amener avec nous des appareils photos, des caméras et on va tenter de figer la scène parce que précisément sous l'eau, en fait personne ne peut y aller à part nous. Le magistrat, [SPEAKER_00] les enquêteurs, les différents experts de criminalistique ne peuvent pas explorer la scène. En fait on est seulement les plongeurs et donc c'est extrêmement important pour nous de réussir à figer la scène avec un appareil photo, avec des modélisations en 3 dimensions, des choses comme ça. Donc voilà, on amène tout cet équipement sous l'eau et comme je disais ça peut être une voiture avec une surface très concentrée dans l'habitacle, mais ça peut être aussi des zones très étendues. Précisément si on prend [SPEAKER_00] une personne qui est trucidé et l'auteur veut se débarrasser du corps, il le jette depuis un pont, En fait on n'est pas vraiment sur la scène de crime à proprement parler, on est sur une scène dite secondaire puisqu'en fait c'est l'endroit où le corps a été jeté. [SPEAKER_00] Mais en plus de ça, on va rajouter le courant qui peut faire déplacer le corps sur parfois plusieurs kilomètres, dizaines ou centaines de kilomètres. Ah oui donc tu dois retrouver le corps, plusieurs centaines de kilomètres. C'est ça et quand on retrouve un corps, on ne sait pas forcément d'où il vient. [SPEAKER_00] Donc en fait c'est c'est des scènes qui du coup de fait sont très complexes. C'est c'est des scènes un peu particulières. Les corps sont sous l'eau en général, il s'agit de gens qui se sont suicidés, il s'agit de crimes, [SPEAKER_01] c'est quoi la majorité des cas sur lesquels tu travailles, les enquêtes sur lesquelles tu Pas de statistiques précises mais globalement on a une majorité de suicides pour les corps. [SPEAKER_00] On a beaucoup de gens qui choisissent cette façon-là pour, [SPEAKER_00] pour, pour en finir donc en se jetant à l'eau voilà, parfois ils se laissent eux-mêmes, ils prennent des poids pour être sûr de ne pouvoir remonter, parfois ils se jettent avec leur voiture également ça arrive. [SPEAKER_00] Après on a la phase toute la partie accident également. [SPEAKER_00] On a quand même beaucoup de noyade notamment l'été, [SPEAKER_00] donc même si c'est plutôt, ça va concerner plutôt les plongeurs sapeurs pompiers, [SPEAKER_00] pour la phase de secours, passer un certain délai où le secours malheureusement n'est plus possible et bien ça devient des investigations et c'est normalement les, normalement les gendarmes qui prennent le le relais. [SPEAKER_00] Et après de temps en temps on a des affaires criminelles. Alors là il faut faire extrêmement attention, c'est qu'à force de traiter des corps ou [SPEAKER_00] des potentiellement sur des suicides, on peut baisser la garde et ne pas faire attention si c'est un crime. Donc en fait nous on va systématiser [SPEAKER_00] un certain nombre de [SPEAKER_00] de procédures [SPEAKER_00] pour partir du principe que c'est une affaire criminelle. Et puis ensuite on va désamorcer au fur et à mesure. Comment on fait la différence sous l'eau? Déjà qu'est-ce que, qu'est-ce qui te fait dire j'ai une intuition? [SPEAKER_00] Alors l'intuition sous l'eau, faut bien s'en méfier. [SPEAKER_00] Globalement c'est une bonne raison. C'est c'est extrêmement [SPEAKER_00] piégeux parce que en fait on subit beaucoup de biais cognitifs. Déjà [SPEAKER_00] par défaut, n'importe quelle scène [SPEAKER_00] terrestre, y un effet un peu de sidération, il y un effet de surprise, [SPEAKER_00] il y a un effet tunnel, il y beaucoup de de de choses qui rentrent en ligne de compte mais en plus nous on est sous l'eau. On peut pas communiquer, [SPEAKER_00] on n'a pas de de système de communication pour parler avec la surface, ça existe mais nous dans nos conditions de de plongée, la plupart du temps ce n'est pas utilisé. [SPEAKER_00] Donc pour communiquer en fait c'est avec nos camarades avec une corde et puis on fait des signes en fait 2 coups partez, 3 coups on s'arrête, [SPEAKER_00] 4 coups on remonte, plein de coups, soit j'ai un problème, soit j'ai trouvé quelque chose d'intéressant et en fait on se met d'accord au départ pour communiquer. Donc la perception, elle est uniquement dans notre tête [SPEAKER_00] avec un champ de vision qui est très réduit, visibilité réduite, notre masque aussi qui qui réduit le champ de vision. Donc le feeling, l'intuition, il faut vraiment vraiment vraiment s'en méfier. Tu as dit parfois il a il y les corps lestés, enfin tu vois j'imagine qu'il y a quand même des signes peut-être c'est intéressant. Après effectivement au 1er abord si on tombe sur un corps lorsqu'on on va commencer notre inspection du corps, on voit des des blessures particulières [SPEAKER_00] comme des impacts au niveau du torse potentiellement balistiques. Évidemment on va se douter que potentiellement c'est c'est criminel. Les gens qui sont entravés également même si on a des gens qui s'entravent [SPEAKER_00] pour se suicider malheureusement, [SPEAKER_00] mais évidemment ça va faire tilt en fait si quelqu'un est lesté avec un parpaing, forcément ça va ça va activer un petit peu des des red flags et mais [SPEAKER_00] en théorie ce n'est pas censé changer notre façon d'approcher la scène, on est censé vraiment la prendre en compte comme criminel au départ et petit à petit on va désamorcer. [SPEAKER_01] Même si c'est ton métier, n'est pas terrifiant quand même moi j'imagine, [SPEAKER_01] tu vois tu as tu tu parles de vase, tu as un champ de vision réduit, [SPEAKER_01] tu mets ton bras, tu tombes sur un corps. [SPEAKER_00] C'est particulier, [SPEAKER_00] c'est particulier. [SPEAKER_00] Je me souviens une fois on avait fait un, [SPEAKER_00] on avait fait une recherche d'une personne qui avait disparu avec sa voiture, mais vraiment très récemment. [SPEAKER_00] On n'était plus dans la phase secours mais c'était moins moins de 24 heures et [SPEAKER_00] donc le temps qu'on trouve la voiture avec notre sonar, [SPEAKER_00] il faisait nuit donc on n'avait déjà pas beaucoup de visibilité au départ mais on va dire que d'un ton un peu vert orangé de la rivière très sombre, on passe au noir total et puis du coup entre la voiture, on plonge dessus de nuit alors évidemment on a nos lumières mais ça pas très loin et en fait la seule ouverture qu'il y avait c'était le coffre, la voiture était tombée sur le toit, alors c'est assez fréquent avec le moteur, elle se retourne souvent [SPEAKER_00] et en fait du coup je commence à rentrer dans le coffre et là en fait je suis tombé nez à nez avec le corps et ça c'est quelque chose qui est très fréquent en fait dans notre boulot. On a vraiment un effet de surprise voilà. [SPEAKER_00] Il faut aussi préparer en fait voilà, il faut il faut se dire Tu fais des cauchemars ou pas? Non non non tu veux mettre cauchemars. [SPEAKER_00] Vois je pourrais pas faire tomber. Pas de cauchemars particuliers. Par contre la vraiment en tout cas là c'est personnel mais ce qui est particulier pour moi, le contact avec les vivants en fait parce que parfois on a un accident, on a des des proches qui sont sur les berges et qui suivent de très très près nos investigations [SPEAKER_00] parce qu'en fait ils sont ils sont dans l'attente, ils sont dans l'attente qu'on trouve leur proche qui a disparu. [SPEAKER_00] Pas dans le cas d'école, mais dans des affaires qui sont récentes. [SPEAKER_00] Et ça c'est quelque chose qui est assez impressionnant [SPEAKER_00] pour peu qu'on ait un peu d'empathie [SPEAKER_00] quand on voit des des certaines scènes avec les vivants, ça c'est assez perturbant. Et si des fois je rentre perturber, c'est c'est plutôt à cause des vivants. C'est quoi, tu as quoi comme scène auquel tu C'est très varié mais ça peut être au moment où on annonce, ça peut être des gens qui s'écroule complètement ou qui se mettent à hurler parce qu'ils sont dans le déni et qu'il faut pouvoir gérer ce cette annonce. [SPEAKER_00] C'est de voir que les gens sont encore dans l'espoir que peut-être on nous retrouve vivant, [SPEAKER_00] peut-être la personne a réussi à sortir de l'eau plus plus loin, c'est improbable, ça fait 3 jours mais peut-être et en fait tant qu'on n'a pas dit, on a trouvé le corps, il y a cette attente et et ça c'est assez [SPEAKER_00] assez dur à vivre en fait quand ça y on annonce que oui on on l'a trouvé quoi. Il a il y a un soulagement aussi on est souvent remercié par les familles, [SPEAKER_00] mais c'est quand même un moment qui n'est pas très marrant à vivre pour nous. Et c'est toi qui annonce? Alors ça dépend des fois, ça dépend des fois. Parfois on n'annonce pas, on on passe par l'enquêteur plutôt, qui est en charge vraiment de la disparition elle-même. [SPEAKER_00] Et puis après la personne parfois demande à nous parler et elle vient nous remercier. [SPEAKER_00] Parfois on assiste simplement de loin à certaines scènes, je me souviens un [SPEAKER_00] 1 jeune qui était, qui s'était suicidé en laissant ses affaires bien pliées sur le bord [SPEAKER_00] d'un lac, l'eau était à moins de 3 degrés et il a il a réussi à nager avant de de couler. Il y une vraie volonté [SPEAKER_00] de de d'arrêter de souffrir en tout cas, peut-être de mourir mais d'arrêter de souffrir et c'est le moyen qu'il a trouvé et [SPEAKER_00] et donc on a sorti le corps, nous on était très concentré sur notre tâche, [SPEAKER_00] voilà on a fait notre travail avec une certaine satisfaction, d'avoir réussi à le retrouver donc on est on est plutôt [SPEAKER_00] plutôt [SPEAKER_00] satisfait quand on sort, on n'explose pas de joie mais on est content que qu'on n'ait plus trouvé. C'est mission réussie bien [SPEAKER_01] sûr tu rends encore à la famille, enfin c'est ce qu'on se Là [SPEAKER_00] ce jour-là on se change, [SPEAKER_00] dans le camion on avait très froid, on change et quand on repart, [SPEAKER_00] on marche un petit peu pour aller rejoindre notre notre second véhicule et là en fait le papa était arrivé, il avait ouvert la housse avec l'accord de de l'enquêteur et donc caressait le visage de de de son enfant, son jeune enfant, un jeune adulte mais voilà. [SPEAKER_00] Et en lui disant pourquoi tu as fait ça, pourquoi tu as fait ça et ça c'est c'est des scènes qui marquent vraiment quand on se dit waouh voilà la réalité en fait, [SPEAKER_00] ce n'est pas seulement une victime en fait, c'est toutes les victimes autour, toutes les, toutes les familles qui vont devoir gérer un deuil [SPEAKER_00] et donc ça c'est quelque chose de de de très motivant aussi pour retrouver le corps parce qu'on n'imagine même pas quand on ne retrouve pas le corps et qu'on n'arrive pas à faire son deuil, c'est pire. [SPEAKER_01] Donc voilà, c'est Il y a des affaires qui te qui te poursuivent comme ça auxquelles tu penses ou il y a ou tu as, enfin tu as, vous n'avez pas réussi parce que pour x raisons [SPEAKER_01] à retrouver un corps ou tu ou tu ça te poursuit ouais? Ouais ouais ça arrive ouais c'est c'est assez [SPEAKER_00] clairement c'est c'est de la frustration parce qu'on y passe du temps, on y met beaucoup d'énergie, on se met dans une situation qui n'est pas évidente, [SPEAKER_00] on subit physiquement et psychologiquement, [SPEAKER_00] on passe des heures parfois enfin je me souviens de recherches que j'ai fait dans une rivière l'hiver j'étais ressorti j'avais les mains qui commençaient à virer au bleu enfin [SPEAKER_00] quand on va manger au chaud et quand ça se réchauffe ça ça ça brûle un peu les mains tellement on a froid. Voilà donc il des conditions qui sont un peu qui ne pas évidentes et à la fin on n'a pas trouvé quoi. On n'a pas trouvé [SPEAKER_00] et c'est un métier qui qui n'est pas évident pour la recherche, c'est d'ailleurs on est souvent très prudent quand on [SPEAKER_00] dit qu'on n'a pas trouvé. C'est rare qu'on affirme que la personne n'y est pas. D'accord. On est très très prudent parce qu'on sait qu'il y beaucoup de biais qui rentrent en ligne de compte, c'est un environnement qui n'est pas facile et parfois on est en recherche, on se met en fait sur une corde tous côte à côte et puis on dérive par exemple dans le courant. C'est une technique parmi d'autres, on a beaucoup de techniques différentes. [SPEAKER_00] Mais enfin je veux dire des fois on tourne la tête à droite, [SPEAKER_00] il est caché derrière un rocher, la victime cachée derrière un rocher, si à ce moment-là je regarde à gauche, je le rate, on passe devant et on considère que la visibilité C'est [SPEAKER_00] ça, on l'a raté quoi Ouais, c'est faible C'est frustrant. [SPEAKER_01] Sous l'eau, un corps peut rester combien de temps? Avant de remonter. [SPEAKER_01] Avant de remonter ou alors dans une voiture quand il remonte pas, c'est-à-dire que là par rapport à ce que tu fais et la résolution de ces cold case, [SPEAKER_00] est-ce qu'il y a un moment où on se dit on ne trouvera plus rien, tu vois dans dans une affaire? Alors pour ce qui est pour ce qui des effectivement il y il y a pas mal de paramètres qui rentrent en ligne de compte, il va y avoir la profondeur, [SPEAKER_00] c'est-à-dire que s'il n'y pas de de voiture spécifiquement si c'est très profond le corps ne remonte pas, il y la température qui va jouer, [SPEAKER_00] y a la corpulence de la personne, [SPEAKER_00] il y a pas mal de paramètres comme ça qui s'additionnent en fait et qui font que chaque cas est un peu différent. [SPEAKER_00] Après [SPEAKER_00] voilà dans le cadre du projet l'été notamment et cette recherche de de cold case Le projet l'été c'est cette cartographie des voitures pardon je te reprends ce qui La [SPEAKER_00] cartographie des voitures, c'est c'est précisément parce que là, c'est un cas particulier où on sait que le corps normalement, la plupart du temps, il est encore dedans. Alors dans quel état, la plupart du temps en format Est-ce y a moment où tu dis au bout de 50 ans en général, il ne reste plus rien, tu vois ou non en fait parce que les eaux finalement sont assez solides tu sais? Ouais ouais pour l'instant du plus ancien qu'on ait retrouvé, on a encore des ossements donc, [SPEAKER_00] il y toujours quelque chose à retrouver, ça peut être des ossements mais ça peut être aussi plein d'indices [SPEAKER_00] dans une voiture mais aussi à côté. [SPEAKER_00] Je veux dire à part quelque chose qui va vraiment se se s'autodétruire dans l'eau, par exemple certains vêtements qui avec le temps au bout de plusieurs dizaines d'années disparaissent en fait, mais sinon il y quand même toujours des choses qui vont rester certains vêtements qui sont plus résistants à certains objets, une montre c'est tout bête mais une montre qui s'arrête, en fait ça vous donne une indication [SPEAKER_00] 50 ans avant à quel moment elle s'est arrêtée quand elle a pris l'eau. Et en fait c'est des petites choses comme ça qui vont s'ajouter et qui vont faire que, on pourrait penser qu'il n'y plus rien à trouver et finalement, [SPEAKER_01] mais en fait on arrive quand même à reconstruire une partie du puzzle, pas tout mais une partie. Est-ce qu'une scène de crime sous l'eau, c'est une scène de crime identique à une scène de crime classique. [SPEAKER_01] Qu'est-ce que tu peux relever? [SPEAKER_01] On pense aux empreintes, à l'ADN, aux fibres. [SPEAKER_01] Qu'est-ce que tu peux aller rechercher [SPEAKER_01] dans cet environnement qui est hyper particulier? [SPEAKER_00] Pratiquement tout, c'est juste qu'on a une grosse dégradation par l'immersion. Donc il y certaines choses qui vont moins résister [SPEAKER_00] à d'autres choses qui vont très très bien tenir. On ne donne pas trop de détails en général parce que le but ce n'est pas de donner la clé en main aux futurs criminels mais [SPEAKER_00] globalement voilà on peut récupérer beaucoup plus de choses que ce qu'on croit. [SPEAKER_00] Typiquement si je prends par exemple un élément pileux ou une fibre, on se rend compte que ça tient très longtemps et on arrive à récupérer des choses comme ça après plusieurs dizaines d'années parfois. Ah ouais. Ouais, [SPEAKER_00] c'est assez bluffant quoi. C'est dingue mais parce que si le corps pardon pour le détail mais enfin si le corps se dégrade tu vois enfin il est où ce cheveu, il est où ce bout de pull, est. Typiquement si on a un corps qui se dégrade on peut avoir des ossements mais on a des fibres encore autour correspondent aux vêtements par exemple. Donc ça c'est des choses qui seront qui seront intéressantes, qui seront à contextualiser. [SPEAKER_00] On est toujours très prudent parce que en fait on passe notre temps à gérer l'incertitude. [SPEAKER_01] Tu dois avoir l'impression de remonter le temps parfois j'imagine. C'est ça exactement ouais et après on [SPEAKER_00] ne travaille pas, moi je travaille sur la partie du coup immergée mais après il y les enquêteurs qui qui prennent le relais sur l'enquête elle-même. [SPEAKER_00] Et en fait on essaie de de de mélanger un petit peu tout ça pour voir en fonction de ce que j'ai trouvé sous l'eau et en fonction ce que les enquêteurs ont comme élément, mais on essaie de de créer des matchs quoi, savoir si voilà, si des choses sont cohérentes et sont utilisables pour savoir ce qui s'est passé. Il y des choses que tu ne peux pas faire ou pas trouver sous l'eau? [SPEAKER_01] Ça tu n'as [SPEAKER_01] pas envie de me le dire ça. [SPEAKER_00] Globalement on peut presque tout faire. Ouais on peut presque tout faire. [SPEAKER_00] C'est [SPEAKER_00] c'est vraiment une scène qui va se traiter de la même façon que qu'à terre juste en prenant en compte toutes les contraintes et les particularités de cet environnement. Comme je le disais, un corps qui est trouvé dans l'eau, ce n'est pas l'endroit où il a été par exemple poignardé, l'endroit où il a été jeté. Donc on est sur une scène secondaire, ça implique certaines choses. [SPEAKER_00] S'il y du courant, ça implique encore d'autres choses. S'il y a un véhicule, ça implique encore d'autres choses donc voilà. C'est juste qu'on va adapter nos techniques au milieu subaquatique, mais le milieu subaquatique, c'est des scènes comme les autres. Donc on va prendre en compte, prendre en compte toutes les traces possibles, toutes les observations possibles, mais on va juste les contextualiser. [SPEAKER_01] Et ton plus grand défi c'est quoi? [SPEAKER_01] Le plus grand défi en général pour une plongée? Ouais pour une plongée, pour ce type d'enquête, pour ce type de [SPEAKER_01] boulot Alors [SPEAKER_00] c'est compliqué mais [SPEAKER_00] on va dire que c'est de trouver l'élément clé, celui qui va répondre au plus de questions possible. Encore une fois on doit gérer l'incertitude donc il n'y pas un élément qui va nous donner [SPEAKER_00] exactement ce qui s'est passé. Mais exemple [SPEAKER_00] les papiers, les documents, ça tient plutôt bien sous l'eau. Ah ouais. Ouais, à condition [SPEAKER_00] de les trouver, d'en prendre soin, d'être extrêmement méticuleux, [SPEAKER_00] mais un exemple [SPEAKER_00] totalement [SPEAKER_00] hasardeux, mais admettons dans une voiture immergée depuis très longtemps, je trouve un courrier [SPEAKER_00] de suicide par exemple, un brouillon qui n'aura pas été laissé sur les berges, celui des berges aurait été perdu et un est retrouvé dans la voiture. Ça, ça me donne des éléments qui sont extrêmement déterminants. [SPEAKER_00] Voilà, si dans un, [SPEAKER_00] dans un textile, je trouve des impacts balistiques sur un dossier très ancien, ça me donne des éléments également. Voilà donc en fait c'est de trouver cet élément clé qui est très fragile, qui est discret, qui est perdu dans ma scène immergée, [SPEAKER_00] qui a peut-être survécu, donc il faut toujours essayer d'y croire et partir du principe que ça a survécu ça va de le retrouver. Alors qu'on a de la vase de partout, qu'on voit rien, [SPEAKER_00] qu'on doit se stabiliser dans le courant, qu'on ne peut pas communiquer avec nos camarades, [SPEAKER_01] c'est c'est un gros challenge. Et en recherche et développement, qu'est-ce que tu aimerais [SPEAKER_01] peut-être mettre en place ou est-ce que tu as des [SPEAKER_01] certains outils où tu dis ça c'est indispensable, ce serait indispensable tu vois. Parce qu'évidemment on évolue tu vois l'ADN il y quelques années ça n'existait pas, on ne pouvait pas là. Est-ce que là il y des trucs où tu te dis mais il faut qu'on avance là-dessus. [SPEAKER_00] Sur énormément de sujets, doit continuer à à à progresser et à comprendre comment la trace, la trace c'est vraiment voilà ce qu'on appelle ça la trace en criminalistique, c'est vraiment le le vestige d'une action passée en fait. Donc une empreinte digitale, une trace papillaire laissée par par les doigts, l'ADN, les fibres, des traces balistiques. Bref il y a énormément de choses et en fait l'idée c'est de mieux comprendre comment elle survive dans l'eau pour qu'elle puisse nous donner plus d'éléments [SPEAKER_01] pour l'enquête. Combien de temps ça dure une plongée? [SPEAKER_01] Ce n'est pas toujours évident, l'a compris, il y a des conditions de courant, [SPEAKER_01] de température. [SPEAKER_01] Combien de temps tu plonges, tu plonges et combien de temps vous plongez en fait? C'est vraiment aléatoire. Ouais ouais, on peut faire jusqu'à 3 heures, voire 4 heures de recherche d'affilée [SPEAKER_00] rechercher [SPEAKER_00] une voiture ou un corps. Et parfois [SPEAKER_00] on nous demande d'aller rechercher une arme qui a été jetée par un braqueur depuis un pont, les indications sont bonnes, si le témoignage est précis et en 20 minutes, on a trouvé l'arme, on a fait un travail de de constatation dessus, on a photographié, on l'a conditionné, on l'a remonté et c'est terminé en 20 minutes. Donc c'est hyper aléatoire. [SPEAKER_00] Mais globalement ça prend du temps [SPEAKER_00] parce que encore une fois ce qu'on a ce qu'on a vu avant c'est c'est complexe donc [SPEAKER_00] souvent chronophage. [SPEAKER_01] Et parfois c'est dangereux. Tu m'as raconté aussi quand on a préparé l'émission que tu as plongé dans un puits [SPEAKER_00] Les puits ouais ça fait partie Il y avait je ne pas quoi la circonférence était juste microscopique en fait. Oui les puits c'est c'est une des particularités, on est pas nombreux dans les plongeurs à faire du puits, [SPEAKER_00] mais c'est vrai que c'est c'est c'est un peu spécial, [SPEAKER_00] il y parfois des dimensions qui sont hors normes, soit c'est très profond [SPEAKER_00] où on a une zone pour accéder à l'eau qui est qui est très étendue puis surtout effectivement c'est c'est pas très large donc il faut pas être trop claustraux ouais effectivement. Et puis on est dans un contexte, moi je me souviens mon tout 1er puits que j'ai fait, c'était vraiment la 1re fois en plus on avait fait beaucoup de route et du coup les enquêteurs pour le coup savaient que le le la personne à victime était dedans, [SPEAKER_00] probablement un suicide et [SPEAKER_00] en fait depuis le, depuis le haut, depuis il y avait 5, 6 mètres, on voyait en fait la personne qui était, qui attendait au fond, qui attendait, on voyait la victime qui était au fond. [SPEAKER_00] En fait il y avait une partie, une trappe qui avait été soudée sur le puits et donc l'entrée elle faisait 40 centimètres par 60 centimètres donc voilà, il a fallu lever les bras et se se faufiler pour déjà passer [SPEAKER_00] cette étroiture avec l'équipement évidemment. [SPEAKER_00] Puis on descend seul, on ne descend pas en binôme avec dans un puits, on descend seul, y un binôme qui attend en surface au cas où j'ai un problème pour me rejoindre, mais on descend seul. [SPEAKER_00] Et donc on descend et on voit un corps et en fait on vient au contact d'un corps parce que ce n'est pas large et il y a déjà un corps donc en fait on est très très proche de la personne. [SPEAKER_00] C'est, c'est très particulier donc là typiquement un cas comme ça, j'avais d'abord fait [SPEAKER_00] le fond du puits, le but c'est de vérifier avant de remonter la personne si je n'ai pas des choses qui sont suspectes [SPEAKER_00] Parce que quand je commence à déplacer la personne pour l'accrocher et la remonter, je crée un mouvement d'eau et je dégrade encore la visibilité. [SPEAKER_00] Donc là il faut imaginer que je descends sous le cadavre, [SPEAKER_00] je me faufile sous lui pour aller, [SPEAKER_00] je m'en trouve à plonger sous, sous lui et lui il est en surface et moi je suis au fond pour essayer de de gratter un peu dans la base voir s'il n'y pas d'éléments suspects. Ensuite je remonte, je fais toutes les photos, [SPEAKER_00] les différents prélèvements qui s'imposent, ensuite je l'accroche, il remonte pendant que moi j'attends dans le puits. Donc [SPEAKER_00] la personne a l'eau qui coule, qui vient d'elle, voilà Qui coule sur soi. On a un contact très particulier avec les corps. C'est [SPEAKER_00] c'est pas du niveau d'un médecin légiste mais c'est clair qu'on est on est vraiment au contact des corps de façon [SPEAKER_00] très particulière. Et alors parfois ils sont frais, parfois ils sont très dégradés en état de putréfaction et pour autant on est on a le même contact avec ces corps. Donc c'est assez assez spécial. [SPEAKER_01] C'est impressionnant. [SPEAKER_01] Je n'ai pas pensé à l'eau qui coule enfin c'est très Oui oui c'est un petit détail, peu [SPEAKER_00] un peu glauque mais effectivement c'est [SPEAKER_00] parfois on monte encore sur un bateau [SPEAKER_00] et en fait on le met pratiquement [SPEAKER_00] sauf cas exceptionnel systématiquement dans une housse. Déjà par respect, c'est une question éthique s'il y a des gens de loin qui nous voient au moins ils voient une housse remontée par un corps. Et [SPEAKER_00] puis d'un point de vue criminalistique, c'est important. La housse ça va aussi préserver le corps et le protéger un maximum. [SPEAKER_00] Par exemple l'exposition aux [SPEAKER_00] UV du soleil va dégrader le corps. Donc le but c'est de le protéger un maximum. Même en quelques minutes? Ça peut aller vite. S'il est là depuis longtemps sous l'eau, quand on arrive à arriver en surface, si on a une variation de température importante, [SPEAKER_00] ça peut aller vite. Donc il faut se dépêcher lorsqu'on remonte le corps, vraiment que les pompes funèbres soient soient prêtes à accueillir le le corps. Si on a besoin d'un médecin légiste, faut qu'il soit déjà là et et ne pas le remonter trop vite. [SPEAKER_00] Ça c'est vrai que c'est parfois un peu un peu tentant Pas de remonter trop vite? Pour pas qu'il se dégrade en surface le temps qu'on fasse les examens complémentaires en surface. Incroyable. [SPEAKER_00] Ça il faut y faire attention parce que c'est en train de vite remonter parce qu'on voilà on est on a trouvé donc on remonte, c'est un peu instinctif. [SPEAKER_00] En réalité des fois il faut temporiser un petit peu et laisser le corps au fond au froid le temps de pouvoir gérer l'accueil en surface. Est-ce que tu racontes c'est quand même très impressionnant, tu n'as jamais le coeur qui s'emballe quand même? [SPEAKER_00] Comme je te disais c'est [SPEAKER_00] évidemment il y a il y a une part d'adrénaline qui est qui est présente, [SPEAKER_00] c'est toujours c'est toujours impressionnant clairement, ce n'est pas une routine, ce n'est pas du tout une routine. [SPEAKER_00] C'est aussi ce qui me plaît dans ce travail, que ce pas une routine, on s'ennuie jamais, les corps ne sont jamais là où on pense qu'ils sont, ils ne jamais dans l'état qu'on pense, il y plein de cas variés donc c'est passionnant, vraiment littéralement c'est passionnant. [SPEAKER_00] Donc oui le coeur peut s'emballer parce qu'on est concentré voilà, mais on n'est pas traumatisé ou choqué. Enfin voilà sauf cas particulier, certains camarades qui ont pu arrêter parce qu'ils se rendus compte que ce n'était pas fait pour eux. [SPEAKER_00] Mais globalement c'est, [SPEAKER_00] on a un boulot à faire on le fait quoi. Mais oui c'est impressionnant, clairement c'est impressionnant. Qu'est-ce qui t'anime le plus? Parce que tu parles de passion, [SPEAKER_01] qu'est-ce qui te fait vibrer dans ton métier et Alors Et pourquoi tu y retournes quoi? Moi j'ai cette sensation [SPEAKER_00] un peu particulière qu'on est une sorte un peu de famille avec les magistrats, les enquêteurs et en gros ils ont besoin de ce membre de la famille qu'on ne pas souvent mais c'est le plongeur et il faut l'appeler parce qu'on a besoin de lui pour pour aller sous l'eau et on sent en fait cette espèce de volonté générale [SPEAKER_00] de savoir ce qui a pu se passer. Alors c'est très présent dans les cold case. [SPEAKER_00] Lorsque je travaille avec le le notamment le pôle instruction du [SPEAKER_00] pôle des affaires non élucidés à Nanterre, c'est des gens qui sont extrêmement passionnés, même les magistrats en général, c'est, [SPEAKER_00] et on sent qu'il y a cette volonté générale de réussir à savoir ce qui a pu se passer. Ça, c'est extrêmement stimulant. [SPEAKER_00] Le projet l'été répertorié [SPEAKER_00] toutes ces voitures, pouvoir apporter des réponses dans des dossiers qui soient connus ou non d'ailleurs parce que parfois on trouve des gens qui n'étaient même pas dans des fichiers personnes disparues, ils étaient juste tombés dans l'oubli. [SPEAKER_00] Et de savoir qu'en fait on est toute une famille quoi, on est tout un groupe à vouloir la même chose, c'est hyper stimulant. En fait on se sent on se sent moins seul, se dit mais on veut tous la même chose en fait. Moi tu fais partie d'un d'un tout je crois. Ouais c'est ça, un réseau qui veut savoir ce qui a pu se passer. [SPEAKER_00] Confondre des auteurs s'il y a besoin, [SPEAKER_00] donner des réponses aux familles des victimes, [SPEAKER_00] voilà. Et en plus nous c'est encore plus stimulant parce que le défi il est énorme. C'est, [SPEAKER_00] il faut faire ça dans l'eau, c'est compliqué, [SPEAKER_00] chaque plongée est différente. [SPEAKER_00] Donc donc c'est c'est particulièrement stimulant. [SPEAKER_00] Et puis en plus on est pour le coup les seuls à le faire. On n'a pas de d'équivalent [SPEAKER_00] pour faire un topo globalement on est à peu près 120 plongeurs en métropole de la gendarmerie nationale. [SPEAKER_00] Il y a une trentaine, si je dis pas de bêtises, il me pardonnera si je dis une bêtise, mais une trentaine de plongeurs de la préfecture de police à Paris, donc qui fait Paris intra muros et puis la la petite couronne [SPEAKER_00] et ils sont environ 2500 plongeurs pompiers [SPEAKER_00] sur toute la métropole. Donc on est, tu vois on n'est pas sur du tout sur les mêmes proportions de plongeurs [SPEAKER_00] sûr. Et les pompiers sont très nombreux et pratiquement partout parce qu'ils répondent à un besoin de secours. Nous on est moins nombreux, est plus dispersés, mais on est dans l'investigation. [SPEAKER_00] Donc on est sur un temps qui est [SPEAKER_00] qui est plus long. On fait vite beaucoup de kilomètres, on fait beaucoup de routes, [SPEAKER_00] mais c'est aussi ça qui est intéressant, c'est qu'en fait on fait vraiment plein d'endroits différents. Quand j'ai commencé ma carrière de plongeur, il y a déjà 15 ans, j'ai j'ai commencé à Valence, donc en Rhône-Alpes, [SPEAKER_00] hyper intéressant. Je me suis retrouvé à plonger en montagne dans des dans des dans des torrents, dans des canyons, dans des puits, dans la Loire, dans l'Isère, je parle des cours d'eau Bien sûr bien sûr Fleuve de la Loire, la rivière de l'Isère, la rivière de la Somme, le fleuve du Rhône, c'est hyper varié quoi donc c'est c'est passionnant. Et moi après à titre personnel, [SPEAKER_00] il me arrive de en tant que co-crime de d'intervenir du coup sur toute la France pour des dossiers particuliers, voilà. À Valence, tu m'as dit qu'il avait des des grandes affaires qui t'avaient aussi marqué quoi. Je me suis retrouvé à rechercher des gens démembrés dans des valises, je me suis retrouvé à chercher [SPEAKER_00] des gens qui avaient été égorgés et mal lancés dans l'eau, enfin des affaires hyper lugubres. [SPEAKER_00] Et après lorsque je me suis penché sur la la phase de recherche des années après [SPEAKER_00] et que j'ai fait un petit peu le point sur tout ce qui existait, c'est là que je me suis dit, ah oui il y a vraiment un lien en fait. Il y a vraiment un lien très fort entre l'environnement subaquatique et les affaires criminelles. [SPEAKER_00] C'est pas anodin quoi. [SPEAKER_00] On prend l'affaire Grégory, [SPEAKER_00] ce petit garçon il a été trouvé dans l'eau Bien sûr Et comme ça il y eu plein d'affaires [SPEAKER_00] qui sont qui ne sont plus des secrets parce qu'elles sont médiatisées mais l'affaire Laetitia qui a été [SPEAKER_00] retrouvée dans des étangs, l'affaire Jonathan, enfin bref on a beaucoup beaucoup d'affaires où finalement on se rend compte que le mode opératoire c'est de se débarrasser de la personne dans l'eau. [SPEAKER_00] Et ça j'en ai pris conscience à Valence en me disant mais waouh, je ne pensais pas intervenir sur autant d'affaires criminelles. Alors parfois ce n'est pas forcément des corps, ça peut être, y eu un braquage violent, [SPEAKER_00] les malfaiteurs ont balancé la voiture à la flotte ou le fusil d'assaut dans l'eau et il faut aller rechercher ça dans l'eau. Et en fait encore une fois, on n'est pas sur des corps mais on se rend compte du lien qu'il a entre des affaires qui sont très graves comme des braquages et et l'eau. Voilà et les gars ils se débarrassent de des armes dans l'eau, c'est très efficace quoi. Pourquoi c'est efficace? Parce que en 2 secondes ça a disparu et ça ne laisse pas de traces. [SPEAKER_00] Vous n'avez pas des traces qui qui apparaissent à la surface de l'eau parce que vous avez acheté une arme quoi. [SPEAKER_00] Le seul exception c'est la voiture, si tu balances une voiture dans l'eau pendant quelque temps, tu as un peu des, l'essence qui peut remonter, qui peut laisser des traces mais enfin, [SPEAKER_00] ce n'est pas évident à avoir quoi. Donc c'est c'est hyper efficace qu'on balance ça et d'ailleurs hop ça disparaît. C'est dingue. Mais c'est sans compter sur les plongeurs gendarmerie. [SPEAKER_00] Mais c'est vrai non mais je comprends Je [SPEAKER_01] comprends ta réflexion de te dire en fait [SPEAKER_01] avant de le vivre, tu n'avais pas réalisé à quel point finalement [SPEAKER_01] les criminels, les criminels se servaient [SPEAKER_01] de l'eau pour faire disparaître des preuves. [SPEAKER_00] C'est hyper intéressant. C'est hyper impressionnant. Et mon père est donc était pompier plongeur, il est retraité maintenant. D'accord. Donc c'est c'est un peu aussi ce qui m'a amené sur [SPEAKER_00] ce sur ce lien. Mon 1er baptême de plongée, je l'ai fait dans un petit lac pas du tout en mer quoi, dans un petit lac assez lugubre pour le coup donc ça m'a vraiment mis dedans. Lorsque je lui avais dit, j'étais gendarme déjà et que lui ai que je voulais faire plonger gendarmerie, il m'avait refait plonger sur un étang avec une voiture décidément déjà à l'époque et je me suis dit ah ouais quand même, je me rappelle cet étang, il m'a fait plonger l'hiver, il y avait le mistral qui soufflait parce qu'il était plongeur en Ardèche. Il y avait le mistral qui soufflait très fort et glacial. [SPEAKER_00] J'avais une combi qui n'était pas professionnelle donc ça caillait bien [SPEAKER_00] et je plonge, je me retrouve sur cette voiture et il fait noir là-dessous et je me dis ah oui c'est vrai que c'est assez particulier ce métier que je suis en train de choisir quoi. [SPEAKER_00] Mais du coup comme il était pompier plongeur, il avait moins cette phase on va dire, il a moins cette vision de d'affaires criminelles même s'il a pu en traiter lui aussi [SPEAKER_00] en tant que pompier, ça ça arrive parfois mais [SPEAKER_00] mais ça arrive enfin ça n'est pas souvent et du coup je n'étais pas conscient de ça quoi. [SPEAKER_01] Donc là-bas je me suis dit waouh. Et c'est marrant que que tu racontes cette plongée parce qu'il y une forme de continuité quand même finalement avec ton père et En plus c'est marrant parce qu'il m'a, [SPEAKER_00] il m'a amené plongé, m'a fait, j'étais [SPEAKER_00] souviens pas des masses donc je devais vraiment être petit, je ne souviens plus quel âge j'avais, moins [SPEAKER_00] de 10 ans sûr. Ah oui? Ouais, je m'en souviens à peine. Ah ouais? Et [SPEAKER_00] je l'avais suivi dans un petit, dans un petit étang, il y avait il y avait de la vie, mais ça restait un étang quand même, donc voilà, c'était, mais c'était chouette ça, j'ai un bon souvenir. Après il m'a fait plonger du coup pour ma 1re on va dire avec une voiture [SPEAKER_00] et lorsqu'il a posé sa retraite, il a fait sa dernière plongée donc au centre de formation des pompiers. Du coup je lui fait la surprise en complicité avec ses collègues et donc j'ai débarqué par surprise, on a fait sa dernière plongée opérationnelle ensemble. Très sympa. C'est super chouette. Hyper chouette. Et [SPEAKER_01] qu'est-ce qui te, qu'est-ce qui t'a plu à ce moment-là où tu vois cette voiture immergée, [SPEAKER_01] c'est tout noir. [SPEAKER_00] Le challenge. En [SPEAKER_00] fait moi je ne pas du tout encore conscient de l'aspect criminalistique. Le simple fait de se dire, [SPEAKER_00] ouais je vais devoir travailler dans ces conditions-là. C'est, [SPEAKER_00] j'avoue il y a un peu un côté, c'est comme quand tu mets un film d'horreur pour frissonner quoi, il y a ce côté je me mets dans des conditions qui sont [SPEAKER_00] pas anodines quoi voilà Qui pente. Un peu. On peut se le dire. On peut, on [SPEAKER_01] habitue. Oui, mais je non mais j'imagine mais alors moi c'est vrai que je creuse un peu parce que je par empathie, tu vois j'essaie de me projeter. Donc je me dis c'est c'est fou quoi. C'est, je trouve ça bluffant [SPEAKER_01] que tu t'habitues en fait et heureusement que tu existes parce que sinon je Après il faut s'entraîner Ce n'est pas moi qui fais les enquêtes parce que je remonterais tout de suite, mais heureusement. Il faut s'entraîner régulièrement. Oui oui monsieur. Sinon [SPEAKER_01] on perd l'habitude après. C'est quoi les affaires les plus dingues? Tu peux nous raconter évidemment pas toutes, mais il y des affaires qui t'ont marqué, [SPEAKER_01] soit parce qu'elles étaient rares, atypiques, [SPEAKER_01] très longues. [SPEAKER_00] Qu'est-ce que tu peux nous raconter? Alors je les classerais en 2 catégories, il y a celle avec un effet de surprise, celle dont on se souvient beaucoup parce qu'on ne s'attendait pas à ça. [SPEAKER_00] Et il y a celle par la gravité d'effet, où là c'est pareil c'est assez marquant. [SPEAKER_00] Je pourrais rajouter une 3e, c'est celle dans les conditions dans lesquelles on plonge, mais voilà ça se recoupe un peu. [SPEAKER_00] Mais [SPEAKER_00] par exemple, un effet de surprise, la 1re fois que j'ai trouvé un corps dans une voiture, [SPEAKER_00] la voiture était sur le toit et on ne savait absolument pas qu'il y avait un corps dedans. C'est-à-dire qu'on nous appelé parce que la rivière était un peu descendue quelques jours auparavant et donc les roues étaient apparues à la surface de l'eau. [SPEAKER_00] Donc les collègues d'une brigade, les camarades d'une brigade du coup nous appellent pour nous signaler ça, quelques jours plus tard on va plonger dessus [SPEAKER_00] et on retourne sur ta voiture, sur le toit, le niveau de l'eau était remonté, pas beaucoup de visibilité comme d'habitude, [SPEAKER_00] moins d'un mètre et puis la fenêtre côté conducteur est fermée, côté passager je rentre un petit peu dedans, je vois que c'est très envasé. [SPEAKER_00] Je casse la vitre côté conducteur obligé pour pouvoir inspecter la vase qu'il y avait dedans [SPEAKER_00] et déjà la voiture qui ressort comme rechercher, donc déjà c'est un 1er signe mais rechercher pourquoi? [SPEAKER_00] Vous ne savez pas. [SPEAKER_00] Dans le coffre il n'y rien de particulier, bref je casse la vitre, je fouille dans la vase et en fait là je tombe sur un corps momifié. [SPEAKER_00] Phénomène en fait dans l'eau quand il y a un gros manque d'oxygène [SPEAKER_00] dans l'eau avec de l'humidité et de la vase, on a un phénomène de saponification on appelle ça donc c'est une sorte de momification, [SPEAKER_00] c'est un effet entre le gras et l'eau. Bref la personne va [SPEAKER_00] momifier entre guillemets, ce n'est pas tout à fait comme les momies sèches mais voilà ça on va dire que un peu pareil, c'est une poupée de cire un peu. [SPEAKER_00] Du coup dans la vase en fait je tire ce que je crois être un morceau de bois et en fait c'était le le bras de la victime quoi. [SPEAKER_00] À ce moment-là je comprends que en fait c'est une personne quoi. Oui oui. D'un morceau de bois je comprends qu'en fait c'est c'est une personne donc [SPEAKER_00] c'est [SPEAKER_00] un corps en fait. Donc ça [SPEAKER_00] c'est un effet très surprenant quoi. De surprise. Ouais de surprise ouais ouais. [SPEAKER_00] Après dans la 2e catégorie par rapport à la gravité des faits, j'avais traité [SPEAKER_00] une recherche, alors là c'est vraiment la gravité des faits et [SPEAKER_00] hallucinant en fait les conditions dans lesquelles on était. En gros, on était sur un fleuve, [SPEAKER_00] très gros fleuve qui était en crue, [SPEAKER_00] avec des tourbillons partout, l'eau marron, truc [SPEAKER_00] vraiment dans un sale état. On ne peut pas plonger, on sait qu'on ne plongera pas parce que c'est trop dangereux. Par contre on peut faire une recherche en surface, ça arrive parfois. Ah oui. Il [SPEAKER_00] y a des victimes qui ne vont pas forcément couler [SPEAKER_00] parce que lorsqu'elles [SPEAKER_00] sont jetées ou lorsqu'elles se jettent même à l'eau, elles ont beaucoup d'air dans les poumons ou alors elles ont des vêtements qui sont assez amples, qui emprisonnent de l'air et finalement on a un volume qui est qui est favorable à une flottabilité positive. En gros, c'est un peu comme un bateau, c'est lourd mais il a gros volume donc le bateau reste en surface, c'est un peu le même principe. [SPEAKER_00] Donc là on a des éléments qui laissent penser que la personne est en surface parce qu'on va trouver des vêtements. [SPEAKER_00] Mais on sait que c'est criminel et [SPEAKER_00] on sait que c'est une affaire criminelle très lugubre avec un guet-apens sur un sur un 1 personne très jeune et qui a été [SPEAKER_00] attaquée et massacrée et jetée dans l'eau. [SPEAKER_00] Donc on cherche des vêtements qui appartiennent potentiellement [SPEAKER_00] aux, à ceux qui ont fait le coup, [SPEAKER_00] mais aussi à la victime quoi. Et en fait on se met dans l'eau en surface, on descend et au bout de 300 mètres on trouve le corps de la victime. Et ça c'était hallucinant parce qu'il y là il y un gros facteur chance. [SPEAKER_00] On essaie de suivre à peu près les courants [SPEAKER_00] mais rien ne garantissait qu'on puisse la trouver quoi. La victime était effectivement en surface, on l'a repéré parce que ses cheveux dépassaient, [SPEAKER_00] il y avait juste ses cheveux au-dessus de l'eau en fait. Et donc on a remonté la victime, on a fait les constatations, [SPEAKER_00] on ne pouvait pas aller faire dans l'eau les constatations donc on a d'abord sorti, l'a fait une fois à terre et là on a pu voir en fait l'étendue du massacre quoi. C'était un [SPEAKER_00] jeune garçon qui en plus faisait beaucoup plus jeune que son âge. [SPEAKER_00] Donc c'était assez assez impressionnant de voir [SPEAKER_00] ce qu'ils avaient pu lui faire quoi voilà, sans rentrer dans des détails trop glauques mais mais voilà quand on passe en mode constatation, [SPEAKER_00] c'est [SPEAKER_00] comme l'examen externe d'un médecin légiste en fait on va essayer de repérer toutes les traces avant de le donner justement à un médecin légiste, [SPEAKER_00] avant de le laisser partir avec les pompes funèbres, on va essayer de repérer un maximum de traces et de les photographier, de documenter un maximum de choses. [SPEAKER_00] Et du coup là on a constaté et compté les lésions et voilà c'était, [SPEAKER_00] voilà c'était assez assez impressionnant quoi. Est-ce que parfois c'est dangereux pour vous de plonger? Est-ce que parce qu'il y des courants tu ne pas y aller? Est-ce que Oui clairement. Tu vois il y des moments où tu ne peux pas le faire. On ne peut pas, on ne peut pas toujours le faire. D'ailleurs on a de nos camarades qui sont morts en opération donc Ah oui. Ouais ouais c'est déjà arrivé C'est extrêmement dangereux. 15 dernières années donc donc oui oui c'est ça ça arrive. [SPEAKER_00] On a des des phénomènes très piégeux comme les barrages par exemple. En fait tout ouvrage de façon générale, ça va être une écluse, un barrage, ça peut être un seuil avec un nivellement de l'eau qui va créer une chute avec un phénomène de rappel comme un effet machine à laver dans lequel on se fait prendre et on tourne là-dedans et on peut se cogner, on peut se noyer. [SPEAKER_00] Donc oui il n'y pas de dangers [SPEAKER_00] en plongée. Et en plus malheureusement [SPEAKER_00] les zones les plus dangereuses, c'est souvent les zones où les corps sont déposés. [SPEAKER_00] Ah oui j'imagine. Par le courant je crois. Oui oui bien sûr bien sûr. Par exemple un rappel, ça va tourner le corps dedans et il peut se coincer à l'intérieur donc il faut qu'on inspecte cette zone-là mais c'est aussi la plus dangereuse de la rivière. [SPEAKER_00] Les embâcles aussi. Tu sais c'est quand tu vois tous les, [SPEAKER_00] des fois tu vois quand tu as des crues sur la scène, tu vois en fait une accumulation de plein de branchages qui s'accumulent, qui créent presque un plateau ou une île. Souvent le quand un corps est flottant, il suit des embâcles. En fait le courant amène tout le même endroit et donc on a le corps qui est au milieu, souvent putréfié parce qu'il est en surface. [SPEAKER_00] Approcher en fait des des embâcles, c'est c'est dangereux même en bateau d'ailleurs, voilà c'est passer à travers, on peut passer dessous et ne pas pouvoir remonter. [SPEAKER_00] Donc en fait il y a toujours une corrélation entre l'endroit où on trouve le corps et la dangerosité du site assez souvent. Après la règle en plongée nous c'est le gars qui ne se sent pas physiquement, qui ne se sent pas mentalement, il refuse la plongée. On force personne à y aller, ça c'est la la règle. Bien évidemment si mon gars refuse tous les 4 matins d'aller plonger, surtout l'hiver bon au bout d'un moment il faut qu'il change de métier évidemment, [SPEAKER_00] mais globalement [SPEAKER_00] on laisse totalement la marge aux plongeurs. S'il ne se sent pas parce qu'il [SPEAKER_00] a un problème personnel à gérer et qu'il n'est pas du tout apte à aller [SPEAKER_00] chercher par exemple un enfant dans l'eau, il le dit et il n'y a aucun souci. C'est quoi le plus dur le physique ou le mental? [SPEAKER_00] Ça dépend des plongées. Je dirais le mental quand même. [SPEAKER_00] Les plongées l'hiver, [SPEAKER_00] la gestion du froid, je crois que [SPEAKER_00] je peux parler au nom de mes camarades, c'est quand même le parmi les choses les plus dures au niveau mental. [SPEAKER_00] Globalement c'est voilà, on plonge le matin, on fait une pause pour le repas et là on remet nos combinaisons en néoprène qui sont mouillées et bien froides pour retourner plonger. [SPEAKER_00] Il y a petit coup au moral quand même évidemment. [SPEAKER_01] Avant de terminer parce qu'on est presque à la fin, tu as compté le nombre d'enquêtes que tu que tu as fait, que tu fais par an? Absolument pas. Énormément en fait. C'est, [SPEAKER_00] c'est, c'est en dents de scie en fait parfois Tu as du tout? C'est, ça dépend de l'événement. À bien moi après moi sur la partie co-crime, [SPEAKER_00] j'ai plein de dossiers qui qui sont en cours et qui sont au long cours donc ça prend du temps. [SPEAKER_00] Et puis après sur la partie événement, ça va vraiment dépendre [SPEAKER_01] des fois. Parfois on n'arrête pas et on passe notre temps à bouger et les interventions s'enchaînent, il n'y pas de Et sur le projet l'été là où vous cartographiez le nombre, enfin le les véhicules qui sont immergés sur les plans d'eau dans les cours d'eau, [SPEAKER_00] as compté le nombre de voitures que tu as trouvé? Là on a plus de 2500 échos donc c'est un, c'est le minimum et je pense qu'on va, on va facilement doubler voire tripler. Et à quel moment tu vas t'arrêter? Parce que c'est sans fin. [SPEAKER_00] Oui c'est sans fin, c'est un projet qui va être vraiment sur plusieurs années. Tout à fait ouais ouais clairement. Là en quelques mois, on a déjà trouvé plusieurs corps, [SPEAKER_00] certains n'étaient même pas recherchés dans des fichiers particuliers, c'est vraiment des gens qui [SPEAKER_00] avaient disparu. Combien de personnes sont-elles Combien passées dans l'oubli. D'ailleurs pour la petite histoire, le projet l'été ça vient de ça en fait, c'est, ça vient de la mythologie grecque et [SPEAKER_00] le fleuve l'été c'est l'un des 5 fleuves des enfers et [SPEAKER_00] et en fait le le celui-là [SPEAKER_00] c'est la particularité c'est que les gens buvaient l'eau pour faire oublier leur passé terrestre, vraiment la notion du fleuve de l'oubli et donc voilà, ça veut dire localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête et du coup, c'était tout trouvé pour [SPEAKER_00] pour ce projet quoi. Évidemment évidemment. Donc on espère en sortir d'autres des personnes qui ont qui auraient pu disparaître, mais on a une idée Et combien combien de cold case résolus, combien de corps retrouvés, redis-moi? Là pour l'instant, 4 corps retrouvés depuis le lancement du projet. À la fin, j'aime beaucoup demander aux gens qui sont à ta place, un petit conseil. [SPEAKER_01] Qu'est-ce que tu as envie de dire aux gens qui nous regardent, qui nous écoutent, [SPEAKER_01] soit ceux qui veulent faire ton métier, [SPEAKER_01] soit [SPEAKER_01] je ne sais pas, j'imagine que tu as peut-être une vision de la vie qui a un peu évolué aussi avec tout ce que tu as vu, tout ce à quoi tu as été confronté. Qu'est-ce que tu as envie de dire pour conclure, [SPEAKER_01] voilà par rapport à ce métier incroyable [SPEAKER_00] que tu fais au quotidien? C'est un métier qui est [SPEAKER_00] un peu atypique, qui est hyper stimulant. J'ai énormément de chance en fait de faire ce métier, je me je suis hyper chanceux, je me [SPEAKER_00] je suis j'ai le sourire tous les matins d'en bosser quoi clairement c'est c'est quelque chose de chouette ouais ouais c'est c'est forcément une chance ouais clairement. Là où parfois les [SPEAKER_00] gens peuvent avoir du mal à trouver un sens à leur métier, moi j'ai cette chance en tout cas je n'ai pas de question à me poser là-dessus. Donc ça c'est vraiment vraiment super. [SPEAKER_00] Et de façon très très générale en fait, c'est un peu ce que je pourrais dire aux gens, c'est trouver un métier [SPEAKER_00] qui qui qui vous passionne quoi. Pense que c'est important, on passe beaucoup de temps au travail et du coup c'est voilà c'est c'est primordial d'avoir quelque chose qui nous qui nous stimule. [SPEAKER_00] Moi j'ai cette chance en plus de de me dire que c'est à la fois stimulant et en plus ça peut [SPEAKER_00] ça peut améliorer les choses. Donc c'est ma modeste contribution pour essayer de rendre les choses meilleures. [SPEAKER_01] Merci Adjudant Chef Yohan, je rappelle donc tu es le 1er et le seul coordinateur [SPEAKER_01] criminalistique [SPEAKER_01] subaquatique. [SPEAKER_01] Tout à fait. C'est un titre incroyable pour expliquer tout ce que tu fais. Franchement bravo, on pourrait faire un film en fait sur tout ce que tu as fait. Moi je trouve ça génial. On y Merci carrément on pourrait y penser, pourrait refaire un tournage ensemble pourquoi pas [SPEAKER_01] sous l'eau cette fois, il faudrait que tu montres comment tu fais mais c'est encore à trouver merci [SPEAKER_01] sinon je pourrais pas le faire. Écoute je rigole. En tout cas merci d'être venu. Merci de t'être confié [SPEAKER_01] entre tout dans tous et tous les [SPEAKER_01] merdis merci pour votre fidélité et je vous dis à mardi prochain salut.
Points clés
- L'adjudant-chef Yohan est le premier et unique coordinateur national en criminalistique subaquatique.
- La découverte en 2023 d'une Citroën Diane immergée avec un corps de 1984 a impulsé la création du projet Lété.
- Un canal du sud de la France dissimule à lui seul près de 750 épaves sur moins de 20 kilomètres.
- Les plongeurs opèrent dans l'obscurité avec des équipements avoisinant les 30 kilos.
- La communication entre les fonds marins et la surface se fait par un système de traction de cordages.
À éviter
❌ Penser que la disparition d'un corps sous l'eau efface toutes les traces exploitables par la justice.
✅ L'eau et surtout les habitacles de véhicules protègent souvent de nombreux indices. Des documents papiers ou des restes biologiques peuvent être préservés pendant des décennies.
❌ Croire qu'une scène immergée ne recèle qu'une cause accidentelle ou suicidaire.
✅ Les plongeurs de la Gendarmerie abordent toute découverte sous le prisme de l'hypothèse criminelle. Cette prudence évite la destruction d'indices cruciaux comme des traces d'entrave.
❌ S'imaginer que les plongeurs enquêtent principalement à la vue.
✅ En réalité, la vase et l'absence de lumière rendent la visibilité nulle. Les professionnels évoluent presque exclusivement au toucher et communiquent en tirant sur une corde de liaison.
Glossaire
- Criminalistique subaquatique
- Ensemble des techniques d'investigation de police scientifique adaptées aux enquêtes menées sous la surface de l'eau.
- Projet Lété
- Vaste opération menée par la Gendarmerie visant à recenser et fouiller systématiquement les véhicules immergés sur le territoire français pour résoudre des disparitions anciennes.
- Embâcle
- Amas naturel de bois, de déchets et de sédiments bloquant le lit d'une rivière, créant des courants dangereux très redoutés par les plongeurs.
- Sonar
- Appareil utilisant la propagation d'ondes acoustiques pour détecter des objets sous-marins avec précision, indispensable pour repérer les véhicules disparus.
Conclusion
Le métier de plongeur enquêteur transcende la simple maîtrise technique. Il exige une abnégation totale face à un environnement glacial, opaque et implacable. Chaque véhicule inspecté, chaque énigme déchiffrée dans la vase et chaque corps restitué aux familles témoignent de l'engagement absolu de ces militaires. Derrière l'uniforme sombre de la Gendarmerie, ces hommes accomplissent une mission fondamentale : arracher au silence de l'eau les vérités qu'on croyait enfouies à jamais.
Citations vérifiées
« je suis tombé nez à nez avec le corps et ça c'est quelque chose qui est fréquent en fait dans notre boulot. »
Entités citées
- criminalistique subaquatique
- plongeur Gendarmerie
- scène de crime sous l'eau
- recherche de corps
- véhicules immergés
- projet Lété


