Dans la peau d’un espion du KGB : Sergei Jirnov raconte la filature, l’infiltration et sa rencontre avec Poutine

Publié le 7 octobre 2026 · Mis à jour le 7 octobre 2026

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Le monde de l'espionnage fascine. Il évoque des images de courses-poursuites, de gadgets sophistiqués et de héros charismatiques. Mais la réalité est souvent plus grise, plus complexe. Sergei Jirnov, invité de l'émission "Tous WONDER", en sait quelque chose. Il se présente comme un ancien espion « illégal » du KGB, l'un de ces agents d'élite formés pour vivre sous une fausse identité à l'étranger. Son histoire n'est pas celle de James Bond. C'est le récit d'une vie de secrets, de manipulations psychologiques et de rencontres qui ont façonné l'histoire contemporaine, dont une, décisive, avec Vladimir Poutine.

Prologue — Sergei Jirnov, l'espion qui affirme avoir défié Poutine

Dans la peau d’un espion du KGB : Sergei Jirnov raconte la filature, l’infiltration et sa rencontre avec Poutine — L'appel
L'appel du KGB : comment Sergueï Jirnov a-t-il croisé Vladimir Poutine ? — 3:57

Sergei Jirnov n'est pas un inconnu. Auteur du livre L’Éclaireur, récompensé par le prix Transfuge, il a choisi de raconter sa vie clandestine. Une vie aux antipodes des fantasmes hollywoodiens.

Invité sur le plateau de l'émission "Tous WONDER", il déconstruit le mythe dès les premières secondes. L'espionnage, selon lui, est avant tout une affaire de sang-froid et de calcul. L'ambiance de l'interview, visiblement informative, est posée autour d'une table en bois où sont disposés des livres, dont un intitulé L'OMBRE DES LEGENDES.

Sergei Jirnov l'affirme sans détour : le métier exige un état d'esprit particulier, une capacité à mettre ses émotions de côté pour servir un objectif supérieur. Il partage cette vision du métier.

Cette affirmation pose le décor. L'homme qui parle a été formé pour ne rien laisser paraître. Pourtant, son récit est aussi celui d'une confrontation personnelle avec une figure majeure de la politique mondiale. Il se présente comme l'un des rares à avoir tenu tête à Vladimir Poutine, une audace qui, selon lui, lui vaut une haine tenace de la part du maître du Kremlin.

Cette déclaration audacieuse est le point de départ d'un récit qui nous plonge au cœur des services secrets soviétiques, à une époque où le monde était encore coupé en deux.

Comment les espions russes et français sont-ils formés ?

Tout commence le 29 août 1984. Ce jour-là, Sergei Jirnov est convoqué sur un parking près du stade Loujniki à Moscou. Il a 23 ans. Autour de lui, 320 hommes, presque tous vêtus de gris, l'uniforme officieux du KGB dans le civil. Ils sont la nouvelle promotion de l'Institut Andropov, l'école des espions soviétiques.

Une rencontre sur un parking

Au milieu de cette foule anonyme, un visage retient son attention. Un homme qu'il connaît déjà. Vladimir Poutine. Ils intègrent la même école, la même année, le même jour. Une coïncidence qui marquera leurs destins croisés.

La formation est exigeante. La base de tout, ce sont les langues étrangères. Un espion doit pouvoir se fondre dans la masse, recruter des sources, opérer loin de son pays. Pour Jirnov, ce sera l'espagnol, qu'il apprendra de zéro en trois ans. Pour Poutine, qui a déjà une expérience dans le contre-espionnage, on conserve sa maîtrise de l'allemand et on se concentre sur les aspects opérationnels de l'espionnage extérieur.

Les parcours diffèrent. Poutine ne restera qu'un an. Jirnov, lui, suivra un cursus complet. Au programme : géopolitique, histoire des relations internationales, mais aussi des disciplines plus pratiques.

Apprendre à taper à la machine avant de tirer

Oubliez les entraînements de combat intensifs. La première compétence technique enseignée en 1984 était... la dactylographie. L'espion est avant tout un bureaucrate qui rédige des rapports. Jirnov se souvient avec une pointe d'ironie de l'absence d'ordinateurs au KGB, même au quartier général de Iassenevo, alors que les étudiants américains en possédaient déjà dans leurs chambres.

Bien sûr, la formation inclut la photographie, le chiffrement, le codage, et même le saut en parachute. Le maniement des armes est réduit au strict minimum. Trois balles par an avec un pistolet Makarov. Loin, très loin des fusillades de cinéma.

La filature réelle n’a rien d’un film d’espionnage

Dans la peau d’un espion du KGB : Sergei Jirnov raconte la filature, l’infiltration et sa rencontre avec Poutine — L'école
L'école secrète des espions : Où et comment le KGB formait-il ses agents ? — 5:13

L'un des mythes les plus tenaces de l'espionnage est celui de la filature. Des scènes haletantes où le héros se retourne sans cesse pour repérer ses poursuivants. Une aberration totale pour un professionnel.

Sergei Jirnov est catégorique sur ce point. La première règle, celle qui est absolument interdite, est de se retourner. Un citoyen ordinaire ne se préoccupe pas de savoir s'il est suivi. Le faire, c'est envoyer un signal clair au contre-espionnage : vous êtes un agent.

L'art de voir sans regarder

Alors, comment savoir ? Les espions utilisent des « trucs ». Le plus classique est de s'arrêter devant une vitrine de magasin. Le reflet permet d'observer ce qui se passe derrière soi sans jamais tourner la tête. Toutes les surfaces vitrées, comme les portes d'immeubles, deviennent des miroirs potentiels.

Aujourd'hui, la technologie offre des gadgets dignes de Q dans James Bond : des lunettes avec une micro-caméra, par exemple. Mais le principe reste le même : la discrétion est l'arme maîtresse de l'espion.

La filature est un jeu de patience, une technique qui demande des heures de pratique et une maîtrise parfaite de ses nerfs. Le moindre signe de stress, une goutte de sueur, une tension musculaire, peut trahir l'agent. Le véritable espionnage n'est pas dans l'action, mais dans le contrôle de soi.

Que faire lorsqu’on découvre une filature ou un micro ?

Imaginez la scène. Vous êtes un agent en mission et vous réalisez que vous êtes suivi. Ou pire, vous découvrez un micro caché dans votre appartement. Le réflexe cinématographique serait de paniquer, de courir, d'arracher le dispositif d'écoute.

Ce serait une grave erreur. La règle d'or du renseignement, selon Jirnov, est simple : ne rien faire, ne rien dire. Continuer à vivre comme si de rien n'était. Pourquoi ?

Transformer une menace en opportunité

Un micro découvert n'est pas seulement une menace. Il peut devenir une arme. C'est un canal de communication direct avec le service de contre-espionnage adverse. En sachant que vous êtes écouté, vous pouvez choisir précisément les informations que vous laissez filtrer. C'est l'art de la désinformation.

Arracher le micro, c'est avouer que vous l'avez trouvé et couper ce canal. C'est aussi révéler votre nature d'agent et potentiellement griller votre couverture. La patience et la stratégie à long terme l'emportent toujours sur la réaction émotionnelle à court terme.

De même, si vous êtes suivi, changer brusquement de comportement, tenter de semer la filature de manière agressive, ne fait que confirmer les soupçons. L'espion professionnel poursuit sa routine, ses activités prévues, tout en analysant la situation pour adapter sa stratégie future. Il ne s'agit pas d'un manuel d'opération, mais d'un témoignage sur un état d'esprit où chaque événement est une information à traiter, pas une attaque à laquelle réagir.

Dans les coulisses d’une ambassade : l’étage secret du KGB à Paris

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Espionnage : la vérité derrière le cynisme et les agents doubles ? — 33:20

Les ambassades sont des lieux de diplomatie, mais aussi des nids d'espions. Sergei Jirnov révèle un secret bien gardé de l'ancienne ambassade soviétique à Paris. Au sixième et dernier étage se trouvait, selon lui, l'antenne du KGB.

Un étage inaccessible pour le commun des diplomates. Pour s'y rendre, il fallait une clé spéciale pour l'ascenseur. Un bouton particulier, sans numéro, permettait d'accéder à ce sanctuaire du renseignement. Une séparation physique et symbolique qui illustre la coexistence de deux mondes au sein d'une même représentation officielle : la diplomatie de façade et les opérations clandestines en coulisses.

Tout le monde peut-il devenir espion ?

Cette description d'un monde à part pose une question fondamentale : quelles sont les qualités requises pour y appartenir ? Jirnov insiste sur les prédispositions psychologiques. La résistance au stress est primordiale, tout comme la capacité à supporter l'isolement.

Un espion vit souvent seul, coupé de ses racines, de sa famille. Il doit être capable de mentir en permanence, de jouer un rôle sans jamais se trahir. C'est un métier qui attire des profils particuliers, des individus capables de compartimenter leur vie et de gérer une pression psychologique constante. La formation technique est importante, mais sans la force mentale adéquate, elle ne sert à rien.

Recruter, convaincre et retourner un agent : la mécanique de l’influence

Le cœur du métier d'espion n'est pas de voler des documents, mais de recruter des sources humaines. Comment convaincre un individu de trahir son pays, ses convictions, son employeur ? Les services de renseignement utilisent des méthodes bien rodées, souvent résumées par l'acronyme anglais MICE.

  • Money (Argent) : La motivation la plus simple et souvent la plus efficace.
  • Ideology (Idéologie) : Convaincre la cible que votre cause est juste.
  • Compromise (Compromission) / Coercion : Utiliser le chantage pour forcer la collaboration.
  • Ego : Flatter la vanité de la personne, lui faire croire qu'elle joue un rôle important.

L'objectif stratégique est toujours le même : pénétrer les cercles du pouvoir. Les ministères, les cabinets présidentiels, les entreprises stratégiques et, cible ultime, les services de renseignement adverses. L'exemple historique de Kim Philby, haut fonctionnaire britannique qui était en réalité un agent soviétique, illustre parfaitement ce type d'infiltration au plus haut niveau.

L'espion de fiction contre l'espion réel

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales entre l'image populaire et la réalité du terrain décrite par Sergei Jirnov.

CaractéristiqueJames Bond (Fiction)Agent du KGB (Réalité)
Usage des armesFréquent, spectaculaireExceptionnel, signe d'un échec
FilatureCourses-poursuites, se retourneDiscrétion absolue, technique
Travail quotidienAction, gadgets, séductionBureaucratie, rapports, analyse
ÉmotionsMasquées par le flegmeContrôlées, pragmatisme cynique
ObjectifSauver le mondeObtenir une information précise

Le recrutement est un processus long et calculé. Il s'agit de construire une relation de confiance, de comprendre les failles et les motivations de la cible, pour ensuite les exploiter. C'est un jeu de manipulation psychologique où chaque mot compte.

Une mission intime : épouser une Française pour obtenir la nationalité

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Espionnage : la vérité derrière le cynisme et les agents doubles ? — 34:36

Parmi les missions confiées à Sergei Jirnov, l'une était profondément personnelle et stratégique : obtenir la nationalité française. Et le moyen le plus sûr pour y parvenir était le mariage.

Il raconte avoir eu pour projet d'épouser une femme française. Une mission qui brouille les frontières entre le professionnel et l'intime. Comment transformer une opération de renseignement en une relation humaine authentique sans se perdre soi-même ?

Une couverture parfaite

Jirnov précise qu'il agissait en tant qu'« illégal », c'est-à-dire sans couverture officielle. Il n'était rattaché ni à l'ambassade, ni à une entreprise russe en France. Il était seul, avec une identité construite de toutes pièces. Dans ce contexte, la naturalisation n'était pas un simple avantage administratif. C'était la clé d'une intégration durable, la construction d'une couverture quasi-infaillible.

Cette mission révèle la tension permanente dans la vie d'un espion clandestin. Chaque relation, chaque amitié, chaque amour potentiel est analysé à travers le prisme de l'objectif à atteindre. Les sentiments personnels deviennent à la fois un risque et un outil. C'est le prix à payer pour une vie dans l'ombre.

Le prix de l’espionnage : danger, solitude et perte du soutien du service

Être un espion « illégal » offre une grande liberté d'action, mais cette autonomie a un coût : l'absence de filet de sécurité immédiat. En apparence, l'agent est seul. En réalité, une immense organisation le soutient à distance, prête à intervenir en cas de problème. Mais ce soutien est invisible et peut disparaître à tout moment.

Les risques sont immenses. Selon les pays et les époques, être démasqué peut signifier la prison, la torture ou la mort. Jirnov évoque sans détour les méthodes d'exécution qui peuvent être employées contre les agents jugés compromis ou déloyaux.

Que reste-t-il après ?

Mais le plus grand danger est peut-être psychologique. Que se passe-t-il lorsque l'agent quitte le service ? Les connaissances, les réflexes, les paranoïas restent. Mais la protection, qu'elle soit logistique ou psychologique, disparaît.

L'espion à la retraite n'est plus soutenu par une structure étatique. Il redevient un individu ordinaire, mais un individu qui en sait trop. Il doit apprendre à vivre avec le poids de ses secrets, sans l'adrénaline de la mission ni la camaraderie du service. Peut-on réellement redevenir une personne « normale » après une carrière passée dans le mensonge et la clandestinité ? La question reste en suspens.

L’infiltration de l’ENA sous l’identité d’un journaliste soviétique

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La trahison du KGB : comment Sergueï Jirnov a-t-il vécu la manipulation ? — 45:12

L'un des faits d'armes les plus spectaculaires de Sergei Jirnov est son infiltration de l'École Nationale d'Administration (ENA), le moule des élites françaises. Pour y parvenir, il a utilisé une couverture audacieuse : celle d'un journaliste de la télévision soviétique.

Le contexte historique est crucial. Nous sommes à l'époque de la Perestroïka, une période d'ouverture de l'URSS sous Mikhaïl Gorbatchev. Les mentalités changent, les portes s'entrouvrent.

Jirnov se présente à la directrice des relations internationales et au directeur des stages de l'ENA. Il joue son rôle à la perfection. Sa maîtrise du français et la cohérence de son parcours impressionnent ses interlocuteurs. Ils sont tellement convaincus qu'ils lui font une proposition inattendue : au lieu d'un simple reportage, pourquoi n'intégrerait-il pas l'ENA comme élève ?

C'est une opportunité inespérée. Jirnov saisit sa chance. Le KGB n'aurait jamais osé demander une telle chose. Mais grâce à son initiative et à un concours de circonstances favorables, il se retrouve au cœur de la fabrique du pouvoir français. Comme il le souligne avec une certaine satisfaction, c'est finalement l'État français qui a payé les études de l'un de ses plus prestigieux établissements à un espion russe.

Deux heures de conversation qui alertent le KGB

Vivre sous couverture, c'est être constamment sur ses gardes. Chaque interaction est potentiellement un piège. Jirnov raconte un épisode qui illustre parfaitement le climat de surveillance de l'époque.

Une conversation de deux heures avec un interlocuteur étranger. Un échange anodin pour un citoyen occidental, mais profondément suspect pour les autorités soviétiques. À cette période, un contact aussi prolongé entre un citoyen de l'URSS et un étranger était inhabituel et déclenchait automatiquement des alarmes.

L'échange est rapporté. Le KGB intervient, demande des comptes. Cet événement montre que même un agent formé et autonome n'est jamais totalement libre. Il est observé, non seulement par les services adverses, mais aussi par son propre camp.

La parole, normalement un espace de liberté, devient un terrain miné. Chaque mot doit être pesé, chaque discussion justifiée. C'est une illustration de la paranoïa institutionnalisée qui régnait au sein du système soviétique, où la méfiance était la règle, même envers ses propres agents.

Résister à l’intimidation : le face-à-face avec un énarque

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La trahison du KGB : comment Sergueï Jirnov a-t-il vécu la manipulation ? — 50:17

Intégrer l'ENA ne signifie pas être accepté. Jirnov se souvient d'une confrontation psychologique avec un interlocuteur qu'il décrit comme arrogant, un énarque typique cherchant à le déstabiliser.

Face à ce qu'il perçoit comme un interrogatoire hostile, Jirnov ne se démonte pas. Il utilise ses meilleures armes : sa culture générale et sa répartie. Il retourne la pression, montre qu'il n'est pas impressionnable.

La culture comme bouclier

Pour déstabiliser son contradicteur, il cite des références inattendues, comme André Brejnev ou L'Archipel du Goulag de Soljenitsyne. Il compare l'attitude de son interlocuteur à celle d'un juge d'instruction de l'époque stalinienne. Une manière de lui renvoyer son arrogance en miroir.

Cet épisode montre que l'espionnage n'est pas seulement une affaire de techniques et de procédures. C'est aussi un combat intellectuel et psychologique. La capacité à analyser la personnalité de son adversaire, à déceler ses failles et à utiliser la culture comme un outil de pouvoir est une compétence essentielle pour survivre dans des environnements hostiles.

La rencontre avec Poutine : l’erreur de langue qui aurait pu tout révéler

Les destins de Sergei Jirnov et de Vladimir Poutine se sont croisés à plusieurs reprises. L'une de ces rencontres, racontée par Jirnov, aurait pu virer au drame.

La scène se déroule lors d'un événement professionnel et festif. L'ambiance est détendue, le bruit est omniprésent. Sont présents des entrepreneurs français, un collègue nommé Vladimir, et même le célèbre compositeur Pierre Boulez. Au milieu de cette agitation, Jirnov commet une erreur potentiellement fatale.

Une faute de couverture

Abordant Vladimir Poutine, il lui adresse la parole... en allemand. Une faute de débutant. Poutine, ancien agent en Allemagne de l'Est, est germanophone. Cette langue est associée à son passé au KGB. L'utiliser dans ce contexte, c'est risquer de briser sa couverture, de révéler une connexion secrète.

La tension est immédiate. Jirnov craint d'être démasqué. Mais par chance, le bruit et la confusion de la soirée jouent en sa faveur. L'incident passe inaperçu, la conversation dérive sur autre chose. Une anecdote qui illustre la pression constante qui pèse sur les agents et à quel point un simple lapsus peut faire basculer une mission, voire une vie.

De la méfiance à la peur : la prise de conscience du pouvoir tyrannique

Dans la peau d’un espion du KGB : Sergei Jirnov raconte la filature, l’infiltration et sa rencontre avec Poutine — Comment
Comment Sergueï Jirnov a-t-il échappé à une tentative d'empoisonnement ? — 56:29

Le regard de Sergei Jirnov sur Vladimir Poutine a évolué avec le temps. De la simple méfiance entre collègues du renseignement, il est passé à une prise de conscience plus sombre, celle d'avoir affaire à un homme prêt à tout pour conserver le pouvoir.

Les événements de 1999 marquent un tournant. Mais c'est en 2001 que la rupture devient personnelle et définitive. Jirnov raconte un épisode glaçant : il suspecte d'avoir été victime d'une tentative d'empoisonnement aux métaux lourds. Il précise bien qu'il s'agit d'une suspicion, et non d'un fait formellement établi.

Il affirme que les analyses médicales réalisées localement ont été falsifiées pour cacher la vérité. Cette conviction d'avoir été trahi et ciblé par le système qu'il a servi marque la fin de son parcours. La peur s'installe, une peur durable qui le pousse à quitter définitivement ce monde de secrets.

Son témoignage s'achève sur une question fondamentale : que reste-t-il d'un espion lorsqu'il décide de briser le silence et de raconter son histoire ? Peut-être la conscience d'avoir été le rouage d'une machine implacable, et les cicatrices d'une vie où la confiance n'a jamais sa place.

Questions fréquentes

Dans la peau d’un espion du KGB : Sergei Jirnov raconte la filature, l’infiltration et sa rencontre avec Poutine — La vie
La vie après l'espionnage : Sergueï Jirnov regrette-t-il son passé d'agent ? — 58:17
Qui est Sergei Jirnov ?

Sergei Jirnov se présente comme un ancien officier du KGB, ayant opéré en tant qu'espion « illégal » en France. Il est connu pour avoir infiltré l'ENA et pour son témoignage sur les coulisses des services secrets russes. Il est également l'auteur du livre *L'Éclaireur*.

Qu’est-ce qu’un espion « illégal » du KGB ?

Un espion « illégal » est un agent des services de renseignement opérant à l'étranger sous une identité entièrement fabriquée, sans aucune couverture diplomatique ou officielle. Ces agents sont considérés comme l'élite de l'espionnage, formés pour s'intégrer complètement dans un pays cible sur le long terme.

Pourquoi ne faut-il jamais se retourner pendant une filature ?

Selon Sergueï Jirnov, se retourner est la plus grande erreur car cela trahit immédiatement son statut d'agent. Une personne ordinaire ne se soucie pas d'être suivie. Un tel comportement alerte instantanément le contre-espionnage, qui comprend qu'il a affaire à un professionnel.

Que faire si l'on découvre un micro ou une filature ?

La règle de base est de ne rien faire et de ne rien dire. Continuer sa routine permet de ne pas confirmer les soupçons. Un micro découvert peut même être utilisé comme un canal de désinformation pour tromper le service adverse, transformant une menace en avantage stratégique.

Comment Sergueï Jirnov a-t-il intégré l’ENA ?

Il a utilisé la couverture d'un journaliste de la télévision soviétique pendant la période de la Perestroïka. En se présentant à la direction de l'ENA, sa maîtrise du français et son histoire ont tellement convaincu ses interlocuteurs qu'ils lui ont eux-mêmes proposé d'intégrer l'école comme élève, une opportunité inattendue qu'il a saisie.

Quelle est la différence fondamentale entre l'espionnage réel et James Bond ?

L'espionnage réel est un travail largement bureaucratique, psychologique et basé sur la patience, loin des scènes d'action. L'usage des armes est un signe d'échec, la filature est discrète et le quotidien est fait de rédaction de rapports et d'analyse, et non de courses-poursuites.

Invités

  • Sergei Jirnov — Ancien espion du KGB / Invité

Points clés

  • Sergei Jirnov et Vladimir Poutine ont intégré l'école du KGB le même jour, le 29 août 1984.
  • La formation des espions soviétiques accordait plus d'importance aux langues et à la dactylographie qu'au maniement des armes.
  • La règle fondamentale de la filature est de ne jamais se retourner pour ne pas éveiller les soupçons.
  • Sergei Jirnov affirme avoir eu pour mission d'épouser une Française pour obtenir la nationalité et une couverture parfaite.
  • Il a réussi à intégrer l'ENA sous la couverture d'un journaliste soviétique pendant la Perestroïka.
  • Jirnov suspecte avoir été victime d'une tentative d'empoisonnement aux métaux lourds en 2001.

À éviter

❌ Penser que l'espionnage est une succession de scènes d'action et de combat.

✅ La réalité est un travail de bureau, d'analyse psychologique et de patience. L'usage de la violence est extrêmement rare et considéré comme un échec de la mission.

❌ Croire qu'un agent qui se sait suivi doit immédiatement tenter de fuir ou de semer ses poursuivants.

✅ Un professionnel ne change rien à son comportement pour ne pas confirmer les soupçons. La règle est de continuer sa routine et d'analyser la situation.

❌ Sous-estimer l'importance de la maîtrise des langues et de la culture générale.

✅ La capacité à se fondre dans un environnement étranger et à tenir une conversation complexe est plus cruciale que le maniement des armes. La culture peut même devenir une arme lors de confrontations psychologiques.

Glossaire

KGB
Principal service de renseignement de l'Union soviétique de 1954 à 1991. Le KGB était responsable de la sécurité de l'État, du contre-espionnage et de l'espionnage à l'étranger.
DGSE
Direction Générale de la Sécurité Extérieure. C'est le service de renseignement extérieur de la France, l'équivalent français de ce qu'était la Première direction générale du KGB pour l'URSS.
Espion « illégal »
Agent de renseignement opérant dans un pays étranger sous une fausse identité (une « légende ») sans bénéficier d'une couverture officielle comme un poste de diplomate. Il est formé pour s'intégrer en profondeur et sur le long terme.
ENA
École Nationale d'Administration. Ancienne grande école française (remplacée par l'INSP en 2022) qui formait les hauts fonctionnaires de l'État français. Son infiltration représentait un accès potentiel aux plus hauts secrets de la République.
Perestroïka
Ensemble des réformes économiques et sociales menées par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique à partir de 1985. Cette politique d'ouverture et de restructuration a créé des opportunités inédites pour les services de renseignement.

Conclusion

L'histoire de Sergei Jirnov est plus qu'un simple récit d'espionnage. C'est une plongée dans la psyché d'un homme façonné par le secret, la discipline et la méfiance. En choisissant de parler, il ne révèle pas seulement les méthodes du KGB ; il expose la fragilité humaine derrière le masque de l'agent. Son parcours, de ce parking moscovite à l'ENA, laisse une question troublante : une fois la mission terminée, comment l'espion se libère-t-il de la solitude et des fantômes de sa vie clandestine ?

Mots-clés : Sergei Jirnov, KGB, espionnage, Vladimir Poutine, espion russe, ENA, filature, DGSE, guerre froide, renseignement

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Citations vérifiées

« parce qu'il faut être cynique dans l'espionnage. »
Transcript 30:25
Références

Entités citées

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Sergueï Jirnov — 00:00 Métier d'espion, Sergueï Jirnov — 00:02 ce n'est pas James Bond. C'est l'État français qui a payé l'ENA pour un espion russe. Il faut être cynique dans l'espionnage. Il faut être cynique, il faut être pragmatique en fait, tu n'as pas d'émotions. Tu es peut-être le seul mec au monde qui a réussi à déstabiliser Vladimir Poutine. C'est pour ça d'ailleurs, il me déteste. Intervenant 2 — 00:17 Bonjour à tous, bienvenue dans tous Wonder, Intervenant 2 — 00:20 le média qui parle du point de bascule de cette étincelle Intervenant 2 — 00:23 qui a tout changé. Aujourd'hui on reçoit Intervenant 2 — 00:25 Sergueï Jirnov, Intervenant 2 — 00:27 ex-espion du KGB. Intervenant 2 — 00:29 Sergueï Jirnov, il connaît tout à l'espionnage. Intervenant 2 — 00:31 Il a été le seul espion russe à avoir intégré l'ENA pour infiltrer Intervenant 2 — 00:36 l'administration Intervenant 2 — 00:37 française. Il a fait partie de la crème de la crème des espions, les illégaux, ceux qui vivent sous légende. Son livre, l'éclaireur Intervenant 2 — 00:45 a remporté le prix transfuge 2025 Intervenant 2 — 00:49 du meilleur poche. Tous vous nous retrouvez Intervenant 2 — 00:52 tous les mardis matins sur YouTube. Abonnez-vous, n'hésitez pas à cliquer aussi sur la petite cloche pour être informé dès qu'un épisode sort. Intervenant 2 — 01:00 Vous pouvez aussi nous suivre sur les podcasts Intervenant 2 — 01:03 Spotify, Intervenant 2 — 01:04 Deezer, Intervenant 2 — 01:05 Apple et Amazon. En bref, vous pouvez nous suivre partout et tout le temps. Merci à vous. Merci aussi à notre sponsor Sumeria. Intervenant 2 — 01:13 C'est qui sumeria? C'est la même équipe que Lydia. Vous savez Lydia, Intervenant 2 — 01:17 cette application qui vous permet de vous envoyer de l'argent, partager note au restaurant ou participer à un cadeau commun. Sumeria, Intervenant 2 — 01:23 c'est autre chose mais c'est la même équipe. Sumeria, c'est un compte courant avec une carte bancaire, une vraie mais le petit plus et c'est pour ça que je vous en parle, c'est que c'est un compte rémunéré. Ça n'existait pas encore en France et on en avait sacrément besoin rémunéré à 4 pour 100, ce qui veut dire que votre argent vous rapporte de l'argent et ça met quand même du beurre dans les épinards. Merci donc à Sumeria et tous wonder ça commence maintenant avec Sergueï Gernoff l'ex espion venu du froid. Intervenant 2 — 01:58 Sergueï, Intervenant 2 — 02:00 toi tu es donc ancien espion Intervenant 2 — 02:02 du KGB dans tous Wonder, on commence toujours par un point de bascule et ton point de bascule, c'est le 29 août 1984, Intervenant 2 — 02:10 qu'est-ce qui s'est passé? Le 20 août 1984, Sergueï Jirnov — 02:14 je suis Sergueï Jirnov — 02:15 convoqué à un point de rencontre qui se trouve à côté du stade Loujniki. Sergueï Jirnov — 02:20 C'est un Sergueï Jirnov — 02:21 tout petit peu Sergueï Jirnov — 02:23 écarté du centre de Moscou, mais pas très loin. Sergueï Jirnov — 02:26 Et donc sur le parking à côté de ce stade, Sergueï Jirnov — 02:29 il y a 320 personnes, Sergueï Jirnov — 02:32 tous habillés en costume gris, cravate, Sergueï Jirnov — 02:35 donc costume cravate, Sergueï Jirnov — 02:36 souvent du gris, toutes les Est-ce qu'on vous a demandé de venir en gris? Non, c'est c'est l'uniforme du KGB en fait. Dans dans le civil, Sergueï Jirnov — 02:44 les les gens du KGB aiment bien porter le gris. Donc le gris c'est discret finalement, le monde porte du gris non? Oui, mais c'est c'est ça le truc. C'est c'est que lorsqu'on est dans la foule, le gris c'est discret, mais lorsque tu as 320 personnes habillée tous en gris, là c'est bizarre, c'est ça devient un uniforme. Sergueï Jirnov — 03:02 Et donc c'est c'est là où sont rassemblées Sergueï Jirnov — 03:06 la promotion et où est rassemblée la promotion 1984 Sergueï Jirnov — 03:11 de l'institut Andropov, l'institut qui forme les espions du KGB. Sergueï Jirnov — 03:16 On ne se connaît pas encore, enfin quoique quand j'arrive, Sergueï Jirnov — 03:20 je vois pas mal de gens que que je connais. Déjà parce qu'il y les gens jeunes comme moi, parce que moi j'ai 23 ans à cette époque-là, il y a à peu près les gens qui ont 23, 24 ans et puis les gens plus âgés. Sergueï Jirnov — 03:31 Et parmi les gens plus âgés, Sergueï Jirnov — 03:33 mon regard qui qui scanne un peu la foule, il tombe sur un visage que je connais. Sergueï Jirnov — 03:38 Il dit tiens tiens, celui-là Sergueï Jirnov — 03:41 Et alors c'est qui? Je ne suis pas prêt à l'oublier. Et Sergueï Jirnov — 03:44 alors là, c'est Sergueï Jirnov — 03:46 que je croyais capitaine Sergueï Jirnov — 03:48 Poutine. Intervenant 2 — 03:49 Vladimir Poutine. Vladimir Poutine. Donc en fait tu es tu es recruté le même jour que Vladimir Poutine? On est on on entre dans Sergueï Jirnov — 03:57 cette école d'espions le même jour que Vladimir Poutine. On entre dans la même école la même année le même jour. Alors on va en reparler parce que vos destins se sont croisés plusieurs fois. Peut-être restons d'abord Intervenant 2 — 04:08 sur le KGB, sur l'école. L'école que tu vas intégrer, c'est l'école la plus secrète de Russie, c'est l'école de la forêt. Sergueï Jirnov — 04:15 Ça, c'est en plein Moscou en fait. Ce pas en plein Moscou, c'est à l'extérieur de Moscou. Il y un grand boulevard qui qui encercle Moscou, Sergueï Jirnov — 04:22 c'est Sergueï Jirnov — 04:23 c'est c'est une route, ça s'appelle la route circulaire, Sergueï Jirnov — 04:26 104 kilomètres autour de Moscou et donc en fait toutes les facultés de de de cette école sont placées à l'extérieur de Moscou dans 4 endroits différents. Qu'est-ce qu'on apprend à l'école de la forêt, à l'école des espions? C'est quoi la base pour devenir un bon espion? Beaucoup de choses, mais la base de de chez la base, c'est les langues étrangères. Parce que les espions, c'est les gens qui vont partir à l'étranger, vont recruter les sources à l'étranger Sergueï Jirnov — 04:53 et d'ailleurs, le service d'espionnage n'a pas le droit de faire de l'espionnage à l'intérieur du pays. Que ce soit pour le KGB ou la DGSE. Sergueï Jirnov — 05:02 Donc on apprend les langues étrangères et suivant notre connaissance, Sergueï Jirnov — 05:05 si comme Poutine, quand il arrive, il a déjà 9 ans dans le service, donc il connaît déjà les les éléments opérationnels du service, Sergueï Jirnov — 05:13 mais il a servi dans le compte espionnage. Donc on lui garde sa langue qui était allemande Sergueï Jirnov — 05:18 et on lui donne juste les éléments opérationnels Sergueï Jirnov — 05:20 pour l'espionnage. Sergueï Jirnov — 05:22 C'est pour ça, il ne restera qu'une année, il sera à une faculté différente. Sergueï Jirnov — 05:25 Moi Tu tu ne l'as pas croisé pendant Je l'ai croisé juste sur le parking devant le parking et après on nous a mis dans les bus et on est parti dans 4 endroits différents. Voilà, c'est, on on s'est croisé juste pendant un quart d'heure à peu près. Après, Sergueï Jirnov — 05:39 donc moi, je je commence à apprendre l'espagnol de 0 et donc du coup ça prend du temps. Du coup ça, 3 ans, il faut, il faut 3 ans. Bien sûr. Après, Sergueï Jirnov — 05:49 il y les disciplines Sergueï Jirnov — 05:51 générales Sergueï Jirnov — 05:52 qui préparent les espions parce que l'espion dans l'école russe, c'est quelqu'un qui doit comprendre la géopolitique. Sergueï Jirnov — 05:59 Donc on apprend des relations internationales, Sergueï Jirnov — 06:01 la géopolitique, la géostratégie, Sergueï Jirnov — 06:03 la chose militaire, l'économie, Sergueï Jirnov — 06:06 tout ça c'est c'est c'est les connaissances de base. Pour moi c'est un peu ennuyeux parce qu'en fait j'ai déjà fait pendant 5 ans ou guillemot, l'institut de rénovation internationale Qui est la meilleure université de C'est la meilleure université qui est basée sous l'autorité du ministère des affaires étrangères, donc moi je suis je Sergueï Jirnov — 06:22 suis formé à ça. Mais en fait pour le KGB, pour cette école-là, c'est spécialement, Sergueï Jirnov — 06:27 c'est Andropov qui a voulu former cette Sergueï Jirnov — 06:30 connaissance de base diplomatique Sergueï Jirnov — 06:33 et en relations internationales, Sergueï Jirnov — 06:35 parce que le ministre des Affaires étrangères lui reprochait Sergueï Jirnov — 06:38 que les gens qui allaient après jouer les diplomates, Sergueï Jirnov — 06:43 après, travaillaient sous la couverture des diplomates, n'avaient pas suffisamment de connaissances. Et donc à l'institut Androp-of, on veut donner quasiment la même formation comme Guimo, donc à l'école spécialisée. Après on nous, on nous Sergueï Jirnov — 06:55 raconte comment cet espionnage est organisé à l'étranger, Sergueï Jirnov — 06:58 qui sont les antennes du KGB dans les ambassades, dans les consulats, les couvertures Il y la pratique. Et après il y la pratique. Et la pratique, tu vas rigoler en fait, Sergueï Jirnov — 07:08 à ton avis, quoi on peut commencer la pratique chez les espions en 1984? Intervenant 2 — 07:13 Les filatures? Sergueï Jirnov — 07:14 Bien non, Sergueï Jirnov — 07:16 bien non, tu vas être déçu. C'est c'est rigolo parce qu'en fait, on nous apprend à taper à la machine. Ah oui. Intervenant 2 — 07:22 Donc ça, c'est niveau un. Pour être un bon espion, il faut taper à la machine. Sergueï Jirnov — 07:26 Métier d'espion, ce n'est pas James Bond. On ne couche pas avec de belles filles, on ne boit pas de champagne, enfin ça nous arrive, on ne fait pas des courses poursuites sur les toits des maisons avec les kalachnikovs, Sergueï Jirnov — 07:40 c'est un métier très bureaucratique, Sergueï Jirnov — 07:42 on traite beaucoup d'informations Sergueï Jirnov — 07:44 et c'est un métier qui demande énormément Sergueï Jirnov — 07:47 de documents formalisés. Sergueï Jirnov — 07:49 Donc il faut ça, comme c'est secret, Sergueï Jirnov — 07:51 c'est rigolo 1984, Sergueï Jirnov — 07:53 les ados aux États-Unis Sergueï Jirnov — 07:55 ont déjà les ordinateurs personnels dans leur dans leur chambre et nous on est dans la meilleure école, dans la plus secrète, dans la plus prestigieuse, dans la plus riche aussi et bien on n'en a pas. Et d'ailleurs, les ordinateurs que je n'ai jamais vu au KGB. Sergueï Jirnov — 08:09 Même quand j'arriverai à Yassimo, au QG de Sergueï Jirnov — 08:13 l'espionnage extérieur, Sergueï Jirnov — 08:14 sur ma Sergueï Jirnov — 08:15 ma ma table, Sergueï Jirnov — 08:18 il y a toujours la machine à écrire, la fameuse machine à écrire. Sauf qu'à l'école, c'était mécanique, Intervenant 2 — 08:22 à Yacinevo, c'était électrique. Quand même, oui oui, plus plus luxe. Est-ce qu'on apprend aussi ce qu'on imagine des espions, les les filatures par exemple? Bien sûr, donc ça ça vient aussi. Sergueï Jirnov — 08:34 Ce ce n'est pas forcément la 1re des disciplines techniques qui vient parce qu'on apprend aussi la photo. On ne prend, on apprend à faire, on apprend le chiffrement et le codage. On apprend Sergueï Jirnov — 08:46 avant de commencer le cycle théorique, Sergueï Jirnov — 08:49 on passe 3 semaines chez les parents. Sergueï Jirnov — 08:51 On sent, on saute avec un parachute, on tire avec les kalachnikovs, on a des armes. Donc une fois par an, on a nos p m, les pistolets Makarovs avec lesquels on tire 3 balles, Sergueï Jirnov — 09:04 3 balles dans dans le tir. Donc Sergueï Jirnov — 09:07 réglementaire pour s'entraîner comme dans n'importe quel pays du monde, mais juste 3 balles quoi, ça ça veut dire que c'est c'est ce n'est pas ce qu'on ce qu'on montre à Oui, pas ce qu'on imagine parce qu'on imagine que tu sais t'entraîner, te rouler par terre, Intervenant 2 — 09:20 viser avec une kalachnikov, Sergueï Jirnov — 09:21 tir parfait. Ce n'est pas ça l'espionnage. Ce n'est pas ça. L'espionnage, ce n'est pas ça. Donc la la 1re Sergueï Jirnov — 09:28 conférence théorique, Sergueï Jirnov — 09:31 il y a un vieux Louvre de l'espionnage qui nous a dit, Sergueï Jirnov — 09:34 si vous sortez une arme, Sergueï Jirnov — 09:36 c'est que l'espionnage est déjà terminé. Sergueï Jirnov — 09:39 En fait, utiliser des armes Et tu as été démasqué en fait, non, c'est ça? Voilà, soit démasqué, Sergueï Jirnov — 09:44 soit c'est une opération qui a mal tourné et donc en fait, l'espionnage, ce n'est pas tiré, ce n'est pas tuer les gens, donc ça, ce sont limites. Sergueï Jirnov — 09:52 Parmi Sergueï Jirnov — 09:53 nos spectateurs, Sergueï Jirnov — 09:54 y certainement des gens qui vont être complètement déçus, ils vont dire ah, c'est c'est un métier. C'est nul, Sergueï Jirnov — 10:00 ennuyeux, Sergueï Jirnov — 10:01 c'est chiant, Sergueï Jirnov — 10:03 et caetera. Mais c'est comme ça. Donc la réalité est là. Mais quand même, la la filature c'est c'est quelque chose qui a qui est intéressant Sergueï Jirnov — 10:10 parce que d'abord il y eu aussi une partie théorique. Sergueï Jirnov — 10:13 Donc on nous montre que que les filatures se sont se font à différentes manières, de différentes manières et donc nous déjà, Sergueï Jirnov — 10:21 on joue le rôle d'un simple diplomate. Sergueï Jirnov — 10:25 Ça veut dire la 1re chose qui est absolument interdite dans la fenêtre, c'est de se retourner. Sergueï Jirnov — 10:31 Donc quand vous voyez un film dans lequel l'acteur va se retourner de 20 fois pour montrer, Sergueï Jirnov — 10:38 pour montrer sa nervosité Sergueï Jirnov — 10:40 et montrer qu'il cherche la filature, c'est totalement faux, c'est nul. Nous, ça nous fait Sergueï Jirnov — 10:46 suer ou rire. Sergueï Jirnov — 10:48 Bien évidemment, c'est ridicule, c'est juste ridicule parce que si tu commences à s'inquiéter et à se retourner, Sergueï Jirnov — 10:54 donc le contre-espionnage qui te suit, il va comprendre qu'en fait, tu es un espion. Sergueï Jirnov — 10:59 Et donc tu cherches les filatures parce que à à une personne normale ne pensera jamais à à regarder si elle est suivie ou pas. En fait, la personne normale, elle vit la vie normale, elle est insouciante, Sergueï Jirnov — 11:10 elle va faire des courses dans dans dans la ville d'une manière normale. Et y un truc, il y a truc, tu parles. Et donc, y des trucs. C'est ça. Et donc, il y a des trucs. Donc, pour ne pas se retourner, Sergueï Jirnov — 11:19 il y a, il y a des trucs, donc ça, c'est, c'est un truc qui existe dans dans dans les bons films d'espionnage, Sergueï Jirnov — 11:26 c'est les vitrines de magasin. Sergueï Jirnov — 11:28 On s'arrête devant les vitrines de magasin, il y a un miroir dans la dans la vitrine, donc on ne tourne pas la la tête. On regarde juste les choses qui sont posées, mais comme le miroir devant nous, donc on peut regarder en arrière grâce à ce miroir. Ça c'est vrai. Sergueï Jirnov — 11:41 Il y a d'autres mémoires naturelles aussi, parce qu'en fait toutes les portes qui qui sont vitrées, Sergueï Jirnov — 11:46 c'est des mémoires, c'est c'est des miroirs, donc on peut regarder en arrière. Maintenant, y aussi les gadgets. Sergueï Jirnov — 11:52 On est au 3e millénaire, donc on peut avoir des lunettes avec une petite caméra qui est fixée quelque part derrière Sergueï Jirnov — 11:58 on peut voir en arrière. En fait, c'est ça, c'est le truc de James Bond. En fait, c'est c'est ce ce côté, comment il s'appelait le le le monsieur Q. Oui Q Q c'est ça. Q qui a qui avait les gadgets. Enfin, je crois oui, je crois que c'est ça. Intervenant 2 — 12:13 Et Donc ça, ça existe. Et ça, ça existe. Sergueï Jirnov — 12:16 Donc, il a les micros, il y les caméras, Sergueï Jirnov — 12:18 il y a, il y il y les armes, on a, on a les armes. Bon, on ne va pas les utiliser, Sergueï Jirnov — 12:22 mais il y a, il y d'autres gadgets. Sergueï Jirnov — 12:24 Et après, y a les filatures et les contre filatures. Il y a pas une histoire de chaussures, Sergueï Jirnov — 12:28 parce que ceux qui te suivent peuvent se déguiser, mais ils ne changent pas de chaussures. Donc en fait, nous, quand quand on est suivi, pourquoi c'est c'est difficile? Parce qu'il y a toute une équipe autour de nous, ça peut aller jusqu'à 50 personnes. Sergueï Jirnov — 12:40 Incroyable. 50 personnes qui avec plusieurs voitures, Sergueï Jirnov — 12:45 avec plusieurs vannes dans lesquelles ils changent d'habits, ils se maquillent, ils peuvent changer de perruque, ils peuvent changer d'habits, ils peuvent changer de de sexe en quelque sorte, parce qu'il y a les femmes, y a les hommes en fait, c'est, y il y a, il y a les gens qui sont passe-partout. Sergueï Jirnov — 12:59 Ça veut dire, on on attend voir aussi que les mecs, Sergueï Jirnov — 13:03 tu sais dans les films de KGB, c'est toujours les les gens à une mâchoire carrée, qui sont très costauds. Non, peux avoir une babushka, Sergueï Jirnov — 13:10 une babushka avec un bébé Une vieille dame. Une vieille dame. Tu peux avoir une maman avec avec avec un endo et un et un bébé. Sergueï Jirnov — 13:18 Le bébé est faux, mais avec, il peut donner des des sons, tu sais, c'est c'est c'est la Sergueï Jirnov — 13:24 Barbie de du magasin enfin très sophistiquée, Sergueï Jirnov — 13:27 voilà. Et donc tous ces gens-là, ils peuvent changer Sergueï Jirnov — 13:31 n'importe quoi, la seule chose qu'ils ne ne changent pas c'est les c'est les chaussures. Parce qu'il faut faire vite. Et donc changer un costard, des fois il faut juste le retourner et c'est bon. Tandis que les chaussures, il faut les enlever, mettre les autres, donc être dans, dans, dans le véhicule ou ailleurs, et donc ça c'était très difficile. Et du coup, c'est le la 1re chose qu'on nous dit, regardez par terre, regardez par terre. Si jamais vous voyez les gens, regardez tout de suite par terre parce que c'est les chaussures que vous allez remarquer, si c'est les mêmes, Intervenant 2 — 14:02 c'est un, ça fait tilt. Et alors quand ça fait tilt, quand tu sais que tu es suivi, qu'est-ce qu'il faut faire? Tu arrêtes tout, il faut faire Rien Sergueï Jirnov — 14:10 du tout. Déjà, tu as compris, Sergueï Jirnov — 14:12 on est des gens normaux Sergueï Jirnov — 14:14 en apparence, Sergueï Jirnov — 14:16 donc là aussi, il faut faire l'inverse de ce qui ce qui est donné dans dans les films, ça veut dire il ne faut pas non plus essayer de courir, Sergueï Jirnov — 14:24 essayer de de rentrer dans le dernier Sergueï Jirnov — 14:28 wagon du métro en Sergueï Jirnov — 14:31 essayant de de les semer, et caetera, ou sauter du du wagon de de métro juste avant que les portes ne ferment, tout ça c'est interdit, Sergueï Jirnov — 14:39 c'est interdit. Donc en fait, quand on découvre quelque chose dans l'espionnage, on ne fait rien. On ne fait surtout, on ne dit rien, y compris la même chose après. Si dans notre chambre quelque part, on découvre les micros posés par le contre-espionnage. Sergueï Jirnov — 14:53 Tu sais dans les films là aussi, on les arrache en disant, ces micros, on les écrase avec avec le pied, interdit. Non, si on découvre un micro, Sergueï Jirnov — 15:02 on ne fait rien du tout, ce micro Sergueï Jirnov — 15:05 qu'il est découvert, il va devenir Sergueï Jirnov — 15:08 le canal de désinformation. Sergueï Jirnov — 15:11 C'est-à-dire, nous savons qu'on est que quand nous savons pertinemment qu'on est écouté, à ce moment-là, on pourra Sergueï Jirnov — 15:17 donner une information fausse Sergueï Jirnov — 15:19 quand ça nous intéresse. Sergueï Jirnov — 15:21 Voilà et donc, y a, il a tout un tas de de Ce qui est extrêmement difficile, c'est qu'il faut être sur ses gardes constamment en fait. Tu peux être suivi dans la rue, tu peux être écouté dans ta chambre, dans ta salle de bain. En fait, il n'y jamais un moment où on se, on se relâche. Il y il n'y a jamais un moment où se relâche, ça c'est la 1re chose, on est à l'étranger, on est en terrain ennemi, on n'est pas chez nous, sauf à l'ambassade. À l'ambassade, c'est c'est c'est le territoire du RSS à mon époque et de la Russie actuellement, Sergueï Jirnov — 15:46 donc c'est notre pays, c'est Sergueï Jirnov — 15:48 un territoire qui est inviolable par le pays d'accueil, donc à l'ambassade on peut Sergueï Jirnov — 15:54 se relâcher, se relâcher. Mais ailleurs effectivement, Sergueï Jirnov — 15:57 on ne peut pas se relâcher et il y pire que ça, ça veut dire on doit rester naturel. Ça veut dire même si on est suivi, il faut vivre avec, ça veut dire qu'en fait c'est un poids, mais il faut apprendre à porter ce poids. C'est comme le poids de secret, le secret c'est c'est c'est un poids énorme. Sergueï Jirnov — 16:12 En réalité, Sergueï Jirnov — 16:14 on peut faire un 1 truc, un petit test avec les gamins ou avec les étudiants, vous leur dites un secret et vous dites vous n'avez pas le droit de le dire pendant 2 jours. Ils vont péter les plombs. Ils vont péter les plombs parce que du moment Sergueï Jirnov — 16:28 où on te dit de ne rien dire, tu as tout de suite envie de le dire. Et toi, tu avais envie de le dire? Bien évidemment, on est, on est des humains. Et donc on nous apprend aussi Sergueï Jirnov — 16:37 à gérer tout ça avec la filature. Sergueï Jirnov — 16:41 Ah, le inhumain, Sergueï Jirnov — 16:42 on on a tendance à être un peu parano. Sergueï Jirnov — 16:46 Ce qu'on va regarder, on va dire ah celui-là, c'est c'est certainement la la la filature, celle-ci, c'est la filature. Sergueï Jirnov — 16:51 Et donc, Sergueï Jirnov — 16:52 si on n'a pas cette technique Sergueï Jirnov — 16:55 de d'être sûr que c'est la filature, Sergueï Jirnov — 16:57 on devient fou. Oui. Sergueï Jirnov — 16:59 On devient fou. Sergueï Jirnov — 17:01 Et donc, c'est ça, on nous donne en fait les les les moyens Sergueï Jirnov — 17:05 techniques psychologiques Sergueï Jirnov — 17:07 et théoriques et pratiques Sergueï Jirnov — 17:09 pour ne pas devenir fou avec ce ce métier de de folie. Parce qu'en même temps, on peut devenir schizophrène, Sergueï Jirnov — 17:17 parce qu'on joue 2 Sergueï Jirnov — 17:19 2 rôles, on est l'espion qu'on cache et on est diplomate ou commerçant Sergueï Jirnov — 17:25 ou Ça, c'est ta légende, c'est l'histoire que tu racontes n'est pas la légende, c'est la couverture. La légende, c'est encore autre chose. La légende, c'est pour les illégaux. Sergueï Jirnov — 17:32 Parce qu'en fait là, la majorité des espions, c'est ce qu'on appelle l'espionnage légal. Sergueï Jirnov — 17:37 Ce n'est pas parce qu'ils font des choses légales qui sont, Sergueï Jirnov — 17:42 qui ne sont pas interdites par la loi. Non, c'est parce qu'ils sont dans les institutions qui sont légales. Ça veut dire qu'ils travaillent sous la couverture Sergueï Jirnov — 17:50 des institutions de mon pays, ça veut dire à Paris, c'est l'ambassade Sergueï Jirnov — 17:54 de Russie ou de du RSS à l'époque à Paris, c'est le consulat, c'est la représentation commerciale, ça peut être en agence à aéro flotte, ça peut des, ça peut être les journaux, et caetera, et caetera. Donc en fait tout ça, c'est la couverture. Ok. Et et donc on a, on a 2 métiers parce qu'il faut faire le métier de couverture, il faut le faire. Parce que si on le fait mal, on est démasqué. Sergueï Jirnov — 18:14 Parce que nos collègues qu'on appelle les diplomates propres Sergueï Jirnov — 18:19 ou les agents consulaires propres parce que nous on est sales. Donc ils sont pas. Donc Intervenant 2 — 18:26 si jamais on fait mal ce ce ce métier de couverture, ils vont le dire. Mais ils vont se rendre compte que parce que eux ne sont pas censés savoir que tu es un espion. Sergueï Jirnov — 18:35 Non, ils ne pas censés savoir. Bon après, quand on vit dans un truc Sergueï Jirnov — 18:39 d'ambassade, Sergueï Jirnov — 18:40 ça ça se, ça se, ça se sait, ça se sait parce qu'il y a autre chose aussi, qu'à l'ambassade par exemple de Paris, y a le 6e étage qui est, le 6e étage, c'est là où se trouve l'antenne du KGB. Sergueï Jirnov — 18:52 Et en fait les les propres n'ont pas le droit d'y aller et nous on a le droit. Oui, d'accord, c'est assez évident. Et donc En fait dans l'ascenseur, as le bouton de 6, tu as le cours de, oui. En fait, c'est un bouton pour pour lequel sur lequel les les les les les les gens normaux Sergueï Jirnov — 19:09 ne ne peuvent pas appuyer. En fait, tu tu appuies, il ne marche pas. Donc, on a la clé spéciale, tu rentres la clé, à ce moment-là, tu tu tu vas de de 0 à 6 directement sans passer par par les étages. Voilà. Intervenant 2 — 19:20 Incroyable. Est-ce que tout le monde peut devenir espion ou est-ce qu'il faut avoir des prédispositions? Sergueï Jirnov — 19:26 Vaut mieux avoir les prédispositions. Sergueï Jirnov — 19:28 Donc c'est, c'est un métier qui qui demande beaucoup de qualités. Tu as compris déjà, Sergueï Jirnov — 19:33 d'abord une certaine résistance psychologique, Sergueï Jirnov — 19:36 une grande résistance psychologique parce que en réalité, tu vas vivre le stress en permanence, Sergueï Jirnov — 19:41 le stress d'être dans un pays étranger, le stress d'être suivi, le stress d'être arrêté, le stress d'être découvert. Sergueï Jirnov — 19:48 Après le stress d'avoir la personne quand tu vas essayer de recruter la personne, le stress de recevoir la casserole. Tu sais, c'est le recrutement, c'est comme dans l'amour. En fait, c'est, on propose quelque chose qui est interdit et non seulement l'amour, mais l'amour interdit. Sergueï Jirnov — 20:02 Et et et donc la personne peut te dire non à la dernière minute, donc il faut gérer aussi ce ce stress-là. Sergueï Jirnov — 20:09 Et Sergueï Jirnov — 20:10 donc tout ça, c'est c'est c'est le métier d'espion, c'est c'est voilà pourquoi ça prend tellement de temps, pourquoi c'est c'est un vrai métier. Sergueï Jirnov — 20:19 Après, Intervenant 2 — 20:20 donc naturellement, y un certain nombre de personnes qui ne peuvent pas, ne peuvent pas l'être. Mais c'est quoi les qualités, tu vois? Qu'est-ce qu'il faut avoir en soi pour pouvoir être recruté Intervenant 2 — 20:29 par un service secret? Sergueï Jirnov — 20:31 Santé physique, 1re chose, être résistant. Sergueï Jirnov — 20:35 Santé mentale et psychologie à toute épreuve pour résister au stress, qualité linguistique, Sergueï Jirnov — 20:41 il faut être linguiste, il faut parler langue étrangère, si on parle mal langue étrangère, Sergueï Jirnov — 20:45 on n'est on n'est pas qualifié pour pour l'espion. Sergueï Jirnov — 20:48 L'esprit analytique, parce qu'il faut comprendre les sujets qui nous intéressent, qui intéressent ce service, comprendre, mener des conversations avec les gens qui eux sont porteurs de secrets, donc il faut mener cette conversation, il faut être intéressant pour ces gens-là, Donc il faut avoir la base de connaissances très larges. Sergueï Jirnov — 21:05 Après, il faut être très Sergueï Jirnov — 21:07 ouvert à au contact humain Sergueï Jirnov — 21:09 parce qu'en Sergueï Jirnov — 21:10 réalité, le métier d'espion, c'est un métier de communication. Sergueï Jirnov — 21:13 C'est un métier de communication avec les gens, il faut savoir parler avec les gens, il faut savoir les rendre Sergueï Jirnov — 21:18 à l'aise dans dans ces conversations, Sergueï Jirnov — 21:21 parce que c'est ce n'est pas uniquement une histoire d'amour, parce qu'en fait on les amène vers le crime. On les amène à trahir leur patrie, Sergueï Jirnov — 21:30 à trahir leur famille, Sergueï Jirnov — 21:32 à trahir leurs amis, à trahir leur entreprise. Sergueï Jirnov — 21:35 Quand quand ils nous volent les secrets pour nous, mais ils nous apportent les secrets, ils commettent un crime pour lequel dans certains pays, ils risquent la peine de mort. Comment tu fais pour les convaincre d'ailleurs? Intervenant 2 — 21:45 C'est un métier. C'est du chantage? C'est un, non pas forcément. Sergueï Jirnov — 21:48 En fait, il y a ce qu'on appelle, les anglais ont ont inventé un sigle qui s'appelle MICE. Sergueï Jirnov — 21:55 Donc,,, Sergueï Jirnov — 21:56 et Sergueï Jirnov — 22:00 pour Sergueï Jirnov — 22:03 pour Intervenant 2 — 22:04 le KGB, c'était à peu près la même chose. Donc, il faut que tu nous fasses la traduction, il faut tu nous expliques. Oui, et donc Sergueï Jirnov — 22:10 l'argent. Sergueï Jirnov — 22:12 Donc, soit tu proposes de l'argent. On peut proposer de l'argent, les les gens qui n'ont pas forcément envie de Sergueï Jirnov — 22:17 C'est cher ou pas, par exemple, de donner Ça dépend. Des infos. Ça dépend, c'est suivant ce qu'il nous apporte. Ça peut être très cher. Ça peut, ça peut coûter des 1000000. Ah ouais? Ouais. S'il nous apporte le le le dernier cri, le dernier missile Sergueï Jirnov — 22:31 secret des États-Unis, c'est des 1000000. S'il Sergueï Jirnov — 22:34 nous apporte des documents qui sont issus de Pentagone, Sergueï Jirnov — 22:37 de la Maison Blanche, du ministère des affaires de de du département d'État aux États-Unis, Sergueï Jirnov — 22:42 de la CIA, du FBI, ça peut aller des centaines de milliers de de dollars en l'occurrence. Sinon, ça peut être par Sergueï Jirnov — 22:50 sympathie idéologique. Sergueï Jirnov — 22:52 Ça veut dire nous sommes les communistes, Sergueï Jirnov — 22:54 il y les communistes français, Sergueï Jirnov — 22:56 donc on peut les recruter, mais là, il y le danger. Sergueï Jirnov — 22:59 On peut recruter la personne, en fait, on peut approcher la personne qui a les convictions de gauche. Oui, c'est ça. Ça exclut les autres du coup. Ça exclut les autres, mais ça peut exclure cette personne-là. Sergueï Jirnov — 23:10 Parce que si c'est le gouvernement de droite qui est au pouvoir, ce qui nous intéresse, c'est les gens qui sont au pouvoir. Oui. Donc du coup, la personne qui est qui est avec les convictions de gauche, on va lui dire quoi? Oublie tes conditions de gauche Sergueï Jirnov — 23:22 et change de camp. Tu rentres dans le parti de droite parce Sergueï Jirnov — 23:27 que tu as tu tu vas faire la mission, donc tu vas t'asseoir sur tes sur tes convictions de gauche Sergueï Jirnov — 23:33 comme a fait Philby, Sergueï Jirnov — 23:35 Kim Field et qui qui était communiste très Sergueï Jirnov — 23:38 convaincu, Sergueï Jirnov — 23:39 qui était antifasciste Sergueï Jirnov — 23:41 et qui est parti Sergueï Jirnov — 23:43 faire la guerre en Espagne dans le camp de Caudigo Franco et qui a été décoré d'ailleurs par Franco. Donc voilà, ça veut dire, il faut savoir Sergueï Jirnov — 23:51 persuader Donc, retourner le mec en fait. Persuader aussi la personne Sergueï Jirnov — 23:55 de jouer, de rentrer dans notre jeu et de faire ce qui nous arrange et ce qui l'arrange lui en quelque sorte parce qu'en fait, nous ce qui nous intéresse sont les secrets. Les secrets sont là où sont prises les décisions dans les ministères, Sergueï Jirnov — 24:08 dans les dans les bureaux de 1er ministre du président, du ministre de la défense, chez les militaires, Sergueï Jirnov — 24:13 dans l'extérieur des services spéciaux. Et donc, nous Sergueï Jirnov — 24:16 formons la personne pour qu'elle rentre, pour Sergueï Jirnov — 24:20 qu'elle soit capable de rentrer dans dans ces Donc ça, c'est donc il y a, Intervenant 2 — 24:24 idéologie, Sergueï Jirnov — 24:26 c'est c'est compromate, donc là, c'est chantage. C'est chantage, compromate chez le chantage, mais en réalité, je dirais que d'abord on va on va parler d'ego, d'ego. Sergueï Jirnov — 24:36 Parce que ego, c'est c'est plus intéressant, on travaille avec les gens, les gens sont vulnérables, Sergueï Jirnov — 24:41 il y a beaucoup de personnes qui se croient plus intelligentes que les autres Sergueï Jirnov — 24:45 et que selon eux, Sergueï Jirnov — 24:47 soit leur ministère, Sergueï Jirnov — 24:49 soit leur entreprise, Sergueï Jirnov — 24:50 soit leur famille Sergueï Jirnov — 24:52 n'est pas, Sergueï Jirnov — 24:54 ne ne ne met pas en valeur Ok. Sergueï Jirnov — 24:57 Ou sous-estime Sergueï Jirnov — 24:58 ou même les les met, Sergueï Jirnov — 25:00 les met de côté ou dans le placard et donc c'est mal vécu par ces personnes-là Sergueï Jirnov — 25:05 et pour nous, c'est génial. Ça, c'est le cas le le le plus facile, Sergueï Jirnov — 25:10 c'est ça, parce que la personne à ce moment-là, elle va se venger. Sergueï Jirnov — 25:14 Et donc ce, Sergueï Jirnov — 25:15 et la vengeance, ça c'est c'est c'est un sentiment, c'est une émotion tellement forte Sergueï Jirnov — 25:20 que la personne va tout faire pour se venger le mieux de son état et de son de son entreprise. Sergueï Jirnov — 25:26 Et en dernière Sergueï Jirnov — 25:27 instance vient le compromettre, c'est-à-dire la le chantage. Sergueï Jirnov — 25:31 Pourquoi en dernier endroit? Sergueï Jirnov — 25:33 Parce que ça peut être efficace. Sergueï Jirnov — 25:35 Tu montres quelques photos, la personne n'a pas envie Sergueï Jirnov — 25:38 que sa Sergueï Jirnov — 25:41 femme découvre qu'elle a une maîtresse ou Sergueï Jirnov — 25:44 que sa femme découvre qu'elle est homosexuelle Sergueï Jirnov — 25:46 ou qu'à bureau, on découvre qu'il est homosexuel Sergueï Jirnov — 25:49 ou elle homosexuelle. Sergueï Jirnov — 25:51 Bon maintenant, ça a changé un tout petit peu aux moeurs, mais ça marche encore. Ou qu'on découvre autre chose qu'il y a, qu'il fait des pratiques sadomaso, Sergueï Jirnov — 25:58 qu'il y qu'il fait, je ne sais pas qu'il boit, mais le cash, c'est assez supérieur, Sergueï Jirnov — 26:03 et caetera, et caetera. Et donc ça peut marcher parce que c'est fort, mais ça marche très peu. Sergueï Jirnov — 26:09 Parce que la personne à qui on fait pression, Sergueï Jirnov — 26:11 sur laquelle on fait pression par rapport à ses ses défauts, Sergueï Jirnov — 26:15 elle est inconfortable par rapport à par rapport à Et donc elle va le vivre très mal Sergueï Jirnov — 26:21 et nous, on va, on peut commencer par ça pour justement Sergueï Jirnov — 26:26 pour casser un peu le le truc, pour déjà lui montrer que de toute façon, il sera avec Intervenant 2 — 26:32 avec Ce n'est pas une intramatière très facile quoi. Tu commences par le chantage et puis après tu Intervenant 2 — 26:37 Non, Sergueï Jirnov — 26:38 nous, on nous apprend tout de suite que vaut mieux dans tous les cas, si on a le choix, il faut positiver. Sergueï Jirnov — 26:45 Il faut établir un contact relationnel Sergueï Jirnov — 26:48 positif Sergueï Jirnov — 26:49 parce que chantage, c'est du viol. Sergueï Jirnov — 26:52 Nous, on fait l'amour. Sergueï Jirnov — 26:53 Et donc en fait, c'est, c'est, c'est, on, le recrutement de la source, Sergueï Jirnov — 26:57 c'est le mariage. Sergueï Jirnov — 26:59 C'est le mariage entre la source et l'officier traitant. Sergueï Jirnov — 27:02 Et c'est un couple qui se, qui se forme. Donc il y il y beaucoup de similitudes par rapport à ça. On ne fait pas, on ne fait pas amour, c'est c'est interdit d'ailleurs, parce que la la notre source, notre Sergueï Jirnov — 27:13 la personne qu'on traite, c'est un c'est un outil. Donc, il est préférable de ne pas devenir ami non plus. Parce qu'une fois que cette source ne t'est plus utile, Sergueï Jirnov — 27:25 c'est terminé, tu la jettes. C'est jetable, c'est jetable. Nous déjà, on est jetable, jetable et les les sources, Sergueï Jirnov — 27:31 les agents Sergueï Jirnov — 27:33 sont jetables encore plus. Donc on l'utilise, c'est c'est très pragmatique, Sergueï Jirnov — 27:38 mais bon, on joue le, on joue le jeu, ça ça veut dire on ne lui dira jamais ça. Intervenant 2 — 27:42 Est-ce que tu as un, tu as un souvenir d'un moment qui a été compliqué Intervenant 2 — 27:46 avec une source ou tu vois, est-ce que tu as un souvenir comme ça d'un moment où Intervenant 2 — 27:50 finalement ton côté humain peut-être a repris le dessus ou ça a été difficile pour toi à gérer? Moi, c'est, il y a, il y il y avait des choses, Sergueï Jirnov — 27:58 des des choses qui qui qui sont très particulières parce que comme je travaillais chez les illégaux, on pourra peut-être en reparler un peu Sergueï Jirnov — 28:06 aussi de ce service-là. Sergueï Jirnov — 28:07 Donc Sergueï Jirnov — 28:08 en fait, je n'étais pas à l'ambassade Sergueï Jirnov — 28:11 de Russie, Sergueï Jirnov — 28:12 j'étais détaché de toutes les, toutes les institutions russes et les entreprises russes qui étaient présents sur le sol français, j'étais en autonomie Sergueï Jirnov — 28:20 et mon but était de me trouver une femme française, Sergueï Jirnov — 28:24 de se marier avec elle, Sergueï Jirnov — 28:26 de prendre la nationalité française Sergueï Jirnov — 28:28 par naturalisation Sergueï Jirnov — 28:30 et donc là, c'est Ça, c'était ta ta mission? C'était c'était le début de ma mission. C'était le début de ma mission. Ça ça s'appelle la légalisation dans le pays. Ça veut dire c'est pour que je devienne en fait français Sergueï Jirnov — 28:43 Il fallait que tu te maries. Il fallait, il fallait, le la chose la plus facile, c'est de se marier. Parce que peu, on peut, Sergueï Jirnov — 28:49 peut demander autre chose, on peut vivre dans le pays pendant 5 ans ou 10 ans. Mais du coup, il faut que tu rencontres une nana que tu l'épouses, mais il faut quand même qu'elle te plaise un peu non? Ça, c'est c'est la 1re chose. En fait, mais alors, comment tu Mais la la la chose est beaucoup plus compliquée que ça. Ça veut dire que, en fait, la fille, elle elle va tomber amoureuse de moi. Sergueï Jirnov — 29:08 Mais moi, je sais que je l'utilise. Sergueï Jirnov — 29:11 Donc j'ai un énorme Sergueï Jirnov — 29:12 Cas de conscience. Problème, cas de conscience par rapport à ça. Et en plus, je l'amène vers l'échafaud. Sergueï Jirnov — 29:17 Parce que si jamais on découvre ça, si jamais on est pris, moi, je serai expulsé Sergueï Jirnov — 29:23 au mieux et je rentrerai en princesse, elle, elle va aller en prison. Parce que c'est c'est c'est c'est mon outil, je vais utiliser, je vais utiliser son son nom, je vais salir Sergueï Jirnov — 29:33 sa famille, je vais salir son Sergueï Jirnov — 29:35 nom, sans qu'elle le sache. Après, Sergueï Jirnov — 29:38 quand il y a un vrai mariage, Sergueï Jirnov — 29:40 donc on choisit, on choisira peut-être une personne qui a des convictions de gauche. Enfin, à l'époque, on est communiste, Sergueï Jirnov — 29:46 donc avec laquelle on est, on a déjà une affinité idéologique Sergueï Jirnov — 29:50 et donc petit à petit, on pourra peut-être Sergueï Jirnov — 29:53 lui Sergueï Jirnov — 29:54 suggérer Sergueï Jirnov — 29:55 doucement Sergueï Jirnov — 29:56 que il y a Tu as une bague, tu as fini par te marier alors ou pas? J'ai, je n'ai, je n'ai pas fini par par par me marier parce qu'à chaque fois j'avais un cas de conscience, parce qu'en fait je n'arrivais pas à à, je me disais, dès que ça commençait à devenir plus ou moins sérieux, je me disais, mais la la la pauvre fille, vers quoi je l'amène? Fait, moi je suis un salaud, je suis un salaud absolu. Sergueï Jirnov — 30:16 Et donc ça, c'est quelque chose qui est très difficile, Intervenant 2 — 30:19 très difficile à vivre. Donc en fait, tu es un espion trop gentil. Sergueï Jirnov — 30:23 Je suis un espion trop gentil effectivement, Sergueï Jirnov — 30:25 parce qu'il faut être cynique dans l'espionnage. Il faut être cynique, il faut être pragmatique en fait, tu n'as pas de, tu n'as pas d'émotions, Sergueï Jirnov — 30:32 tu ne peux pas avoir, tu peux avoir des des, tu peux avoir d'empathie Sergueï Jirnov — 30:36 envers la personne, vaut mieux d'ailleurs d'avoir d'avoir de l'empathie, parce que quand tu Sergueï Jirnov — 30:40 gères une source, quand tu gères un agent, quand quand tu traites un agent, Sergueï Jirnov — 30:45 il faut lui faire croire que tu es son ami. Mais il ne faut pas que tu sois son ami. Tu en parlais, tu as fait partie des illégaux. Intervenant 2 — 30:52 Oui. Les illégaux, c'est la crème de la crème des espions, c'est ceux qui sont peut-être les plus intelligents, Intervenant 2 — 30:59 les plus peut-être Intervenant 2 — 31:00 réactifs, c'est ceux qui vont vivre sous légende. Intervenant 2 — 31:03 Est-ce que c'est comme le bureau des légendes? Est-ce que tu as fait partie du bureau des légendes du KGB? C'est ça, c'est exactement ça. Même mieux parce que dans le bureau des légendes dans la série française, Sergueï Jirnov — 31:13 la plupart des Sergueï Jirnov — 31:16 officiers qui qui partent à l'étranger sous légende, Sergueï Jirnov — 31:19 ils ils jouent Sergueï Jirnov — 31:21 les Français, Sergueï Jirnov — 31:22 on leur change d'identité, mais c'est toujours le passeport français, donc on te change de nom, on te change de de lieu de naissance, mais tu es toujours français. Sergueï Jirnov — 31:31 Nous, les illégaux russes, Sergueï Jirnov — 31:34 c'est, on te change de nationalité. Sergueï Jirnov — 31:36 Ça veut dire tu dois en fait oublier que tu es russe Sergueï Jirnov — 31:39 et tu dois jouer Sergueï Jirnov — 31:41 soit un américain, Sergueï Jirnov — 31:43 donc c'est plutôt Sergueï Jirnov — 31:44 soit un français, soit un canadien, soit un allemand ou un chinois. Sergueï Jirnov — 31:49 Donc bien évidemment Chinois, c'est plus difficile quand même. Ah non, non, c'est ce n'est pas plus difficile parce que tu sais l'Union Intervenant 2 — 31:54 soviétique Oui tu peux être Ausbec ou Voilà, il y 250 Sergueï Jirnov — 31:58 ethnies Sergueï Jirnov — 31:59 en Sergueï Jirnov — 32:00 en Union soviétique et en Russie et donc tu as les ethnies asiatiques, tu as les touvas, tu as les Sergueï Jirnov — 32:06 tatar, tu as les musulmans, tu as les chrétiens, Sergueï Jirnov — 32:09 tu as les, donc en fait il y de tout et le KGB bien évidemment, il cherche, il cherche ça pour que ça corresponde au mieux Sergueï Jirnov — 32:17 de ton Sergueï Jirnov — 32:18 ton endroit dans lequel tu tu vas travailler. Mais la différence donc, tu n'es pas rattaché Sergueï Jirnov — 32:24 aux Sergueï Jirnov — 32:25 institutions Sergueï Jirnov — 32:26 de ton pays dans ce pays-là, tu es en autonomie, Sergueï Jirnov — 32:29 donc ça, c'est la la 1re chose. Tu n'es pas protégé du coup par l'immunité diplomatique. Sergueï Jirnov — 32:35 Ah ouais. Si tu es pris, c'est la prison. Donc c'est hyper dangereux. Ou les ou les chapeaux. Sergueï Jirnov — 32:40 Aux États-Unis, c'est la la chaise électrique. Sergueï Jirnov — 32:43 Dans les pays Sergueï Jirnov — 32:45 arabes, souvent, c'est décapitation Sergueï Jirnov — 32:47 ou les trucs comme ça ou la pendaison. Sergueï Jirnov — 32:50 En France, c'était la guillotine à une certaine époque. Sergueï Jirnov — 32:53 Donc, c'est c'est beaucoup plus dangereux. Sergueï Jirnov — 32:55 Tu es en autonomie, ça veut dire que tu n'es, tu n'as pas de filet. Enfin, le filet, il a, tu l'as, parce qu'il y a le, un énorme service derrière toi. Sergueï Jirnov — 33:03 Et et c'est ça d'ailleurs, on va y revenir parce que c'est ça qui fait l'espion. On m'a posé les questions, là, c'est juste une petite parenthèse, on me dit, là, as quitté le service, est-ce que tu peux continuer? Parce qu'en fait, ça ne change rien. Tout ce que tu as appris, c'est dans la tête. Toutes les connaissances que tu as, c'est dans tête. Oui, ça, c'est vrai. Sauf que Sergueï Jirnov — 33:20 tu n'as pas le service qui est derrière toi. Quand tu es illégal, tu dis? Quand quand tu es illégal ou légal, peu importe, en fait, il y a il y le service qui te protège et tu le sens en fait et ça te donne les forces. Tu sais que même si tu es pris, bon au pire, vas passer un an, 2 ans, 3 ans en prison, mais on on va te on va t'échanger, on te te faire échapper, on va te racheter Même si ça peut être peu importe, même si ça peut être long, mais tu sais qu'il y a le service derrière. Quand tu es tout seul, tu es tout seul. Raconte les les illégaux alors, qu'est-ce qu'il fallait que tu fasses? Donc, n'as pas de filet, tu es sous les radars, Sergueï Jirnov — 33:54 tu es tout seul. Tu es tout seul, mais c'est, c'est un métier passionnant. Sergueï Jirnov — 33:58 Déjà, c'est un, c'est un qui, c'est, Sergueï Jirnov — 34:01 c'est une spécialité qui coûte énormément d'argent, Sergueï Jirnov — 34:04 parce qu'il faut construire la légende, il faut construire une vie différente, Sergueï Jirnov — 34:08 donc il faut que tu deviennes Sergueï Jirnov — 34:10 cette cette personne-là, Sergueï Jirnov — 34:12 il Sergueï Jirnov — 34:13 faut t'obtenir Sergueï Jirnov — 34:14 des vrais documents, Sergueï Jirnov — 34:16 de préférence de vrais documents. On Sergueï Jirnov — 34:19 peut te te fournir des faux documents, mais les faux documents seront comme des vrais. Ça veut dire en KGB, il y a une imprimerie Sergueï Jirnov — 34:26 qui peut imprimer Sergueï Jirnov — 34:28 imprimer les billets de dollars mieux que la réserve fédérale aux États-Unis. Incroyable. Sergueï Jirnov — 34:33 Parce que en fait, les les faussaires, Sergueï Jirnov — 34:36 ils peuvent le faire, mais ça n'a aucun sens puisqu'en fait, si tu imprimes un billet qui coûte Sergueï Jirnov — 34:41 200 dollars, le billet de 200, tu as perdu 100 100 100 dollars. Donc en fait, les faussaires ne ne peuvent pas utiliser la la super technique parce que eux, ils doivent produire Sergueï Jirnov — 34:51 le billet le moins cher possible pour gagner le plus d'argent possible sur sur la fausse monnaie. Nous, le CAGIB, on s'en fiche. On peut imprimer un passeport qui va nous coûter 10000 euros Ah oui bien sûr ou 100000 euros. Donc tes papiers, ils sont vrais quoi? Enfin en tout cas, sont mieux que les Ils sont, si Sergueï Jirnov — 35:06 je traverse n'importe quel pays avec un passeport américain, n'importe quel pays, quel pays, sauf les États-Unis, Sergueï Jirnov — 35:13 il passera comme une lettre à la porte. Le passeport américain Sergueï Jirnov — 35:17 imprimé par les services secrets russes. Par les services secrets russes. Pour ça, d'ailleurs, on a un service qui va dans le monde entier, Sergueï Jirnov — 35:24 qui recrute les gens qui travaillent au ministère, Sergueï Jirnov — 35:26 les ministères de l'intérieur de pays, dans les polices, Sergueï Jirnov — 35:30 dans les services secrets, parce qu'il nous faut les Intervenant 2 — 35:34 papiers, il nous faut les Tu parles de papier, justement tu as intégré l'ENA. Oui. T'es le seul agent secret russe à avoir intégré l'ENA. Est-ce que c'est connu Intervenant 2 — 35:43 en tout cas. Est-ce que c'est pour ça que tu as intégré l'ENA pour avoir des vrais papiers? En fait, il fallait infiltrer l'administration, Sergueï Jirnov — 35:49 mais le faire le faire en vrai en fait. Ça, c'est autre, c'est autre chose. C'est chose. C'est autre chose parce qu'en réalité, Sergueï Jirnov — 35:55 quand même si je je appartenais au service des des illégaux, Sergueï Jirnov — 36:00 j'ai Sergueï Jirnov — 36:01 en fait ouvert une voie qui est beaucoup plus intéressante et révolutionnaire en quelque sorte. Parce qu'en gros, quand j'ai passé un tout petit peu de temps, Sergueï Jirnov — 36:09 j'ai j'ai eu une idée comme ça dont j'ai j'ai j'ai parlé avec avec mes supérieurs en disant, écoutez, on passe énormément d'argent Sergueï Jirnov — 36:17 et énormément de temps à construire les légendes et les documents pour nos illégaux et en réalité, c'est c'est c'est trop lourd, et caetera. Pourquoi? Sergueï Jirnov — 36:24 Avec Gorbatchev, lorsque les frontières se sont ouvertes, Sergueï Jirnov — 36:27 en fait, il y avant c'était peut-être 1000 personnes qui partaient en France. Après, il y a eu 1000000 Sergueï Jirnov — 36:34 de personnes qui qui pourraient partir en France. Donc en fait, je peux aller comme moi-même sous mon propre nom, mais avec un statut d'illégal. Sergueï Jirnov — 36:42 Et donc trouver une Française, me marier avec une Française, changer de nationalité officiellement Sergueï Jirnov — 36:47 par nationalisation, devenir Français et puis après trouver le boulot par rapport à ça. Ils ont dit très intéressant et donc essayer de faire quelque chose, je suis parti en France et je me suis organisé Sergueï Jirnov — 36:58 à être recruté par par l'ENA. Sergueï Jirnov — 37:01 Pour ça, j'ai joué le rôle de journaliste qui travaillait pour la télévision soviétique. Sergueï Jirnov — 37:06 J'ai demandé tout simplement par téléphone un rendez-vous Sergueï Jirnov — 37:09 en disant voilà, fais un reportage sur les institutions françaises dont l'ENA, est-ce que vous pouvez en recevoir? Ils étaient ravis. Donc on a parlé, voilà, j'ai fait l'interview Sergueï Jirnov — 37:19 à l'inverse, c'est moi qui interviewé Sergueï Jirnov — 37:22 directrice des relations internationales et le directeur des stages de l'ENA. Je ne suis pas espionne, ne t'inquiète pas. Je sais, Sergueï Jirnov — 37:28 moi non plus maintenant. Pardon, Intervenant 2 — 37:30 je t'ai interrompu, donc tu es reçu. Et donc Sergueï Jirnov — 37:33 à la fin de cette conversation, Sergueï Jirnov — 37:36 ils m'ont parlé aussi, poser aussi les questions sur moi, mon pedigree, qu'est-ce que, qu'est-ce que, ils ont vu comment je parlais français Sergueï Jirnov — 37:43 et ils ont dit, est-ce que ça vous dirait d'être, de devenir l'élève de l'ENAP parce que c'est la 1re année Sergueï Jirnov — 37:48 grâce à Gouramatchev, grâce à la Perestoca, grâce à l'ouverture du de du URSS qu'on accepte Sergueï Jirnov — 37:54 les élèves du URSS. Ah non, ils te le proposent, c'était évidemment ton but, mais tu as réussi à les entourlouper pour que ce soit eux qui viennent te chercher l'ENA. C'est le but suprême quand tu recrutes quelqu'un. Ça veut dire qu'en réalité, tu as réussi à 200 pour 100 ton but lorsque tu ne demandes rien, Sergueï Jirnov — 38:12 lorsque cette personne va te proposer la chose, Sergueï Jirnov — 38:15 va te proposer Donc ce matin. Il y a mieux que ça parce que quand ils m'ont fait la proposition, Sergueï Jirnov — 38:20 j'ai fait l'amour comme quoi ça ne m'intéresse pas, pas trop, enfin c'est c'est curieux, c'est c'est intéressant, mais Sergueï Jirnov — 38:26 j'ai 30 ans, j'ai déjà 2, je vais pas leur dire 2 diplômes, mais Sergueï Jirnov — 38:32 j'ai j'ai Ouais, vas te dire, as toujours du casier. N'ai pas plus 10, enfin je ne vais pas encore refaire un an et demi d'études, Sergueï Jirnov — 38:39 Et donc ça se lit sur Sergueï Jirnov — 38:41 mon visage, mais ils interprètent mal ça parce qu'ils croient que je n'ai pas d'argent pour pour faire l'ENA. Et à ce moment-là, ils disent, mais attendez, Sergueï Jirnov — 38:49 on va vous les payer. Intervenant 2 — 38:50 Vous serez boursiers du gouvernement français. C'est le C'est l'État français qui a payé l'ENA pour un espion russe. Intervenant 2 — 38:56 C'est énorme. Ouais. Sergueï Jirnov — 38:58 Donc, tu imagines quand j'ai raconté ça à mes généraux, Intervenant 2 — 39:01 ils ont dit bravo. Est-ce que tu as une promotion? Intervenant 2 — 39:04 Oui. Ouais, c'est vrai. Intervenant 2 — 39:07 Est-ce qu'on peut parler de Vladimir Poutine que tu as croisé plusieurs fois? Tu nous l'as dit en 84. Intervenant 2 — 39:12 Il y a aussi une histoire en 80. Tu vas nous le dire. Et puis il y aussi une histoire. En fait, tu racontes que ce n'est pas un très bon espion et qu'il a failli faire sauter ta couverture. Je crois que c'est en Allemagne, c'est ça? Qu'est-ce que tu peux nous raconter, Vladimir Poutine, et puis de vos rencontres successives? Sergueï Jirnov — 39:26 La plus grande et la plus importante, c'est quand même 1980. Sergueï Jirnov — 39:29 C'est, moi je suis étudiant, 3e année, c'est les jeux olympiques de Moscou, c'est un événement, c'est la 1re fois où l'Union soviétique Sergueï Jirnov — 39:36 est haute, reçoit les Jeux olympiques, donc en fait, elle a mis Sergueï Jirnov — 39:41 le le tapis rouge, Sergueï Jirnov — 39:43 elle a construit des des installations olympiques, elle a vidé Moscou, Moscou vide. On a envoyé tous les gamins dans les camps de jeunes pionniers, Sergueï Jirnov — 39:51 dans les colonies de vacances. On a envoyé tous les gens qui qui voulaient prendre les congés à l'extérieur. Moi, suis vide. Il n'y que nous, il y le KGB. Sergueï Jirnov — 39:59 Et moi, étudiant de de de Mguimo, Sergueï Jirnov — 40:02 de de l'institut de relations internationales, je veux être guide interprète olympique. Donc je veux être volontaire, je veux travailler comme volontaire. Sergueï Jirnov — 40:09 J'ai Sergueï Jirnov — 40:10 suivi la formation de 9 mois pour avoir le français sportif, Sergueï Jirnov — 40:14 parce que c'est c'est les sports, donc il faut savoir Le vocabulaire. Les termes, les termes de vocabulaire sportif, et caetera. Sergueï Jirnov — 40:20 Et je je croyais que j'allais être guide avec les délégations françaises, Sergueï Jirnov — 40:25 québécoises, Sergueï Jirnov — 40:27 belges, suisses, et caetera. Et bien non, je suis très déçu parce qu'on me met dans un central téléphonique Sergueï Jirnov — 40:33 des renseignements téléphoniques. Donc en fait, j'ai un combiné sur Sergueï Jirnov — 40:37 sur la tête Sergueï Jirnov — 40:38 et j'attends Sergueï Jirnov — 40:40 un coup de fil éventuel Sergueï Jirnov — 40:42 venu d'un français ou d'un suisse ou d'un belge qui voudrait avoir un renseignement par téléphone, Sergueï Jirnov — 40:48 mais ça ne vient pas. Et un jour le téléphone va sonner. Et un jour le téléphone sonne et c'est un français qui était juste curieux parce que dans un guide olympique, il a il a trouvé service de renseignement en français, donc il composé le numéro le numéro de téléphone, il tombe sur moi. D'habitude, Sergueï Jirnov — 41:03 quand quand on est à ce service-là, on nous demande un numéro de téléphone, on le donne, c'est c'est ça dure 20 secondes, 30 secondes. Il y même 1 1 1 minuteur. Un minuteur. Sergueï Jirnov — 41:11 Et et donc là, il dit, je suis curieux juste à parler, Sergueï Jirnov — 41:16 déjà Sergueï Jirnov — 41:17 bonjour, et caetera Sergueï Jirnov — 41:18 et il dit, ah tiens, Sergueï Jirnov — 41:21 comment vous avez fait pour pour que les les soviétiques vous embauchent? Sergueï Jirnov — 41:26 Je dis, mais Sergueï Jirnov — 41:27 comment comment j'ai fait? Vous êtes français. Sergueï Jirnov — 41:30 Je dis non, Sergueï Jirnov — 41:32 vous n'êtes pas français. Sergueï Jirnov — 41:33 Comment ça se fait que vous parlez si bien le français? Parce que Sergueï Jirnov — 41:37 au niveau d'accent, je parlais, parlais Sergueï Jirnov — 41:39 même mieux à cette époque-là parce que je faisais beaucoup attention, je ne faisais quasiment pas de fautes, et caetera. Et donc, Sergueï Jirnov — 41:47 ça fait plaisir. C'est clair. Sergueï Jirnov — 41:49 Et on se lance. Donc lui, il me pose des questions sur l'Union soviétique. Moi, je lui pose des questions sur la France. Le truc dure 2 heures. Ouais, est en 1980, Intervenant 2 — 41:57 donc en fait, c'est quand même 2 mondes Derrière, derrière l'horizon de 2 terres. 2 mondes qui ne se sont jamais rencontrés. Ils ne se sont jamais rencontrés. C'est pour ça que vous parlez si longtemps. Voilà et et donc c'est, ça ça a paru très suspicieux. Sergueï Jirnov — 42:09 Je suis suspect Sergueï Jirnov — 42:10 et donc la direction appelle dans mon dos pendant que j'étais au micro. Sergueï Jirnov — 42:14 Dans mon dos, ils ont appelé déjà le KGB en disant, il se passe quelque chose. Il y a un mec qui parle avec un français. Je ne comprends rien parce qu'il y quelqu'un qui parle français, Sergueï Jirnov — 42:22 ça dure des heures, ça ça dépassait déjà une heure, une heure et demie et donc, Sergueï Jirnov — 42:28 y a quelqu'un qui qui arrive du KGB, tu sais dans dans Moscou, c'est 5 minutes en voiture, Sergueï Jirnov — 42:33 c'est c'est très prêt. Sergueï Jirnov — 42:35 Et donc, quand j'ai raccroché, le français me dit, allons boire un coup dans un bar. Sergueï Jirnov — 42:41 Et là, je n'ai pas le droit, Sergueï Jirnov — 42:43 je n'ai pas le droit, donc j'invente un mensonge. Sergueï Jirnov — 42:47 Ma mère est malade, ce soir je dois aller à l'hôpital Sergueï Jirnov — 42:50 et demain, demain c'est ma grand-mère qui sort malade et après demain c'est ma soeur et après c'est mon père et après c'est mon grand-père qui n'existe pas parce qu'il est mort pendant la 2e guerre mondiale, et caetera, et caetera. Donc, Sergueï Jirnov — 43:02 je raccroche Sergueï Jirnov — 43:03 et là, la directrice me dit dans mon bureau et dans son bureau, il y un monsieur en costume gris, Intervenant 2 — 43:09 Et ce Sergueï Jirnov — 43:14 ce monsieur Sergueï Jirnov — 43:15 de petite taille à un mètre 60 qui me dit suivez-moi, Sergueï Jirnov — 43:19 donc il y une voiture noire Sergueï Jirnov — 43:20 avec le gyrophare qui est est sous, Sergueï Jirnov — 43:23 donc sur sur le pavé et en 5 minutes, m'amène à la Loubenca, Sergueï Jirnov — 43:28 place Virginski Sergueï Jirnov — 43:29 et là, on s'installe dans un petit bureau et là, la 1re question qu'il me pose, comment vous avez trahi la mère Patrick? Sergueï Jirnov — 43:38 On a trahi la la mère patrie pourquoi? Sergueï Jirnov — 43:40 Vous avez conversé, Sergueï Jirnov — 43:42 c'est c'est c'est quoi ce truc-là? Vous connaissez? C'est c'était qui? Sergueï Jirnov — 43:45 Je suppose, c'est un français, enfin à entendre parler, un c'est un français. Vous le connaissez? Non. Pourquoi vous avez parlé 2 heures avec une personne inconnue? Sergueï Jirnov — 43:54 Parce Sergueï Jirnov — 43:55 qu'on m'a demandé de le faire, parce qu'on n'est pas dans les jeux olympiques, parce qu'on doit accueillir les gens qui viennent de l'étrangler, parce qu'ils doivent découvrir notre monde. C'est c'est marqué dans dans notre Oui, fait partie de mes prérogatives. De mes prérogatives. En fait, on m'a demandé, on m'a formé pendant 9 mois à faire ça, j'ai j'ai fait ça. Et donc là, il me sort bien évidemment le la la petite, Sergueï Jirnov — 44:14 le petit carton rouge Sergueï Jirnov — 44:16 Pas le carton. Le Sergueï Jirnov — 44:17 c'est c'est la carte du KGB. C'est impressionnant, c'est, Sergueï Jirnov — 44:21 n'est pas la 1re fois que je la la vois parce que mon oncle Sergueï Jirnov — 44:25 travaillait au KGB. D'accord. Faisait le service au KGB, mais il était dans dans la protection des hautes personnalités du 1er ministre Intervenant 2 — 44:33 Le mec qui lance la carte, c'est Poutine là? Ouais. Intervenant 2 — 44:36 Donc en fait, l'agent du KGB qui va te recevoir, l'officier, Intervenant 2 — 44:40 l'officier du KGB qui te reçoit, qui t'interroge en 1980, Sergueï Jirnov — 44:45 c'est Vladimir Poutine. Vladimir Poutine, capitaine Poutine à l'époque, il était capitaine. Moi, Sergueï Jirnov — 44:49 moi je croyais qu'il était, donc il était, à Sergueï Jirnov — 44:53 l'époque il avait toujours 9 mois, 9 ans de plus que moi. Mais ça ça faisait déjà 5 ans qu'il était au KGB. Et le truc aussi, moi je croyais qu'il travaillait à Moscou. Comment tu l'as trouvé en interrogatoire Intervenant 2 — 45:04 Vladimir Poutine? Est-ce qu'il avait déjà, Intervenant 2 — 45:07 il a quand même une stature, il a une froideur. Est-ce qu'il était déjà comme ça? Est-ce qu'il était terrifiant? Oui, Sergueï Jirnov — 45:12 il Sergueï Jirnov — 45:13 voulait devenir terrifiant. Sergueï Jirnov — 45:14 En fait, moi, ce que ce que j'ai ressenti chez lui, Sergueï Jirnov — 45:18 c'est Sergueï Jirnov — 45:19 un amour énorme pour le pouvoir. Sergueï Jirnov — 45:21 Parce que quand tu interroges quelqu'un, quand tu as le droit d'interroger quelqu'un, de faire venir quelqu'un et de ne pas le faire partir, Sergueï Jirnov — 45:27 tu as tu exerces un pouvoir, un pouvoir sur cette personne. Et donc, j'ai vu chez lui la jouissance de ce petit bon pouvoir. Sergueï Jirnov — 45:34 Et puis la jouissance de me faire peur. Sergueï Jirnov — 45:38 Donc, Sergueï Jirnov — 45:39 d'où d'ailleurs la question, pourquoi tu as trahi, et caetera, donc le tutoiement. Donc là, je l'ai repris en disant, on n'a pas, Sergueï Jirnov — 45:47 on n'a pas couché ensemble, donc non non, c'est Tu as dit ça à Poutine? Enfin, y il a une, il Sergueï Jirnov — 45:53 il y une expression russe, Sergueï Jirnov — 45:54 on n'a pas Sergueï Jirnov — 45:56 gardé les moutons ensemble. Sergueï Jirnov — 45:58 Et donc, je lui dis ça oui, bien évidemment. Sergueï Jirnov — 46:01 Et il n'a pas aimé. Sergueï Jirnov — 46:03 Donc là, y a, il y il a une lutte en fait qui s'est installée, donc il y a, c'est, c'est une lutte psychologique, Sergueï Jirnov — 46:10 donc il a essayé de faire tout et spontanément, Sergueï Jirnov — 46:13 il y quelque chose qui a, j'ai été très inspiré parce que, en réalité pour comprendre, Sergueï Jirnov — 46:17 il ne me faisait pas très peur. Sergueï Jirnov — 46:20 Parce que l'étudiant d'Omnimo, Sergueï Jirnov — 46:22 c'est comme un De la meilleure femme. C'est comme c'est comme un énarque. Oui. On est arrogant. Sergueï Jirnov — 46:28 On est dans ma fin, dans ma promotion, Sergueï Jirnov — 46:30 j'ai le petit-fils du secrétaire général du parti communiste Brezjev. Sergueï Jirnov — 46:34 Donc André Brezjev, c'est un pote de promotion. Sergueï Jirnov — 46:37 J'ai Sergueï Jirnov — 46:38 des des fils des ministres, des, j'ai des fils aussi, Sergueï Jirnov — 46:57 impressionner, Sergueï Jirnov — 46:58 je ne me laisse pas faire. Et j'étais super bien Sergueï Jirnov — 47:02 inspiré, Sergueï Jirnov — 47:03 parce qu'à un moment donné, je lui je lui ai dit droit dans les yeux, mais attendez, mais vous me prenez pour qui? Moi je suis, on n'est pas dans le goulag Sergueï Jirnov — 47:09 et vous n'êtes pas le juge d'instruction en khwat comme dans le livre de Solzhenitsin, Sergueï Jirnov — 47:14 Archipel de goulag. Il lui dit, oh, l'Archipel de goulag, Sergueï Jirnov — 47:18 vous avez lu? Je dis oui. C'est un livre qui était interdit. Interdit. Sergueï Jirnov — 47:22 Le le possédé à cette époque-là, c'est 5 ans de prison. Et donc là, j'ai vu, ah, Sergueï Jirnov — 47:28 y a les yeux qui s'illuminent, Sergueï Jirnov — 47:31 il s'est dit, y est, ma journée est En Sergueï Jirnov — 47:33 fait, il a il a fait l'aveu, c'est c'est bon, je le tiens, c'est c'est bon. Et là, il devient doux. Sergueï Jirnov — 47:39 Ah, c'est curieux, c'est, ah, vous avez aimé? Oui, oui, ça Sergueï Jirnov — 47:45 parle de quoi? Et Sergueï Jirnov — 47:48 à la fin, Sergueï Jirnov — 47:50 qui c'est, où Sergueï Jirnov — 47:51 est-ce que vous avez lu ça? Sergueï Jirnov — 47:54 Je dis, c'est un ami qui qui m'a m'a prêté ce livre. Sergueï Jirnov — 47:58 Et alors là, il se dit, mise date, Sergueï Jirnov — 48:01 la la littérature interdite Sergueï Jirnov — 48:04 clandestine, Sergueï Jirnov — 48:05 et caetera, et caetera. Là, il se voit déjà Ah bah il se voit comment Sergueï Jirnov — 48:08 2 mecs en fait. Voilà, 2 mecs ou peut-être un réseau et donc transféré pour de bon à Moscou. Sergueï Jirnov — 48:14 Donc il il se voit promu en fait. Il se voit promu, Perret est le Potelet. Donc il est, il voit déjà Sergueï Jirnov — 48:21 veau, vache, cochon, poulet et tout. Sergueï Jirnov — 48:24 Et là, je lui dis d'une manière très très douce, oui oui je peux le dire. Sergueï Jirnov — 48:29 Et alors c'est qui? Et là, je vais au culot et je dis c'est Sergueï Jirnov — 48:34 André Brashnev, Sergueï Jirnov — 48:35 c'est un copain de promotion. C'est le petit-fils? Sergueï Jirnov — 48:37 Et et lui justement il dit Brashnev, mais ça a un rapport? Je dis oui, c'est le petit-fils, le secrétaire général. Sergueï Jirnov — 48:44 Et là, je vois changer le truc. En fait, devient de marbre. Intervenant 2 — 48:48 En fait, tu es peut-être le seul mec au monde qui a réussi à déstabiliser Vladimir Poutine. Peut-être. Sergueï Jirnov — 48:53 C'est pour ça d'ailleurs, me déteste. Mon avis, y Sergueï Jirnov — 48:56 Oui, parce que Après, après, y a eu la 2e rencontre, c'est c'est cette fameuse rencontre de 29 août 1984, Sergueï Jirnov — 49:03 parce que je l'ai taquiné aussi à cette époque-là, quand je l'ai reconnu Le jour du recrutement. Le jour de d'entrée Sergueï Jirnov — 49:09 à l'école à à l'école Andropov, Sergueï Jirnov — 49:11 parce que je suis Sergueï Jirnov — 49:13 allé donc vers lui, puisque je l'ai je l'ai reconnu en disant tiens tiens, comment on se retrouve? Maintenant on est de la même, Sergueï Jirnov — 49:20 dans la même, Sergueï Jirnov — 49:22 du même côté des barricades. Sergueï Jirnov — 49:26 Capitaine Poutine, lui il me corrige commandant. Sergueï Jirnov — 49:29 Il a déjà pris de grade. Il y ensuite une autre rencontre Intervenant 2 — 49:34 Où il va quasiment te démasquer en fait. Et là, tu tu dis finalement ce n'était pas un si bonne vision de Vladimir Il a fait son son année de de formation de 1984 Sergueï Jirnov — 49:43 à 85. Sergueï Jirnov — 49:44 Il a commis quelques fautes et donc il n'est pas pris dans le service d'espionnage. Il est renvoyé à l'Ingrade. Sergueï Jirnov — 49:49 Donc il a raté Sergueï Jirnov — 49:51 sa carrière d'espion. Sergueï Jirnov — 49:53 Après, Sergueï Jirnov — 49:54 par Sergueï Jirnov — 49:55 par un 1 jeu de Sergueï Jirnov — 49:58 de pistons, Sergueï Jirnov — 49:59 il se retrouve quand même à l'étranger, mais en RDA. Sergueï Jirnov — 50:02 Et en RDA non pas Berlin, Sergueï Jirnov — 50:04 mais à Dreste. Sergueï Jirnov — 50:06 Et donc c'est c'est un c'est un trou perdu, enfin avec tout tout le respect pour Sergueï Jirnov — 50:11 pour les habitants d'Audrey de de l'Allemagne, Sergueï Jirnov — 50:14 c'est quand même à cette époque-là, c'est un trou perdu. C'est c'est Sergueï Jirnov — 50:17 c'est une province, ils sont très très très peu nombreux et moi à cette époque-là, je fais un stage chez les illégaux et Sergueï Jirnov — 50:24 donc je passe par par un truc dingue parce que Sergueï Jirnov — 50:29 je pénètre Sergueï Jirnov — 50:30 en Sergueï Jirnov — 50:31 Autriche d'une manière clandestine. Sergueï Jirnov — 50:33 Après, je fais le voyage vers Bruxelles Sergueï Jirnov — 50:35 où je change d'habits, je m'habille comme un Belge, je sors les papiers d'un étudiant belge et comme étudiant belge, je vais en RDA faire un stage d'allemand Sergueï Jirnov — 50:45 dans l'université de Drest. Sergueï Jirnov — 50:47 Et donc à un moment donné, Sergueï Jirnov — 50:48 dans cette maison d'amitié, Sergueï Jirnov — 50:50 il y a la réception pour les étudiants Sergueï Jirnov — 50:52 et donc ils me voient. Sergueï Jirnov — 50:55 Et spontanément, Sergueï Jirnov — 50:56 c'est la 3e fois, Sergueï Jirnov — 50:58 ils commencent à me parler russe. Sergueï Jirnov — 51:01 Et et là, moi je suis belge. C'est sous couverture là. Je suis sous la légende. Sous la légende. Sous la légende. Sergueï Jirnov — 51:07 Et donc là, je dis. Intervenant 2 — 51:10 Je ne comprends pas. Non, Sergueï Jirnov — 51:12 je ne parle pas. Sergueï Jirnov — 51:19 Je ne m'en souviens plus comment, comment on dit, Sergueï Jirnov — 51:22 russe. Rusich, Sergueï Jirnov — 51:25 Rusich, Sergueï Jirnov — 51:29 donc là, il comprend Sergueï Jirnov — 51:31 qu'il a commis une bourne. Sergueï Jirnov — 51:33 Parce que je suis parmi les étrangers, Sergueï Jirnov — 51:37 je lui parle en Sergueï Jirnov — 51:39 allemand, Sergueï Jirnov — 51:42 bon pas pas pas très pas très développé, Sergueï Jirnov — 51:45 mais il a compris que qu'il a commis une bourne. En plus, dans le rapport, je l'ai mis. Intervenant 2 — 51:50 Ah ouais, Intervenant 2 — 51:51 j'ai croisé mon Sergueï Jirnov — 51:53 collègue Vladimir Poutine qui a été Il y Sergueï Jirnov — 51:55 avait un collègue qui Sergueï Jirnov — 51:57 était là et qui a failli me démasquer. Bien sûr. Bon après, ça s'est bien passé parce que c'était déjà arrosé, Sergueï Jirnov — 52:02 il y avait la jeunesse, donc en fait, tout le monde s'en fichait, personne n'écoutait le truc, c'était bruyant, et caetera. Donc en fait, ça s'est bien passé, mais n'empêche Sergueï Jirnov — 52:10 que ça, ça ne s'est pas passé comme ça. Il y avait la 4e rencontre, c'était en 1990, Sergueï Jirnov — 52:16 je crois, ou 11, je crois que c'est en 90. Il y les, la tournée de Pierre Boulez à Sergueï Jirnov — 52:22 Moscou et à Saint-Pétersbourg, Sergueï Jirnov — 52:24 et moi je suis en déplacement aussi à Saint-Pétersbourg, Sergueï Jirnov — 52:26 je suis avec des français, des entrepreneurs français, Sergueï Jirnov — 52:30 mais je ne suis pas sous la légende, sous la couverture. Sergueï Jirnov — 52:33 Donc je suis Sergueï Géronov qui accompagne, qui guide, qui est commercial Sergueï Jirnov — 52:38 avec une délégation française. Et là, il y a aussi le concert de Pierre Boulez et donc lui à cette époque, il est déjà dans l'équipe de Soptiak, le maire de Saint-Pétersbourg, Sergueï Jirnov — 52:48 bien évidemment, il est invité, Sergueï Jirnov — 52:50 et là, il me voit, et là, il veut, il ne veut rien faire parce qu'il ne veut pas refaire la la le même truc. Et et et là, c'est c'est moi qui vais qui vient à la rencontre en disant, ça va, c'est moi, suis ici, Sergueï Jirnov — 53:03 je suis avec Sergueï Jirnov — 53:05 avec des Français, Sergueï Jirnov — 53:06 mais bientôt je vais aller en France. Là, j'ai Tu l'es un peu nargué Vladimir Poutine. J'adore. Intervenant 2 — 53:12 Vladimir Poutine, Intervenant 2 — 53:13 évidemment tu l'as dit, il ne t'apprécie pas réellement et c'est à cause de lui que tu vas quitter la Russie. C'est-à-dire que là je fais un petit bond dans le temps, Intervenant 2 — 53:22 finalement le KGB, il y a une dislocation, Intervenant 2 — 53:26 tu donc tu arrêtes évidemment tes fonctions, et caetera. Intervenant 2 — 53:29 Et puis on arrive dans les années 2000, Intervenant 2 — 53:31 il arrive au pouvoir Intervenant 2 — 53:33 et là le ton va un petit peu changer et c'est parce qu'il est au pouvoir et parce qu'il te connaît que tu vas devoir fuir ton pays. Sergueï Jirnov — 53:41 Pratiquement ça, c'est, ça c'est la cerise Sergueï Jirnov — 53:44 sur le gâteau si on peut dire, Sergueï Jirnov — 53:46 mais il y a autre chose aussi, c'est qu'en fait à la dislocation du ESS, moi j'ai démissionné de de du service d'espionnage. Et on m'a laissé sortir, il n'y avait aucun problème parce qu'à cette époque-là, c'est le seul, le seul moment où on pouvait le faire. Et puis après, le service a repris un peu du poil de la bête et donc elle a voulu récupérer Sergueï Jirnov — 54:04 tous les anciens Sergueï Jirnov — 54:05 parce qu'ils ont mis quand même de l'argent pour nous former, donc ils se sont dit, il faut qu'il serve quelque chose. Et moi, j'ai, j'ai, j'ai dit non, Sergueï Jirnov — 54:13 c'est sorti, c'est sorti, c'est, c'est, moi je ne pas y rentrer. Tu ne voulais pas revenir. Donc on avait déjà une pression, Sergueï Jirnov — 54:21 procédure Sergueï Jirnov — 54:22 même Sergueï Jirnov — 54:23 juridique, Sergueï Jirnov — 54:25 parce que j'ai attaqué le service en fait, j'ai compris qu'il allait me faire chanter Sergueï Jirnov — 54:29 jusqu'à la fin de ma vie. Pour te faire réintégrer les services secrets. Pour me faire réintégrer le service. Et donc, j'ai compris qu'il fallait que je dise que j'étais un ex-espion. Sergueï Jirnov — 54:39 Mais si je le disais, j'allais en prison. Sergueï Jirnov — 54:41 Et donc, a fallu trouver le moyen Sergueï Jirnov — 54:43 et j'ai trouvé un moyen très anecdotique, Sergueï Jirnov — 54:46 mais très très efficace. C'est-à-dire que institut Andropov, 3 années, institut des de formations supérieures, Sergueï Jirnov — 54:53 j'ai eu mon diplôme, Sergueï Jirnov — 54:54 sauf que mon diplôme Des d'espion. Des, d'espion en quelque sorte, enfin ce n'était pas marqué, c'était c'est marqué expert en relations internationales, Sergueï Jirnov — 55:01 mais c'était marqué toute Sergueï Jirnov — 55:03 l'institut de Varpeau-Rouge. Sergueï Jirnov — 55:05 Et donc, je leur demandais ce diplôme, normalement, ils auraient pu me le donner et l'affaire était close. Sergueï Jirnov — 55:10 Ils n'ont pas voulu le le faire, donc je les ai attaqué devant la justice, ça fait un scandale, il y a les médias qui qui sont mêlés. Et toi, tu t'es dit parenthèse, Sergueï Jirnov — 55:18 si je si je deviens public, ça me protège. C'est ça, c'est ça. Et de toute façon, ça, je l'ai compris déjà à cette époque-là, Sergueï Jirnov — 55:25 que les métiers de l'ombre pour ne pas être, Sergueï Jirnov — 55:28 disons être sous le danger Sergueï Jirnov — 55:30 et en danger, il faut être en lumière. Sergueï Jirnov — 55:33 J'étais en lumière parce que j'étais aussi à la télévision, j'avais mon propre programme Sergueï Jirnov — 55:37 et là, c'est c'est Poutine qui arrive et mon petit jeu qui allait encore sous Yelsine, Sergueï Jirnov — 55:42 parce que Yelsine, c'était végétarien. Sergueï Jirnov — 55:45 Sous sous sous Poutine, vite est devenu carnivore, Sergueï Jirnov — 55:48 carnivore. Sergueï Jirnov — 55:49 Et donc là, j'ai, comme je le connaissais déjà un tout petit peu, je savais très très bien ce qu'il pouvait faire quand il arriva, parce que cette petite lumière de de de Sergueï Jirnov — 56:01 de la drogue du pouvoir que j'ai vue en 1980 Sergueï Jirnov — 56:04 à dans Sergueï Jirnov — 56:05 ses yeux, ça s'est confirmé. Donc en fait, c'est c'est quelqu'un qui est maniaque du pouvoir, fait, c'est il adore le pouvoir et donc il il est capable Sergueï Jirnov — 56:14 de sacrifier le peuple entier, Sergueï Jirnov — 56:16 même voir la terre entière pour ce pouvoir. Et donc ça, moi je l'ai compris en 1999, Sergueï Jirnov — 56:21 quand je le disais à mes amis français, me prenaient pour un fou et en fait, c'est, moi je l'ai compris et et donc Sergueï Jirnov — 56:28 2001, Sergueï Jirnov — 56:29 je me suis dit, ça y est, c'est terminé parce qu'il y eu aussi une histoire d'empoisonnement. Intervenant 2 — 56:33 Tu as été empoisonné. Sergueï Jirnov — 56:35 Parce qu'il y a de fortes, de de forts soupçons. Sergueï Jirnov — 56:38 On n'a jamais eu la confirmation Sergueï Jirnov — 56:40 exacte, Sergueï Jirnov — 56:41 mais de janvier à février 4001, Sergueï Jirnov — 56:44 je mourrais Sergueï Jirnov — 56:46 et Sergueï Jirnov — 56:46 toutes les analyses étaient bonnes parce que les analyses étaient dans les cliniques, pour les cliniques locales, donc bien évidemment, Sergueï Jirnov — 56:52 il est Sergueï Jirnov — 56:54 est falsifié Bien sûr. Et donc, me suis sorti avec un conseil d'un d'un médecin, en fait, c'est c'est une femme, c'est c'est Sergueï Jirnov — 57:02 une épouse d'un de mes amis, Sergueï Jirnov — 57:03 il m'a dit, Sergueï Jirnov — 57:05 tu es empoisonné en métaux lourds, fait, je je sens qu'il y il y a un truc comme ça, thallium ou un truc comme ça, petite dose, mais tu vas mourir. Sergueï Jirnov — 57:12 Et tu connais des français, va à l'ambassade de France, va demande Sergueï Jirnov — 57:17 les analyses en médecins de l'ambassade de France. Va en France, fais les analyses en France ou en Suisse Sergueï Jirnov — 57:24 ou en Allemagne, enfin peu importe, mais fais fais-les à l'étranger. Et je lui ai demandé de m'appeler au téléphone et de de dire ça au téléphone, qui était sous l'écoute. Sergueï Jirnov — 57:33 Et donc après, Sergueï Jirnov — 57:34 j'étais parti Sergueï Jirnov — 57:35 pendant 24 heures chez mes parents, Sergueï Jirnov — 57:37 je suis revenu, 48 heures après, j'étais guéri. Sergueï Jirnov — 57:40 D'accord. Parce que certainement, Sergueï Jirnov — 57:42 poison Ils pris peur. Le poison qui a qui qui me mettait, c'était dans quelque chose que je consommais Sergueï Jirnov — 57:47 couramment le thé, Sergueï Jirnov — 57:49 le café, enfin le truc, l'eau que que je buvais Sergueï Jirnov — 57:53 et et là, ils ont pris peur et donc du coup, c'était encore l'époque où ils prenaient peur. D'accord. Ce n'était pas encore la Ils ont arrêté l'empoisonnement. Sergueï Jirnov — 58:00 Ils ont arrêté l'emploi. Et là, as compris que tu devenais une cible. Et là, j'ai compris qu'on ne joue plus, on ne joue plus et donc j'ai préparé ma ma ma sortie et en juin 2001, je suis parti en France et depuis Sergueï Jirnov — 58:13 11 juin 2001, je suis français, Sergueï Jirnov — 58:15 enfin Intervenant 2 — 58:17 résident français. On arrive bientôt à la fin de l'entretien, Intervenant 2 — 58:20 peut-être une dernière question, est-ce que, Intervenant 2 — 58:23 est-ce que tu regrettes d'avoir été approché par le KGB? Est-ce que tu aurais aimé avoir une vie différente ou est-ce que malgré tout, c'était finalement une aventure incroyable? Sergueï Jirnov — 58:33 Disons que si j'avais le choix, j'aurais aimé avoir une vie différente. Sergueï Jirnov — 58:38 Et même faire des des choses qui me plaisaient, par exemple, j'aurais adoré Sergueï Jirnov — 58:43 travailler comme guide avec les délégations Sergueï Jirnov — 58:45 touristiques, Sergueï Jirnov — 58:47 mais ce n'était pas suffisamment prestigieux pour quelqu'un comme Guillemot. Et donc je me suis dit, ça me plaît, mais en même temps ce n'est pas prestigieux. On m'a mis au ministère du Commerce extérieur, c'était vachement prestigieux, mais très ennuyeux et pas intéressant. Sergueï Jirnov — 58:59 Et donc du coup, si j'avais à choisir déjà ça, je ne l'aurais pas fait. Et le KGB pareil, ça veut dire que je leur dirais non dès le début, parce qu'en fait, ils ont mis la pression quand même, ce n'était pas mon choix quand même, ils m'ont, ils m'ont poussé. Sergueï Jirnov — 59:13 J'ai, parce qu'à plusieurs reprises, j'ai dit non au KGB, mais finalement après j'ai changé d'avis sous la pression. Sergueï Jirnov — 59:20 Mais en même temps, comme je sais je sais qu'on ne peut pas changer de vie, finalement je ne regrette pas, parce que c'est une vie aussi Sergueï Jirnov — 59:27 très romanesque, Sergueï Jirnov — 59:28 c'est c'est une vie aussi très riche, c'est une vie qui qui qui m'a fait découvrir un système qui est qui est absolument secret, qui est fascinant, Sergueï Jirnov — 59:36 qui qui qui Sergueï Jirnov — 59:38 qui est puissant, Sergueï Jirnov — 59:40 qui m'a appris aussi d'autres choses en fait, c'est ça ça ça ça a formé aussi la ma ma personnalité en beaucoup, ça ça m'a donné aussi les instruments de vie professionnelle Sergueï Jirnov — 59:52 et humaine, de connaissance de la nature humaine, de la connaissance de la manipulation, Sergueï Jirnov — 59:56 de des des choses comme ça. Non non, je je regrette absolument pas. On finit toujours dans tous avec Intervenant 2 — 01:00:02 un petit conseil. Intervenant 2 — 01:00:04 Au vu de que tu nous as raconté, au vu de ta vie d'espion, Intervenant 2 — 01:00:07 quels conseils tu pourrais donner aux gens qui nous regardent ou qui nous écoutent? Sergueï Jirnov — 01:00:11 Je crois que beaucoup de gens ont Sergueï Jirnov — 01:00:14 la vision complètement erronée de l'espionnage, il faut, il faut qu'ils se, qu'ils comprennent que c'est un métier très dur, que c'est un métier très chiant, Sergueï Jirnov — 01:00:23 très administratif, Sergueï Jirnov — 01:00:24 que c'est un métier dangereux, c'est un métier criminel Sergueï Jirnov — 01:00:28 et que Sergueï Jirnov — 01:00:30 tous ceux qui qui qui viennent vers ce métier avec les les yeux romanesques, Sergueï Jirnov — 01:00:36 ils vont être très déçus lorsqu'ils vont se retrouver Sergueï Jirnov — 01:00:39 dedans. Donc je le déconseille Sergueï Jirnov — 01:00:41 à la majorité des gens qui qui Sergueï Jirnov — 01:00:44 qui pensent peut-être Intervenant 2 — 01:00:45 d'y aller voilà. Merci à toi Sergueï Gernoff, ex-espion venu du froid et puis merci à vous qui nous regardez puis on se retrouve la semaine prochaine, salut.

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