L'œil invisible du GIGN : 27 ans de traque dans l'ombre face au terrorisme

Publié le 22 juin 2026 · Mis à jour le 6 août 2026

Il a traqué les pires criminels de France pendant 27 ans, sans jamais montrer son visage. 'Bill', membre de l'unité la plus secrète du GIGN, sort de l'ombre pour raconter. De la sélection impitoyable à la ligne de front face aux terroristes, voici l'histoire d'un homme dont le métier est de voir, sans jamais être vu.

Son visage restera un mystère. Son nom, un pseudonyme : 'Bill'. Pendant 27 ans, cet homme a été l'un des yeux du GIGN. Membre de la Force d'observation recherche, son quotidien était régi par un mantra : 'voir sans être vu'. Invité exceptionnel du podcast 'Tous Wonder', il livre un témoignage rare sur une vie passée dans l'ombre, à traquer les plus grandes menaces du pays, du grand banditisme au terrorisme.

L'invitation rare : dans l'ombre d'un héros discret du GIGN

Lorsqu'il s'assoit face au micro, 'Bill' demande une seule chose : que sa véritable identité reste secrète. Ce nom de code lui a été attribué lors de sa première mission et ne l'a plus jamais quitté. Un rempart nécessaire. Son vrai prénom, Patrick, il le livre comme une confidence, avant de replonger dans l'anonymat qui définit sa carrière.

Son métier n'est pas celui des assauts filmés et des interventions spectaculaires que le grand public imagine. Il appartient à la Force d'observation recherche, une composante essentielle et pourtant méconnue du GIGN.

« Host / Interviewer · « Sa devise, voir sans être vu. Ça fait 27 ans qu'il traque des cibles au coeur du terrorisme, au coeur du grand banditisme. »▸ 00:13

Cette devise résume tout. Le travail de Bill consiste à suivre, observer, documenter les faits et gestes de cibles. Des terroristes, des criminels de haut vol. Un travail de patience, de précision, où la moindre erreur peut compromettre des mois d'enquête, ou pire, coûter des vies.

Ne jamais être reconnu

Cacher son visage n'est pas une coquetterie. C'est une condition de survie et d'efficacité. « Il ne faut pas qu'ils me reconnaissent lorsque je travaille sur eux », explique-t-il simplement. Une reconnaissance mettrait en péril la mission, ses collègues, mais aussi sa famille. C'est le prix à payer pour être l'œil invisible de la République.

Son engagement remonte à l'enfance, à un drame qui l'a marqué à vie. À 6 ans, il apprend le décès de Monsieur Pasquier, un membre du GIGN qui était aussi son moniteur de natation. « Je me suis rendu compte qu'en fait, ces gens-là, ils faisaient un métier dangereux », se souvient-il. Ce jour-là, une vocation est née. Il ferait comme son père, comme Monsieur Pasquier. Il rejoindrait cette élite.

Au cœur de la menace : la ligne de front face aux frères Kouachi

Janvier 2015. La France est sous le choc de l'attentat contre Charlie Hebdo. Les auteurs, les frères Kouachi, sont en fuite. Une traque s'engage. Bill et son unité sont au cœur du dispositif.

Leur mission : localiser et observer les terroristes. La piste les mène à une imprimerie de Dammartin-en-Goële, où les deux hommes se sont retranchés. Bill se retrouve en première ligne.

Ce ne sont pas des mots en l'air. C'est une réalité brutale, où la mort peut frapper à chaque seconde. « J'ai fait plusieurs opérations où je me suis fait tirer dessus », confie-t-il. Ce jour-là, face à l'imprimerie, le danger est palpable, immédiat.

À quelques centimètres de la mort

Alors que les forces d'intervention se mettent en place, les tirs éclatent. « On s'est fait tirer dessus et c'est passé à 20 centimètres de nos pieds ». La phrase est lâchée sans emphase, presque cliniquement. C'est un fait. Un de ces moments où tout bascule en une fraction de seconde.

La peur ? Il la reconnaît. « C'est après qu'on se dit : c'est encore pas passé loin ». Sur le moment, l'adrénaline, l'entraînement et la concentration prennent le dessus. Il n'y a pas de place pour l'hésitation. Chaque geste est mesuré, chaque décision est vitale.

Cette expérience illustre parfaitement la dualité de son métier. D'un côté, des heures, des jours, parfois des semaines d'attente immobile dans une planque. De l'autre, des pics de violence inouïs où il faut faire face au feu ennemi avec un sang-froid absolu. C'est dans cet équilibre précaire que se forgent les hommes du GIGN.

L'exigence de l'élite : sélection, résilience et professionnalisme GIGN

Intégrer le GIGN n'est pas une mince affaire. C'est un parcours du combattant qui ne teste pas seulement les muscles, mais surtout le mental. Bill insiste : on n'est pas « repéré », on est volontaire. Une volonté de fer est la condition sine qua non pour espérer aller au bout.

Le processus commence par une semaine de tests de sélection. Sur environ 200 dossiers, seuls 45 à 50 candidats sont retenus pour l'étape suivante. Les épreuves sont conçues pour pousser les postulants hors de leur zone de confort, à un niveau extrême.

Briser le corps pour révéler le mental

Nager 50 mètres pieds et poings liés. Réaliser 50 mètres en apnée. Affronter des parcours d'audace en hauteur pour tester le vertige. Et puis, il y a l'eau froide. « C'est quelque chose qui entame physiquement et moralement très vite », explique Bill. L'objectif n'est pas sadique. Il s'agit de voir comment un individu réagit une fois ses défenses physiques abaissées. Est-il encore capable de réfléchir ? De suivre un ordre ? De remplir une mission ?

« Bill « Au GIGN, on forme pas que des gens qui font des roulés boulés et qui rampent dans la boue. On veut aussi que ces gens-là, malgré qu'ils soient fatigués, qu'ils aient froid et qu'ils aient faim, on veut qu'ils soient capables de remplir la mission qu'on leur demande. »▸ 0:06:55

Les instructeurs, tous des opérationnels aguerris, poussent chaque candidat à sa limite, et souvent au-delà de ce qu'il pensait être sa limite. Ils cherchent la faille, mais aussi la ressource insoupçonnée.

La force tranquille contre la machine de guerre

Le cliché du soldat surhumain et surmusclé a la vie dure. Pourtant, Bill le déconstruit avec une observation simple mais puissante.

« Bill « C'est pas forcément les plus baraqués qui arrivent à la fin. »▸ 0:15:28

Il explique que les sportifs de haut niveau, très réglés dans leurs habitudes (sommeil, nutrition), peuvent s'effondrer dès qu'un « grain de sable » vient perturber leur routine. Le GIGN, au contraire, cherche des profils « rustiques », capables de s'adapter à n'importe quelle situation : dormir dans un trou pendant une semaine, manger froid, endurer sans se plaindre.

Une fois la sélection passée, les survivants entament un pré-stage de 8 semaines. À l'issue de cette nouvelle épreuve, il ne reste plus qu'entre 15 et 20 personnes. Ces dernières sont alors jugées aptes à suivre l'année de formation qui fera d'eux des opérateurs du GIGN, spécialisés dans l'intervention, la protection ou, comme Bill, l'observation recherche.

Questions fréquentes

Qui est 'Bill' Patrick, le membre du GIGN interviewé ?

'Bill' est le pseudonyme de Patrick, un membre de la Force d'observation recherche du GIGN avec 27 ans d'expérience. Pour des raisons de sécurité liées à la nature de ses missions, il témoigne de manière anonyme dans le podcast 'Tous Wonder'.

Quel est le rôle de la Force d'observation recherche au sein du GIGN ?

Cette unité spécialisée est chargée de la surveillance et de la filature discrète de cibles à haut risque (terrorisme, grand banditisme). Son principe d'action est résumé par la devise 'voir sans être vu', impliquant des missions de longue durée qui nécessitent patience, discrétion et une grande capacité d'adaptation.

Comment le GIGN est-il intervenu lors de l'affaire Kouachi ?

Le GIGN a été mobilisé dès le début de la traque des frères Kouachi après l'attentat de Charlie Hebdo. Des unités comme la Force d'observation recherche de 'Bill' ont été déployées pour localiser les terroristes, ce qui a mené à l'imprimerie de Dammartin-en-Goële. Ils étaient en première ligne pour observer et renseigner avant l'assaut final.

Quelles sont les conditions de sélection et d'entraînement pour faire partie du GIGN ?

La sélection est extrêmement rigoureuse. Elle commence par une semaine de tests physiques et mentaux intenses (nage pieds et poings liés, apnée, épreuves en eau froide) pour évaluer la résilience sous pression. Seuls 15 à 20 candidats sur environ 200 sont finalement retenus après un pré-stage de 8 semaines, avant d'entamer une année complète de formation.

Qu'est-ce que le podcast 'Tous Wonder' ?

'Tous Wonder' est un podcast qui reçoit des invités aux parcours de vie extraordinaires. L'interview de 'Bill' est un exemple de témoignage rare et exclusif que l'émission propose à ses auditeurs sur YouTube et les plateformes de podcast.

Invité

  • Bill — Operative / Force d'observation recherche du GIGN

Transcript

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[SPEAKER_00] On forme pas que des gens qui font des rouler boulets et qui rentrent dans la boue. Comment est-ce qu'on entre au GIGN On éprouve les gens physiquement, c'est pas forcément les plus baraqués qui arrivent à la fin. J'ai fait plusieurs opérations où je me suis fait tirer dessus. Tu m'as parlé des frères pois chi, j'ai été retrouvé en 1re ligne. On s'est fait tirer et c'est passé à 20 centimètres de nos pieds. Contre sens sur le viaduc sur le taureau. C'est après qu'on se dit c'est encore pas passé loin. Tu as déjà eu peur de mourir. [SPEAKER_01] Bonjour à tous et bienvenue dans tous vendeurs aujourd'hui je reçois Bill, vous n'en saurez pas plus sur son identité, vous ne verrez pas son visage parce qu'il travaille à la force d'observation recherche [SPEAKER_01] du GIGN. [SPEAKER_01] Sa devise, voir sans être vu. Ça fait 27 ans qu'il traque des cibles au coeur du terrorisme, [SPEAKER_01] au coeur du grand banditisme. [SPEAKER_01] Il a même été en 1re ligne devant l'imprimerie où les frères Kouachi, les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo s'étaient retranchés. [SPEAKER_01] C'est un homme de l'ombre et un entretien rare. [SPEAKER_01] Tous Wenders, vous nous retrouvez tous les mardis sur YouTube et sur les plateformes de podcasts Spotify, Deezer, Amazon et Apple. Vous pouvez nous écouter, nous regarder un peu partout et un peu tout le temps. Si vous voulez sponsoriser l'émission, c'est possible, il faut nous écrire à partenariat au singulier arobase tous wonder point com. Si vous voulez venir me raconter votre vie extraordinaire, [SPEAKER_01] là il faut écrire à émission au singulier [SPEAKER_01] arobase tous wonder point com. Tous wonder c'est maintenant avec Bill OGIGN [SPEAKER_01] depuis 27 [SPEAKER_01] Bill, merci 1000 fois d'être avec nous dans Tous Wonder. Déjà question en préambule est-ce que Bill c'est ton vrai prénom Non, ce pas mon vrai prénom. [SPEAKER_00] Non, mon vrai prénom, je peux le dire, c'est Patrick. Lors de ma 1re mission [SPEAKER_00] en Algérie, [SPEAKER_00] on m'a donné ce surnom de Bill. Donc tu n'as pas choisi. Non, je n'ai pas choisi non. C'est pour te protéger ou c'est un peu esprit d'équipe et chacun a un surnom C'est un peu les 2. D'accord. C'est un peu les 2. Ça évite de dévoiler nos identités qui fait qu'on a chacun nos surnoms. Nos identités sont connues malgré tout. Dans un splendeur, on commence toujours avec un point de bascule. [SPEAKER_01] Le tien, il est assez ancien. T'as 6 ans Oui. 23 avril 1977, [SPEAKER_01] tu m'as dit c'est le décès de monsieur Pasquier. Oui. Monsieur Pasquier. [SPEAKER_01] C'est un ancien du GIGN. Oui. Ton père était déjà au GIGN. [SPEAKER_01] Et ce jour là, évidemment, ce décès a marqué et tu t'es dit c'est ça, je veux faire ça. Oui, en fait, oui, monsieur Pasquier, c'était je l'appelle monsieur parce c'était mon moniteur de natation. [SPEAKER_00] Quand j'étais à Moine Marsant, était tous un mois de Marsant à l'escadron parachutiste, du moins à tous. Je parle de mes parents et de monsieur Pasquier. Il y un matin, on nous appelle, du moins c'était midi, je me souviens. J'étais en train de jouer entre midi et 2. On nous appelle pour nous dire que monsieur Pasquier venait de se tuer sur un exercice. [SPEAKER_00] Et là, je me suis rendu compte qu'en fait, ces gens là, ils faisaient un métier [SPEAKER_00] dangereux [SPEAKER_00] et je me suis dit que [SPEAKER_00] mon père également faisait ce métier dangereux. Tu avais pas, tu avais pas. Non, à 6 ans, je n'avais pas saisi. Je voyais qu'il partait, je voyais qu'il allait en opération. Il y avait la sonnerie qui se déclenchait dans les appartements parce qu'avant, il n'y avait pas de téléphone portable. Donc la sonnerie se déclenchait à n'importe quelle heure de la nuit pour dire qu'il devait partir en opération, et cetera Donc nous, on vivait ça. Mais bon, on vivait ça. C'était notre quotidien en fait. Et là, je me suis rendu compte. Je me suis dit non, mais en fait, c'est dangereux ce qu'ils font. Et j'ai demandé à mon père. J'ai commencé à me renseigner et j'ai su qu'ils étaient gendarmes parachutistes et je me suis dit c'est ça que je veux faire. Donc tu te dis c'est dangereux, mais je veux le faire. T'étais casse cou quand même. Un petit peu, oui. Oui, quand même. Il y quand même un, [SPEAKER_00] il y un fond de. Oui, j'ai fait. D'ailleurs, j'ai fait mon 1er saut, [SPEAKER_00] entre guillemets, en parachute d'une tour à 7 ans. Donc il y avait des grandes tours qui faisaient 20, 25 mètres de haut et mon père, il m'a emmené et on a fait. J'ai fait mon, j'ai voulu essayer de voir ce que c'était que le vide [SPEAKER_01] à 7 ans. Et tu as ressenti quoi ce jour-là J'étais, [SPEAKER_00] j'étais super heureux quoi. J'étais super heureux de voir ce que j'allais voir mon père. J'allais voir tous les gendarmes sauter en parachute à Pau. J'allais régulièrement. Et puis j'avais l'impression, j'avais juste l'impression de faire un peu comme voilà. [SPEAKER_01] Et c'est pour ça qu'après, j'ai commencé aussi à sauter en parachute dès l'âge de 16 ans. Dès que j'ai pu, j'ai commencé à sauter. Donc tu étais complètement prédestiné, ça, on l'a compris. Et alors tu m'as dit c'est assez sympa quand on a préparé l'émission. Tu me dis ma mère s'appelait Geneviève, [SPEAKER_01] sainte patronne de la gendarmerie et mon père Michel, [SPEAKER_01] saint patron des parachutistes. [SPEAKER_01] Tout à fait. Donc en fait, tu ne pouvais pas faire autre chose. On travailler aussi. Aujourd'hui, [SPEAKER_01] pourquoi tu caches ton visage Pourquoi, quand on fait partie de cette unité qui est vraiment l'unité vraiment d'élite, [SPEAKER_01] pourquoi est-ce qu'il ne faut pas que la population te reconnaisse [SPEAKER_01] Est-ce que ça peut être dangereux pour toi, pour tes collègues, pour ta famille Oui, là, contrairement au nom où on a un surnom. Mais bon, [SPEAKER_00] si on m'appelait Patrick, ce serait pas bien grave. [SPEAKER_00] Mais par contre, mon visage par rapport à notre métier, [SPEAKER_00] on travaille sur des [SPEAKER_00] sur des targets. On aura des targets en fait, sur des target. Des cibles, des cibles, des personnes que tu suis, que tu observes, on va en parler. Des malfaiteurs, et caetera de très haut vol. Et moi, je travaille sur ces gens là et il ne faut pas qu'ils me reconnaissent [SPEAKER_00] dans la rue lorsque [SPEAKER_01] lorsque je travaille sur Comment est-ce qu'on entre au GIGN Est-ce qu'on postule Est-ce qu'on est repéré [SPEAKER_00] Comment ça marche en fait Non, on n'est pas repéré. En fait, c'est une volonté de la personne de venir. De toute façon, si la personne n'est pas volontaire, elle n'arrivera pas à aller au bout de la formation. [SPEAKER_00] La formation est longue, elle est dure. Donc ça, [SPEAKER_00] la formation commence par [SPEAKER_00] un entraînement [SPEAKER_00] qui dure au minimum [SPEAKER_00] 10 mois, un an. [SPEAKER_00] C'est tout ce qui est physique, rusticité. La personne postule, elle vient pendant une semaine passer des tests physiques. Donc d'abord, il y a une phase de sélection. Oui. [SPEAKER_01] En quoi ça consiste Parce que moi, alors on m'a raconté. Et puis on entend plein de trucs. On vous fait sauter dans l'eau, nager pieds et poings liés, [SPEAKER_01] rester dans de l'eau à 0 degré, puis [SPEAKER_01] survivre toute une nuit avec ses fringues trempées. C'est vrai, ce n'est pas vrai. Est-ce que c'est ça les sélections Oui, c'est vrai. On fait des sélections qui sont très dures. C'est pour voir si les personnes, [SPEAKER_00] lorsqu'on le sort de leur confort, mais à un niveau qui est assez élevé, si elles sont capables malgré tout de réfléchir et si elles sont capables de remplir une mission. [SPEAKER_00] Parce que au GIGN, on forme pas que des gens qui font des roulés boulés et qui rampent dans la boue. On veut aussi que ces gens-là, malgré qu'ils aient fait ça avant, malgré qu'ils soient fatigués, qu'ils aient froid et qu'ils aient faim, on veut qu'ils soient capables de remplir la mission qu'on leur demande, toutes les missions du GIGN. Est-ce que, est-ce qu'on peut comprendre Tu peux donner quelques exemples du coup de tests de sélection Déjà, on a les tests des troupes aéroportées parce que nous, on est tous parachutistes. Donc il y a les pompes abdos, pompes abdominaux, traction [SPEAKER_00] et la course à pied avec le sac à dos de 11 kilos. Ça, c'est les tests que font tous les parachutistes en France. Qu'est-ce qu'il y comme autre test Donc oui, il y le pied poings liés. Ça, vrai. Les 50 mètres pieds poings liés. Oui, 50 mètres dans l'eau. Oui. Mais comment tu nages pieds poings liés Il [SPEAKER_00] faut onduler, il faut aller s'entraîner. [SPEAKER_00] Les personnes qui vont s'entraîner avant arrivent très bien à faire l'épreuve. Il y a les 50 mètres d'apnée aussi. Pareil, faut s'entraîner pour faire les 50 mètres d'apnée. Il y a également des pistes d'audace en hauteur pour voir si la personne, elle, n'a pas le vertige. C'est quoi une piste d'audace Ce sont des pistes de câbles, un peu ce qu'on retrouve comme les accrobranches. Mais oui, voilà, c'est par rapport à une personne civile, on pourrait, ça se dit moins on pourrait comparer à ça. Mais bon, c'est c'est beaucoup plus dur quand même. C'est c'est beaucoup plus engageant. Donc il y ça, il y a du tir, [SPEAKER_00] il y a oui, on est, on éprouve les gens [SPEAKER_00] physiquement [SPEAKER_00] en les mettant dans l'eau froide pour voir comment ils vont réagir. [SPEAKER_00] Il faut aussi les pousser un peu à bout. Il faut les pousser dans leurs limites pour qu'ils sachent où est leur limite. On n'a pas tous la même limite. Donc la personne, il faut qu'on l'amène à sa limite pour voir jusqu'où elle est capable d'aller. Comme ça, en opération, elle saura jusqu'où elle est capable d'aller et où est-ce qu'elle risque de basculer. [SPEAKER_01] C'est intéressant ce que tu dis, parce qu'on a tous une limite. Oui. C'est ok de l'atteindre. Oui. C'est-à-dire que le candidat qui atteint sa limite, il ne pas forcément échouer, non Non. Mais il y a certaines personnes qui pensent qu'elles arrivent à leurs limites alors qu'on les pousse encore plus loin. [SPEAKER_00] Parce que nous, on voit, on se rend compte qu'il n'est pas arrivé au bout de ses capacités. Donc on peut le pousser plus loin. On arrive, de toute façon pratiquement tous les candidats, on arrive à les pousser plus loin que ce qu'ils pensent [SPEAKER_00] être leurs limites. Comme on est tous passés par là, [SPEAKER_00] on sait ce qu'on fait. On est capable de dire nous, [SPEAKER_00] on l'a fait. [SPEAKER_00] On sait qu'il n'est pas arrivé [SPEAKER_00] au bout, au bout de lui même. On peut, on peut y aller encore un peu. Donc tu vois des mecs baraqués qui se mettent à pleurer. Enfin, ça doit être terrible. Fait, c'est pas forcément les plus baraqués qui arrivent à la fin. Chez nous, on a entre guillemets [SPEAKER_00] des [SPEAKER_00] des machines, des sportifs de haut niveau qui arrivent très bien. On en a qui sont très bien, mais souvent ce sont des gens qui sont réglés. [SPEAKER_00] Il faut manger à telle heure, il faut s'entraîner à telle heure, il faut dormir tant de temps. Ces personnes là, dès qu'on met un grain de sable dans la machine, tout se dérèglent. [SPEAKER_00] Donc non, on veut des gens qui soient justement des qui soient rustiques et qui arrivent à s'adapter [SPEAKER_00] à [SPEAKER_01] tout ce qu'on leur demande de faire. Parce que dans le quotidien, après on va parler de la formation, mais parce que dans le quotidien du GIGN, [SPEAKER_01] tu peux te retrouver [SPEAKER_01] en forêt, creuser un trou tout à fait et passer une semaine dans le trou. Oui, c'est arrivé. [SPEAKER_00] Notamment nous, du moins moi, j'appartiens à l'observation recherche. [SPEAKER_00] Donc à l'observation recherche, [SPEAKER_00] oui, on peut très bien devoir s'infiltrer [SPEAKER_00] pendant des heures et des heures et faire un poste d'observation où on peut rester une heure, 2 heures, [SPEAKER_00] 4 jours, 5 jours, une semaine. Donc là, il faut s'adapter, [SPEAKER_00] il faut s'adapter au temps, il faut s'adapter au lieu. [SPEAKER_00] Il y le sommeil, il y la nourriture. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] donc toutes ces missions, elles nous ont permis de monter [SPEAKER_00] les tests et le prestage. [SPEAKER_00] Le prestage, c'est la formation Donc on a une semaine de test. Ah oui, le pré-stage. Oui, on a une semaine de test où là, on teste les gens. On commence à les tester physiquement pour voir s'ils sont capables de suivre les 8 semaines de pré-stage. Donc là, pendant les tests, on ne fait pas que du physique. On essaye de voir aussi si la personne est capable de réfléchir [SPEAKER_00] et capable de restituer certaines choses qu'on va lui montrer. Une fois qu'il a fini la semaine, il passe un entretien avec plusieurs opérationnels. Une fois qu'on a décidé que la personne pouvait venir au prestataire, on l'emmène au prestataire de 8 semaines. [SPEAKER_00] On va lui faire faire des missions [SPEAKER_00] qu'on a copiées dans dans ce qu'on faisait en réel. Et là, ça dure 8 semaines. Et pendant ces 8 semaines, on leur on leur fait aussi des choses physiques pour les fatiguer. [SPEAKER_00] On leur fait des choses très dures comme aller dans l'eau froide. Là oui, on y va parce que ça, c'est l'eau froide, ça entame physiquement et moralement très vite. [SPEAKER_00] Donc ce n'est pas un jeu de les emmener dans l'eau froide, c'est parce que c'est quelque chose qui [SPEAKER_00] va très très vite pour [SPEAKER_00] voir le caractère des personnes. Après, on leur fait aussi des missions où où ils doivent faire des infiltrations [SPEAKER_00] longues distances pour pour [SPEAKER_00] pour faire une mission, un coup de main. [SPEAKER_00] Voilà toutes les missions qu'on retrouve chez nous, [SPEAKER_00] chez nous au JIGN. C'est quoi le pourcentage de personnes qui réussissent justement ce pré stage et ensuite la formation Alors il y a à peu près en moyenne. Il y a en moyenne 200 dossiers, [SPEAKER_00] un peu plus de 200 dossiers qui viennent pour les tests et on en retient environ entre 45 et 50 pour le prestage et on arrive à sortir entre 15 et 20 personnels à la fin du prestage qui seront brevetés. À la fin du prestage, [SPEAKER_00] les gens, ils sont, ils sortent du prestage et on considère qu'ils sont capables de suivre l'année de formation. Donc il y a un an de formation où là on les forme dans tous les métiers. On leur donne la base de tous les métiers, l'intervention, l'observation surveillance et la protection. On leur donne la base et après au bout de 6 mois, [SPEAKER_00] on décide [SPEAKER_00] les candidats aussi. Ils ont des désiderata. [SPEAKER_00] Il y en a qui sont, qui préfèrent aller faire de l'intervention, d'observation, de la protection. [SPEAKER_00] On essaye de suivre leurs désiderata, mais aussi nous, ce qu'on pense, en les ayant vus pendant plus d'un an, on sait où la personne est capable de travailler. Et là, au bout de 6 mois, ils sont orientés [SPEAKER_01] pour un métier ou un autre. Mais je voulais que tu nous parles de ton quotidien. Donc tu fais partie de la force d'observation recherche [SPEAKER_01] du GIGN [SPEAKER_01] pour bien comprendre. Et tu vas nous expliquer, [SPEAKER_01] c'est toi qui fais des filatures. Donc, il y a des plans qu'on l'a évoqué, on l'a touché du doigt. Tu vas mettre des micros [SPEAKER_01] dans un bar, dans une maison, [SPEAKER_01] prendre des photos. [SPEAKER_01] Toi, ce que tu vas traquer, c'est des terroristes, [SPEAKER_00] du grand banditisme. Est-ce que tu peux nous raconter ton quotidien, mais pour que tout le monde puisse comprendre en quoi ça consiste et qu'est-ce que tu fais Au quotidien sur une mission, on prend contact avec l'enquêteur et une fois qu'il nous a donné une cible, qu'on s'est mis d'accord sur une cible à suivre, et bien là nous on va se mettre [SPEAKER_00] h 24 sur cette cible, on va la suivre, la prendre en filature, prendre les photos de tout ce qu'elle fait, les adresses, [SPEAKER_00] tous les contacts qu'elle a. Et ça, on va donner tous ces éléments à l'enquêteur. Toi, ce que tu fais, c'est soit tu vas [SPEAKER_01] récolter des preuves [SPEAKER_01] dans une affaire parce qu'il va y avoir un procès ou une enquête, et caetera. Il y une enquête surtout, oui. Une enquête, [SPEAKER_01] soit [SPEAKER_01] vous êtes capable d'observer et de dire il y un go fast qui va partir. C'est imminent. Oui, mais c'est Pour qui vous récoltez des preuves et pour qui vous travaillez au quotidien En fait, on est les yeux des enquêteurs et on voit et on leur ramène les preuves [SPEAKER_00] qu'ils ont besoin pour continuer leur enquête. Donc ça peut être des photos, ça peut être de la vidéo, ça peut être, [SPEAKER_00] oui, aller dans les bars écouter ce qu'ils sont en train de dire. On ne va pas au contact des cibles, on ne pas leur parler, mais on reste dans leur entourage pour voir ce qu'ils font et essayer de ramener le maximum d'informations. Et pendant combien de temps vous restez dans Ça peut être, [SPEAKER_00] on peut rester pendant une journée, 2 journées ou voire des semaines. Ça dépend si on arrive [SPEAKER_00] à avoir le renseignement dont l'enquêteur a besoin tout de suite. Ou des fois, il nous faut des semaines et des semaines pour arriver à récolter une photo ou un renseignement. [SPEAKER_01] Mais alors j'imagine que t'es pas tout seul, évidemment, quand tu observes une cible. Non. Néanmoins, vous n'êtes pas 50. Non. Comment tu fais pour qu'il te repère pas En fait, on travaille. [SPEAKER_00] En gros, on est une dizaine à travailler et [SPEAKER_00] et 10 personnes, 10 têtes différentes. Donc, on tourne, sait à quel moment on doit changer la personne qui surveille le target. On sait à quel moment on va envoyer celui-là dans tel bar parce qu'il va se sentir plus à l'aise dans le bar. Si jamais il va dans un centre commercial rencontrer quelqu'un, on peut envoyer une autre personne, une femme par exemple, parce que nous, on a des femmes chez nous qui nous permettent, qui font le même travail que les hommes. On a des femmes qui montent sur les motos. Les femmes font exactement tout ce que font les hommes à l'unité. Entre vous, vous êtes reliées par oreillette ou vous êtes vraiment dans le vide Ça dépend, ça dépend. [SPEAKER_00] Y a des endroits où on ne peut pas, on ne peut pas être équipé de radio [SPEAKER_00] et il y des endroits où on peut être équipé. Donc oui, soit on a des oreillettes, on a des casques, on a. Et donc il faut être, il faut se comporter en tout cas comme monsieur et madame tout le monde. [SPEAKER_01] Est-ce que ça fait partie, j'imagine, de la formation C'est-à-dire qu'il [SPEAKER_01] y a des cours de jeu de rôle, de théâtre, de comment [SPEAKER_01] mais c'est pas facile de sortir de sa posture aussi à un moment [SPEAKER_01] de gendarme. [SPEAKER_00] T'es là pour observer, t'es là pour travailler. Donc. On est gendarme, on est militaire, donc on a été formé pendant des années, pendant une année en école [SPEAKER_00] militaire, gendarme. [SPEAKER_00] Après, on est allé dans des unités où oui, on est militaire. Et là, on arrive chez nous, on est toujours militaire. Ça, ne pas oublier. Chez nous, le GIGN, c'est toujours une unité militaire, mais c'est ce qu'on dit. Il faut casser les codes en fait. Donc, pendant la formation, [SPEAKER_00] déjà nous, en tant qu'instructeurs, on leur apprend à se comporter autrement. [SPEAKER_00] Et après, [SPEAKER_00] on a mis en place depuis quelques années une formation. On appelle ça le comportement non policier. Ah, c'est Donc là, on a, oui, on a un professeur de théâtre qui vient et qui nous explique comment on peut parler autrement, comment on peut marcher autrement, comment on peut casser la silhouette, et caetera. Voilà donc là, ils ont à peu près une semaine de de comportements non policiers où on travaille tout ça. [SPEAKER_01] Parce qu'en fait, oui, ça veut dire qu'il y presque une déformation professionnelle. [SPEAKER_01] Tu restes militaire, gendarme. [SPEAKER_00] Après, [SPEAKER_00] c'est plus facile. Moi, j'ai trouvé à fond après ces années, c'est plus facile de déformer quelqu'un qui est militaire en lui disant bon, sois un peu moins militaire plutôt que de prendre quelqu'un qui n'est pas du tout militaire et essayer de le former en tant que militaire. Ça me surprend C'est plus long quand même d'obéir aux ordres et [SPEAKER_00] de respecter ce qu'on dit. Ça me surprend pas. Donc c'est pour ça que malgré tout ça, [SPEAKER_00] nous, on est toujours des militaires et notamment [SPEAKER_00] du moins même, que ce soit l'intervention ou la protection et l'observation surveillance. On a beau être en civil, on a beau être dans des voitures, [SPEAKER_00] dans des voitures civiles. [SPEAKER_00] On reste un groupe militaire où il y a une personne qui commande et où les gens obéissent autour. [SPEAKER_01] Sont les missions qui t'ont le plus marqué [SPEAKER_01] Tu m'as parlé des frères Kouachi. Oui. [SPEAKER_01] T'as participé [SPEAKER_01] à l'observation, à la recherche. Tu t'es retrouvé en 1re ligne [SPEAKER_01] quand ils sont sortis de cette imprimerie. Donc les frères Quachi, [SPEAKER_01] ce sont les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo. J'imagine [SPEAKER_01] que ça, c'est une affaire qui marque. [SPEAKER_00] Oui, oui, ça marque. Après les frères Kwachi, [SPEAKER_00] c'est allé tellement vite, [SPEAKER_00] ça nous a, ça a pris à peu près 36 heures. Donc ça a été tellement vite et tellement intense qu'on n'a pas eu le temps de réfléchir et [SPEAKER_00] de [SPEAKER_00] de prendre la mesure de de ce qui se passait en fait. Mais on prenait la mesure dans le métier, dans ce qu'on faisait, mais l'impact et tout ce qui se passait, [SPEAKER_00] moi je l'ai fait parce que c'est ce que j'ai appris à faire. Donc on devait les chercher, on devait les suivre, on devrait [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] quand ils se sont réfugiés dans l'imprimerie, [SPEAKER_00] et bien c'est tout naturellement avec les camarades de l'intervention qu'on s'est mis, [SPEAKER_00] qu'on s'est remis en mode intervention [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] qu'on s'est mis aux abords de l'imprimerie pour les empêcher de sortir. Et on a attendu. Et le fait est, c'est qu'à un moment donné, ils sont sortis quand moi ma colonne, [SPEAKER_00] ma colonne était en tête [SPEAKER_00] et donc on a dû, on a dû traiter avec les gens de l'intervention leur sortie et puis [SPEAKER_00] et puis faire cesser leurs actes. Bien sûr. Mais là, on n'a pas eu le temps, n'a pas eu le temps de stresser. Le stress, il [SPEAKER_00] est arrivé après. Quand on [SPEAKER_00] a réfléchi de ce qu'on venait de faire quoi, on [SPEAKER_00] venait du moins. Moi, personnellement, les 3 ou 4 premiers de la colonne, on [SPEAKER_00] s'est fait tirer dessus et c'est passé à 20 centimètres, [SPEAKER_00] 20 centimètres de nos pieds. Donc là, sur le coup, ça passe, on l'annonce et puis on fait ce qu'on a à faire. Mais en y réfléchissant après, on dit tiens, on est passé pas loin en fait. Donc. Est-ce que ce qui est différent quand même dans ton métier, c'est qu'aujourd'hui vous êtes face dans des affaires de terrorisme. [SPEAKER_01] Là, on en parle. Vous êtes face à des gens qui ont envie de mourir. Oui. Donc ça, c'est extrêmement différent, j'imagine, [SPEAKER_01] dans la gestion de la mission. Parce qu'en fait, [SPEAKER_01] l'être humain, par définition, est dans la préservation de son, tu vois, de son corps, son physique. Mais là, eux, ils y vont, [SPEAKER_00] ils y vont pour mourir. Mais ça, on le savait. Donc on savait, [SPEAKER_00] on savait qu'ils nous feraient pas de cadeaux. Donc c'était [SPEAKER_00] compliqué à nous [SPEAKER_00] de leur faire, entre guillemets, un cadeau de la vie, même si nous, on s'engage pour la vie. Donc on s'engage pour la vie [SPEAKER_00] des otages, des preneurs d'otages et pour notre vie à nous. C'est-à-dire qu'au GIGN, [SPEAKER_00] le but, ce n'est pas de tuer quelqu'un. Le but, c'est de sauver la vie des gens, que ce soit l'otage, le preneur d'otage ou ou les forces de l'ordre. Mais lorsqu'on sait qu'en face, les gens, ils sont déterminés à mourir et [SPEAKER_00] et on ne le savait pas pour les fragrances qu'on ne savait pas, c'est s'ils étaient, [SPEAKER_00] s'ils avaient des gilets explosifs. [SPEAKER_00] Donc dans ce cas-là, ils peuvent, on ne pas s'approcher d'eux. [SPEAKER_00] Ils venaient en courant vers nous, donc on ne pouvait pas les laisser venir vers nous, ce n'est pas possible. Autrement, ils se seraient fait exploser au milieu de la colonne et on aurait eu toute une colonne et on aurait eu plusieurs morts. Donc là, là, on savait suivant [SPEAKER_00] leur réaction ce qu'on devait faire. Donc, comme ils sont sortis en courant vers nous et puis après ils sont partis vers l'arrière, ils sont venus vers nous. Donc on savait que c'était compliqué de juste les blesser, juste les neutraliser. [SPEAKER_01] Tu dis le stress est venu après. Parfois, te refais comme ça des interventions. [SPEAKER_00] Tu y penses après Pas trop. Pas trop. Non, non. En fait, [SPEAKER_00] on en parle entre nous et [SPEAKER_00] moi, je sais que j'arrive à le gérer comme ça. [SPEAKER_00] On fait des débriefings, on en parle entre nous. Et puis [SPEAKER_00] on se dit tiens, est-ce qu'on l'a bien fait Est-ce qu'on l'a mal fait Est-ce qu'on aurait pu faire autrement [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] mais mais il faut en parler, il faut quand même en parler. Moi, j'ai fait plusieurs opérations où c'est arrivé, où je me suis fait tirer dessus et à chaque fois, on en a parlé. Est-ce que le pare-balles a arrêté la balle ou je t'avais vraiment tiré dessus [SPEAKER_00] En fait T'as été blessé Non, non, pas du tout. C'était en Bosnie [SPEAKER_00] où on était en filature sur des criminels de guerre. Et [SPEAKER_00] là, la Bosnie, c'est un pays qui est constamment en guerre. Donc, [SPEAKER_00] sont des guerriers, en fait. Et nous, on a fait plusieurs semaines de filature et [SPEAKER_00] à un moment donné, on s'est posté, on s'est arrêté [SPEAKER_00] avec, [SPEAKER_00] on était 3, avec nos voitures devant, [SPEAKER_00] dans un champ. [SPEAKER_00] Mais c'est un endroit qu'on ne connaissait pas et on n'aurait pas dû s'arrêter là parce que là, il y a des personnes qui sont arrivées et qui nous ont tiré dessus avec la kalchnikov. [SPEAKER_00] Donc il y avait 2 tireurs [SPEAKER_00] et là moi j'ai [SPEAKER_00] eu de la chance. [SPEAKER_00] Il y a une balle qui est rentrée [SPEAKER_00] dans la porte arrière de ma voiture et qui est venue s'arrêter dans le fauteuil. Donc j'ai eu un bleu dans le dos, mais j'ai eu que ça. J'ai une autre balle qui est venue et qui s'est figée dans le Neyman de ma voiture. [SPEAKER_00] Et puis il y en a une qui avait percé mon réservoir de voiture, donc j'ai pris. Mais je n'ai pas été blessé. C'est passé au tour de moi en fait. Incroyable. C'était le jour de la Sainte Geneviève. [SPEAKER_00] C'était C'était le prénom de ta maman. Donc la Sainte-patronne de la gendarmerie. [SPEAKER_01] Est ce que tu as déjà été blessée [SPEAKER_00] Non, pas par balle. [SPEAKER_00] Non, pas par balle. Non. Tu as été. Oui, j'ai eu des blessures, je me suis fait mal, je me suis fait des entorses, je me suis fait sur, mais rien de grave. [SPEAKER_01] Quand on travaille au GIGN, ce qui est [SPEAKER_01] incroyable et ce que j'entends [SPEAKER_01] de ce que vous faites tous, c'est que [SPEAKER_01] vous êtes prêt à mourir en mission. Vous êtes prêt à mourir sur le terrain. [SPEAKER_00] C'est notre métier. [SPEAKER_00] Nous, on ne veut pas mourir sur le terrain. Évidemment. On ne veut pas. Mais après, [SPEAKER_00] si, [SPEAKER_00] si le métier fait que il faut intervenir et [SPEAKER_00] ça arrive, c'est [SPEAKER_00] le métier qui veut ça. On est, on est entraîné pour pas que ça arrive. Mais bon, il y a toujours des aléas et et on a, on a des morts. [SPEAKER_00] Pas souvent, heureusement, mais on a des morts en mission ou en entraînement. [SPEAKER_01] Ça arrive de temps en temps. Est-ce que tu as déjà eu peur de mourir, toi Non, pas non, non, c'est pas. Quand tu es sur une intervention, quand tu es en phase d'observation, de recherche, j'imagine qu'on a une telle concentration que tu n'y penses pas. Oui, c'est ce que je disais tout à l'heure pour les pharaquachistes, c'est ça. C'est que quand on est dans l'opération, [SPEAKER_00] on est, on est tellement pris, on est dans une bulle, la bulle de l'opération [SPEAKER_00] où il y a tellement de choses à gérer qu'on n'a pas le temps de réfléchir à ça. C'est après qu'on se dit [SPEAKER_00] ah ben là, c'est encore pas passé loin comme en Bosnie, c'est pas passé loin. [SPEAKER_00] Et donc, mais c'est passé. Donc on en discute, comme je disais tout à l'heure, on se dit tiens, ce qui a été, ce qui n'a pas été, qu'est-ce qu'on aurait dû faire On n'aurait pas dû faire et on en discute plusieurs fois des fois [SPEAKER_00] et ça passe. [SPEAKER_01] Je me réveille pas. J'ai pas de cauchemar. Oui, c'est ça. Est ce qu'au sein du GGN, c'est accepter aussi [SPEAKER_01] entre collègues de dire là, ça m'a marqué. Là, pour moi, c'est difficile. Bien sûr. Ça, c'est accepté. Oui, on a le droit. Oui, tout à fait. Et puis [SPEAKER_00] quand il arrive à un coup dur, [SPEAKER_00] du moins, ce serait pas normal de dire non, mais il ne s'est rien passé. Sûr que c'est passé quelque chose. Il y a certaines personnes [SPEAKER_00] qui qui ont besoin d'aller voir une psychologue pour en parler. Ça passe, y en a personne, il y en a d'autres. Comme je dis, on en parle entre nous. [SPEAKER_00] Donc chacun fait comme il veut et on ne juge pas les gens. Il faut bien au contraire, ne pas les juger. Il faut pour pour qu'ils passent au delà, [SPEAKER_01] il faut, il faut qu'ils aillent voir les personnes et en parler. Est ce qu'il y d'autres affaires qui t'ont marqué Tu m'as parlé de l'affaire du viaduc de Millau. Oui, [SPEAKER_01] ça, c'est quand même une grosse [SPEAKER_00] affaire. Après, [SPEAKER_00] oui, c'était une affaire de filature [SPEAKER_00] sur un. Qu'est ce qui s'est passé Entre guillemets, un go fast. Et moi, [SPEAKER_00] pendant 15 jours, j'étais [SPEAKER_00] chef [SPEAKER_00] de groupe sur tout ce qui était la filature. [SPEAKER_00] Donc, on savait qu'il y avait un [SPEAKER_00] go fast qui devait remonter d'Espagne, donc qui devait remonter de l'Espagne, passer par le dell du Milo. On a on en avait déduit par rapport aux surveillances qu'on avait fait les 15 jours précédentes. Donc on avait vu les les [SPEAKER_00] les personnes, les malfaiteurs qui faisaient des reconnaissances sur des stations essence pour voir. [SPEAKER_00] Le jour où ils sont remontés, [SPEAKER_00] on avait mis un piège, [SPEAKER_00] on [SPEAKER_00] avait tendu un piège au bout du viaduc de Millot. [SPEAKER_00] C'est quoi le piège Il y avait la force intervention qui était au bout du viaduc de Millau et qui devait les interpeller [SPEAKER_00] lorsqu'au moment où ils passaient. [SPEAKER_00] Je ne sais pas pourquoi et, mais ils ont senti quelque chose. Donc les 2 voitures, il y avait une ouvreuse, ce qu'on appelle l'ouvreuse, c'est la voiture qui est en qui est en amont et qui dit à la voiture qui porte la marchandise si [SPEAKER_00] ils peuvent venir ou pas et si s'il [SPEAKER_00] y a des forces de l'ordre. Donc l'ouvreuse a fait demi tour, La voiture porteuse a fait demi tour. Attends, tu vis ça sur l'autoroute Oui, sur le viaduc de Millau. Sur le viaduc, donc contre sens, sur le viaduc, sur l'autoroute, juste pour imaginer quand même. Oui, ils ont fait donc, ils ont fait tout le viaduc de Millau contre sens. Ils ont croisé l'équipe d'intervention qui était là pour faire le bouchon arrière, pour les arrêter à l'arrière, donc ils les ont croisés. Et donc nous, on était restés. Donc quand on fait ces opérations-là, généralement, [SPEAKER_00] on met [SPEAKER_00] des 38 tonnes pour empêcher [SPEAKER_00] les gens qui n'ont rien à voir avec l'affaire de rentrer dans la nasse pour pas qu'il y de blessés et pour pas que pour pas qu'il y ait une autre voiture qui soit au milieu de l'intervention. [SPEAKER_00] Et donc les 3 38 tonnes, ils ont empêché [SPEAKER_01] la voiture de passer. Donc elle est venue s'encastrer dans le 38 tonnes. Donc pour comprendre, ils font demi tour face à eux 3 immenses camions [SPEAKER_01] qui bloquent tout, évidemment pour empêcher les civils d'être blessés. Et là, c'est la voiture fonce [SPEAKER_01] et elle va essayer de passer sur le côté. [SPEAKER_00] Et un 38 tonnes, le 38 tonnes, il l'empêche de passer. De [SPEAKER_00] façon, le 38 tonnes, c'était à un moment donné, ça a été son travail. Là, il faut réagir dans l'action. [SPEAKER_00] L'ordre a été donné aux gens des 38 tonnes de dire ils passent pas. Pourquoi Parce que déjà, bon, ils allaient s'enfuir. Mais ça, à la limite, ils s'enfuient. Ce n'est pas, ce n'est pas que ce n'est pas grave, mais voilà. Mais derrière, [SPEAKER_00] il y avait des personnes, des civils dans leur voiture. [SPEAKER_00] Ils [SPEAKER_00] roulaient à 180 kilomètres heure, ils seraient allés, ils seraient allés taper dans une autre voiture. Ils auraient fait des morts, donc il ne fallait pas qu'ils passent en fait. Voilà, donc ils ne pas passés. [SPEAKER_00] Ils n'ont pas été blessés. Pourtant, ont tapé à très haute vitesse et ils se sont enfuis de part et d'autre du viaduc de Millot. [SPEAKER_00] Donc, quand quand tu passeras, tu regarderas à droite et à gauche. Et donc, on est allé les chercher en bas et en haut. On leur a couru après [SPEAKER_00] pour aller les chercher. [SPEAKER_01] C'est quoi les affaires qui te marquent le plus [SPEAKER_01] Est-ce que c'est les grosses affaires comme celle-ci ou c'est d'autres d'autres interventions, [SPEAKER_00] d'autres phases d'observation qui te marquent le plus ou qui t'ont le plus marqué dans ta carrière J'ai un souvenir d'après de beaucoup, de pratiquement toutes les opérations. Après les opérations qui ont été compliquées à monter, que ce soit techniquement ou qui ont été dures, que ce soit physiquement, celles-là, elles m'ont beaucoup marqué oui. [SPEAKER_00] Ou alors les opérations où on a mis notre vie en jeu, Là oui ça ça marque. Après il y des opérations, [SPEAKER_00] je m'en souviens encore, mais ces opérations qui se sont bien passées. Donc [SPEAKER_00] on a réussi à interpeller les personnes, on a réussi à avoir soit l'armement, [SPEAKER_00] soit la drogue. Donc ça, ça nous marque aussi parce que c'est satisfaisant aussi. Ça fait 27 ans que tu fais ce métier. Oui. [SPEAKER_01] T'es un homme de l'ombre. Oui. Tu [SPEAKER_01] interviens [SPEAKER_01] dans des affaires extraordinaires, [SPEAKER_01] mais on sent que tu as une passion qui est vivace, quoi. C'est fabuleux. [SPEAKER_01] Qu'est-ce qui fait que tu es autant passionnée Alors on l'a compris, tu étais prédestiné. [SPEAKER_01] Ton père travaillait au GIGN, tu as eu envie de travailler au GIGN et tu as toujours cette flamme en toi. [SPEAKER_00] Qu'est -ce qui te porte en fait le matin quand tu travailles C'est le métier. C'est qu'on ne fait jamais la même chose et c'est aussi les personnels avec qui on travaille. [SPEAKER_00] On est tous recrutés de la même manière, donc on se comprend tous, même si on a tous des forts caractères. [SPEAKER_00] Mais tout le monde se comprend. Et quand on part en mission, tout le monde est heureux de partir en mission et [SPEAKER_00] d'aller vivre ensemble [SPEAKER_00] des moments, des moments intenses en fait. Donc tout ça fait que oui, on est, moi je suis heureux d'être là. [SPEAKER_00] Et donc maintenant, [SPEAKER_00] je suis, j'ai basculé à la formation, [SPEAKER_00] donc je forme les gens dans ce métier là. Et là, c'est, c'est un [SPEAKER_01] autre métier, mais c'est tout aussi passionnant. Il y a une forme de cohésion qui a l'air extrêmement importante. [SPEAKER_00] Il y un peu ce côté frère d'armes en fait. Ah oui, non, mais oui, on est tous sortis du même moule. Les tests, le prestage qui est très dur, la formation qui est longue. Donc on a tous le même moule. On sait ce que [SPEAKER_00] le camarade à côté a vécu. Lui, il sait ce que j'ai vécu, que ce soit en formation ou en mission. [SPEAKER_00] Donc oui, bien sûr, [SPEAKER_00] dès qu'il y a un problème, dès qu'il y quelque chose, tout le monde se regroupe et [SPEAKER_00] c'est la force de l'unité en fait. On [SPEAKER_00] est un petit peu éclaté chacun dans notre métier, mais dès qu'il y a un problème, [SPEAKER_00] on l'a vu lors des frères Kochy, dès qu'il y un problème, l'unité, [SPEAKER_00] elle se regroupe et [SPEAKER_00] c'est un rouleau compresseur en fait. On devient un rouleau compresseur et et quand on est tous ensemble, on a du mal à nous résister. Vous portez tous des cagoules, des masses, et caetera pour vous protéger. [SPEAKER_01] Est-ce qu'il y des choses qui passent par le regard entre vous aussi quand vous êtes en intervention [SPEAKER_00] Ah oui, oui, on sait, on sait ce que pense le voisin quand il nous regarde. [SPEAKER_00] Oui, oui. [SPEAKER_01] Ça, ça vient de la cohésion de cette formation. [SPEAKER_00] Oui, on a vécu tellement de temps ensemble. [SPEAKER_00] On a vécu tellement de moments ensemble que oui, on arrive à se comprendre, surtout quand on est dans le même groupe. On sait, on sait ce que pense le voisin à un moment donné. On sait s'il est inquiet, s'il est rassuré, [SPEAKER_00] si [SPEAKER_01] voilà, s'il est d'accord avec nous, pas d'accord, on le sait tout de suite. Il y a aussi, moi, un grand mystère parce que c'est extrêmement physique ce que vous faites tous. [SPEAKER_01] Ça fait 27 ans que tu fais ça. [SPEAKER_01] Enfin, c'est une longévité de dingue. [SPEAKER_01] Comment tu fais Enfin, tu vois, est-ce que vous êtes testé régulièrement [SPEAKER_01] physiquement pour être sûr que [SPEAKER_01] vous soyez encore dans le cou, entre guillemets Ou est-ce que c'est toi qui va sentir à un moment qu'il faut arrêter Est-ce qu'il y a un âge de départ à la retraite Tu vois comment ça fonctionne parce que c'est vraiment [SPEAKER_00] à part en fait. C'est vrai que maintenant, moi, [SPEAKER_00] à mon âge, j'ai 55 [SPEAKER_00] ans. Je n'ai pas le niveau physique [SPEAKER_00] des jeunes qui rentrent à 25 ans. Ce n'est pas possible, [SPEAKER_00] donc. [SPEAKER_00] Mais maintenant, moi, [SPEAKER_00] j'ai d'autres responsabilités [SPEAKER_00] et on ne demande pas de faire ce que le jeune de 25 ans doit, [SPEAKER_00] ce que le jeune de 5 ans doit faire en mission. Et qu'est-ce qu'on lui demande aux jeunes de 25 ans en mission Par exemple, [SPEAKER_00] on lui demande de faire des infiltrations avec des sacs à dos très lourds [SPEAKER_00] pendant plusieurs kilomètres [SPEAKER_00] dans des sur des des terrains qui sont accidentés. [SPEAKER_00] Ça, c'est pour l'observation. [SPEAKER_00] On lui demande [SPEAKER_00] de [SPEAKER_00] faire de la filature. Bon, ça, je peux le faire. Mais il des choses où on va plus demander à un équipier de le faire. À l'intervention, c'est pareil. L'intervention, quand ils sont en intervention, ils ont les gilets casques sur la tête qui pèsent très, très lourd. [SPEAKER_00] Ils ont à peu près 35 kilos [SPEAKER_00] entre le [SPEAKER_00] le gilet, le casque [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] et puis il faut rajouter l'arme et il faut rajouter s'il y a [SPEAKER_00] le gars qui est porteur de bouclier, il y le bouclier en plus, et caetera. À la protection, c'est pareil. Il y a, il y a [SPEAKER_00] quand ils sont [SPEAKER_00] à l'étranger, des [SPEAKER_00] fois on dort très peu parce que autour le pays est en guerre. Donc il faut surveiller [SPEAKER_00] l'ambassade. [SPEAKER_00] Il y a des tours de garde, il faut protéger l'ambassadeur. [SPEAKER_00] Il y a certains métiers. Oui, on va, va de moi certains métiers, certains actes qu'on va plus donner à quelqu'un qui a le niveau physique. [SPEAKER_01] Mais c'est quoi le plus dur C'est physiquement, psychologiquement, [SPEAKER_01] c'est non, c'est psychologiquement. [SPEAKER_00] Oui, c'est voilà, c'est de tenir psychologiquement et puis et puis de tenir dans le temps. Tu dis le plus dur psychologiquement, [SPEAKER_01] mais tu peux donner des exemples pour qu'on comprenne pourquoi c'est dur psychologiquement. [SPEAKER_00] Ce qui est dur, c'est pour nous et nos familles aussi, parce qu'on part à des moments où on ne pas quand est-ce qu'on part, on ne sait pas quand est-ce qu'on va rentrer. [SPEAKER_00] Il y a nos familles, on ne les voit pas pendant un certain temps. [SPEAKER_00] Il y a les enfants qui sont là, des fois on ne les voit pas grandir. [SPEAKER_00] Donc tout ça, c'est Et puis il y l'opération, il faut s'occuper de l'opération. [SPEAKER_00] Il faut, il faut que tout se déroule bien. Il faut qu'on soit, que la sécurité des gars soit [SPEAKER_00] du moins que les gars fassent l'opération en sécurité, [SPEAKER_00] que la mission, [SPEAKER_00] on ne fasse pas basculer la mission. Donc donc ça, faut psychologiquement, [SPEAKER_00] il faut, [SPEAKER_01] il sait, c'est intense quand même. Mais moi, j'imagine aussi que c'est le mental qui te fait tenir. Quand tu es en mission, [SPEAKER_01] est ce que c'est le bon terme L'émission d'infiltration, [SPEAKER_01] donc quand tu vas par exemple [SPEAKER_01] te fondre dans la végétation pour observer pendant plusieurs jours, [SPEAKER_00] Citer un 15 janvier, ce n'est pas très sympa. On a du matériel qui nous permet de tenir. On est formé pour ça. [SPEAKER_00] Là, c'est ton mental. Oui, oui, c'est le mental qui va faire tenir. Et on parle d'infiltration. [SPEAKER_00] Oui, c'est de la filtration. Du moins, de se rendre d'un point à un autre pour [SPEAKER_00] pour mettre un poste d'observation, parce qu'on ne fait pas, nous, on ne fait pas d'infiltration [SPEAKER_00] dans des groupes, [SPEAKER_00] dans dans des groupes de personnes. Ça, ce n'est pas ça, ce n'est pas, ce n'est pas mon métier, ça. Tu parlais de mission à l'étranger, tu en as fait 7 ou 8, je crois, à l'étranger. [SPEAKER_01] Pourquoi le GIGN va intervenir à l'étranger parfois En Afghanistan, [SPEAKER_00] il a fallu protéger [SPEAKER_00] l'émissaire de l'ONU, [SPEAKER_00] Lac d'Arbrame, [SPEAKER_00] qui avait été chargé d'aller remettre le gouvernement Carzaï en place. Donc là, [SPEAKER_00] le gouvernement français avait proposé [SPEAKER_00] à l'ONU de fournir [SPEAKER_00] la protection. J'ai fait aussi d'autres protections. Je suis parti en protection aussi pour d'autres pays comme en Irak [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] je suis parti en Algérie, dans plusieurs pays. Ça, c'était pour la partie protection. Je suis allé aussi [SPEAKER_00] à l'étranger pour faire de l'observation surveillance exactement [SPEAKER_00] aussi. [SPEAKER_00] Donc, on en a parlé tout l'heure pour la Bosnie, les criminels de guerre. Et je suis parti aussi dans des pays [SPEAKER_00] du nord de l'Afrique pour aller faire de l'observation surveillance pour [SPEAKER_00] des [SPEAKER_00] affaires de [SPEAKER_00] drogue. C'est un bateau qui devait faire, [SPEAKER_00] qui devait ramener [SPEAKER_00] des stupéfiants. Donc on y a été, [SPEAKER_00] on est rentré dans le pays. [SPEAKER_00] Bon, on est rentré dans le pays avec l'accord, [SPEAKER_00] du moins les autorités étaient au courant. Oui, ça se passe en accord. On n'est pas, on n'est pas une unité d'espionnage. [SPEAKER_00] On est rentré avec l'accord du pays et après par contre, dans le port, il a fallu, il a fallu étudier le port. Il a fallu étudier [SPEAKER_00] toute la sécurité du port parce que dans ces pays, [SPEAKER_00] il y a beaucoup de sécurité dans les ports, il y a des bateaux qui coûtent très cher. Donc on a étudié la sécurité du port, on était 5. La sécurité du port pendant pendant 4 [SPEAKER_00] jours [SPEAKER_00] et toutes les nuits pour voir comment ça se passait. [SPEAKER_00] Et à la 4e nuit, [SPEAKER_00] moi, là, c'est une, c'est une. J'ai tenté, je suis du moins, j'ai mis l'équipe [SPEAKER_00] autour [SPEAKER_00] autour du port pour prévenir et je suis allé sous le bateau pour voir comment c'était T'as plongé Non, non, c'était le [SPEAKER_00] bateau était sur cale. Donc, [SPEAKER_00] donc je suis allé sous le bateau pour voir comment c'était fait. Et c'est à ce moment là, il y a un gardien qu'on n'avait pas décrit pendant les 4 jours, qui est sorti, [SPEAKER_00] qui est sorti, qui est arrivé dans le port et je suis resté un quart d'heure allongé sous le bateau et il cherchait. Je ne pas ce qu'il cherchait, mais il mettait des coups de lampe. Il avait dû, mais ce n'est pas moi qui cherchait parce qu'il ne m'a pas trouvé. Donc après, il est rentré. Donc [SPEAKER_00] oui, là, c'était [SPEAKER_00] moi. Là, c'est pareil. C'est moi, je savais que j'avais l'équipe qui était autour. Et puis [SPEAKER_00] et donc j'étais, [SPEAKER_00] j'étais entre guillemets, j'étais serein parce que je savais qu'il y avait des gens qui étaient là pour intervenir. [SPEAKER_01] Il y a d'autres moments comme ça où tu as dû te cacher [SPEAKER_00] J'ai fait plusieurs missions [SPEAKER_00] en Corse sur le FLNC ou dans le Pays Basque sur l'ETA. Quand on doit s'approcher [SPEAKER_00] du domicile ou quand on doit s'approcher [SPEAKER_00] en infiltration et que la personne sort, [SPEAKER_00] là il faut vite se cacher, mais ça il faut le prévoir avant. Ah tu dois anticiper la cachette. Oui ça pour faire une opération, on fait un briefing et on anticipe. La cachette. Mais on anticipe que si elle sort, il va falloir qu'on se cache, qu'on arrête de bouger. [SPEAKER_00] Celui qui observe [SPEAKER_00] au loin, il nous renseigne pour savoir où est la personne, et caetera. Donc ça, oui, ça, il faut l'anticiper. [SPEAKER_00] C'est compliqué d'aller sur ce genre de personnes, [SPEAKER_00] entre guillemets, la fleur au fusil et parce que c'est là où ça se passe mal. [SPEAKER_01] Et là, tu es en hyper vigilance en fait, quand tu bosses sur ce type d'affaires. [SPEAKER_01] Ah oui, oui, oui, oui. Est que tu arrives dans ton quotidien à baisser la garde ou est-ce que tu es toujours en hypervigilance Est-ce qu'il y une forme de déformation professionnelle Tu vois, tu en perds tout, tout le temps. On me le dit, je regarde un peu partout, c'est vrai, mais non, ce n'est pas de l'hypervigilance. C'est que moi, je fais attention. [SPEAKER_00] C'est plus quand on revient des pays étrangers où où il y la guerre ou quand on est allé, par exemple en Irak ou en Afghanistan, [SPEAKER_00] le pays se faisait bombarder de tous les côtés. Il y avait des attentats en permanence. [SPEAKER_00] Il y avait souvent des bruits d'explosion. [SPEAKER_00] Et quand on rentre en France et [SPEAKER_00] les premières semaines, quand il y une porte qui claque, on fait attention. On n'est pas, mais on se dit tiens, tu sursautes quelque chose. Tu sursautes. Oui, donc on fait attention. C'est l'expression pour dire en fait que tu as quand même sursauté. C'est normal. Donc il y quelques semaines où on se réadapte. J'y [SPEAKER_01] pense parce que mes anciens confrères journalistes [SPEAKER_01] de télé qui étaient sur des zones de conflits me racontaient par exemple que sont formés pour pas dans un restaurant parce qu'il faut bien manger, pas être assis à tel ou tel endroit, s'asseoir [SPEAKER_01] au fond, pas devant, et cetera Et il me racontait qu'en revenant, [SPEAKER_00] ils adaptèrent encore ce type de comportement. Ah ça, je le sais tout temps. Ah oui. Oui, je me mets rarement dos à la salle. [SPEAKER_00] J'aime bien voir ce qui se passe dans la salle du restaurant ou dans un bar. [SPEAKER_00] Ce qui fait que quand on sort souvent à plusieurs du travail, [SPEAKER_00] c'est le 1er qui arrive, qui se met face à la salle parce que tout le monde veut se mettre, [SPEAKER_00] tout le monde veut se mettre face et pas d'eau, pas d'eau publiquement. Vous faites tous pareil quoi. Oui, oui, voilà. En 27 ans, [SPEAKER_01] au sein du GIGN, j'imagine que les affaires ont évolué. Oui. [SPEAKER_01] Qu'est ce que vous traitiez que vous ne traitez plus et quelles sont les affaires [SPEAKER_01] les plus traitées aujourd'hui Est-ce que c'est du terrorisme, du grand banditisme [SPEAKER_01] Est-ce que c'est du trafic [SPEAKER_01] contre les stupéfiants, et caetera Quelles sont les les les les grosses affaires de 2026 [SPEAKER_00] Moi, [SPEAKER_00] les grosses affaires que je ne faisais pas il y a 20 ans quand j'étais à l'observation recherche [SPEAKER_00] et qu'on a fait les 10 dernières années, là, c'est oui, du terrorisme. [SPEAKER_00] Là, [SPEAKER_00] oui, on en a fait beaucoup plus. Et là, en ce moment, ce qui se fait beaucoup, [SPEAKER_00] c'est les enlèvements avec tout ce qui est cryptomonnaie. [SPEAKER_00] Là, je sais que les gens à l'observation recherche font énormément d'enlèvements [SPEAKER_00] et travaillent beaucoup [SPEAKER_00] sur ça, ce qui est lié à la cryptomonnaie. Il y des personnes qui ont été retrouvées, [SPEAKER_00] qui avaient été enlevées et on a réussi à résoudre l'affaire [SPEAKER_01] grâce aux enquêteurs et en grande partie grâce à tout ce qui est l'observation recherche. Pendant 27 ans, tu as quand même un métier. J'ai dit, es un homme de l'ombre. Tu côtoies des affaires, des gens extraordinaires, tu es allé à l'étranger, tu pars de l'ONU, [SPEAKER_01] tu as traqué des criminels de guerre. Est-ce que c'est difficile de passer sa vie dans l'ombre, de ne pouvoir raconter son quotidien, son métier [SPEAKER_01] à tout le monde [SPEAKER_00] Non, non, ce n'est pas compliqué. [SPEAKER_00] Non, parce qu'il y a des choses que je raconte. Comme je dis, comme j'ai dit tout à l'heure, on n'est pas déjà des agents secrets. En fait, nous, on est des, on est gendarmes, [SPEAKER_00] donc il y a des choses qu'on peut raconter. Je vais pas dire [SPEAKER_00] quand l'opération a lieu, je suis parti en opération. Je vais pas dire sur qui ni où, mais on peut parler. Oui, j'ai fait de la filature, [SPEAKER_00] on peut parler, [SPEAKER_00] on peut dire ce que dans la globalité, ce qu'on a fait. Là, on arrive à, on a, on peut le dire. Je suis pas, il ne faut pas, il ne pas confondre. Nous, on n'est pas des, on n'est pas une unité de renseignement, on n'est pas des agents secrets. Non, on est, on est là pour travailler au profit, [SPEAKER_00] au profit des unités de recherche. Donc ça, on peut, on peut en parler. On arrive à la fin de cet entretien. [SPEAKER_01] J'aime demander aux gens qui sont à ta place un petit mot de la fin. Qu'est-ce que tu as envie de dire aux gens qui nous regardent, qui nous écoutent [SPEAKER_01] En conclusion, au vu de tout ce qu'on s'est dit, à la fois de ton métier extraordinaire, [SPEAKER_01] des missions, tu as fait des observations, de la recherche. [SPEAKER_00] Ce serait quoi ton mot de la fin Mon mot de la fin, ce serait de que les [SPEAKER_00] personnes nous fassent confiance [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] que ceux qui veulent venir chez nous n'hésitent pas. Si nous, on y est arrivé, c'est que c'est faisable. En fait, on n'est pas des surhommes et on est tout le monde, moi tout le monde. Si on s'en donne les moyens, [SPEAKER_00] on est, on peut le faire et les personnes sont capables de le [SPEAKER_01] Tu dis on n'est pas des surhommes mais c'est parce que ça fait 27 ans que tu dedans. Moi quand je t'écoute, je me dis c'est incroyable. Non non. Franchement tu sais sauter d'un hélicoptère, tirer d'un hélicoptère, [SPEAKER_01] faire de la plongée, tu sais faire de plongée Non non je suis [SPEAKER_01] moi je suis parachutiste. Mais prendre des photos, changer d'apparence, [SPEAKER_01] enfin c'est quand même extraordinaire [SPEAKER_00] tu vois au sens littéral du terme. Oui après il y a, oui on fait un métier qui est extraordinaire mais en France il y d'autres personnes qui font des métiers extraordinaires aussi. Merci Bill. De rien. Merci pour [SPEAKER_01] toutes tes anecdotes, ta confiance. [SPEAKER_01] Bravo à toi parce que franchement on est aussi tous protégés grâce à vous. Donc merci d'être venu jusqu'ici. [SPEAKER_01] On ne saura pas rien de plus sur ton identité, on ne verra pas ton visage, [SPEAKER_01] mais on peut en tout cas te retrouver surtout ce fondeur. C'est tous les mardis sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcasts. Donc je vous dis merci et on se retrouve mardi prochain. Salut.

Points clés

  • 'Bill' a 27 ans de service au sein du GIGN.
  • La devise de son unité est 'voir sans être vu'.
  • Il a été en première ligne lors de l'opération contre les frères Kouachi.
  • Le taux de réussite à la sélection du GIGN est d'environ 10% (15-20 retenus sur 200 dossiers).
  • La sélection teste davantage la résilience mentale et l'adaptabilité que la force brute.

À éviter

❌ Penser que seuls les plus forts physiquement intègrent le GIGN.

✅ La sélection privilégie la résilience mentale, la rusticité et la capacité à réfléchir sous une pression extrême. Comme le souligne 'Bill', les profils très 'réglés' peuvent échouer là où des individus plus adaptables réussissent. Ce ne sont pas toujours les 'plus baraqués' qui vont au bout.

❌ Croire que le travail du GIGN n'est que de l'action spectaculaire.

✅ Une part essentielle du travail, notamment celui de la Force d'observation recherche, est un travail de l'ombre. Il est fait de patience, de discrétion et de surveillance de très longue durée, parfois pendant des jours dans des conditions difficiles, loin des caméras.

Glossaire

GIGN
Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale. Unité d'élite de la gendarmerie française spécialisée dans la gestion de crises, la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme.
Force d'observation recherche (FOR)
Composante du GIGN spécialisée dans les missions de surveillance, de filature et de renseignement discret sur des cibles à haute valeur. Sa devise est 'voir sans être vu'.
Frères Kouachi
Chérif et Saïd Kouachi, les deux terroristes islamistes responsables de l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, à Paris.
Tous Wonder
Podcast et émission YouTube qui invite des personnalités au parcours de vie jugé 'extraordinaire' à partager leur histoire.
Cible (Target)
Dans le jargon du renseignement et de la police, désigne l'individu ou le groupe d'individus faisant l'objet d'une surveillance ou d'une opération.

Conclusion

Le témoignage de 'Bill' lève un coin du voile sur une réalité méconnue. Derrière l'acronyme GIGN, il n'y a pas que des 'super-soldats', mais des hommes qui ont poussé le sens du devoir et de la résilience à son paroxysme. Des professionnels de l'ombre, dont le silence et l'anonymat sont les meilleures armes pour protéger les autres.

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