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Marc Geiger — 00:00
Pour un avocat qui défend quelqu'un, la vérité importe peu. Il y des images qui restent. Un homme avait tué ses 3 enfants et il les avait envoyés dans une baignoire. Ça fait monter en moi une colère sourde. Est-ce que tu arrives à te blinder? On est obligé d'en rire. Si on n'en rit pas, on en devient fou. À moment là pour moi je défends un innocent jusqu'à ce que.
Intervenant 2 — 00:17
Bonjour à tous et bienvenue dans tous fondeur le média qui parle de votre point de bascule. Aujourd'hui je reçois Marc Géger, il côtoie l'horreur tous les jours du sang, des meurtres, l'impensable.
Intervenant 2 — 00:29
Pourquoi?
Intervenant 2 — 00:30
Bien parce qu'il est avocat au pénal depuis plus de 30 ans, spécialisé dans la défense des victimes.
Intervenant 2 — 00:35
Il accompagne les familles face à l'irréparable,
Intervenant 2 — 00:38
face à la perte de l'un de leurs proches.
Intervenant 2 — 00:41
C'est un visage que vous connaissez parce qu'il apparaît régulièrement sur France 2 dans l'émission ça commence aujourd'hui de Faustine Bohlert et il est aussi l'auteur des survivants aux éditions Marois, c'est une plongée au coeur de 11 procès d'assises.
Intervenant 2 — 00:54
Tous Wonder, vous nous retrouvez tous les mardis sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcast Spotify, Deezer, Amazon et Apple. Vous pouvez nous suivre, nous regarder un peu partout et un peu tout le temps. Cet épisode vous est présenté avec Lucie,
Intervenant 2 — 01:06
l'expert en santé préventive.
Intervenant 2 — 01:08
Vous le savez dans on parle souvent de points de bascule, de déclic qui change une vie. Et bien parfois le 1er déclic, c'est simplement de mieux comprendre son corps. Souvent on se demande pourquoi on est tout le temps fatigué, tout le temps stressé.
Intervenant 2 — 01:21
Pourquoi une femme peut perdre ses cheveux par exemple en pleine ménopause. Pourquoi un homme même jeune peut avoir des problèmes de fertilité.
Intervenant 2 — 01:28
Et bien très souvent la réponse elle se trouve dans votre corps dans notre corps et Lucie propose que moi en tout cas je cherche depuis longtemps et c'est pour ça que je vous en parle c'est un bilan complet analyse de sang, d'urine,
Intervenant 2 — 01:39
de salive. Il y a plus de 110 marqueurs qui sont étudiés. En gros, vous l'avez compris, tout est passé au crible,
Intervenant 2 — 01:46
organe,
Intervenant 2 — 01:47
équilibre hormonal.
Intervenant 2 — 01:48
Et quand vos résultats arrivent, bien vous avez un plan d'action à mettre en place pour avoir de nouvelles bonnes habitudes sur votre activité, votre sommeil,
Intervenant 2 — 01:56
votre santé mentale et vous pouvez même échanger avec un chat avec une IA pour vous aider à avoir de bonnes nouvelles habitudes. Avec tous Wonder, vous avez un code de réduction
Intervenant 2 — 02:05
moins 10 pour 100 avec le code tous Wonder 10 et évidemment je vous mets le lien dans la description de l'épisode. Et tous Wonder c'est maintenant avec Marc Géger avocat au pénal.
Intervenant 2 — 02:25
Marc Gégère, merci d'être avec nous. En plus, tu vis dans le sud de la France. Donc c'est d'autant plus précieux de t'avoir dans ce fauteuil. Dans tout ce foin d'heure, on commence toujours avec un point de bascule.
Intervenant 2 — 02:35
Le tien, il n'est pas récent,
Intervenant 2 — 02:37
mais on comprend à quel point il est, il est fort. C'est 1994,
Intervenant 2 — 02:42
tu es un jeune avocat, tu n'es pas du tout pénaliste
Marc Geiger — 02:44
et pour la 1re fois, rencontres une victime d'inceste et elle a 13 ans. Oui, c'est ça en fait. Moi j'ai fait toutes mes études à Paris, j'étais plutôt branché droit des affaires, propriété
Marc Geiger — 02:55
littéraire et artistique.
Marc Geiger — 02:57
Et la
Marc Geiger — 03:00
vie m'a fait, a fait que je suis parti de Paris parce qu'en fait quand j'ai commencé à travailler à Paris,
Marc Geiger — 03:05
je me suis rendu compte que je plaiderais pas ou peu.
Marc Geiger — 03:07
Or j'avais fait ce métier parce que ce qui m'intéressait, c'était justement plaider.
Marc Geiger — 03:12
Donc je suis parti dans le sud de la France et je
Marc Geiger — 03:15
me suis retrouvé dans un tout petit barreau, j'étais le 38e avocat du barreau à l'époque où je suis arrivé
Marc Geiger — 03:20
Et très vite, j'ai fait des commissions d'office, c'est-à-dire j'étais
Marc Geiger — 03:23
de permanence au tribunal correctionnel
Marc Geiger — 03:26
tous les jeudis après-midi.
Marc Geiger — 03:28
Et puis un jour, j'ai remarqué
Marc Geiger — 03:30
un homme
Marc Geiger — 03:32
qui était là au fond de la salle, vraisemblablement pas concerné par telle ou telle affaire, mais qui était là très, qui était là très fréquemment.
Marc Geiger — 03:40
Et il m'a abordé un soir en fin d'audience et il m'a dit qu'il était le responsable de l'aide sociale à l'enfance
Marc Geiger — 03:45
du département
Marc Geiger — 03:47
et il était plus particulièrement chargé des enfants qui avaient été victimes de faits à caractère sexuel et qu'on avait placés pour les retirer de l'endroit où les choses s'étaient s'étaient malheureusement passées pour eux.
Marc Geiger — 03:57
Il me propose, il me demande si je veux bien intervenir pour ces enfants-là.
Marc Geiger — 04:02
Sur le principe, je lui dis, oui pourquoi pas? Et c'est lui qui va m'amener ma
Marc Geiger — 04:07
1re petite cliente, elle a 13 ans, on est en 1994.
Marc Geiger — 04:11
Elle est victime d'inceste
Marc Geiger — 04:13
et elle
Marc Geiger — 04:15
va totalement me cueillir à froid.
Marc Geiger — 04:17
Je ne m'attendais pas du tout à, à l'entretien que j'ai pu avoir avec elle et en fait Oui, il eu un avant et un après. Qu'est-ce qui t'a
Marc Geiger — 04:26
bouleversé chez elle ou dans son récit? Mais en fait, au-delà de ce qui m'a bouleversé dans son récit qui était évidemment lourd hein, c'était une des premières fois que j'entendais ce genre d'affaires
Marc Geiger — 04:36
véritablement sans le lire dans la presse.
Marc Geiger — 04:39
Là, elle était en face de moi quoi et sa souffrance, elle était en face de moi. Et quand elle est sortie de mon bureau, je me suis dit, mais c'est ça ce que je veux faire en fait. Ce que je veux faire, c'est accompagner ces gens qui n'ont rien demandé,
Marc Geiger — 04:51
qui
Marc Geiger — 04:52
n'ont rien fait pour se retrouver devant une juridiction qui souvent les lamine si on y si on n'y prend pas garde.
Marc Geiger — 04:58
Et ça
Marc Geiger — 04:59
m'a vraiment donné l'envie de les accompagner parce que j'ai toujours eu au fond de moi
Marc Geiger — 05:05
en fait le besoin du sentiment d'utilité.
Marc Geiger — 05:08
J'ai l'habitude de dire et c'est vrai que je défends beaucoup de victimes, mais souvent on me dit là là vous êtes formidables. Non je suis pas formidable parce que je suis pas saint Vincent de Paul, mais le retour que j'ai de ces gens-là, ce sentiment d'utilité qui
Marc Geiger — 05:21
qui à un moment donné te traverse
Intervenant 2 — 05:23
me fait avancer dans la vie quoi. Ouais ça te nourrit quoi, ça te donne la force. Complètement. Tu t'es spécialisée dans la défense des victimes? Oui.
Intervenant 2 — 05:30
Est-ce que c'est un hasard ou est-ce que
Intervenant 2 — 05:33
tu as un coeur trop sensible
Intervenant 2 — 05:35
pour défendre la partie adverse, pour défendre des meurtriers présumés?
Marc Geiger — 05:40
Alors en fait, je suis un petit peu, je suis un petit peu étrange comme pénaliste parce qu'effectivement je défends beaucoup de victimes.
Marc Geiger — 05:47
Je
Marc Geiger — 05:48
m'interdis parce que je ne sais pas le faire, de défendre certains
Marc Geiger — 05:53
auteurs d'actes, notamment ceux qui sont l'inverse de ce que je fais pour les victimes. C'est-à-dire que je n'ai jamais défendu quelqu'un qui était poursuivi pour Oui, je refuse et
Marc Geiger — 06:03
puis après
Marc Geiger — 06:04
à force ça se sait donc
Marc Geiger — 06:06
les gens ne viennent pas nécessairement me voir, mais tu vois par exemple, il y a eu très récemment dans dans mon coin à Avignon une affaire qui a défrayé la chronique mondiale, c'était l'affaire Pelicot. J'ai
Marc Geiger — 06:17
été désigné à reprises par des accusés dans l'affaire Pelicot, j'ai refusé systématiquement.
Marc Geiger — 06:23
Pourquoi? Parce que je,
Marc Geiger — 06:25
je
Marc Geiger — 06:26
n'ai pas envie, en fait ma manière de travailler
Marc Geiger — 06:30
est un, est, je pense,
Marc Geiger — 06:32
c'est un investissement important. J'ai l'habitude de dire que je me laisse traverser par les émotions des gens que je rencontre et que j'accompagne parce que j'ai besoin de ça, ça me nourrit pour pouvoir justement expliquer tout ça devant une juridiction
Marc Geiger — 06:45
et j'avais, je n'avais pas envie de le faire
Marc Geiger — 06:48
de l'autre côté. Je, et je sais que je ne serai pas bon. Or je pense que tout le monde a le droit d'avoir une défense efficace
Marc Geiger — 06:57
et je savais au fond de moi que je ne serai pas efficace. Mais par contre ça ne m'empêche pas de défendre des meurtriers,
Marc Geiger — 07:02
notamment
Marc Geiger — 07:04
dans les histoires de grand banditisme,
Marc Geiger — 07:06
des choses comme ça. Il
Marc Geiger — 07:08
m'est arrivé de défendre des gens
Marc Geiger — 07:10
qui avaient un parcours de vie tout à fait classique et puis à un moment donné de leur vie, ils vont poser un acte criminel,
Marc Geiger — 07:18
tuer quelqu'un. Et ce qui m'intéresse à ce moment-là, c'est justement de comprendre le cocktail
Marc Geiger — 07:24
qui fait qu'une personne lambda
Marc Geiger — 07:26
que vous pouvez croiser, qu'on peut croiser dans la rue, avec qui on peut boire un café Va déraper. Voilà,
Marc Geiger — 07:32
qui a une vie totalement classique,
Marc Geiger — 07:34
un jour de sa vie parce qu'il s'est passé ça, ça et ça, parce qu'il est dans tel contexte,
Marc Geiger — 07:40
à ce moment-là, il va poser cet acte-là.
Marc Geiger — 07:43
Donc
Marc Geiger — 07:44
voilà, je, je ne défends pas que des victimes, mais je défends essentiellement des Essentiellement des victimes.
Intervenant 2 — 07:50
Dans ton livre, on est au coeur de 11 procès d'assises.
Intervenant 2 — 07:54
Et tu dis, tu le dis à la fin, mais tu dis, j'ai rencontré les familles, mais j'ai aussi rencontré les victimes. Oui.
Intervenant 2 — 08:00
Tu parles de Sarah,
Intervenant 2 — 08:02
de Mike,
Intervenant 2 — 08:03
de la petite Mahé par exemple, 6 ans qui m'a qui m'a touché.
Intervenant 2 — 08:08
Comment tu fais
Intervenant 2 — 08:10
pour vivre
Intervenant 2 — 08:12
avec
Intervenant 2 — 08:13
tous ces fantômes?
Marc Geiger — 08:16
Ah, c'est des fantômes qui m'accompagnent, mais c'est des gentils fantômes.
Marc Geiger — 08:19
Ce n'est pas des fantômes qui m'empêchent de dormir. Parfois ce qui leur est arrivé m'empêche de dormir.
Marc Geiger — 08:25
Mais eux, ils ne m'empêchent pas, ils ne m'empêchent pas de vivre, au contraire, ils m'ont nourri.
Marc Geiger — 08:29
Je trouve ça incroyable d'arriver à rencontrer
Marc Geiger — 08:34
quelqu'un au travers de ce que ses proches peuvent en dire,
Marc Geiger — 08:37
de ce qu'on comprend de leur vie,
Marc Geiger — 08:39
de
Marc Geiger — 08:40
des émotions
Marc Geiger — 08:42
qu'ils ont partagées avec ceux qui sont les survivants justement.
Marc Geiger — 08:45
Et l'idée
Marc Geiger — 08:47
souvent que j'ai, alors je ne sais pas si j'y arrive à chaque fois, mais l'idée que j'ai c'est véritablement quand je plaide devant une cour d'assises qu'à un moment donné les jurés se disent, mais la personne qui est morte elle est juste à côté de lui en fait. On la voit. Et je
Marc Geiger — 09:01
trouve que c'est le l'hommage minimum
Marc Geiger — 09:04
qu'on doit rendre à ces gens qui n'existent plus parce qu'il y a eu un geste fou qui a été,
Marc Geiger — 09:10
qui a été posé.
Marc Geiger — 09:11
Je pense que c'est, voilà, c'est, c'est l'une de mes missions en quelque sorte. Est-ce que tu crois à la vie après la mort?
Marc Geiger — 09:18
Ah là là, je crois que c'est Dormeson qui disait que les gens perdurent
Marc Geiger — 09:23
au-delà de la mort tant qu'on a du coeur pour eux. Et je crois à ça. Je pense que,
Marc Geiger — 09:31
je pense que les gens restent un peu quelque part je ne sais pas où,
Marc Geiger — 09:35
mais au fond de votre coeur certainement et
Marc Geiger — 09:39
il m'arrive très souvent par exemple, moi qui ai aussi un parcours de vie un peu compliqué avec des gens que j'ai perdus,
Marc Geiger — 09:46
qui étaient mes proches,
Marc Geiger — 09:48
de me dire, ils sont là là. Parce que s'il m'arrive ça, c'est que voilà, ils vont filer un petit coup de main. Oui, j'ai bien envie d'y croire. Moi aussi, il n'y pas de souci. Tu es en là vraiment, c'est une safe place. Je suis d'accord.
Intervenant 2 — 10:01
Avec toutes ces victimes dont on parlait, toutes ces affaires,
Intervenant 2 — 10:04
est-ce que tu arrives à te blinder ou est-ce que tu es toujours dans l'émotion
Intervenant 2 — 10:08
quand tu vas lire des rapports de légistes, des rapports de balistiques par exemple, parce qu'évidemment c'est très très cru
Intervenant 2 — 10:16
et et et j'imagine en tout cas je n'en ai pas lu dans ma vie ou en tout cas très très peu, mais que tout d'un coup l'esprit fonctionne. Tu vas imaginer, tu vas voir la scène en fait.
Marc Geiger — 10:25
C'est,
Marc Geiger — 10:26
je pense qu'on ne peut pas faire l'économie de ne pas le regarder, de ne pas le voir. Par contre, y a des choses qui sont inutiles pour le travail que je fais et je vais pas me plonger dedans. Un album de levée de corps sur un massacre, je n'ai pas besoin de regarder le détail des 45 photos que va prendre le légiste
Marc Geiger — 10:43
sous tous les angles, et caetera. Mais par contre, d'une manière générale, je vais regarder quand même à quoi ça ressemble parce que ça fait partie
Marc Geiger — 10:51
de la souffrance à la fois de la personne que je vais essayer de mettre à côté de moi l'espace de quelques minutes
Marc Geiger — 10:57
pour mieux comprendre en fait ce qui s'est passé.
Marc Geiger — 11:00
Et puis ça me permet aussi de comprendre mieux
Marc Geiger — 11:04
la souffrance de ceux qui sont encore là, des survivants,
Marc Geiger — 11:07
de
Marc Geiger — 11:08
de les protéger aussi d'un certain nombre de choses. J'ai j'ai pour habitude par exemple de
Marc Geiger — 11:14
faire en sorte que les gens que j'accompagne quand ils ont perdu un proche et qui sont dans la salle de la cour,
Marc Geiger — 11:20
en général, je les invite à sortir quand je sais que ça va être trop dur. Parce que comme tu l'as dit, je pense que s'il y a un endroit particulièrement
Marc Geiger — 11:30
froid et qui ressemble véritablement à une table d'autopsie,
Marc Geiger — 11:33
c'est une salle de cour d'assises.
Marc Geiger — 11:35
On n'est pas là pour faire du sentiment. On est là pour dire que voilà, s'il a été éviscéré, il a été éviscéré,
Marc Geiger — 11:41
s'il a été énucléé, il a été énucléé et tout ça, c'est balancé à
Marc Geiger — 11:46
la à la face de tout le monde y compris
Marc Geiger — 11:49
des des du père, du frère, de la soeur qui sont là,
Marc Geiger — 11:54
et ce n'est pas nécessaire de rajouter cette douleur-là à leur souffrance qui est déjà indicible. Il y a des images qui restent?
Marc Geiger — 12:00
Oui.
Intervenant 2 — 12:01
Lesquelles?
Marc Geiger — 12:03
Il y a des images qui restent. Je j'ai souvenir de de d'une affaire abominable où un homme avait tué ses 3 enfants et il les avait successivement noyés dans une baignoire.
Marc Geiger — 12:14
Et
Marc Geiger — 12:16
ça, ça fait partie des images que je n'ai pas pu regarder par exemple, tu vois.
Marc Geiger — 12:20
Il y avait un album photo de lever de corps et
Marc Geiger — 12:24
j'ai juste vu la 1re photo
Marc Geiger — 12:27
où on voit 3 petites têtes comme ça dans une baignoire. Enfin, c'était absolument abominable.
Marc Geiger — 12:33
Ça, c'est une image qui reste. Et d'ailleurs, ça me rappelle ce qu'avait dit à ce moment-là la policière qui était une policière de base qui était arrivée parce qu'on avait dit qu'il y avait du bruit dans la maison.
Marc Geiger — 12:44
Et le
Marc Geiger — 12:45
président de la cour d'assises à l'époque, c'était dans la Drome, lui avait posé la question, dit est-ce que,
Marc Geiger — 12:50
est-ce que ça appelle de votre part un commentaire particulier? Elle a simplement dit ça a changé ma vision de la vie.
Marc Geiger — 12:57
Ça a changé ma vision du monde.
Marc Geiger — 13:00
Et je pense qu'il y a des images que l'on peut voir dans des dans des cours criminelles ou dans des cours d'assises qui peuvent effectivement à un moment donné te
Marc Geiger — 13:08
te renvoyer avec une violence inouïe
Marc Geiger — 13:11
ce que peut être la folie des hommes.
Marc Geiger — 13:13
Et parfois oui, y a des images qui restent, ouais. Tu en as d'autres qui comme ça qui qui t'accompagnent?
Marc Geiger — 13:19
J'ai des images de de souffrances indicibles d'enfants que j'ai accompagnés,
Marc Geiger — 13:25
des
Marc Geiger — 13:26
images de de de regards, de désarroi absolu,
Marc Geiger — 13:31
de souffrance parce que
Marc Geiger — 13:34
souvent quand on accompagne
Marc Geiger — 13:36
des enfants qui ont été victimes,
Marc Geiger — 13:39
on se rend compte que là, c'est vraiment le paroxysme de de l'injustice.
Marc Geiger — 13:43
Non seulement ils n'ont rien demandé, mais en plus on les projette dans un monde qui n'est pas fait pour eux.
Marc Geiger — 13:48
Et
Marc Geiger — 13:49
de
Marc Geiger — 13:50
systématiquement,
Marc Geiger — 13:51
si tu veux quand quand j'ai des des victimes, alors pas celles qui décédées, mais celles que j'ai accompagnées notamment et que j'accompagne souvent dans des affaires à caractère sexuel,
Marc Geiger — 14:01
je vais systématiquement à la barre avec eux, je les accompagne.
Marc Geiger — 14:05
Tu restes à côté? Oui, oui, oui. D'ailleurs, ça me rappelle, je te dirai tout à l'heure une anecdote que j'ai eue avec un avocat célèbre à ce propos. Mais là, c'est pour te dire que parfois, les présidents de cour d'assises sont durs
Marc Geiger — 14:18
dans leurs leurs questions.
Marc Geiger — 14:20
Sont crus quoi. Ils sont, ils sont crus, ils sont durs
Marc Geiger — 14:24
et
Marc Geiger — 14:25
j'ai parfois cette tête qui se tourne vers moi avec ce regard totalement perdu.
Marc Geiger — 14:31
Et ça, c'est des images qui me restent, oui, parce que ça fait monter en moi une colère sourde
Marc Geiger — 14:36
parce que je sais ce qu'elle a vécu. Je sais ce qu'elle a traversé.
Marc Geiger — 14:41
Et parfois, me dis, mais comment est-ce qu'on peut oser poser de telles questions alors qu'au fond, elles sont nécessaires.
Marc Geiger — 14:48
Et c'est ça qui est abominable dans une cour d'assises, c'est qu'elles sont nécessaires.
Marc Geiger — 14:51
Et à ce propos, c'est vrai qu'une fois j'accompagne
Marc Geiger — 14:54
une
Marc Geiger — 14:55
ribambelle de jeunes femmes qui sont dans, qui travaillent dans un ESAT, c'est-à-dire elles sont, elles ont un 1 handicap mental D'accord.
Marc Geiger — 15:03
Et elles ont été violées par 2 moniteurs D'accord. Voilà. Et j'ai en face de moi notamment Eric Dupond-Moretti qui défend l'un des accusés.
Marc Geiger — 15:12
Et je vais à la barre avec une avec une femme qui a eu, elle a 25 ans.
Marc Geiger — 15:17
Et elle
Marc Geiger — 15:18
elle est à côté de moi, elle est presque collée à moi et on est dans une salle où la configuration est telle qu'on est très proche les uns des autres. Et
Marc Geiger — 15:27
Dupont, il est quoi, à un mètre 50 de moi et il a toujours l'habitude, quand les choses lui déplaisent, de d'avoir un peu des des borborrhines.
Marc Geiger — 15:35
Il est là comme ça, il râle un peu.
Marc Geiger — 15:38
C'est un ours un peu. Voilà, c'est un peu un ours. En tout cas, ça l'était quand il était un bon avocat.
Marc Geiger — 15:43
Et à
Marc Geiger — 15:44
ce moment-là, je l'entends dire,
Marc Geiger — 15:47
bien, as, il me dit comme ça, bien, n'as plus qu'à lui prendre la main. Et je le regarde et j'ai pris la main de cette femme. Et ça, ça a été un moment qui était un moment très fort à la fois pour elle parce que ça a réussi à la décoincer, parce qu'elle n'arrivait pas à parler.
Marc Geiger — 16:01
Et puis en même temps, c'était un beau pied de nez à mon petit camarade.
Intervenant 2 — 16:05
À ton confrère qui s'est moqué. Ouais. Mais tu as le droit en tant qu'avocat, j'imagine, prendre la main tout ça. Oui. C'est un peu, c'est interdit ou c'est des Ce n'est pas interdit, c'est rare de le voir C'est rare de Parce que, oui.
Marc Geiger — 16:16
Souvent les avocats ont ce sentiment d'avoir un besoin de distance.
Marc Geiger — 16:22
Moi, je n'ai pas ce besoin de distance parce que c'est l'inverse. J'ai besoin d'être traversé encore une fois par les émotions que
Intervenant 2 — 16:29
que les gens que j'accompagne ressentent parce que c'est ce qui me nourrit ensuite pour parler d'eux. Mais tu vas les défendre aussi. Il y a une scène que tu racontes dans le livre. Je vais pas tout raconter parce qu'il faut qu'on l'achète pour le lire, mais néanmoins il y une scène qui m'a qui m'a touchée. Tu es avec la famille d'Isabelle.
Intervenant 2 — 16:43
Son fils a été tué
Intervenant 2 — 16:46
parce que c'est une histoire d'amour qui n'était pas acceptée par la famille de la petite copine si je résume bien. Oui c'est ça. Et il y a, il y a une scène où tu tu vraiment tu fais écran avec ton corps entre la famille
Intervenant 2 — 16:58
de la victime et la famille du meurtrier présumé
Marc Geiger — 17:03
parce que tu tu tentes de masquer les regards en fait, c'est ça? Oui, en fait, c'est quelque chose que qui m'arrive de faire assez régulièrement
Marc Geiger — 17:11
parce que,
Marc Geiger — 17:12
mais il faut se mettre à la place et j'essaye de le faire, de me mettre à la place de celui de la famille de celui qui est accusé.
Marc Geiger — 17:19
La
Marc Geiger — 17:21
plupart du temps, ces gens-là sont à des années-lumière d'imaginer
Marc Geiger — 17:25
ce qu'est vraiment celui qui est dans le box, qui il est vraiment. Ils n'ont pas du tout cette cette
Marc Geiger — 17:31
notion-là.
Marc Geiger — 17:32
Donc, pour la maman, bien, c'est un garçon gentil qui n'a jamais posé de problème, et caetera. Alors qu'au fond Pour la maman du meurtrier Pour la maman du meurtrier,
Marc Geiger — 17:40
pour les amis et puis là dans l'histoire d'Isabelle, c'était encore pire parce que
Marc Geiger — 17:46
elle il a été tué par un ce ce garçon a été tué par un homme, mais on savait qu'ils étaient plusieurs sur les lieux. Et les
Marc Geiger — 17:54
autres sont sont passés à travers parce que justement c'était un peu des pointures du quartier que personne ne voulait parler Et une de l'Alberta quoi. Mais par contre, les frères de la victime savaient très bien qui c'était.
Marc Geiger — 18:04
Et ces gars-là sont venus dans la salle.
Marc Geiger — 18:07
Ne serait-ce que pour vérifier qu'on ne parlait pas d'eux. Et quand il y a eu le croisé de regard entre les frères de la victime
Marc Geiger — 18:15
et ces gars-là,
Marc Geiger — 18:17
je me suis dit là, si je ne me mets pas au milieu, ça va ça va partir en live quoi. Ce n'était vraiment pas bon.
Marc Geiger — 18:23
Donc effectivement, je me mets physiquement,
Marc Geiger — 18:27
je je fais écran avec avec
Marc Geiger — 18:29
ma robe et et mon corps
Marc Geiger — 18:32
pour éviter que les regards se croisent. C'est ce que je fais aussi systématiquement quand je défends des des jeunes femmes ou des enfants qui ont été victimes de viol, qui a le box des accusés qui est à 2 mètres et notamment dans les affaires intrafamiliales,
Marc Geiger — 18:45
quand il y une emprise très importante de l'accusé sur la victime, je sais qu'un seul regard
Marc Geiger — 18:50
peut figer complètement la victime et l'empêcher de parler. Donc là physiquement, je me mets entre les 2, ouais tout à fait. Et ça tu le sens? Ah oui oui, je le sens et puis quelque part, c'est vrai que je me sens un peu parfois l'âme d'un garde du corps dans ces histoires-là, y compris parfois d'ailleurs, pas que l'âme parce qu'il
Marc Geiger — 19:08
m'est arrivé de prendre sous le bras des victimes et de les accompagner parce que ça chauffait un peu fort quoi.
Intervenant 2 — 19:15
Ça arrive. Ça fait plus de 30 ans que tu fais du pénal.
Intervenant 2 — 19:18
Quelles sont les affaires qui t'ont marqué?
Marc Geiger — 19:21
Il y en a Il y en beaucoup. Il y en a, oui, y en a beaucoup et c'est vrai que j'aurais du mal à à à déterminer
Marc Geiger — 19:27
une affaire parmi d'autres dans toutes les affaires où je me suis occupé de victimes, mais il y a une qui me,
Marc Geiger — 19:32
dont on parle actuellement beaucoup puisqu'il y eu un nouveau rebondissement.
Marc Geiger — 19:37
C'est une affaire où en 1900,
Marc Geiger — 19:40
je ne sais plus si c'est 1999
Marc Geiger — 19:43
ou 2000, enfin dans ces années-là,
Marc Geiger — 19:46
il y a un
Marc Geiger — 19:47
homme qui est tué dans son lit alors que sa femme dort à côté de lui, il y 2 enfants dans la maison
Marc Geiger — 19:53
et je vous, je la fais courte parce que c'est très compliqué, mais finalement
Marc Geiger — 19:57
les policiers vont estimer qu'il n'y pas pu y avoir de, de, d'intervention extérieure alors que la femme a toujours dit, j'ai entendu un coup de feu, j'ai entendu merde,
Marc Geiger — 20:06
le coup est parti, tirons-nous, tirons-nous.
Marc Geiger — 20:09
Elle ne sera pas crue et elle sera accusée, elle, du meurtre de son mari.
Marc Geiger — 20:14
Et moi, à ce moment-là, par l'intermédiaire du monsieur qui m'avait confié l'aide sociale, de l'aide sociale à l'enfance, qui m'avait confié la défense des intérêts des enfants,
Marc Geiger — 20:23
Le conseil général à l'époque est désigné comme administrateur ad hoc, c'est-à-dire que quand il y a les les titulaires de l'autorité parentale sont concernés par l'affaire,
Marc Geiger — 20:33
bien, on désigne pour les enfants mineurs un tiers qui va être chargé de les représenter.
Marc Geiger — 20:38
Et là, c'était le
Marc Geiger — 20:40
président du conseil général qui est désigné comme administrateur
Marc Geiger — 20:43
de l'enfant du couple qui qui s'appelle,
Marc Geiger — 20:46
qu'on appelle Justin parce que dans le dernier bouquin qui est sorti, on l'appelle comme ça, son vrai prénom, mais on va garder celui-là. Et
Marc Geiger — 20:54
moi quand je rencontre ce petit, il a 12 ans.
Marc Geiger — 20:56
Et pour lui évidemment,
Marc Geiger — 20:58
son père vient de mourir dans des conditions abominables d'une décharge de chevrotine à bout portant
Marc Geiger — 21:03
et sa mère est en détention provisoire parce qu'elle est mise en examen pour pour l'assassinat,
Marc Geiger — 21:09
enfin pour le le meurtre de son de son mari.
Marc Geiger — 21:13
Et tu
Marc Geiger — 21:15
vois, l'ai rencontré, il avait 12 ans, Cette affaire a été jugée à 3 reprises
Marc Geiger — 21:20
parce qu'il y a eu une cassation de de la cour d'assises d'appel. On s'est retrouvé en cour d'assises à Lyon pour la 3e fois. Elle a été à nouveau condamnée
Marc Geiger — 21:27
et elle a toujours clamé son innocence cette femme. Et il
Marc Geiger — 21:32
y a un bouquin qui vient de sortir là, qui a été fait par un journaliste qui s'appelle Geoffroy Le Guilcher,
Marc Geiger — 21:38
qui a fait une
Marc Geiger — 21:39
étude exhaustive
Marc Geiger — 21:40
à la fois de pourquoi
Marc Geiger — 21:42
ça a à ce point dérapé parce que ce n'est pas elle
Marc Geiger — 21:46
et et qui a trouvé de nouveaux éléments qui font que on vient de, en tout cas l'avocat de cette femme vient de déposer une requête en révision
Marc Geiger — 21:54
de de son procès.
Marc Geiger — 21:56
Et je me dis que cet cet enfant, tu vois, je dis cet enfant parce qu'il avait 12 ans quand j'ai dit, il a 38 ans aujourd'hui. Et
Marc Geiger — 22:04
j'ai
Marc Geiger — 22:05
toujours une tendresse particulière pour lui parce que je me dis, comment est-ce qu'on fait pour
Marc Geiger — 22:10
vivre une telle injustice pendant toute sa vie? On
Marc Geiger — 22:14
est enfant et on a 38 ans, il a déjà été marié une fois, et caetera, et caetera.
Marc Geiger — 22:20
Je me dis que cet ce ce gamin a
Marc Geiger — 22:23
porté sur ses épaules cette injustice profonde
Marc Geiger — 22:27
pendant toute la durée de sa vie. Je ne te dis pas quelle image il a de la justice et de la police, inutile de t'en parler parce que je pense qu'il a des mots très durs, mais qui sont malheureusement tout à fait légitimes. Ah bien qu'on qu'on comprend parfaitement. Voilà et j'espère, j'espère que cette fois-ci,
Marc Geiger — 22:42
ce dossier sera enfin révisé, que cette femme sera innocentée. Elle a purgé sa peine, ce pas le problème. Oui oui, non, évidemment, on comprend que qu'elle ne l'a pas fait. Enfin non, voilà. Et pour ce et pour cet enfant,
Marc Geiger — 22:53
enfin pour ce garçon, pour cet homme maintenant, je pense que il mérite bien que la justice se penche une bonne fois pour toutes de la bonne manière sur son affaire. Tu parles de Justin, c'est ça son, Justin 12 ans, il touche aussi parce qu'il a 12 ans. On sent que tu es très touché par les enfants.
Intervenant 2 — 23:10
Évidemment
Intervenant 2 — 23:11
moi n'étant pas pénaliste tu vois aussi évidemment et dans ton livre il a quand même des histoires qui qui marquent. Moi celle qui m'a vraiment marquée c'est celle de Maé 6 ans
Intervenant 2 — 23:21
qui a été tué en même temps que sa maman.
Intervenant 2 — 23:24
Ce qui est extrêmement difficile,
Intervenant 2 — 23:26
c'est qu'on comprend et tu vas nous l'expliquer qu'elle a lutté pour sa vie à 6 ans. Oui. Qu'est-ce qui s'est passé? Mais en fait, donc c'est une histoire qui malheureusement aujourd'hui devient
Marc Geiger — 23:37
classique, c'est-à-dire que c'est un féminicide par un homme éconduit,
Marc Geiger — 23:41
un homme dont cette femme ne veut plus,
Marc Geiger — 23:43
qui avait lors d'une précédente union, une petite fille Mahé.
Marc Geiger — 23:47
Il se rend un jour au domicile de de cette femme
Marc Geiger — 23:51
qui Gaël? Oui,
Marc Geiger — 23:54
de cette femme Gaël, oui, qui finit par lui ouvrir la porte parce que là, pour une fois, il a l'air de vouloir l'amadouer. Il est gentil,
Marc Geiger — 24:00
il dit, écoute, il faut qu'on discute,
Marc Geiger — 24:03
rien de grave, pas t'embêter, et caetera.
Marc Geiger — 24:06
Et finalement,
Marc Geiger — 24:07
il va massacrer
Marc Geiger — 24:10
les 2,
Marc Geiger — 24:12
tuer cette femme avec de multiples coups de couteau.
Marc Geiger — 24:15
48 coups de couteau. Ouais, c'est une affaire que j'ai plaidé à la cour d'assises de Rouen.
Marc Geiger — 24:20
Et il
Marc Geiger — 24:22
va y avoir, la petite va mourir aussi.
Marc Geiger — 24:26
Il va tuer les 2. Tu vois, on parlait tout à l'heure des, des documents ou des, des, des éléments indispensables qu'on doit regarder dans un dossier pour comprendre.
Marc Geiger — 24:35
Et je regarde la levée de corps des 2 et
Marc Geiger — 24:39
je vois sur la photo de cet enfant qu'en fait, autour de son cou,
Marc Geiger — 24:44
elle a un cordon électrique
Marc Geiger — 24:48
avec, ne sais plus si c'est un téléphone ou si c'est un séchoir, quelque chose comme ça,
Marc Geiger — 24:53
et elle l'a dans la main quoi.
Marc Geiger — 24:56
Et je me revois à ce moment-là, je, l'image me vient
Marc Geiger — 25:00
de cette petite fille qui essaye de tirer d'un côté le cordon pour qu'on arrête de l'étrangler et de l'autre cette ce fou qui a continué à essayer de serrer, serrer, serrer les liens jusqu'à ce qu'elle meure et je me suis dit et je l'ai plaidé qu'elle s'était battue pour sa vie.
Marc Geiger — 25:18
Et imaginez qu'une petite fille de 7 ou 8 ans
Marc Geiger — 25:23
se voit,
Marc Geiger — 25:25
se rend compte
Marc Geiger — 25:27
qu'elle est en train de mourir,
Marc Geiger — 25:29
se rend compte de ça à cet âge-là pendant ces quelques secondes-là,
Marc Geiger — 25:34
est-ce qu'il y a quelque chose de plus abominable?
Marc Geiger — 25:37
Et et et ça, c'est vraiment des des moments qui me
Marc Geiger — 25:41
qui me font monter 1 1 1 colère voire une rage folle contre contre la folie de ces hommes quoi.
Marc Geiger — 25:49
Et en plus de ce type qui évidemment comme la plupart d'entre eux,
Marc Geiger — 25:53
plus les faits sont horribles, plus ils sont amnésiques.
Marc Geiger — 25:57
C'est le fameux trou noir, ah bah je ne sais plus, j'ai eu un trou noir, je ne sais plus exactement ce que j'ai fait. Tu penses qu'il invente le trou? Mais si mon gars, tu le sais très bien ce que tu as fait, mais tu ne supportes même pas Étranglées,
Intervenant 2 — 26:07
poignardées, égorgées post mortem. Oui.
Marc Geiger — 26:10
Oui oui, ça a été, quand je dis qu'elles ont été massacrées, elles ont été massacrées quoi. Il y une espèce de déferlement de haine
Marc Geiger — 26:18
de
Marc Geiger — 26:19
cet homme. Pourquoi? Simplement parce qu'il ne supportait pas l'idée qu'on le quitte.
Marc Geiger — 26:25
Et et cette petite alliée pourquoi? Donc
Marc Geiger — 26:28
c'est vrai que ça, c'est et c'est vrai que je suis très très touché par par
Marc Geiger — 26:33
les enfants et par ce qui leur arrive,
Marc Geiger — 26:35
à la fois parce que je trouve insupportable
Marc Geiger — 26:37
et profondément injuste qu'on puisse s'en prendre à des enfants, Mais en plus parce que maintenant ça fait 30 ans que j'ai pris conscience du fait qu'on les projette dans un monde qui n'est pas le leur.
Marc Geiger — 26:48
La justice, ce n'est pas du tout fait pour protéger ou préserver les enfants. C'est l'inverse.
Marc Geiger — 26:54
On leur demande d'être froid, objectif, d'avoir une mémoire infaillible,
Marc Geiger — 26:59
y compris quand on a été victime de de de viols incestueux pendant des années et des années. Ah mais c'était quand le 1er jour? Vous n'êtes pas capable de préciser, mais comment ça se fait?
Marc Geiger — 27:09
Alors qu'aujourd'hui,
Marc Geiger — 27:11
on sait ce que veut dire la mémoire traumatique, on sait ce que veut dire la dissociation.
Marc Geiger — 27:15
Heureusement,
Marc Geiger — 27:16
on finit par sortir de l'obscurantisme et on commence à avoir quelques notions de ce que peuvent traverser ces enfants. Parfois, tu pleures.
Marc Geiger — 27:25
Jamais à l'audience.
Marc Geiger — 27:26
Il m'arrive parfois en sortant d'avoir les yeux qui se mouillent un peu oui et,
Marc Geiger — 27:32
et au
Marc Geiger — 27:33
début où je plaidais ces affaires-là, maintenant je suis un petit peu plus carapaçonné je dois dire, mais au début où je plaidais ces affaires-là, je suis,
Marc Geiger — 27:42
j'avais un, j'ai un pote avocat qui maintenant a pris sa retraite,
Marc Geiger — 27:46
Serge Billet, qui me disait en fait, est pareil, on plaide l'émotion
Marc Geiger — 27:50
et la sincérité.
Marc Geiger — 27:52
Et à force de plaider l'émotion,
Marc Geiger — 27:54
parfois,
Marc Geiger — 27:55
tu t'autoprends dans ton émotion.
Marc Geiger — 27:57
Et il m'est arrivé parfois d'être obligé de m'arrêter quelques secondes quand je plaidais parce que je sentais monter en fait fait que tu allais pleurer quoi. Tu avais la voix qui passait, voilà, j'étais au bord.
Marc Geiger — 28:08
C'est ça. Donc
Marc Geiger — 28:10
maintenant, ne m'arrive plus parce que je prends des précautions. Je sais exactement comment je dois faire pour arriver à faire passer cette émotion. C'est quoi les précautions que tu prends?
Marc Geiger — 28:18
D'abord, c'est beaucoup beaucoup respirer.
Marc Geiger — 28:21
Puis quand tu sais que tu vas dire quelque chose de très lourd, tu prends un temps.
Marc Geiger — 28:25
Tu prends un temps et en plus d'ailleurs quand tu prends un temps, c'est ça que j'essaye de montrer aux jeunes avocats que j'embauche ou que je je rencontre,
Marc Geiger — 28:34
c'est que souvent,
Marc Geiger — 28:35
ils ont l'impression qu'il ne faut surtout pas s'arrêter de parler. Mais si, au contraire,
Marc Geiger — 28:40
quand tu es en train de plaider et qu'à un moment donné tu t'arrêtes,
Marc Geiger — 28:44
ça capte l'attention
Marc Geiger — 28:46
absolument de tout le monde. Tu dis, qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qu'il a? Et c'est à ce moment-là que tu lances ce que tu dois lancer, qui doit être une phrase qui en général est assez significative
Intervenant 2 — 28:55
quoi, voilà. Tu as des petits rituels avant de plaider? Tu respires, mais est-ce qu'il y autre chose? Ouais.
Marc Geiger — 29:01
Oui, alors d'abord, ça fait donc un peu plus de 35 ans que j'ai le même stylo
Marc Geiger — 29:06
que je n'ai Qui marche toujours? Oui, oui, oui, c'est un stylo de de grande marque, mais Donc qui achète des recharges d'encre quoi? Voilà, non, même pas ici, c'est une pompe et tout. J'ai j'ai mon encrier, je un peu une espèce de dinosaure, j'arrive avec mon encrier,.
Marc Geiger — 29:19
Mais donc, j'ai toujours le même stylo, j'écris systématiquement
Marc Geiger — 29:23
tout ce qui se passe sur des cahiers que je garde. J'ai donc un peu plus de 35 cahiers puisque j'en ai un parent.
Marc Geiger — 29:29
Je ne m'en sers de ce stylo que pour les assises.
Marc Geiger — 29:33
Et puis ensuite quelques minutes avant que ça commence, en général je me fais enfermer dans la salle
Marc Geiger — 29:39
où il n'y personne encore
Marc Geiger — 29:41
et je
Marc Geiger — 29:42
m'assois dans un coin et je
Marc Geiger — 29:45
suis véritablement
Marc Geiger — 29:47
et là je fais appel à ceux que, qui me sont chers et que j'ai perdus
Marc Geiger — 29:51
pour leur demander de me filer un petit coup de main pour ne pas, pour ne pas être trop mauvais sur ce que je vais être amené à faire. Ah donc, c'est quand même relié avec le, là un peu. Un petit peu, ouais. Et
Marc Geiger — 30:02
je
Marc Geiger — 30:03
suis souvent penché et tu sais, on a une robe avec un rabat blanc. Et en fait, je me rends compte que quand l'émotion est forte, je me rends compte que le rabat, il bouge en fait avec les battements du coeur.
Marc Geiger — 30:13
Et donc, j'essaye aussi de souffler,
Marc Geiger — 30:15
de de me concentrer, de de me calmer le plus que possible pour ne pas être pris par une émotion qui de toute manière arrivera à un moment donné ou à un autre.
Marc Geiger — 30:23
Voilà. C'est dur.
Intervenant 2 — 30:26
Ouais, mais c'est beau, c'est, puis c'est, puis c'est génial, c'est génial. Et alors, tu apprends par coeur du coup tes plaidoiries? Jamais. Je ne les écris pas. Tu n'écris pas? Non. En fait,
Marc Geiger — 30:36
c'était,
Marc Geiger — 30:37
moi j'ai été élevé professionnellement
Marc Geiger — 30:39
si je puis dire par des gens qui étaient de de très bons avocats et qui étaient aussi des pénalistes
Marc Geiger — 30:45
et qui
Marc Geiger — 30:46
m'ont toujours dit surtout, n'écris pas parce que si tu écris, tu es enfermé par ton écrit.
Marc Geiger — 30:52
Et si à un moment donné tu te perds dans l'écrit, tu es foutu.
Marc Geiger — 30:56
Et puis tu vas perdre ce qui est essentiel,
Marc Geiger — 30:58
c'est la spontanéité
Marc Geiger — 31:00
que tu dois à ces jurés en fait. Donc en fait ce que j'écris, c'est souvent alors quand j'ai,
Marc Geiger — 31:07
quand c'est, plus c'est lourd, plus j'écris en fait. Et je vais écrire les quelques phrases d'introduction,
Marc Geiger — 31:12
je vais écrire la conclusion, parce qu'en général et ça, c'est ce qu'on appelle quand on est un vieil avocat, c'est la péroraison de la plaidoirie, c'est-à-dire vraiment la fin.
Marc Geiger — 31:21
Je l'écris, voilà, et ensuite j'ai une espèce de plan détaillé.
Marc Geiger — 31:25
C'est-à-dire que parce que je veux qu'il y ait une cohérence dans mon propos, je veux qu'il puisse y avoir un fil conducteur si tu veux. Donc je fais ça et ensuite
Marc Geiger — 31:34
ça part quoi. Et plus je me sens bien et plus ça va partir, c'est vraiment de la, c'est, oui c'est de l'impro,
Marc Geiger — 31:41
c'est ce n'est pas du tout quelque chose d'écrit. Alors je dis ça, mais chaque avocat a ses manies. Je connais un avocat qui écrit tout, y compris je m'arrête,
Marc Geiger — 31:50
je prends une respiration et il écrit tout et il ne regarde jamais ce qu'il écrit. Et pourtant Il l'a préparé comme C'est
Marc Geiger — 31:58
sa manière à lui de le mémoriser.
Marc Geiger — 31:59
Voilà. On a tous comme ça nos nos manies quelque part, mais la plupart des avocats pénalistes en fait n'écrivent
Marc Geiger — 32:07
pas
Marc Geiger — 32:08
leurs
Marc Geiger — 32:09
leurs plaidoiries.
Marc Geiger — 32:10
C'est quand même des sacrés punchlines parfois. Oui, mais ça, c'est, ça, c'est, alors ça aussi, c'est l'habitude, enfin, c'est l'expérience qui fait que Tu ne tu ne les prépares pas? Certaines phrases, oui, je les, certaines phrases parce que voilà, je me rappelle avoir plaidé un jour
Marc Geiger — 32:25
pour une femme, pour la famille d'une femme qui
Marc Geiger — 32:29
avait été une super mamie à l'époque où il y avait ce concours et qui avait été massacrée par des gars.
Marc Geiger — 32:36
Elle
Marc Geiger — 32:37
habitait dans un petit pavillon en,
Marc Geiger — 32:40
à Avignon
Marc Geiger — 32:42
et ce petit pavillon s'était retrouvé au bout de quelques décennies
Marc Geiger — 32:45
enfermé
Marc Geiger — 32:46
dans une cité en fait parce que les immeubles s'étaient construits tout autour et la cité n'était pas des plus reluisantes.
Marc Geiger — 32:52
Et puis un jour, elle va à la boulangerie
Marc Geiger — 32:55
et
Marc Geiger — 32:56
à l'époque, tu sais, je ne pas dans dans dans nos régions, y a beaucoup de loto.
Marc Geiger — 33:00
Gens vont jouer au loto, ils gagnent un jambon, il y machin. Et elle va à la boulangerie et un peu trop fort, elle dit,
Marc Geiger — 33:09
samedi, j'étais au loto et j'ai gagné 50000.
Marc Geiger — 33:13
Elle parlait en ancien franc, elle. Mais
Marc Geiger — 33:15
les gens qui ont entendu ça ont pensé qu'elle ne parlait pas en ancien franc. Tu parlais en euros quoi. Et c'était une femme qui était connue dans toute la région parce qu'elle chantait.
Marc Geiger — 33:23
Et je
Marc Geiger — 33:25
me rappelle que lorsque j'ai plaidé ce dossier,
Marc Geiger — 33:28
j'avais expliqué que
Marc Geiger — 33:30
le rossignol de la rue du Guay Savoir, c'était définitivement
Marc Geiger — 33:34
tu. Voilà, c'est des choses si tu veux qu'on qu'on récupère parce que, et encore une fois, moi j'ai besoin quand je défends quelqu'un, quand je je j'assiste une famille, j'ai vraiment besoin de parler longuement
Marc Geiger — 33:46
avec la famille,
Marc Geiger — 33:48
non pas des faits, non pas de l'histoire, mais de la personne
Marc Geiger — 33:51
qu'on me donne, qu'on me nourrisse justement de ces petits éléments qui font qu'elle va vivre à côté de moi quoi.
Intervenant 2 — 33:56
Et y a aussi une forme de, de joute. Tu parlais d'Éric Dupond-Moretti
Intervenant 2 — 34:00
qui est aussi pour son aisance à l'oral.
Intervenant 2 — 34:04
Vous avez été, si j'ose dire, l'un contre l'autre plusieurs fois dans plusieurs Comment
Intervenant 2 — 34:09
ça se passe face à un confrère comme ça?
Intervenant 2 — 34:12
Est-ce que tu as une appréhension,
Intervenant 2 — 34:14
une anxiété,
Intervenant 2 — 34:15
un petit truc un peu un peu plus fort d'habitude? Bien sûr, sûr, bien sûr.
Marc Geiger — 34:20
D'abord parce qu'encore une fois, je suis enfin je suis investi d'une mission, j'ai j'ai la charge de de de faire mon travail et je dois bien le faire. Donc évidemment, quand je sais que j'ai un ténor du barreau en face de moi, d'abord,
Marc Geiger — 34:33
j'ai une certaine
Marc Geiger — 34:35
appréhension et puis je vais peut-être encore un peu plus préparer mon dossier, un peu mieux le faire. Et puis après,
Marc Geiger — 34:41
bon maintenant, comme je suis un vieil avocat, je les connais tous. Donc, je connais leurs angles d'attaque, je sais où ils vont se lever, où ils ne vont pas se lever.
Marc Geiger — 34:49
Et par exemple,
Marc Geiger — 34:51
Dupont, c'est quelqu'un avec qui il ne fallait surtout pas laisser faire.
Marc Geiger — 34:55
C'est-à-dire que si
Marc Geiger — 34:57
Dupont,
Marc Geiger — 34:58
c'est Pas s'écraser quoi. Dupont, c'est quelqu'un qui qui me disait,
Marc Geiger — 35:03
quand
Marc Geiger — 35:04
tu te lèves devant une cour d'assises pour faire un incident par exemple, pour dire ça, c'est inacceptable.
Marc Geiger — 35:09
Si tu te lèves, il faut gagner.
Marc Geiger — 35:11
Parce que si tu te lèves et que tu perds, c'est fini pour toi.
Marc Geiger — 35:14
Donc, je faisais en sorte qu'il ne se lève pas en fait. J'ai
Marc Geiger — 35:18
essayé de faire en sorte qu'il ne se lève pas. Et
Marc Geiger — 35:21
parfois, j'arrêtais les choses avant qu'elles ne commencent. Voilà oui, mais bien sûr, on a une appréhension évidemment.
Marc Geiger — 35:26
Mais de toute façon, moi j'ai toujours l'appréhension, j'ai toujours la trouille avant de plaider.
Intervenant 2 — 35:30
C'est un peu comme une scène de théâtre, mais pas complètement. Tu cites maître Floriot, je vais te lire la phrase que tu connais évidemment, mais tu vas nous l'expliquer.
Intervenant 2 — 35:37
La différence entre une pièce de théâtre et un procès d'assises, c'est qu'à la fin,
Intervenant 2 — 35:41
il y en a un qui ne rentre pas nécessairement chez lui. Oui, c'est terrible. Qu'est-ce que ça veut dire? En fait, Fleurio était un avocat de de partie civile, c'était un avocat de victimes, il défendait beaucoup de victimes.
Marc Geiger — 35:53
Et il
Marc Geiger — 35:54
faut se replacer aussi à l'époque.
Marc Geiger — 35:56
À l'époque, le pouvoir des avocats dans les salles de cour d'assises était un pouvoir extrêmement important.
Marc Geiger — 36:04
Il y avait une véritable écoute de ce que pouvaient dire les avocats
Marc Geiger — 36:08
et leur capacité à convaincre était très importante.
Marc Geiger — 36:11
Aujourd'hui, les jurés sont encadrés par des magistrats professionnels,
Marc Geiger — 36:15
ce qui fait qu'ils partent délibérer avec eux.
Marc Geiger — 36:18
On ne peut pas tout leur faire, on ne peut pas tout leur faire croire On fait un gobet avant tout ne faire gobet. Oui, je n'avais pas envie de dire ça.
Marc Geiger — 36:25
Et et en fait, que Floriot voulait dire quand il dit ça, c'est qu'il y a il y a du théâtre dans le dans une salle de cour d'assises. Il y a de la il y a du charisme, il y de la prestance.
Marc Geiger — 36:36
Évidemment que les jurés vont être plus attirés par quelqu'un
Marc Geiger — 36:39
qui qui a du charisme,
Marc Geiger — 36:41
qui qui a une certaine personnalité
Marc Geiger — 36:44
et comme au théâtre, on est plus fasciné
Marc Geiger — 36:46
par des acteurs qui ont de la prestance Bien sûr. Que par ceux qui sont effacés.
Marc Geiger — 36:51
Donc, c'est exactement la même chose. En ce sens-là, Fleurio a raison de dire qu'il y a du théâtre dans une salle de cour d'assises. Mais c'est du théâtre et quand il dit, y en a un qui ne rentre pas nécessairement chez lui, c'est dire 2 choses. D'abord, c'est un,
Marc Geiger — 37:04
on n'écrit pas, ce n'est pas nous qui écrivons le scénario.
Marc Geiger — 37:08
Et puis 2, il y a un enjeu qui est autre que celui du divertissement ou du drame, c'est, il y des, y a des vies derrière tout ça. Il y a des vies qui se jouent et c'est un peu le sens de de la phrase qu'a prononcée cet illustre ancêtre qu'était maître Floriot. Tu parlais des jurés à l'instant, En France, ils sont tirés au sort. Oui. On ne les choisit pas. Non.
Intervenant 2 — 37:30
Donc tu tu ne peux pas avoir le contrôle évidemment selon ton affaire, mais bon dans ton cas, tu défends les victimes. Donc j'imagine ça va être plus
Intervenant 2 — 37:37
plus simple entre guillemets, enfin tu vois face à des jurés parce que, est-ce que tes jurés sont forcément acquis d'office
Intervenant 2 — 37:43
parce que tu défends la victime ou est-ce que parfois tu dois les convaincre de quelque chose ou est-ce qu'il y a,
Intervenant 2 — 37:49
je ne sais pas où tu sais que s'il y a plus d'hommes, plus femmes, ils vont aller dans un sens ou dans l'autre. Il y beaucoup de questions dans mon histoire sur les, mais j'ai envie de comprendre comment ça marche. Bien écoute, alors pour comprendre comment ça marche, déjà il faut savoir que
Marc Geiger — 38:01
les jurés sont tirés au sort sur les, sur les listes électorales.
Marc Geiger — 38:05
Et lorsqu'on
Marc Geiger — 38:07
arrive devant la cour d'assises, on a comme renseignement le nom, le prénom, la date et le lieu de naissance, la profession et la situation matrimoniale. C'est tout. C'est tout.
Marc Geiger — 38:16
Il
Marc Geiger — 38:17
faut savoir aussi que le droit de récuser
Marc Geiger — 38:20
un juré, c'est-à-dire de dire, je veux pas de vous,
Marc Geiger — 38:23
n'appartient
Marc Geiger — 38:24
qu'à la défense
Marc Geiger — 38:25
et à l'avocat général. C'est-à-dire que moi, partie civile, je suis spectateur de la formation des jurés.
Marc Geiger — 38:31
Je ne peux rien en dire.
Marc Geiger — 38:33
Donc ça, c'est aussi assez frustrant parce que parfois,
Marc Geiger — 38:36
voilà. Alors après,
Marc Geiger — 38:39
il y a tout tout s'est dit sur qu'est-ce qu'il faut faire. Et ça, ça me rappelle une anecdote que j'ai lue dans un livre de Robert Badinter
Marc Geiger — 38:47
qui s'est battu pendant des années et des années contre la peine de mort et
Marc Geiger — 38:51
qui un jour explique qu'il va dans un, 1 cour d'assises de province, je ne sais plus laquelle. Et puis dans ces petits, des petits bourgs,
Marc Geiger — 38:58
en fait à l'heure du déjeuner, tout le monde se retrouve au même resto quoi. Bien sûr. C'est-à-dire qu'il
Marc Geiger — 39:03
y a le, d'un côté le président de la cour d'assises, l'avocat de la défense, l'avocat des parties civiles, les témoins, et caetera.
Marc Geiger — 39:10
Et puis
Marc Geiger — 39:11
au début de de cette affaire, il il une femme est tirée au sort
Marc Geiger — 39:16
et il la récuse.
Marc Geiger — 39:17
Alors il explique que, ben, d'Inter, en fait c'est de l'instinct, c'est vraiment, mais parfois l'instinct n'est pas bon. Non, c'est vrai. Il dit, elle s'est levée un peu trop vite, sentiment
Marc Geiger — 39:25
qu'elle
Marc Geiger — 39:26
voulait le le condamner beaucoup trop rapidement.
Marc Geiger — 39:29
Et en fait, cette femme l'aborde au restaurant et lui dit voilà, je voulais vous dire maître Baninter, vous m'avez récusé, mais je voulais vous dire que je suis la présidente de la ligue des droits de l'homme de la région. Donc profondément
Marc Geiger — 39:41
contre la peine de mort. Tout ça pour te dire que c'est très compliqué. Alors, y des choses qui sont simplissimes.
Marc Geiger — 39:47
C'est sûr que quand tu défends des braqueurs et que tu as un commerçant qui est tiré au sort dans les jurés, tu vas l'éviter. Oui. C'est mieux, voilà. Quoi d'autre par exemple? Qu'est-ce
Marc Geiger — 39:56
que je pourrais te donner d'autre comme exemple?
Marc Geiger — 39:58
À à l'inverse,
Marc Geiger — 40:00
quand on défend quelqu'un qui a par exemple eu une enfance très compliquée, et caetera,
Marc Geiger — 40:05
si tu as des des travailleurs sociaux, des péricultrices,
Marc Geiger — 40:09
des gens qui sont tournés dans dans leur métier vers les enfants
Marc Geiger — 40:13
ou qui sont plus sensibilisés.
Marc Geiger — 40:15
On va les essayer de les garder, une institutrice,
Marc Geiger — 40:18
un prof, des choses comme ça. On est dans des affaires où
Marc Geiger — 40:22
on a besoin de faire parler l'émotionnel.
Marc Geiger — 40:24
On va essayer d'éviter tout ce qui est cadre
Marc Geiger — 40:28
scientifique, et caetera. Mais c'est une, c'est certainement une erreur parce que ces gens-là, ils ont le droit aussi d'avoir une 1 hypersensibilité.
Intervenant 2 — 40:33
Mais c'est clair, mais bon Voilà, à un moment donné, faut faire des choix avec le peu qu'on a. Mais toi qui ne peux pas décider, parfois tu dis, coup de peau mince, tu vois, j'imagine, tu vois intérieurement.
Marc Geiger — 40:42
Oui, il y des, il y a, il y a des moments où je suis content, par exemple dans
Marc Geiger — 40:47
beaucoup d'affaires. Alors maintenant, ce n'est plus le cas puisque les viols ne sont plus jugés par les jurés, mais par les cours criminelles qui sont composées exclusivement de magistrats professionnels. Mais à l'époque où c'était encore du domaine de la cour d'assises,
Marc Geiger — 40:58
lorsque je défendais une femme victime de viol,
Marc Geiger — 41:02
je n'étais pas mécontent de savoir que j'avais une majorité de femmes dans les jurés.
Marc Geiger — 41:07
Et finalement, je me suis retrouvé aussi avec avec la situation totalement inverse où un jury
Marc Geiger — 41:13
quasiment composé exclusivement d'hommes
Marc Geiger — 41:16
et des sanctions exemplaires contre les violeurs. Donc, il n'y a pas de règle à proprement parler. Je crois qu'on ne peut pas, c'est c'est très compliqué de faire un, de déterminer un mode d'emploi du bon juré quoi. Est-ce qu'il y des mystères parfois, des affaires où
Intervenant 2 — 41:30
on n'a jamais su ce qui s'était passé?
Intervenant 2 — 41:33
Oui. Tu as des affaires en tête que tu pourrais nous raconter ou une? J'en ai une
Marc Geiger — 41:38
qui me, qui me restera longtemps parce que j'ai obtenu l'acquittement d'une femme et je ne toujours pas pourquoi.
Marc Geiger — 41:44
On
Marc Geiger — 41:45
est dans un petit village à côté de de de Carpentra dans le Vaucluse,
Marc Geiger — 41:50
une maison un peu isolée et un monsieur qui qui travaille dans cette maison, il fait des travaux de rénovation
Marc Geiger — 41:57
un peu quand il a le temps, il vit plus ou moins dedans en attendant
Marc Geiger — 42:01
et puis il a une copine.
Marc Geiger — 42:04
Et
Marc Geiger — 42:06
un matin,
Marc Geiger — 42:08
je
Marc Geiger — 42:09
ne sais plus comment ça se passe parce que c'était il y longtemps, mais les secours sont appelés parce qu'on trouve le monsieur au bas de l'escalier et puis ici c'est elle qui l'appelle, qui appelle les secours en disant, mais voilà, je l'ai trouvé en bas de l'escalier, il est mort, voilà.
Marc Geiger — 42:23
Donc au départ, les policiers se déplacent et les pompiers en se disant, le le pauvre monsieur, il est peut-être un peu au début, il est tombé dans l'escalier, il s'est cassé le cou en descendant, voilà.
Marc Geiger — 42:32
Donc les policiers arrivent, les pompiers puis ils trouvent que c'est un peu étrange quand même. Donc ils appellent le légiste
Marc Geiger — 42:39
et le légiste
Marc Geiger — 42:41
arrive et on se rend compte qu'en fait ce monsieur, il n'est pas du tout mort d'une chute dans l'escalier, mais il est mort d'un coup de couteau. Et
Marc Geiger — 42:47
quand on, quand on soulève, je ris, mais ce pas drôle. Quand on soulève le corps,
Marc Geiger — 42:52
en fait, y une empreinte de pied dans la flaque de sang et c'est l'empreinte du pied nu de cette femme. Ok.
Marc Geiger — 42:59
Ce qui laisse à penser donc que nécessairement,
Marc Geiger — 43:02
elle a mis le pied à un moment donné où il y avait la flaque. Bien sûr. Donc elle a pu faire sécher. Voilà, voilà.
Marc Geiger — 43:08
Donc,
Marc Geiger — 43:10
et à l'époque, il faut aussi savoir qu'on était dans une configuration
Marc Geiger — 43:14
de procédure où on ne faisait pas appel des décisions de cour d'assises.
Marc Geiger — 43:17
C'est-à-dire que la cour d'assises, c'était la souveraineté populaire, donc il n'y avait pas d'appel possible. On on prendrait la décision une bonne fois pour toutes.
Marc Geiger — 43:25
Et je me retrouve à défendre cette femme
Marc Geiger — 43:28
et elle, elle a toujours dit, mais moi je n'ai rien fait, ce n'est pas moi.
Marc Geiger — 43:32
Problème Alors
Marc Geiger — 43:35
la question,
Marc Geiger — 43:36
la question ne se pose pas en ces termes à ce moment-là parce que, en fait moi la vérité, c'est c'est c'est très brut ce que je vais dire, mais pour un avocat qui défend quelqu'un, la vérité importe peu, ce n'est pas ça l'important.
Marc Geiger — 43:48
L'important c'est de savoir s'il y dans le dossier des éléments de certitude qui permettent de condamner la personne. S'il n'y a pas ces éléments de certitude, ton travail d'avocat, c'est de pointer
Marc Geiger — 43:57
l'existence de doutes qui font que tu ne peux pas condamner quelqu'un si tu n'es pas certain. Il
Marc Geiger — 44:02
n'y a rien de particulier dans ce dossier si ce n'est que, bien, il n'y a qu'elle dans l'histoire à ce moment-là. Cette trace de pied quand même. Cette trace de pied qui pose difficulté
Marc Geiger — 44:10
et
Marc Geiger — 44:11
par ailleurs, elle explique quand même que dans l'après-midi,
Marc Geiger — 44:16
avant que cet homme ne meurt, le propriétaire était venu, il y a eu, elle dit qu'ils se sont engueulés assez lourdement,
Marc Geiger — 44:23
et et
Marc Geiger — 44:25
puis qu'elle, elle s'est endormie parce qu'elle n'avait pas mal bu et qu'elle se réveille le matin et voilà ce qu'elle trouve quoi, voilà.
Marc Geiger — 44:31
Et en fait, il se trouve que ce,
Marc Geiger — 44:34
ce propriétaire
Marc Geiger — 44:35
était un ancien policier
Marc Geiger — 44:37
parisien qui était venu à la retraite et qui avait acheté cette maison, et caetera. D'accord.
Marc Geiger — 44:41
Et je vais tricoter
Marc Geiger — 44:43
une espèce d'histoire curieuse qui consistait à être, parce qu'en plus
Marc Geiger — 44:48
le le propriétaire, il avait eu un comportement bizarre au lieu de de prendre un trajet tout à fait classique pour aller d'un point à un autre en sortant de la maison, il avait fait un détour,
Marc Geiger — 44:58
on avait un coup de téléphone d'une cabine téléphonique,
Marc Geiger — 45:00
et caetera. Tout ça n'avait rigoureusement rien à voir avec les faits, mais ce n'était
Marc Geiger — 45:06
pas explicable.
Marc Geiger — 45:07
Et en fait, j'ai essayé de de récupérer tous les éléments qui étaient peu explicables dans cette histoire pour instiller en quelque sorte le doute
Marc Geiger — 45:15
dans la tête des jurés.
Marc Geiger — 45:17
Et cette femme a été acquittée
Marc Geiger — 45:20
parce
Marc Geiger — 45:21
qu'ils ont considéré, ah oui, je me rappelle qu'il y avait le médecin légiste qui était venu, qui lui était un peu remonté quand même parce qu'il avait trouvé le pied, enfin voilà, y avait l'empreinte du pied et tout ça.
Intervenant 2 — 45:30
Mais
Marc Geiger — 45:31
je lui pose une question qui va beaucoup l'ennuyer.
Marc Geiger — 45:35
Je lui dis, est-ce que vous avez dans ce dossier
Marc Geiger — 45:38
un élément objectif
Marc Geiger — 45:40
incontestable
Marc Geiger — 45:42
qui permet
Marc Geiger — 45:43
d'asseoir la culpabilité de cette femme?
Marc Geiger — 45:46
Il me regarde, il me dit, si je réponds à ça, on rentre tous chez nous quoi. Je dis pourquoi pas, mais répondez. Il me dit non, non je n'ai pas de d'éléments.
Marc Geiger — 45:53
Et tout ça mis bout à bout a fini par peut-être perturber suffisamment les jurés pour que ils finissent par répondre au non à la question de la culpabilité de cette femme qui était évidemment acquittée au bénéfice du doute.
Marc Geiger — 46:05
Je dois te dire qu'heureusement qu'à l'époque, il n'y avait pas d'appel possible. Oui. Parce que je ne pense pas que je l'aurais eu 2 fois l'histoire quand même. Et sur le coup, quand elle a quitté, tu te, tu te sens commente? Alors qu'elle sent qu'elle a Ah je, là c'était, je me rappelle que j'avais fini un grand coup de poing sur la table. C'est vrai. Tout le monde était parti tellement j'étais, oui, parce que c'était,
Marc Geiger — 46:24
c'était complètement inespéré
Marc Geiger — 46:26
et,
Marc Geiger — 46:27
mais par contre, c'était vraiment,
Marc Geiger — 46:29
j'avais le sentiment d'avoir fait le boulot quoi, d'avoir fait le travail qu'un avocat doit faire. La vérité Tu n'as pas l'impression d'avoir
Intervenant 2 — 46:36
empêché quelqu'un de faire de la prison alors qu'elle avait peut-être fait? Et je te répondrai qu'il vaut mieux
Marc Geiger — 46:42
10 coupables en liberté qu'un innocent en prison. Donc c'est toujours le même principe. Bien sûr. On, moi je suis pas, ce pas moi qui rends la justice, n'est pas moi qui dois bien faire les enquêtes, ce n'est pas moi qui dois fermer toutes les portes. Si on laisse des portes ouvertes, suis obligée de dire attention là, la porte, elle est ouverte. C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. C'est le travail de l'avocat. Tu as des cas de conscience comme ça parfois?
Marc Geiger — 47:02
Des cas de conscience,
Marc Geiger — 47:05
en fait ce qui m'est arrivé et c'était ça qui était un peu, je pense que c'est ce qui m'a le plus perturbé,
Marc Geiger — 47:11
c'est que quand je suis tout jeune avocat arrivant à, à Carpentras,
Marc Geiger — 47:15
je suis désigné
Marc Geiger — 47:17
dans des affaires de grand banditisme.
Marc Geiger — 47:19
À l'époque, on ne parlait pas tellement de drogue, mais ce qui était très important, c'était les histoires des machines à sous. Il y avait des machines à sous dans tous les bars, évidemment c'était maquillé comme étant des machines qui ne donnaient pas d'argent, mais tu parles évidemment, ça, tout le monde payait, c'est ce qui ce qui faisait avant internet, et caetera.
Marc Geiger — 47:36
Tous les gens jouaient et ça représentait comme disaient les voyous,
Marc Geiger — 47:39
c'est mieux que les filles parce que ça tombe jamais malade et que ça marche tout le temps, voilà.
Marc Geiger — 47:43
Donc il y avait eu des gros gros règlements de dans la région, il y avait eu à l'époque en l'espace de 18 mois, une quinzaine de mecs qui s'étaient fait flinguer un peu dans les 2 sens, et caetera.
Marc Geiger — 47:53
Et je défends un 1, je suis désigné par un gars qui est
Marc Geiger — 47:59
poursuivi pour être coauteur d'un d'un assassinat puisque son rôle aurait été d'être le chauffeur de celui qui a
Marc Geiger — 48:07
donné rendez-vous à un type pour le flinguer.
Marc Geiger — 48:09
Pendant qu'il est en détention provisoire pour affaire-là où il va tout le temps clamer son innocence, il va dire moi pas du tout, je n'y étais pas, ce n'est pas moi, et caetera.
Marc Geiger — 48:16
Une autre affaire lui tombe dessus, similaire
Marc Geiger — 48:19
avec une 1 autre règlement de compte où là aussi,
Marc Geiger — 48:22
on essaye de faire en sorte que ce soit lui qui soit accusé
Marc Geiger — 48:26
de, de, de cet assassinat.
Marc Geiger — 48:29
Je vais obtenir après
Marc Geiger — 48:31
qu'il ait été condamné en 1re instance, on va faire appel, j'obtiens son acquittement en 1re instance dans une affaire et dans l'autre affaire, les 2 seront acquittés, celui qui était réputé être le et lui qui était réputé être le chauffeur.
Marc Geiger — 48:42
Je suis aux anges, je,
Marc Geiger — 48:45
parce que à ce moment-là,
Marc Geiger — 48:48
je n'ai pas le recul que j'ai aujourd'hui.
Marc Geiger — 48:50
À ce moment-là, pour moi, je suis intimement convaincu que je défends un innocent,
Marc Geiger — 48:55
que comme tu l'as dit tout à l'heure, ce qui m'importe, c'est la vérité
Marc Geiger — 48:58
et que cette vérité, j'ai réussi à faire en sorte qu'elle qu'elle éclate au grand jour quoi. Voilà,
Marc Geiger — 49:04
jusqu'à ce que quelques
Marc Geiger — 49:06
années plus tard, je j'apprenne qu'en fait,
Marc Geiger — 49:09
c'était lui. Ah oui. Et oui,
Marc Geiger — 49:12
ça, ça m'a perturbé ouais. Ça, ça m'a, et surtout ça m'a donné une
Marc Geiger — 49:17
grande leçon
Marc Geiger — 49:18
qui fait qu'aujourd'hui, je ne me pose plus les mêmes questions et surtout je ne m'investis pas
Marc Geiger — 49:23
de cette manière-là.
Intervenant 2 — 49:25
Émotionnellement?
Marc Geiger — 49:26
Oui et puis que je, oui j'étais vraiment, ce gars-là m'avait vachement touché.
Marc Geiger — 49:31
Il avait une fille qui
Marc Geiger — 49:33
ne voyait pas. Alors quand j'allais le voir au parloir, je lui parlais de mes enfants
Marc Geiger — 49:37
pour que voilà, enfin j'étais vraiment oui oui parce que j'avais
Marc Geiger — 49:41
à l'époque, on est en 1991
Marc Geiger — 49:43
ou 92,
Marc Geiger — 49:45
j'ai à peine 3 4 ans de barre, je viens de commencer à faire du pénal,
Marc Geiger — 49:50
ce n'était pas du tout ma matière. J'étais, voilà, je n'étais je n'étais pas du tout,
Marc Geiger — 49:54
pense, n'étais pas du tout dans la bonne direction pour faire ce métier. Encore une fois, ne cherches pas la vérité, ce n'est pas à toi de la dire la vérité. Toi, ton travail, c'est de vérifier qu'il y les éléments ou qu'il n'y pas les éléments. C'est intéressant comme nuance. En ce sens-là, j'avais fait mon travail puisque s'il a été acquitté, c'est qu'il avait pas suffisamment d'éléments de certitude.
Marc Geiger — 50:12
Mais pour autant, quand a posteriori tu sais,
Marc Geiger — 50:15
c'est compliqué. C'est pour ça que maintenant,
Marc Geiger — 50:17
quand il m'arrive de défendre des gens, donc quand je suis de l'autre côté, ce qui est rare, mais ça m'arrive encore quand même de temps en temps de défendre des accusés,
Marc Geiger — 50:25
je ne leur demande pas. Ah, tu ne demandes pas? Non.
Marc Geiger — 50:28
Ils me disent, ils me disent, mais moi, je ne leur demande pas.
Intervenant 2 — 50:31
Jamais.
Intervenant 2 — 50:32
Je leur demande une,
Intervenant 2 — 50:34
enfin, tu vois, un truc où il fallait dire à son avocat.
Marc Geiger — 50:37
Il faut, ça, c'est dans les films ou Non, c'est la plus, alors ce qu'il faut savoir aussi, c'est quand tu défends des accusés,
Marc Geiger — 50:43
95
Marc Geiger — 50:44
pour 100 du temps, tu défends des gars qui disent oui, c'est moi. Ah quand même. Ah oui,
Marc Geiger — 50:49
oui. Bien sûr, parce qu'aujourd'hui,
Marc Geiger — 50:51
avec les éléments de la technologie entre la téléphonie, l'ADN,
Marc Geiger — 50:55
la géolocalisation
Marc Geiger — 50:56
et le reste, devient
Marc Geiger — 50:58
très de
Marc Geiger — 50:59
très
Marc Geiger — 51:01
passer à travers.
Marc Geiger — 51:02
Donc quand ils sont comme ça véritablement
Marc Geiger — 51:06
convaincus
Marc Geiger — 51:07
d'être, enfin, sont convaincus par le dossier et qu'ils sont coupables,
Marc Geiger — 51:11
ce moment-là, ton travail, il ne va pas être de dire, ce n'est pas lui, mais il va dire, oui, c'est lui, mais voilà pourquoi,
Marc Geiger — 51:17
voilà. Ça, ça m'intéresse encore beaucoup, parce que on revient à ce que je disais tout à l'heure sur l'idée de ce cocktail,
Intervenant 2 — 51:24
ce mélange qui à un moment donné arrive dans la vie de quelqu'un qui fait que. Oui, pourquoi ce mec a dérapé? Pourquoi? Ça, c'est intéressant. Est-ce qu'il y des affaires que tu ne défendrais pas aujourd'hui? Oui. C'est quoi ta limite
Intervenant 2 — 51:35
peut-être mentale, psychologique?
Marc Geiger — 51:37
Tout ce qui touche aux enfants. Ah oui. Ouais, tout ce qui touche aux enfants, tout ce qui touche à à ce que je considère comme étant des personnes vulnérables.
Marc Geiger — 51:46
Ah,
Intervenant 2 — 51:47
ça me, ça me Ceux qui ont fait du mal aux enfants. Oui, oui.
Marc Geiger — 51:50
Ceux qui ont fait du mal aux enfants, ceux qui ont fait du mal à des femmes d'une manière abominable,
Marc Geiger — 51:56
et caetera, ça, ne pourrais pas le faire. Je ne peux pas, voilà, je je défends Qu'est-ce que ça génère en toi?
Marc Geiger — 52:02
D'abord une grande incapacité,
Marc Geiger — 52:04
une grande incapacité à faire le nécessaire quoi, à faire le travail. Je, et puis je n'ai pas envie de m'investir là-dedans quoi. Je n'ai pas envie de m'investir dans une telle défense. Je pense que j'en j'en souffrirai trop intimement.
Marc Geiger — 52:16
Je,
Marc Geiger — 52:17
émotionnellement,
Marc Geiger — 52:18
ça serait trop compliqué pour moi
Marc Geiger — 52:20
de
Marc Geiger — 52:21
vivre ça, parce que je n'ai pas envie de, et encore une fois, j'ai le plus grand respect pour les confrères et les avocats qui le font.
Marc Geiger — 52:29
Et je pense que c'est indispensable qu'il y en ait, qui, il y en ait qu'il fasse et qu'il fasse très bien. Encore une fois, ce n'est pas du tout une critique.
Marc Geiger — 52:37
C'est, mon propos n'est pas de dire ces gens-là n'ont pas le droit d'être défendus Non,
Marc Geiger — 52:41
c'est pour toi non plus. C'est le contraire, c'est l'inverse. Bien sûr. Voilà. C'est parce que moi je ne n'ai pas les capacités pour le faire que je ne le ferai pas. Et puis parce que les violeurs ne supportent pas quoi, voilà. Je je ne supporte pas ça et a fortiori si c'est sur des enfants, alors là, c'est c'est encore pire que tout. Est-ce que tu caches certaines choses à ta famille? Tu parlais de tes enfants?
Intervenant 2 — 53:02
Comment tu tu fais? Tu ne racontes pas ton quotidien?
Marc Geiger — 53:05
Je peux pas faire ça. Non, non.
Marc Geiger — 53:08
J'ai
Marc Geiger — 53:09
3 enfants et
Marc Geiger — 53:10
ils savent très bien, alors à la tête de leur père, ils savent qu'il fait quelque chose de lourd, de grave, mais je ne leur explique pas, surtout quand ils étaient petits, je ne leur explique pas. Et puis
Marc Geiger — 53:20
même
Marc Geiger — 53:22
même ma femme,
Marc Geiger — 53:25
je ne lui dis pas tout, je la regarde là parce qu'elle n'est pas là. Elle est avec nous, elle est avec nous dans la salle. Voilà, il y a des choses, voilà, je n'ai pas, ça ça ce n'est pas utile. Et puis en plus,
Marc Geiger — 53:35
je pense que quand tu es complètement déconnecté de ce milieu-là,
Marc Geiger — 53:39
nous, on a les mains dedans en permanence. Donc quelque part, quand on discute entre confrères, fois, je je prends un peu de recul, dis, mais tu as entendu ce qu'on est en train de dire quoi? C'est c'est, tu parles de choses abominables,
Marc Geiger — 53:49
de de résultats d'autopsie ou des choses avec... Et puis nous, on est obligé parfois,
Marc Geiger — 53:55
et ça, c'est quelque chose qu'on ne peut faire qu'entre nous, on est obligé d'en rire parfois,
Marc Geiger — 54:00
parce que si on n'en rit pas, on en devient fou.
Marc Geiger — 54:02
Parfois, est dans la dérision totale sur certaines choses.
Marc Geiger — 54:06
Ça nous permet d'évacuer aussi, d'évacuer cette espèce de charge émotionnelle
Marc Geiger — 54:11
immense qu'on peut avoir.
Marc Geiger — 54:13
Donc non, je, oui, je je vais expliquer,
Marc Geiger — 54:16
je vais je vais lui dire,
Marc Geiger — 54:18
oui, voilà, là, je fais en ce moment, je fais ça, ça ou ça.
Marc Geiger — 54:22
Et puis de
Marc Geiger — 54:23
plus en plus, elle m'accompagne.
Marc Geiger — 54:25
Donc parfois, elle prend en pleine figure
Marc Geiger — 54:28
les détails d'une d'une affaire plus ou moins sordide qui peut en plus parfois raisonner
Marc Geiger — 54:34
en toi. Et c'est encore plus compliqué quoi.
Intervenant 2 — 54:37
On arrive à la fin de cet entretien.
Intervenant 2 — 54:39
J'aime beaucoup demander aux gens qui sont à ta place
Intervenant 2 — 54:43
une conclusion, un conseil.
Intervenant 2 — 54:45
Au vu de tout ce qu'on s'est dit,
Intervenant 2 — 54:47
ça fait 30 ans que tu côtoies l'horreur au quotidien
Intervenant 2 — 54:51
tout en ayant une humanité,
Intervenant 2 — 54:53
une empathie,
Intervenant 2 — 54:55
on sent que tu as un coeur tendre, donc c'était
Intervenant 2 — 54:57
hyper intéressant de t'entendre. Reviens quand tu veux pour nous raconter la suite parce que ça pourrait durer 3 heures. Moi j'adore, mais qu'est-ce que tu as envie de dire aux gens qui nous regardent ou qui nous écoutent
Intervenant 2 — 55:06
en mots de la fin?
Marc Geiger — 55:08
Bien que j'ai eu l'occasion au travers de mon métier peut-être de rencontrer ce qu'il y a de plus sombre dans l'âme humaine.
Marc Geiger — 55:16
Je me suis toujours obligé,
Marc Geiger — 55:20
enfin je me suis obligé de me rappeler que c'était toujours des exceptions,
Marc Geiger — 55:24
que ce n'était pas, ce n'était pas ça
Marc Geiger — 55:27
l'humanité
Marc Geiger — 55:28
et ce qui m'a donné raison, c'est que dans les salles de cour d'assises, on rencontre à la fois les âmes les plus sombres, mais aussi les âmes les plus belles.
Marc Geiger — 55:36
Les gens que j'accompagne souvent sont des gens qui sont extraordinaires,
Marc Geiger — 55:40
de dignité,
Marc Geiger — 55:42
d'empathie,
Marc Geiger — 55:44
de résilience
Marc Geiger — 55:46
et ça en fait, ça me permet de me rassurer sur sur l'humain.
Marc Geiger — 55:51
Donc n'ayez
Marc Geiger — 55:52
pas peur quand vous regardez des faits divers ou quand vous lisez ça dans la presse, dites-vous que derrière chacune de ces âmes sombres, il y en a bien plus qui sont beaucoup plus belles.
Intervenant 2 — 56:00
Merci pour tes jolis mots de la fin, merci pour ton témoignage,
Intervenant 2 — 56:05
on sent que vraiment tu as une belle âme, tu vois t'en parler. Merci et bravo. Je rappelle ton livre je me penche,
Intervenant 2 — 56:11
ceux qui nous écoutent parce que je m'éloigne du micro je précise. Donc tu es l'auteur
Intervenant 2 — 56:16
des survivants
Intervenant 2 — 56:17
aux éditions
Intervenant 2 — 56:18
Mareuil,
Intervenant 2 — 56:19
c'est une plongée au coeur de 11 procès d'assises. C'est vrai que c'est assez rare
Intervenant 2 — 56:23
d'être vraiment de l'intérieur, de les vivre de l'intérieur.
Intervenant 2 — 56:26
Donc je vous invite à lire ce livre qui est hyper touchant. Moi je trouve qu'on
Intervenant 2 — 56:31
sent en tout cas ton humanité quand tu décris les victimes et évidemment leur famille. Merci à toi, d'être venu, tu reviens quand tu veux Avec plaisir. Pour raconter d'autres affaires et d'autres aventures d'avocat pénaliste.
Intervenant 2 — 56:42
En tout cas merci à toi et merci à vous, merci de votre fidélité tous Funders, c'est tous les mardis et je vous dis à la semaine prochaine. Salut.