Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur

Publié le 7 octobre 2026 · Mis à jour le 9 octobre 2026

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Un studio, deux voix, des micros et un récit qui déborde rapidement du cadre de l’interview. Véronique de Viguerie parle de Kaboul, de la burqa, des talibans, du Yémen et de scènes qu’un appareil photo ne suffit pas à contenir. À l’écran, l’identité visuelle de Tous WONDER et de THIS WONDER accompagne une conversation calme, parfois traversée par des images de combattants, de véhicules et de zones de conflit.

Le fil de l’échange est simple, mais il n’a rien de confortable : que signifie témoigner quand regarder fait mal, quand la peur protège, et quand le retour en France rend le quotidien presque irréel ? Les récits sont présentés comme ceux de l’entretien. Ils ne constituent ni une règle générale sur le métier ni un conseil personnalisé de sécurité ou de santé mentale.

Véronique de Viguerie, photographe de guerre : montrer l’indicible pour que personne ne puisse dire « je ne savais pas »

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Qui est Véronique de Viguerie et quelle est sa mission
Qui est Véronique de Viguerie et quelle est sa mission de photographe ? — 0:00

L’entretien présente Véronique de Viguerie comme une photographe et journaliste de guerre. Son travail l’a conduite en Afghanistan, en Iran, en Irak, au Yémen et en Somalie, selon la présentation de la séquence. Elle décrit une pratique tournée vers les lieux difficiles d’accès et les réalités que le public préfère parfois ne pas regarder.

Rendre visible ce qui reste hors champ

L’idée revient dès le début : aller là où d’autres ne peuvent pas aller, puis rapporter des images. La photographe ne présente pas cette démarche comme une manière de parler à la place des personnes rencontrées. Elle la décrit plutôt comme un moyen de documenter. Son objectif est que l’absence d’information ne puisse pas servir d’excuse.

Cette phrase résume une tension centrale du photojournalisme de guerre. L’image doit informer. Mais elle entre aussi dans l’intimité de personnes exposées à la violence. Le reportage ne supprime pas cette contradiction. Il oblige à la regarder.

À l’écran, la marque Tous WONDER apparaît dans le décor et dans les éléments de présentation. Les visuels montrent un échange en studio, avec des microphones, un casque audio, des rideaux et un écran. L’ambiance reste sérieuse et intimiste. Elle contraste avec les situations racontées : attaques, déplacements clandestins, famine et rencontres avec des groupes armés.

Une carrière faite de récits et de limites

La conversation évoque une attaque en Afghanistan et plusieurs épisodes où le risque n’est pas théorique. Elle rappelle aussi que le rôle de témoin ne donne pas une maîtrise totale des événements. La photographe peut préparer un reportage, choisir un angle et prendre des précautions. Elle ne contrôle pas les décisions des combattants, les déplacements d’un groupe armé ou la survenue d’une explosion.

Le mot « survivre » doit donc être compris avec prudence. La source raconte des situations dangereuses. Elle ne permet pas de transformer chaque expérience en méthode reproductible. Un récit de reporter ne remplace pas une formation à la sécurité, un accompagnement médical ou une évaluation professionnelle des risques.

La guerre n’est pas en noir et blanc : comprendre la zone grise des conflits

Le deuxième axe de l’entretien porte sur la déshumanisation. Véronique de Viguerie raconte avoir observé de jeunes soldats américains qui parlaient de la violence avec un détachement saisissant. Elle évoque aussi de jeunes combattants talibans recrutés dans des villages contrôlés par le mouvement. Dans les deux cas, elle décrit des personnes prises dans un système de guerre qui peut réduire l’adversaire à une cible.

Le confort trompeur des catégories simples

La lecture « héros contre méchants » aide parfois à raconter vite. Elle ne suffit pas à décrire la réalité vécue sur le terrain. La photographe insiste sur les parcours, les contraintes et les contradictions. Comprendre qu’un combattant est un être humain ne signifie pas excuser ses actes. Ces deux propositions doivent rester séparées.

Cette nuance est aussi une exigence journalistique. Elle ne consiste pas à mettre toutes les positions sur le même plan. Elle consiste à éviter les raccourcis qui empêchent de comprendre comment une situation devient possible.

Dans la séquence, des photographies de combattants armés défilent pendant qu’une voix décrit des mécanismes de recrutement forcé par les talibans. Le montage visuel, identifié sous la marque THIS WONDER, prolonge le propos : une image peut montrer des armes et des uniformes, mais elle ne raconte pas à elle seule les trajectoires qui ont conduit jusqu’à la guerre.

Pourquoi la couleur compte

Véronique de Viguerie explique qu’elle travaille en couleur. Elle relie ce choix à sa manière de voir le réel. La couleur devient une métaphore de la complexité, mais aussi un choix de restitution. Le photojournalisme cherche, selon elle, à produire une information crédible et aussi réelle que possible.

Il ne faut pas en déduire qu’une photographie en noir et blanc serait nécessairement moins honnête. La source rapporte un choix personnel et professionnel. Elle ne fournit pas une hiérarchie générale entre les deux techniques.

Cette position met toutefois en lumière un enjeu important. Toute image sélectionne, cadre et transforme une partie du réel. La couleur peut renforcer la sensation de présence. Elle ne garantit pas à elle seule l’exactitude d’un récit. La crédibilité dépend aussi du contexte, de la légende, du travail d’enquête et de la transparence sur les conditions de prise de vue.

▸ 4:52

En Afghanistan, découvrir la force des policières de Kandahar

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Qui est Véronique de Viguerie et quelle est sa mission
Qui est Véronique de Viguerie et quelle est sa mission de photographe ? — 1:50

Le récit consacré aux femmes afghanes commence avec l’arrivée de la photographe en Afghanistan, en 2003. Elle raconte un reportage dans une unité de police féminine à Kandahar. Elle s’attendait à retrouver l’image de femmes soumises, isolées et silencieuses. La scène observée déplace immédiatement cette représentation.

Un commissariat loin du cliché attendu

Les policières rient et fument de grandes cigarettes. Ce détail, raconté dans l’entretien, surprend la photographe. Il ne résume pas leur vie. Il montre simplement que leur identité ne se limite pas aux signes d’oppression visibles depuis l’extérieur.

Le reportage se déroule dans un environnement présenté comme très conservateur, marqué par la présence des Talibans. Les femmes de cette unité apparaissent comme des professionnelles engagées dans une institution exposée. Leur présence contredit l’idée d’une passivité uniforme.

La prudence reste nécessaire. Un groupe de policières ne représente pas toutes les femmes afghanes. Un moment de rire ne fait pas disparaître les contraintes sociales, politiques ou sécuritaires. Mais il suffit à fissurer une image trop homogène.

Dépasser l’image unique

Le témoignage rappelle le pouvoir des images préalables. Une femme sous une burqa peut être regardée uniquement comme une victime. Une policière peut être réduite à un symbole de résistance. Dans les deux cas, une personne réelle risque de disparaître derrière une catégorie.

Le travail photographique peut alors servir à complexifier le regard. Il ne s’agit pas de fabriquer une nouvelle icône. Il s’agit de laisser apparaître plusieurs dimensions : le métier, les relations, les gestes ordinaires, la peur éventuelle et les moments de légèreté.

La séquence présente Véronique de Viguerie en gros plan, face à un microphone. Le studio, les écrans et le split-screen avec l’intervieweuse donnent à voir une parole construite dans l’échange. Les images ne montrent pas directement toutes les scènes racontées. Elles donnent plutôt un visage et une voix à une expérience de terrain.

▸ 9:44

Porter une burqa : chaleur, visibilité réduite et étrange sentiment d’invisibilité

La burqa est décrite de manière concrète. Le tissu couvre le corps. Un filet placé devant les yeux limite le champ de vision. Les fils peuvent accrocher les cils et provoquer une irritation. La chaleur s’accumule sous le vêtement. La fatigue visuelle peut s’accompagner de maux de tête, selon le récit livré dans l’entretien.

Un inconfort physique permanent

Ces sensations rappellent que le vêtement n’est pas seulement un symbole observé de l’extérieur. Il modifie la manière de se déplacer, de regarder et de se repérer. La visibilité réduite ajoute une difficulté pratique à une situation déjà tendue.

La séquence présente aussi un paradoxe. La burqa peut rendre la personne moins identifiable. Elle devient alors, pour la reporter, une sorte d’outil de déplacement discret. Cette invisibilité ne signifie pas liberté. Elle signifie que le regard des autres se détourne ou ne distingue plus le visage.

Le mot « baguette magique », utilisé dans le résumé de l’entretien, traduit ce paradoxe avec force. Le vêtement est inconfortable et contraignant. Dans certaines circonstances, il permet pourtant de passer inaperçue. Les deux dimensions coexistent.

Ne pas confondre invisibilité et protection

Une apparence moins repérable ne garantit pas la sécurité. La source raconte une expérience située. Elle ne permet pas de recommander le port d’un vêtement dans une zone de conflit. Tout déplacement clandestin ou dissimulé peut comporter des risques spécifiques.

Cette prudence est importante pour un sujet lié à la sécurité. Les conditions changent selon le territoire, les acteurs présents et les règles locales. Le récit de la photographe explique ce qu’elle a ressenti. Il ne constitue pas un mode d’emploi.

▸ 14:37

Du Yémen au rayon de céréales : le choc entre la famine et l’abondance

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Comment la déshumanisation affecte-t-elle les soldats
Comment la déshumanisation affecte-t-elle les soldats sur le terrain ? — 8:00

Le retour à la vie ordinaire apparaît comme une autre épreuve. Au Yémen, la journaliste a été confrontée à la famine et à des enfants mourant dans des hôpitaux, selon le résumé de l’entretien. Puis, en France, un passage dans un Monoprix avec ses deux filles fait surgir un malaise inattendu.

Quand choisir devient impossible

Dans le rayon des céréales, plusieurs produits sont disponibles. Pour la plupart des clients, choisir une boîte appartient aux gestes banals de la journée. Après avoir vu le dénuement absolu, ce choix devient difficile à supporter. L’abondance du magasin entre en collision avec les images du reportage.

Ce contraste ne signifie pas que les enfants en France seraient responsables de la famine observée ailleurs. Il ne signifie pas non plus qu’une famille devrait renoncer à se nourrir. Il montre le décalage psychique entre deux réalités qui coexistent dans le monde, mais rarement dans la même scène mentale.

Les fantômes et les pépites

L’entretien s’ouvre sur une formule qui demande ce que la photographe a ramené « dans ses valises », en fantômes ou en pépites. La question installe une image simple : un reportage laisse des traces pénibles, mais aussi des rencontres et des découvertes.

Le retour n’efface pas ce qui a été vu. Les détails ordinaires peuvent le faire remonter. Un supermarché, une conversation familiale ou un rayon de produits deviennent alors des déclencheurs de souvenirs.

Il faut rester prudent avec le vocabulaire du traumatisme. La source décrit un malaise et des souvenirs persistants. Elle ne pose pas de diagnostic. Si une personne revient d’une zone de conflit avec des symptômes durables, un professionnel de santé qualifié peut évaluer la situation. Cet article ne remplace pas cet accompagnement.

▸ 19:29

Le père, les deux enfants et l’appareil photo devenu impossible à porter

Le récit le plus difficile concerne un père qui transporte sa fille vivante d’un bras et le corps d’un autre enfant dans un sac de toile de jute. Il cherche un endroit où enterrer l’enfant mort. La scène se déroule dans un contexte de mortalité massive.

Le devoir de témoigner face à la souffrance

La photographe explique que son appareil lui semble soudain peser « deux tonnes ». Elle ne parvient pas à prendre la photo. Ce blocage n’est pas présenté comme une faiblesse morale. Il révèle le conflit entre deux responsabilités : rendre visible une situation et respecter une personne confrontée à une perte immédiate.

L’image non prise reste pourtant dans sa mémoire. Le lieu d’inhumation improvisé, sur un simple rond-point, rend la scène encore plus concrète. Il ne s’agit pas d’un débat abstrait sur l’éthique. Il s’agit d’un corps, d’un père, d’un enfant et d’une professionnelle incapable de décider en quelques secondes quelle obligation doit passer avant l’autre.

Une photo importante n’est pas toujours une photo possible

Le journalisme a besoin de preuves visuelles. Mais l’exigence de documenter ne transforme pas chaque scène en droit automatique à photographier. Le consentement, la vulnérabilité, le contexte et le risque de réexposition comptent aussi.

Aucune règle unique ne résout tous les cas. Les rédactions, les photographes et les médias s’appuient généralement sur des principes d’intérêt public, de respect des personnes et de minimisation du préjudice. Ici, l’entretien donne accès à une décision intime : ne pas déclencher l’appareil.

Cette absence d’image ne fait pas disparaître la réalité. Elle rappelle seulement que le témoignage comporte parfois un silence. Le reporter peut raconter ce qu’il a vu sans montrer la scène. Il peut aussi reconnaître qu’une limite personnelle a été atteinte.

▸ 24:22

Après le premier attentat : la sidération, les images floues et le besoin d’aide

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Quel est le quotidien d'une journaliste sous burqa en
Quel est le quotidien d'une journaliste sous burqa en Afghanistan ? — 17:04

Un autre récit commence par une explosion. Au premier instant, elle est confondue avec celle d’une bouteille de gaz. Puis la situation devient claire. Le narrateur et Pauline sont plongés dans un état de choc. Les premières tentatives de photographie sont floues parce que les mains tremblent.

Le corps réagit avant l’analyse

La sidération n’est pas une décision. Elle peut interrompre les gestes professionnels les plus habituels. Le cadrage, la mise au point et la stabilité de l’appareil deviennent difficiles. Le flou des images traduit alors une réaction physique, pas un manque de sérieux.

Le lendemain, des soldats de l’armée française viennent proposer un soutien psychologique. Cet élément est important. Il montre qu’après une attaque, la prise en charge ne devrait pas se limiter à la sécurité immédiate. Le choc peut continuer après la fin du danger visible.

Le récit ne permet pas de généraliser sur toutes les réactions après un attentat. Certaines personnes peuvent trembler, d’autres rester silencieuses, d’autres encore sembler fonctionner normalement avant de ressentir les effets plus tard. Seul un professionnel qualifié peut évaluer une souffrance psychique.

Le métier change avec l’expérience

Cet épisode ouvre une réflexion sur l’évolution de la pratique journalistique en zone dangereuse. La connaissance du terrain ne supprime pas le risque. Elle peut modifier la préparation, le choix des déplacements et la manière d’interrompre une mission.

La sécurité n’est donc pas l’opposé du témoignage. Elle conditionne la possibilité de continuer à témoigner. Dans un contexte de conflit, les décisions doivent être prises avec des spécialistes et des équipes compétentes. Rien dans cet épisode ne justifie de minimiser une menace ou de reproduire un comportement exposant.

▸ 29:14

Dans la mangrove du Nigeria, un reportage clandestin et une demande en mariage inattendue

Le récit consacré au delta du Niger emmène les journalistes dans une mangrove. Avec Manon Quérouil, elles cherchent à rencontrer un chef de guerre du Mouvement d’émancipation du delta du Niger, ou MEND. L’organisation est décrite comme traquée par l’armée et impliquée dans le racket d’industries pétrolières.

Dépendre entièrement de son hôte

La situation crée une vulnérabilité particulière. Les journalistes se trouvent dans un environnement qu’elles connaissent moins bien. Leur déplacement, leur accès aux interlocuteurs et leur retour dépendent largement des personnes qui les accompagnent.

Ce type de reportage clandestin ne ressemble pas à une simple visite de terrain. La relation avec l’hôte devient une condition de survie et une source de tension. Il faut écouter, observer et comprendre rapidement les rapports de force, sans prétendre tout contrôler.

L’entretien rapporte ensuite une demande en mariage adressée à Manon Quérouil par le général rebelle. Le détail introduit une dimension inattendue dans un contexte périlleux. Il ne transforme pas la situation en scène légère. Il montre plutôt que l’étrangeté, l’humour et le danger peuvent se côtoyer dans une même séquence.

Raconter sans romantiser

La présence d’un moment cocasse ne doit pas faire oublier la violence politique évoquée. Le MEND, l’armée et les industries pétrolières renvoient à un environnement de conflit et de tensions économiques. L’article ne dispose pas ici d’éléments suffisants pour détailler l’histoire de l’organisation ou établir un bilan.

Le point essentiel est ailleurs : le reportage met les journalistes en position de dépendance. Cette dépendance rend chaque déplacement et chaque rencontre plus incertains. Elle rappelle aussi que le courage raconté après coup ne doit pas être confondu avec une absence de peur au moment des faits.

▸ 34:07

La peur comme alliée : transformer l’adrénaline en vigilance

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Faut-il toujours prendre la photo dans les moments de
Faut-il toujours prendre la photo dans les moments de tragédie ? — 19:20

Laurence Geai est mentionnée dans le plan comme intervenante autour d’une formule publiée sur X : une mère « blonde, pas stupide et sans peur ». Le résumé nuance aussitôt cette présentation. La peur n’est pas absente. Elle est plutôt décrite comme une alliée.

Le courage n’est pas l’absence de peur

Dans ce récit, la peur aiguise l’attention. Elle pousse à observer les détails, à écouter les signaux faibles et à développer ce que la journaliste appelle une forme de sixième sens. Cette formulation reste une manière personnelle de décrire l’expérience. Elle ne constitue pas une notion scientifique ni une garantie de sécurité.

La peur peut alerter. Elle peut aussi désorganiser. Tout dépend de la situation, de l’entraînement, de l’état de fatigue et du danger réel. Présenter la peur comme une alliée ne doit donc pas conduire à rechercher volontairement des situations extrêmes.

L’entretien pose également la question d’une possible dépendance à l’intensité. Les zones de conflit imposent une concentration très forte. Le retour à une vie calme peut sembler décalé. Certains reporters peuvent être attirés par cette intensité. Le récit soulève cette hypothèse, sans établir une règle générale.

Une compétence qui se construit avec des limites

Apprivoiser la peur ne veut pas dire la faire disparaître. Cela peut signifier apprendre à l’identifier, à la partager avec une équipe et à décider quand il faut renoncer. La vigilance est collective. Elle repose sur la préparation, les informations disponibles et la possibilité de se retirer.

Pour les lecteurs, la leçon est précise : une personne qui paraît calme dans une zone de guerre n’est pas forcément sans peur. La retenue visible ne dit pas tout de l’expérience intérieure. Les récits de reporters doivent être écoutés sans fabriquer un modèle héroïque impossible à imiter.

▸ 38:59

Entre drones et rentrée scolaire : rester une mère au cœur de la guerre

La guerre ne suspend pas les obligations familiales. Dans le récit, une journaliste se trouve dans une zone de conflit entre l’Ukraine et la Russie. Les drones et les bombardements créent une menace constante. Le même jour, sa fille fait sa rentrée scolaire et l’appelle.

Une conversation ordinaire au milieu des combats

La journaliste interrompt sa mission pour répondre. L’échange porte sur l’entrée au collège et les amitiés. Rien, dans ces sujets, ne ressemble aux préoccupations du front. C’est précisément ce décalage qui donne sa force au témoignage.

La maternité n’efface pas le métier. Le métier n’efface pas la maternité. Les deux dimensions se superposent, parfois dans la même minute. Une professionnelle peut suivre une situation militaire complexe et rester attentive à une question scolaire de son enfant.

Cette coexistence ne doit pas être présentée comme une performance exceptionnelle à reproduire. Elle peut être une nécessité, un choix ou une contrainte. Les organisations de presse ont aussi une responsabilité dans la préparation, la protection et la possibilité de rester en contact avec les proches.

Le privé résiste au récit de guerre

Les conversations sur l’école donnent un contrechamp aux bombardements. Elles rappellent que les reporters ne sont pas uniquement des observateurs. Ils sont aussi des parents, des conjoints, des enfants et des amis. Leur identité ne disparaît pas lorsqu’ils franchissent une frontière.

Le récit ne permet pas de mesurer les conséquences psychologiques de cette double exposition. Il montre cependant une forme de résilience quotidienne : répondre à sa fille, parler de ses amitiés, puis retourner à une mission dangereuse. La notion de résilience doit rester descriptive ici. Elle ne garantit ni l’absence de souffrance ni une récupération automatique.

▸ 43:52

Les photos non prises et les reportages à venir : avancer sans nourrir les regrets

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Comment gérer le choc du retour après un reportage de
Comment gérer le choc du retour après un reportage de guerre ? — 26:32

La fin de l’entretien revient sur les images manquées et les reportages qui restent en mémoire. L’expression « photos non prises » concentre plusieurs sentiments : le regret, la limite, le doute et la conscience de ce qui ne pourra pas être recommencé.

Faire avec ce qui n’a pas eu lieu

La photographe ne nie pas ces images absentes. Elle refuse cependant de rester entièrement tournée vers ce qui ne pouvait pas être réalisé. Sa priorité va aux travaux imminents et aux reportages déjà en préparation.

Cette position n’efface pas la mélancolie. Elle lui donne une direction. Dans un métier où le moment décisif peut durer quelques secondes, il est impossible de tout voir, de tout photographier et de tout raconter. La sélection fait partie du travail. La limite aussi.

Le regard rétrospectif peut servir à apprendre. Il peut aussi devenir une charge. L’entretien défend une philosophie de l’action présente : regarder ce qui arrive, préparer la suite et ne pas transformer chaque absence en faute personnelle.

Une conclusion sans héroïsation

Le parcours raconté ne se réduit ni à l’adrénaline ni au courage. Il comprend des hésitations, des erreurs de perception, des blocages physiques, des rencontres inattendues et des moments de vie familiale. Les images sont importantes. Elles ne sont pas toujours possibles.

À la fin de la vidéo, le spectateur reste avec une question concrète : que faire de ce que l’on a vu, mais que l’on n’a pas pu montrer ? La réponse proposée par l’entretien tient dans un mouvement sobre : continuer à travailler, sans prétendre que les traces ont disparu.

▸ 48:44

Questions fréquentes

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Quels sont les sacrifices et les risques du métier de
Quels sont les sacrifices et les risques du métier de reporter ? — 36:38
Qui est Véronique de Viguerie ?

Véronique de Viguerie est présentée dans l’entretien comme une photographe et journaliste de guerre. Elle raconte des expériences en Afghanistan, en Iran, en Irak, au Yémen et en Somalie, ainsi que des situations de danger et des dilemmes liés au témoignage visuel.

Pourquoi cette photographe de guerre travaille-t-elle principalement en couleur ?

Elle explique que la couleur correspond à sa manière de restituer la complexité du réel. Pour elle, la vie comporte de nombreuses nuances. Ce choix personnel ne signifie pas que la photographie en noir et blanc serait moins honnête dans tous les contextes.

Que montre le reportage sur les policières de Kandahar ?

Il montre une unité de police féminine rencontrée à Kandahar. Les policières y sont décrites comme des femmes qui rient, fument et exercent une activité professionnelle dans un environnement conservateur. Cette scène remet en cause l’image uniforme de femmes uniquement passives ou isolées.

Quels effets physiques la burqa peut-elle provoquer selon le témoignage ?

Le récit évoque une vision limitée par le filet devant les yeux, une irritation lorsque les fils s’accrochent aux cils, une fatigue visuelle, des maux de tête et une forte chaleur sous le vêtement. Il s’agit d’un témoignage situé, pas d’un diagnostic médical général.

Comment les journalistes de guerre vivent-ils le retour à la vie quotidienne ?

L’entretien décrit un décalage entre la famine observée au Yémen et l’abondance d’un magasin français. Un choix ordinaire, comme prendre une boîte de céréales, peut alors raviver des images de privation. La source ne permet pas de généraliser cette réaction à tous les reporters.

Pourquoi la peur peut-elle devenir une alliée dans les zones de conflit ?

Dans le récit, la peur est décrite comme un signal qui aiguise l’attention et la vigilance. Elle n’est pas présentée comme une absence de danger ni comme une garantie de protection. Le courage est plutôt associé à la capacité de composer avec cette peur.

Comment concilier le métier de journaliste de guerre et la vie de mère ?

Le témoignage montre une journaliste qui répond à l’appel de sa fille le jour de sa rentrée scolaire alors qu’elle se trouve dans une zone menacée par des drones et des bombardements. La scène illustre la coexistence du travail, du danger et des responsabilités familiales, sans fournir de modèle applicable à toutes les situations.

Invités

  • Véronique de Viguerie — Photographe de guerre
  • Sidonie Bonnec — Animatrice / Intervieweuse

Points clés

Photographes de guerre : témoigner, survivre et apprivoiser la peur — Comment est née la vocation de Véronique de Viguerie ?
Comment est née la vocation de Véronique de Viguerie ? — 51:51
  • L’entretien dure 53 minutes et 37 secondes.
  • Véronique de Viguerie est présentée comme photographe et journaliste de guerre.
  • Elle évoque l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, le Yémen et la Somalie.
  • Elle raconte une arrivée en Afghanistan en 2003 et un reportage dans une unité de police féminine à Kandahar.
  • Elle associe son choix de la couleur à la complexité et aux nuances du réel.
  • Le témoignage rapporte une scène où un appareil photo semble peser deux tonnes et où la photo n’est pas prise.
  • Les éléments visuels identifiés incluent Tous WONDER, THIS WONDER, des microphones, des écrans, un casque audio, un fusil d’assaut, un pick-up et un avion.

À éviter

❌ Réduire un conflit à un affrontement entre héros et méchants.

✅ Distinguer les actes, les responsabilités et les trajectoires humaines sans excuser les violences commises.

❌ Présenter la peur comme une faiblesse ou comme une preuve d’incompétence.

✅ La considérer comme une réaction possible et parfois comme un signal de vigilance, sans romantiser le danger.

❌ Croire qu’une photo doit toujours être prise parce qu’elle pourrait être importante.

✅ Tenir compte de la dignité, de la vulnérabilité et du contexte. Le témoignage peut parfois passer par le récit plutôt que par l’image.

❌ Transformer une expérience de reporter en conseil de sécurité ou de santé mentale.

✅ Rester sur le témoignage rapporté et solliciter des professionnels qualifiés pour toute décision concrète liée à la sécurité ou à la souffrance psychique.

Glossaire

Photojournalisme de guerre
Pratique journalistique qui documente des conflits et leurs conséquences au moyen d’images, de récits et d’informations contextualisées.
Zone grise
Expression utilisée dans l’entretien pour désigner la complexité des situations et l’insuffisance d’une lecture opposant simplement le bien et le mal.
Déshumanisation
Processus qui conduit à percevoir des personnes comme des cibles, des catégories ou des figures abstraites plutôt que comme des êtres humains.
Burqa
Vêtement couvrant le corps et le visage, avec un dispositif grillagé devant les yeux. Dans le témoignage, il est décrit à la fois comme contraignant et comme permettant de passer inaperçue.
Photos non prises
Images que le reporter n’a pas réalisées, volontairement ou parce que la situation l’en empêchait, mais qui peuvent rester présentes dans sa mémoire professionnelle.

Conclusion

L’entretien laisse une image précise du photojournalisme de guerre : un métier de regard, mais aussi de limites. Il faut parfois photographier pour que l’invisible devienne document. Il faut parfois renoncer, parce qu’une personne en souffrance ne peut pas être réduite à une image.

La couleur, la peur, la burqa, le rayon de céréales ou l’appel d’une enfant racontent la même chose : la guerre déborde toujours le cadre. Elle transforme les gestes ordinaires et accompagne parfois le reporter bien après le retour. Continuer à témoigner consiste alors à avancer avec ce qui a été vu, ce qui a été montré et ce qui ne l’a pas été.

Mots-clés : photographe de guerre, Véronique de Viguerie, photojournalisme de guerre, peur des reporters, policières de Kandahar, burqa en Afghanistan, éthique de la photographie de guerre, retour de reportage, journalisme de guerre et maternité

Source vidéo

Citations vérifiées

« Oui, alors là, ça, je me rendue compte de plus en plus d'ailleurs dans ma carrière qu'on »
Transcript 4:57
« de certains d'un côté et certains de »
Transcript 9:51
Références

Entités citées

Source primaire

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Brute
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Véronique de Viguerie — 00:00 Tu vas dans des zones où on ne peut pas aller. Je vais là où vous pouvez pas aller et je vais vous montrer des choses que peut-être vous pouvez pas ou vous avez pas envie de voir. Moi je vous les montre pour qu'au moins on puisse pas dire, on savait pas. Mon appareil photo, il pesait tout d'un coup 2 tonnes. Je n'ai pas pu prendre la photo. La vie n'est pas en noir et blanc, c'est il y a plein de gris, y a plein de nuances. C'est pour ça moi d'ailleurs que je ne prends jamais de photos en noir et blanc. Qu'est-ce que tu as ramené dans dans tes valises? En fantôme ou en pépite? Enfin les 2 pour voir. Véronique de Viguerie — 00:26 Bonjour à tous et bienvenue dans tous Wonder, Véronique de Viguerie — 00:28 le média qui parle de votre point de bascule. Véronique de Viguerie — 00:32 Aujourd'hui, on reçoit Véronique de Vigri. Elle est photographe, Véronique de Viguerie — 00:35 journaliste de guerre, baroudeuse. Véronique de Viguerie — 00:37 Elle a vécu en Afghanistan, elle a survécu à des situations extrêmement dangereuses comme une attaque dans un cyber café. Elle a parcouru le monde, l'Iran, l'Irak, le Yémen, la Somalie pour raconter, Véronique de Viguerie — 00:50 pour témoigner. Véronique de Viguerie — 00:51 Tous Wonder, Véronique de Viguerie — 00:53 vous retrouvez nos épisodes tous les mardis sur YouTube. Véronique de Viguerie — 00:57 Abonnez-vous, Véronique de Viguerie — 00:58 cliquez sur la petite cloche pour être informé dès qu'un épisode Véronique de Viguerie — 01:01 sort, commentez les vidéos. Et puis vous pouvez aussi nous écouter en podcast sur Spotify, Véronique de Viguerie — 01:07 Deezer, Amazon Véronique de Viguerie — 01:08 et Apple. Merci à vous et merci aussi à Suméria, Véronique de Viguerie — 01:13 notre sponsor. Suméria, c'est qui? Bien, c'est la même équipe que Lydia. Vous savez, cette application qui vous permet d'envoyer de l'argent, de partager une note au restaurant ou de participer à un cadeau commun, par exemple. Bien, Suméria, Véronique de Viguerie — 01:25 c'est un compte courant classique avec une carte bancaire classique. C'est un compte courant rémunéré et ça, ça n'existait pas en France. Merci en tout cas à Suméria. Véronique de Viguerie — 01:35 Tous Wonder, ça commence maintenant avec Véronique de Vigri, reporter de guerre. Sidonie Bonnec — 01:50 Véronique, Sidonie Bonnec — 01:51 tu es photographe de guerre, journaliste baroudeuse, Sidonie Bonnec — 01:54 je l'ai dit. Ton point de bascule, il est au printemps vers avril 2006, tu vis déjà en Afghanistan Sidonie Bonnec — 02:00 et il y a un soir, tu es avec des soldats américains, il va se passer un truc qui pour toi n'est n'a pas été anodin. Sidonie Bonnec — 02:07 Non, en fait, oui, ça fait déjà 2 ans que je vis à Kaboul. Déjà dans une des questions qu'on se pose dès le début, ils me demandent d'où je viens. Je dis que j'arrive de Kaboul Sidonie Bonnec — 02:17 et il y en a plusieurs qui me demandent où est Kaboul. Sidonie Bonnec — 02:20 Donc, c'est quand même le capital de du pays dans lequel ils sont déployés depuis quelques mois déjà. Donc, ils ne savent même pas où ils sont. Ils ne savent même pas où ils sont. Et on dit, en fait, y a beaucoup d'attentes quand on est avec l'armée Sidonie Bonnec — 02:32 et donc il y on passe beaucoup de temps à discuter. Sidonie Bonnec — 02:35 Ils me racontent un peu d'où ils viennent. Sidonie Bonnec — 02:37 Je me rends compte que la plupart déjà sont très jeunes. Enfin, à l'époque aussi jeunes que moi, une vingtaine d'années, Sidonie Bonnec — 02:44 qui ne sont pas là par désir ni par idéologie Sidonie Bonnec — 02:47 ni rien. La plupart, c'est pour payer leurs études Véronique de Viguerie — 02:53 et qui sont là vraiment à contrecoeur Véronique de Viguerie — 02:56 et donc aucune envie de connaître Véronique de Viguerie — 02:58 cette autre civilisation, Véronique de Viguerie — 03:00 cet autre pays. Véronique de Viguerie — 03:02 Et Véronique de Viguerie — 03:03 à un moment, après un peu plus tard dans la soirée, Véronique de Viguerie — 03:07 il y en a un qui me raconte qu'avec une arme lourde, il a réussi à couper son corps en 2 et qu'il a vu les jambes continuer de marcher un peu comme un poulet à qui on coupe la tête. Et là, tout le monde rigole. Véronique de Viguerie — 03:24 Tout le monde rigole, mais moi, je suis Véronique de Viguerie — 03:26 sidérée, Véronique de Viguerie — 03:27 effrayée Véronique de Viguerie — 03:28 et je me dis, mais ce n'est pas possible. Enfin, on est, enfin on parle de d'un père, d'un d'un frère, d'un fils, enfin d'un homme quoi, d'un humain. Véronique de Viguerie — 03:38 Et apparemment je suis Véronique de Viguerie — 03:40 presque la seule à penser ça. Véronique de Viguerie — 03:42 Et donc là, je je me fais la Véronique de Viguerie — 03:46 conclusion un peu glaçante, me dire qu'en fait on est on n'est plus dans la vie réelle, on est dans un, enfin eux en tout cas ils sont dans un jeu vidéo. Véronique de Viguerie — 03:55 Et j'avais rencontré Véronique de Viguerie — 03:57 des talibans, des combattants talibans Véronique de Viguerie — 03:59 du même âge qu'eux, c'est-à-dire Véronique de Viguerie — 04:02 je ne vous parle pas des grandes têtes talibans, des petits combattants talibans de Quel âge par exemple? 18, Véronique de Viguerie — 04:07 20 ans, tout jeune, Véronique de Viguerie — 04:09 qui n'ont pas vraiment choisi Véronique de Viguerie — 04:11 non plus d'épouser l'idéologie talibane. C'est qu'ils sont dans le village, le village est sous contrôle des talibans. Véronique de Viguerie — 04:18 Bon, on est recruté quoi, il n'y pas, il n'y a pas son mot à dire. Véronique de Viguerie — 04:21 Et ils avaient aussi une vision complètement déshumanisée Véronique de Viguerie — 04:26 des soldats Véronique de Viguerie — 04:27 américains. Véronique de Viguerie — 04:29 Et en fait, Véronique de Viguerie — 04:31 je me suis, ça m'a, j'ai eu ce moment dans ma tête où je me suis dit, c'est vraiment Véronique de Viguerie — 04:36 con la guerre, parce qu'en fait, Véronique de Viguerie — 04:39 dans un autre monde, Véronique de Viguerie — 04:41 ils auraient pu tous être potes et se retrouver à à jouer justement Véronique de Viguerie — 04:45 aux mêmes jeux vidéo, se taper les mêmes délires. En fait, ils sont tous en train de jouer à la guerre. Sauf que c'est la vraie guerre. Tu dis, il n'y a pas de blanc ou noir, c'est souvent une zone grise. Véronique de Viguerie — 04:57 Oui, alors là, ça, je me rendue compte de plus en plus d'ailleurs dans ma carrière qu'on Véronique de Viguerie — 05:03 est Véronique de Viguerie — 05:05 noyé, baigné de clichés Véronique de Viguerie — 05:08 de de noir et blanc où on adore Véronique de Viguerie — 05:11 les héros d'un côté, les méchants de l'autre, parce que c'est tellement plus facile Véronique de Viguerie — 05:15 pour nos cerveaux de de de de continuer à avancer comme ça en se disant bon, mais ça c'est bon, ça c'est mauvais, là je vais dans le bon chemin, là c'est le bon. Et en fait, Véronique de Viguerie — 05:25 fur et à, enfin au fur et à mesure qu'on avance même dans la vie, quand même, on se rend compte que c'est quand même beaucoup plus complexe que ça et que la vie n'est pas en noir et blanc. C'est, il y a plein de gris, il y plein de nuances. Véronique de Viguerie — 05:37 C'est pour ça, moi d'ailleurs, que je ne je ne prends jamais de photos en noir et blanc. Ah, c'est pour ça. Je prends des photos en couleur parce que je, déjà on voit la vie en couleur. La vie est complexe comme toute la palette des couleurs qui existe. Véronique de Viguerie — 05:51 Et et c'est comme je fais du photo journalisme, je suis censée rendre des informations les plus Véronique de Viguerie — 05:58 crédibles, les plus réelles et donc en couleur. Sidonie Bonnec — 06:01 Quand tu dis, Sidonie Bonnec — 06:03 ce n'est pas noir ou blanc, Sidonie Bonnec — 06:05 tu as vécu en Afghanistan, Sidonie Bonnec — 06:07 tu as côtoyé les talibans que tu as rencontré en 2006. Sidonie Bonnec — 06:10 Est-ce que Sidonie Bonnec — 06:11 tu t'es senti parfois je ne sais pas touché par un taliban ou est-ce que tu as pu en trouver un sympa Sidonie Bonnec — 06:17 parce qu'on se dit c'est des monstres tu vois. Est-ce que toi avec ton empathie, à un moment tu te dis c'est dingue ces talibans, mais ils sont quand même sympas. En fait, c'est un, la 1re fois où je les ai rencontrés, Sidonie Bonnec — 06:30 j'étais avec Véronique de Viguerie — 06:31 un autre journaliste et une autre journaliste Véronique de Viguerie — 06:34 et on était les premiers à aller les rencontrer, les premiers occidentaux depuis très longtemps Véronique de Viguerie — 06:38 Et franchement, on flippait quoi. On était dans notre, Véronique de Viguerie — 06:42 dans notre taxi. Véronique de Viguerie — 06:44 La journaliste Claire et moi, on avait la burqa, Véronique de Viguerie — 06:47 on se tenait la main. Véronique de Viguerie — 06:50 Il faisait une chaleur de bête, un silence Véronique de Viguerie — 06:54 de mort. Et quand on a vu les motos des talibans par les fenêtres de la voiture, Véronique de Viguerie — 07:00 à nous escorter, Véronique de Viguerie — 07:01 nous demander les téléphones portables, Véronique de Viguerie — 07:03 On s'est serré la main et on était là, voilà, est-ce qu'on est allé se foutre dans la gueule du loup? Oui ou non? Est-ce qu'on va sortir de cette de cet truc dans lequel on s'est mis volontairement? Véronique de Viguerie — 07:13 Parce que Vous auriez pu vous faire enlever. On avait, on a, on est, on ne savait pas trop, on était là. De toute façon, nous, on va rencontrer des gens, des monstres quoi. On va rencontrer des monstres. Véronique de Viguerie — 07:24 Et Véronique de Viguerie — 07:25 en fait, ce qui est très bizarre et très choquant et qui ne devrait pas l'être, c'est qu'en fait, se retrouve devant quoi, des êtres humains. Ok? Véronique de Viguerie — 07:34 Et au début, on est choqué, puis après on se dit, mais en fait, enfin je veux dire, je ne vous apprends rien que ce sont des êtres humains quand même quoi. Véronique de Viguerie — 07:42 Et donc comme tout être humain, Véronique de Viguerie — 07:45 ils peuvent avoir des côtés qui sont Véronique de Viguerie — 07:48 sympathiques, ça ne veut pas dire qu'ils sont sympas. Véronique de Viguerie — 07:51 Ce qu'ils font est horrible, Véronique de Viguerie — 07:53 mais ça ne les empêche pas d'être Véronique de Viguerie — 07:56 d'autre part peut-être, Véronique de Viguerie — 07:58 peut-être même un bon père. Véronique de Viguerie — 08:00 Qui sait? Peut-être un très bon mari, Véronique de Viguerie — 08:03 peut-être un Véronique de Viguerie — 08:04 mec super drôle qui fait marrer ses camarades. Véronique de Viguerie — 08:07 En fait, l'un n'empêche, enfin l'un n'empêche pas l'autre finalement. Véronique de Viguerie — 08:11 D'ailleurs, c'est c'est souvent ce qui choque les gens quand on apprend que, Véronique de Viguerie — 08:16 je ne sais pas, un meurtrier Véronique de Viguerie — 08:19 vivait, était son voisin et souvent les gens, c'est bizarre, c'est que c'était vraiment quelqu'un de normal. Véronique de Viguerie — 08:25 Et je pense qu'en fait avec cette espèce de vision Véronique de Viguerie — 08:28 dont on a parlé de tout en noir et blanc, on s'imagine Véronique de Viguerie — 08:32 que les monstres Véronique de Viguerie — 08:34 ou que les gens qui font les choses monstrueuses Véronique de Viguerie — 08:36 doivent naître monstre, nés monstre. Véronique de Viguerie — 08:40 Mais en fait non, on peut devenir monstre, Véronique de Viguerie — 08:43 mais ne pas être un monstre Véronique de Viguerie — 08:46 à à la base quoi. C'est c'est, Véronique de Viguerie — 08:49 il faut faire une différence entre Véronique de Viguerie — 08:52 entre les choses qu'on fait et qui Sidonie Bonnec — 08:55 on est, je crois. Il y a aussi des situations un peu cocasses. Sidonie Bonnec — 08:59 Il y a une sonnerie de téléphone, je crois, des talibans. En fait, c'est Britney Spires. En fait, ils écoutent les mêmes musiques que les soldats américains qui sont en face quoi. Oui, à un moment, je prends les ablutions Véronique de Viguerie — 09:10 avant la prière dans la rivière Véronique de Viguerie — 09:12 Je suis un peu cachée, il y a 3 jeunes qui sont en train de se Véronique de Viguerie — 09:17 faire les ablutions, se laver les pieds et tout. Et à un moment effectivement, Véronique de Viguerie — 09:21 sonnerie portable et c'est,. Véronique de Viguerie — 09:26 C'est improbable, Véronique de Viguerie — 09:27 Complètement improbable. Véronique de Viguerie — 09:28 C'était l'époque, Véronique de Viguerie — 09:29 je ne sais pas si toi tu l'as eu, tu es quand même plus jeune, mais où on achetait Véronique de Viguerie — 09:35 les sons de ces Bien sûr. De ces portables. Voilà. Donc il avait acheté, il s'était offert Véronique de Viguerie — 09:42 cette, Véronique de Viguerie — 09:43 ça dit de de de de de de Véronique de Viguerie — 09:51 de certains d'un côté et certains de Véronique de Viguerie — 09:58 l'autre. Tu as vécu en Afghanistan et ce qui est intéressant, tu as une vision extrêmement précise de la vie, du quotidien des femmes des afghanes. Véronique de Viguerie — 10:00 de Véronique de Viguerie — 10:08 C'est vrai que nous on les imagine Véronique de Viguerie — 10:10 et elles le sont évidemment coupées du monde, mais tu as pu les approcher, tu as pu leur parler. Véronique de Viguerie — 10:15 Il y a quand même des moments d'évasion, des petits moments. Véronique de Viguerie — 10:19 En fait, Véronique de Viguerie — 10:21 moi quand je suis arrivée en Afghanistan, donc il y a très longtemps, en 2003, Véronique de Viguerie — 10:25 j'avais Véronique de Viguerie — 10:26 une vision d'elles comme des femmes très Véronique de Viguerie — 10:31 soumises, Véronique de Viguerie — 10:32 très silencieuses, Véronique de Viguerie — 10:33 drapées sous leur burqa, Véronique de Viguerie — 10:35 qui subissaient leur sort sans moufter. Véronique de Viguerie — 10:38 Et en 2007, Véronique de Viguerie — 10:42 je crois, oui en 2007, Véronique de Viguerie — 10:44 je dois faire des des photos dans un commissariat de police, une unité féminine à Kandar. Donc c'est vraiment Véronique de Viguerie — 10:51 le, là où sont nés les talibans, Véronique de Viguerie — 10:55 hyper conservateurs, hyper traditionalistes. Véronique de Viguerie — 10:58 J'arrive dans le commissariat, Véronique de Viguerie — 10:59 dans l'unité de policière Véronique de Viguerie — 11:02 et là, elles sont toutes en train de rire Véronique de Viguerie — 11:05 et en train de fumer des énormes cigarettes. Véronique de Viguerie — 11:09 Et là, tous mes clichés de la femme soumise Véronique de Viguerie — 11:12 qui tombent. Véronique de Viguerie — 11:14 Et tant mieux et et depuis en fait je Véronique de Viguerie — 11:18 je me dis en fait, c'est complètement stupide de penser que parce qu'elles sont afghanes, elles vont toutes être pareilles. Bien sûr que non. Véronique de Viguerie — 11:25 Elles sont des femmes d'abord. Véronique de Viguerie — 11:28 Et comme toutes les femmes, il y en a qui sont Véronique de Viguerie — 11:31 drôles, il y en qui sont chiantes, y a qui sont, Véronique de Viguerie — 11:34 qui ont tendance à être déprimées, y en a, alors elles sont opprimées Véronique de Viguerie — 11:38 clairement, Véronique de Viguerie — 11:39 mais elles ne sont pas du tout silencieuses, Véronique de Viguerie — 11:42 elles ne sont pas du tout soumises. Véronique de Viguerie — 11:44 Il y a plein de femmes hyper fortes, il y a des femmes qui font des trucs incroyables. Véronique de Viguerie — 11:49 Encore aujourd'hui, y a des femmes qui ont monté des des réseaux d'écoles Véronique de Viguerie — 11:55 clandestines Véronique de Viguerie — 11:56 à leur risque et périls pour que les filles continuent. Donc ça existe encore aujourd'hui? Bien sûr, ça existe. Il y a eu, il a eu, il y a encore plein de filles Véronique de Viguerie — 12:04 qui Véronique de Viguerie — 12:06 en défiance par rapport aux talibans Véronique de Viguerie — 12:08 se baladent avec le visage non couvert, maquillé et qui regardent les talibans droit dans les yeux. Qu'est-ce qui leur implique quand elles font ça? Véronique de Viguerie — 12:16 Elles Véronique de Viguerie — 12:18 peuvent se faire, Véronique de Viguerie — 12:20 elles peuvent se faire vraiment embêter quoi. Véronique de Viguerie — 12:22 Après, je ne sais pas où jusqu'où ça peut aller, mais bon, elles vont se faire clairement, elles vont se faire, elles vont se faire embêter. Véronique de Viguerie — 12:30 Embêter, c'est quoi? Enfin, c'est En fait, ça va dépendre, ça va dépendre et elles le savent très bien, ça va dépendre de à qui elles le font ou Véronique de Viguerie — 12:39 et tout ça parce que Véronique de Viguerie — 12:41 en fait, en Afghanistan, Véronique de Viguerie — 12:42 aujourd'hui, elles n'ont le droit de rien du tout. C'est ça. Elles ont le droit de rien. Elles peuvent même plus parler en fait. Elles ont, voilà. Mais en fait, il y a beaucoup de de de Véronique de Viguerie — 12:51 règles qui sont inapplicables. Véronique de Viguerie — 12:54 Quel est, Véronique de Viguerie — 12:55 comment? Véronique de Viguerie — 12:56 Parce que les talibans, il faut quand même, ils sont quand même sortis du ventre de leur mère et ils ont souvent une épouse et ils ont aussi des des des filles ou des soeurs. Donc, Véronique de Viguerie — 13:07 ils ont quand même, enfin, Véronique de Viguerie — 13:09 ils ont quand même, ils peuvent penser quand même à à des femmes qui Ils ont une forme d'empathie, tu dis? Peut-être pas quand même. Mais ça, en fait, ça, il y a, donc il y a les règles qui sont émises par des des des grands leaders talibans qui eux, je pense, n'ont aucune empathie envers les femmes. Après, doivent être appliquées par parfois un taliban qui qui peut avoir 19, 20 ans et qui a encore peur de sa mère. Véronique de Viguerie — 13:36 Enfin vous voyez Véronique de Viguerie — 13:38 ou ou pas, ou par un taliban qui Véronique de Viguerie — 13:42 s'entend très bien avec sa femme. Enfin je veux dire en fait, Véronique de Viguerie — 13:46 il y a encore une fois Il y eu un particulier en fait. On n'est pas dans un truc Véronique de Viguerie — 13:51 en noir ou blanc. Tout en noir et blanc. Il y a, tout est un cas particulier. Véronique de Viguerie — 13:54 Ce qui a, ce que je sais par contre, c'est qu'il y a des femmes qui font cette résistance un peu de tous les jours. Alors évidemment qu'elles ne vont pas se montrer à découvert devant un grand chef taliban qui est connu Véronique de Viguerie — 14:07 les fouetter en public. Véronique de Viguerie — 14:09 C'est, ça va être plus, vous voyez. Est-ce qu'il y a encore aujourd'hui des des petites libertés Véronique de Viguerie — 14:14 ou des moments d'évasion? Ça existe encore aujourd'hui quand on est une femme en Afghanistan? Véronique de Viguerie — 14:20 Oui, parce qu'elles sont malignes, donc elle les trouve bien évidemment. Il y des, y a des, elles se retrouvent à des mariages, il y des, il y a plein de petites choses qui se font un peu cachées Véronique de Viguerie — 14:31 parce que toutes ces règles, de toute façon, elles sont tellement, presque elles n'ont plus le droit de respirer. Donc de toute façon pour vivre, Véronique de Viguerie — 14:39 elles sont obligées de de louvoyer et elles y arrivent. Et puis Véronique de Viguerie — 14:45 c'est Véronique de Viguerie — 14:46 tous ces tous ces Véronique de Viguerie — 14:48 ces talibans, Véronique de Viguerie — 14:50 toute la nouvelle génération, elle est élevée par des femmes avec des soeurs. Véronique de Viguerie — 14:54 Tu as déjà porté la burqa Oui. Évidemment de fois. Mais comment on se sent? C'est ça, comment on se sent parce que nous, femmes occidentales, on n'arrive pas à imaginer. Est-ce que tu peux nous décrire, parce que moi, je me suis toujours dit, mais il fait une chaleur de bête en fait. Comment tu te sens derrière ce grillage? Clairement, c'est hyper désagréable. Véronique de Viguerie — 15:13 Déjà, on voit très mal et le la chose à laquelle on ne pense pas, c'est qu'il y a vraiment les les le filet qui se prend tout le temps dans les cils. Donc c'est Véronique de Viguerie — 15:22 c'est c'est ça fait à force, ça fait mal aux cils. En plus, a et on doit toujours regarder derrière Véronique de Viguerie — 15:28 les les fils, donc au bout d'un moment, j'imagine qu'au bout d'un moment on s'habitue, mais quand on n'est pas habitué, au bout d'un moment ça fait mal à la tête de devoir toujours aller plus loin. Véronique de Viguerie — 15:37 Et puis nous, moi j'utilisais la burqa pour Véronique de Viguerie — 15:40 son effet baguette magique, je disparais quoi. Et donc c'est vrai que ça, ça arrive beaucoup pour aller d'un plan, d'un point a à un point b Véronique de Viguerie — 15:48 sans être remarqué. Mettre la burqa, c'est vraiment disparaître, Véronique de Viguerie — 15:52 plus personne ne vous parle, les regards glissent sur vous sans jamais s'arrêter. Véronique de Viguerie — 15:57 Donc top. Véronique de Viguerie — 15:58 Et pour Et le fait, parlons d'avoir les yeux bleus juste Attends, parce que Pour que l'effet soit plus, Véronique de Viguerie — 16:04 soit plus vrai, on prenait des, des, des vodka, n'importe quoi, des des Véronique de Viguerie — 16:10 burqas de 2e main qui avaient déjà été utilisés. Véronique de Viguerie — 16:13 Et alors là, ça, ce qui est vraiment très désagréable, c'est qu'en fait la bouche, Véronique de Viguerie — 16:17 ça garde la la laine de la précédente. Véronique de Viguerie — 16:21 Donc parfois, on avait des burqas qui sentaient le mouton ou d'autres fois là, voilà, c'était voilà. Dur. Voilà, ça Véronique de Viguerie — 16:29 peut être assez dur. Et le fait d'avoir les yeux bleus parce qu'on voit un tout petit peu les yeux au travers du grillage, est-ce que ça t'a porté préjudice ou jamais? Non, non, franchement, on ne voit pas du tout les yeux. Il faudrait vraiment que la personne Véronique de Viguerie — 16:40 se Ouais, raccroche. Sidonie Bonnec — 16:42 Non, non, mais ça ne fait pas. Mais vraiment, non, ça ne fait pas du tout. Et vraiment, c'est burqa, le le le regard Sidonie Bonnec — 16:48 de l'autre glisse sans s'arrêter. Sidonie Bonnec — 16:51 Il paraît que tu écoutes une musique en particulier quand on fait une burqa, c'est vrai? Oui, ça, c'était Véronique de Viguerie — 16:56 quand on mettait la burqa pour aller effectivement, Véronique de Viguerie — 16:59 on mettait like aver jean avec avec ma pote journaliste Véronique de Viguerie — 17:04 dessous. Ça nous faisait une petite vengeance pour les les souffrances de justement la mauvaise haleine et tout. Bon voilà, c'était notre petite vengeance à nous. Sidonie Bonnec — 17:13 Est-ce qu'il y a des des moments Sidonie Bonnec — 17:16 dans ta carrière en général parce que là on parle de l'Afghanistan, mais tu es aussi allée dans d'autres pays. Est-ce qu'il y a des moments où tu t'es dit je ne peux pas prendre cette photo Sidonie Bonnec — 17:26 ou alors je pose mon appareil photo. Sidonie Bonnec — 17:30 Est-ce qu'il y a des moments où ton empathie de femme a pris le dessus ou est-ce que quand on est là pour témoigner, pour raconter, Sidonie Bonnec — 17:37 il faut prendre toutes les photos? Véronique de Viguerie — 17:39 Alors moi, je pense qu'effectivement, Véronique de Viguerie — 17:43 il faut prendre toutes les photos parce que c'est ça que je sais bien faire. Véronique de Viguerie — 17:49 Ça n'empêche pas de après Véronique de Viguerie — 17:52 expliquer, Véronique de Viguerie — 17:53 prendre dans les bras, pleurer en prenant la photo. Véronique de Viguerie — 17:56 Ce n'est pas grave. Mais la personne, Véronique de Viguerie — 17:58 elle elle elle ne pleure pas Véronique de Viguerie — 18:01 devant moi en me racontant ce qu'elle est en train de me raconter Véronique de Viguerie — 18:04 pour que je la prenne dans les bras. Pour ça, elle a des gens, Véronique de Viguerie — 18:08 je suis sûre qu'elle préfère avoir Véronique de Viguerie — 18:11 sa soeur ou je ne sais qui qui la prennent en ce moment plutôt que moi. Et moi, donc le, Véronique de Viguerie — 18:16 pour lui rendre Véronique de Viguerie — 18:20 l'appareil, ce que je dois faire, c'est vraiment pour le coup prendre mon appareil et rendre la photo la plus touchante à la mesure Véronique de Viguerie — 18:29 de l'émotion Véronique de Viguerie — 18:30 qu'elle qu'elle a subie et qu'elle est en train de me faire partager. Est-ce qu'il y des moments où toi tu es rentrée et tu as des images qui t'ont poursuivi? Sidonie Bonnec — 18:37 Parce qu'on ne sort pas indemne quand même de tout ce que tu as vu. Ah bien j'en ai, j'en ai plein. Évidemment qu'il y a des, Véronique de Viguerie — 18:43 évidemment qu'il y des reportages où on rentre avec Véronique de Viguerie — 18:47 des valises avec plein de fantômes dedans. Mais Véronique de Viguerie — 18:50 je crois qu'il faut l'accepter et je crois que je le, Véronique de Viguerie — 18:53 je le, je le savais. Après, il y a des fantômes, mais il y a aussi, je ne pas si je peux dire ça, mais il y a, il a, il y a aussi des des choses très belles avec lesquelles on rentre, des des espèces de petites pépites Véronique de Viguerie — 19:05 sont des leçons de vie pour pour notre vie Sidonie Bonnec — 19:09 de tous les jours. Quoi quoi par exemple? Qu'est-ce que tu as ramené dans tes valises? Véronique de Viguerie — 19:14 En fantôme ou en pépite? Les 2 pour ne Véronique de Viguerie — 19:18 En fantôme, Véronique de Viguerie — 19:20 il y a eu une fois où c'était vraiment dur. Véronique de Viguerie — 19:24 J'étais partie au Yémen et j'avais notamment couvert la, Véronique de Viguerie — 19:28 on avait couvert la famine au Yémen Véronique de Viguerie — 19:30 et Véronique de Viguerie — 19:32 et on on avait vu vraiment des enfants qui étaient en train de Véronique de Viguerie — 19:36 de mourir de de faim. Véronique de Viguerie — 19:38 Et en fait en rentrant Véronique de Viguerie — 19:41 chez moi, moi j'ai 2 petites filles, Véronique de Viguerie — 19:44 on allait faire les courses Véronique de Viguerie — 19:45 à monoprix, je me souviens et on va choisir les céréales du matin Véronique de Viguerie — 19:50 et j'ai failli avoir un tombé dans les pommes en fait d'avoir ce, Véronique de Viguerie — 19:55 en train de me dire mais qu'est-ce que c'est que ce monde où là ça fait depuis Véronique de Viguerie — 20:00 10 minutes que je suis en train de chercher quelles céréales pour ma fille alors qu'avant-hier Véronique de Viguerie — 20:06 j'étais Véronique de Viguerie — 20:07 dans un hôpital où il y a il y a plus de bouffe pour les enfants. Enfin ce n'est pas normal, il y a un truc qui, et donc parfois quand Véronique de Viguerie — 20:15 j'arrive souvent à imaginer que ces 2 réalités qui sont parallèles et qui ne se croisent pas trop, et quand ça se croise, ça fait mal. Tu arrives quand même à dissocier? Véronique de Viguerie — 20:25 J'essaye le plus possible. Oui, ce n'est pas toujours facile. Ce n'est pas toujours facile, j'imagine. Ce n'est pas toujours facile. Est-ce que tu as des rêves parfois? Véronique de Viguerie — 20:32 Oui, Sidonie Bonnec — 20:33 hyper souvent. J'en ai, les les la nuit, ça revient, il y a il y a ouais ouais, hyper souvent. Est-ce que tu as des rêves qui sont récurrents par exemple? Sidonie Bonnec — 20:44 Oui, j'en ai plein, mais à force, je vais pleurer. Non, mais on ne pas te faire pleurer, mais c'est juste de nous raconter pour qu'on comprenne. Sidonie Bonnec — 20:51 Alors Sidonie Bonnec — 20:52 ce n'est pas, ça va, c'est des rêves où souvent Véronique de Viguerie — 20:57 je me retrouve, Véronique de Viguerie — 21:02 genre je ne peux plus parler ou je ne peux plus avancer. Véronique de Viguerie — 21:05 Je vois quelque chose qui se passe, Véronique de Viguerie — 21:08 que j'ai imaginé ou qu'on m'a raconté Véronique de Viguerie — 21:10 et je je suis Véronique de Viguerie — 21:12 figée. Véronique de Viguerie — 21:14 Et je dois continuer de regarder sans Sidonie Bonnec — 21:16 sans rien faire. Et il y une image que tu pourrais nous raconter? Véronique de Viguerie — 21:23 Non, mais oui, il y il y en a certains par exemple des des bombardements Véronique de Viguerie — 21:28 et il faut aller sauver des, Véronique de Viguerie — 21:31 d'ailleurs ce n'est pas des bombardements, c'est plutôt des tremblements de terre et il faut aller Véronique de Viguerie — 21:35 sauver des gens qui sont coincés et je suis Véronique de Viguerie — 21:39 glacée, figée. Véronique de Viguerie — 21:40 Et ça t'est déjà arrivé d'être figée? Véronique de Viguerie — 21:42 En vrai non. En vrai non. Non, Véronique de Viguerie — 21:45 non jamais. Sidonie Bonnec — 21:46 Est-ce que le fait d'avoir un appareil photo ça te permet parfois Sidonie Bonnec — 21:50 d'avoir une certaine distance? Je te pose la question parce que tu as pris, Sidonie Bonnec — 21:54 tu étais auprès des talibans, tu as fait ce reportage photo pour Paris match en 2008 Sidonie Bonnec — 21:59 avec cette attaque qui va tuer 10 soldats français si je ne me trompe Ouais et leurs fixeurs. Et leurs fixeurs, Sidonie Bonnec — 22:05 c'est un moment évidemment extrêmement violent. Sidonie Bonnec — 22:07 Tu es en plus aux côtés des talibans, qui va te porter préjudice parce que tu as plein de gens qui après t'ont critiqué, tu vas nous raconter. Est-ce qu'à ce moment-là d'avoir ton appareil photo, ça t'a permis d'avoir une distance avec le réel? Sidonie Bonnec — 22:20 Franchement, ce n'est pas là où ça m'a le plus Sidonie Bonnec — 22:23 aidé parce qu'en fait je, Sidonie Bonnec — 22:26 déjà Véronique de Viguerie — 22:27 je ne savais pas au moment où je les ai rencontrés que j'allais rencontrer Véronique de Viguerie — 22:34 ceux-là. Véronique de Viguerie — 22:36 Moi mon but, c'était d'aller dans les dans les villages à côté qui étaient entre leurs mains. Véronique de Viguerie — 22:42 Et Véronique de Viguerie — 22:44 en fait, Véronique de Viguerie — 22:45 l'écran Véronique de Viguerie — 22:46 de l'appareil photo, je trouve que ça sert, mais pas pour la peur. Véronique de Viguerie — 22:50 Là, ce que que j'aurais pu craindre, du coup, c'était la peur. Mais en fait, moment où je me suis rendu compte que c'était eux, Véronique de Viguerie — 22:57 je savais qu'il n'allait rien m'arriver. Véronique de Viguerie — 23:00 Quand quand tu dis c'était eux, tu parles des talibans, Véronique de Viguerie — 23:02 des, ouais, quand j'ai su, en fait que je, là je savais que c'était talibans, je savais que j'allais rencontrer des talibans. Véronique de Viguerie — 23:09 Quand j'ai réalisé au fur et à mesure de mon interview Véronique de Viguerie — 23:13 que c'était ceux qui avaient tué les français la semaine d'avant, Véronique de Viguerie — 23:19 je n'avais pas besoin d'écran pour me protéger de quoi que ce soit. Ça sert d'écran pour Véronique de Viguerie — 23:25 l'émotion plutôt. Véronique de Viguerie — 23:28 Ça sert d'écran, prend des photos, Véronique de Viguerie — 23:30 continuer à prendre des photos là où effectivement, normalement, on aurait arrêté par pudeur ou on aurait commencé à prendre dans les bras. C'est un peu pour qu'on se dit bon, c'est du travail, il faut le faire, il faut le faire et se concentrer sur autre chose Véronique de Viguerie — 23:45 que ce qu'on est en train de voir ou de Véronique de Viguerie — 23:48 ou d'entendre. Sidonie Bonnec — 23:49 Et dans ce cas, tu te sens de quoi sur la technique, sur... Véronique de Viguerie — 23:53 Ouais ouais c'est ça. Oui oui oui c'est ça sur la technique, mais ça ne marche pas à tous les coups. Je me souviens d'une fois justement ce, un tremblement de terre, Véronique de Viguerie — 24:02 j'étais très jeune et Véronique de Viguerie — 24:04 c'était en 2006 au Pakistan Véronique de Viguerie — 24:06 et donc je n'étais pas du tout préparée et j'ai été complètement submergée Véronique de Viguerie — 24:11 par, Véronique de Viguerie — 24:12 par par ce que je voyais, l'émotion, Véronique de Viguerie — 24:15 ses corps, mort, cette impuissance Véronique de Viguerie — 24:19 par rapport aux gens qui avaient besoin de tout et à qui je n'apportais rien, Véronique de Viguerie — 24:24 ni rien puisque de toute façon ils étaient trop nombreux et tout. Et je sais qu'à un moment j'ai vu cette image Véronique de Viguerie — 24:31 où Véronique de Viguerie — 24:33 il y avait un père Véronique de Viguerie — 24:34 qui se baladait et il avait, Véronique de Viguerie — 24:37 il portait Véronique de Viguerie — 24:38 un enfant, Véronique de Viguerie — 24:39 une petite fille comme ça sur son bras et après là, il avait un sac Véronique de Viguerie — 24:45 en toile de jute et de la toile de jute dépassait Véronique de Viguerie — 24:49 2 petits pieds. Véronique de Viguerie — 24:51 Et donc, Véronique de Viguerie — 24:53 et franchement il y a eu tellement de morts que, Véronique de Viguerie — 24:57 enfin je sais c'est le père qui avec ses enfants quoi. Véronique de Viguerie — 25:00 Et j'ai voulu prendre Véronique de Viguerie — 25:02 une photo et là c'est la 1re fois et la dernière fois que ça m'est arrivé mais mon appareil photo, Véronique de Viguerie — 25:08 il pesait tout d'un coup 2 tonnes. Je n'ai pas pu, Véronique de Viguerie — 25:11 j'ai essayé et je n'ai pas pu prendre la photo. Véronique de Viguerie — 25:15 Je n'ai pas pu prendre la photo et pourtant c'était une photo qui aurait été Véronique de Viguerie — 25:19 Hyper forte. Hyper forte et Véronique de Viguerie — 25:22 après je l'ai suivie Véronique de Viguerie — 25:23 et il était, il les a enterrés dans, dans Véronique de Viguerie — 25:28 de espèce de rond-point avec un autre Véronique de Viguerie — 25:31 homme qui aussi enterrait, Véronique de Viguerie — 25:32 enfin voilà, c'est, on en était là. Mais Véronique de Viguerie — 25:37 j'ai j'avais j'ai raté la photo. Ça, c'est la photo que je n'ai pas prise et qui me Véronique de Viguerie — 25:42 qui me hante, Véronique de Viguerie — 25:44 qui me hantera toute ma vie quoi. Et c'est peut-être là aussi où j'ai réalisé que mon boulot, ce n'était pas, enfin ça lui sert à quoi que je lui, que je me dise c'est horrible, Véronique de Viguerie — 25:54 ça ne lui sert à rien du tout. Moi ça lui sert si j'avais pris la photo, réussi la photo et qu'ils auraient, qu'ils aient pu utiliser cette photo pour qu'il y ait des gens qui Véronique de Viguerie — 26:04 donnent Véronique de Viguerie — 26:06 aux ONG ou qu'il y ait des gens qui viennent aider. Voilà, c'est ça ton boulot. Ton boulot, c'est ça? Tu dis, c'est nous confronter, nous, à la réalité du monde. Véronique de Viguerie — 26:15 Exactement, je vous la ramène chez vous. Véronique de Viguerie — 26:18 Tu vas dans des zones où on ne peut pas aller en fait. Voilà, je vais là où vous ne pouvez pas aller et je vais vous montrer des choses que peut-être vous avez, vous ne pouvez pas ou vous n'avez pas envie de voir. Moi je vous les montre pour qu'au moins on ne puisse pas dire, on ne savait pas. Véronique de Viguerie — 26:32 Il y a des situations évidemment dangereuses que tu as vécues et tu as notamment survécu à un attentat dans un cyber café. C'est en 2006, c'est ça? 2005. 2005, Véronique de Viguerie — 26:43 tu vis déjà en Afghanistan, qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là? Véronique de Viguerie — 26:46 Donc je vis en Afghanistan depuis Véronique de Viguerie — 26:49 plus d'un an Véronique de Viguerie — 26:51 et je Véronique de Viguerie — 26:53 abonnée Véronique de Viguerie — 26:54 au cyber café parce qu'à l'époque, il y a un internet, Véronique de Viguerie — 26:57 enfin tout le monde n'a pas internet. Véronique de Viguerie — 27:00 Et donc on passe des heures, des heures et des heures, parfois des jours même à envoyer quelques photos Véronique de Viguerie — 27:06 Et parfois, ça s'arrête parce qu'il n'y pas d'électricité, Véronique de Viguerie — 27:09 il faut recommencer. Véronique de Viguerie — 27:10 Et c'est aussi le seul endroit où on peut appeler Véronique de Viguerie — 27:14 nos parents ou nos familles avec. Véronique de Viguerie — 27:18 Ouais, donc tu passes du temps dans ce genre Donc on y passe, on y passe, tout le monde y va. Il y d'ailleurs il y des, y a des cyber cafés partout partout qui fleurissent. Véronique de Viguerie — 27:27 Et Véronique de Viguerie — 27:27 et donc je suis dans le cyber café où je vais d'habitude avec une copine Véronique de Viguerie — 27:32 et je ne sais pas ce qu'on est en train de faire, moi je crois que je suis en train d'envoyer des photos. Véronique de Viguerie — 27:37 Et à un moment, Véronique de Viguerie — 27:39 juste on entend Véronique de Viguerie — 27:41 une énorme Véronique de Viguerie — 27:42 explosion derrière nous. Véronique de Viguerie — 27:44 Le, Véronique de Viguerie — 27:45 le toit Véronique de Viguerie — 27:47 tombe, tombe dessus, donc je ne vois plus rien. Véronique de Viguerie — 27:50 J'ai les oreilles qui, qui sifflent. Véronique de Viguerie — 27:53 Je, on, enfin je pense, personne ne comprend du tout ce qui se passe. Il y a des cris qui disent, il faut sortir, faut sortir, il faut sortir. Véronique de Viguerie — 28:02 Soit en anglais, enfin tu comprends? Ouais ouais, oui je suis, je ne sais plus où il y a là, enfin de toute façon ça veut dire voilà. Véronique de Viguerie — 28:09 Panique, moi j'appelle Véronique de Viguerie — 28:11 ma ma copine qui est en face que je ne vois pas, Pauline, Pauline, ça va. Elle me dit oui ça va, Véronique de Viguerie — 28:19 il faut sortir, Véronique de Viguerie — 28:20 oui on sort et là je récupère Véronique de Viguerie — 28:23 mon appareil photo, Véronique de Viguerie — 28:26 mon, mon truc, enfin ce que je peux. Je sors évidemment là, il y une espèce de baie vitrée qui est complètement exposée, donc tout le monde sort par là. Véronique de Viguerie — 28:34 Et puis, Véronique de Viguerie — 28:36 et puis en fait à un moment, la la la poussière on attend. Il y des, il y des personnes qui sont blessées, qui sortent, Véronique de Viguerie — 28:43 bon on a, il y a des des gens qui viennent les aider. Et quand la poussière Véronique de Viguerie — 28:48 tombe, Véronique de Viguerie — 28:50 on voit qu'il reste Véronique de Viguerie — 28:52 5 corps à l'intérieur qui ne pas sortis quoi. Sidonie Bonnec — 28:55 Et et comment tu, Sidonie Bonnec — 28:58 c'est une question idiote, mais tu tu fais quoi? Enfin tu réagis comment? Alors Véronique de Viguerie — 29:02 je je je réagis comment? Je, donc à Véronique de Viguerie — 29:06 l'époque, il n'y avait pas de, Véronique de Viguerie — 29:09 c'est le 1er Véronique de Viguerie — 29:11 attentat suicide. C'est le 1er. En Afghanistan, en Afghanistan. Il y en avait en Irak, il y avait eu, il y en avait beaucoup en Irak, il y en avait au Pakistan. Véronique de Viguerie — 29:19 Mais en Afghanistan, Véronique de Viguerie — 29:20 il y en, il n'y en avait pas. Véronique de Viguerie — 29:23 Donc Véronique de Viguerie — 29:24 il y a des gens qui disent Véronique de Viguerie — 29:26 très vite, c'est la bonbonne de gaz qui a qui a explosé de derrière et tout. Moi comme d'habitude ce que je fais, je prends des photos, Véronique de Viguerie — 29:35 mais je suis tellement, Véronique de Viguerie — 29:36 je les ai revues, Véronique de Viguerie — 29:38 elles Véronique de Viguerie — 29:39 sont toutes floues tellement je tremble et tout. Avec Pauline, on est un peu Véronique de Viguerie — 29:45 éberlué Véronique de Viguerie — 29:46 de choquer. Bon en fait, on est choqué tout simplement de ce qui nous est arrivé. Véronique de Viguerie — 29:51 On ne sait pas trop comment le faire. Et puis Véronique de Viguerie — 29:54 je ne sais même pas, on rentre et puis le lendemain, y a des Véronique de Viguerie — 29:58 des Véronique de Viguerie — 29:59 des soldats de l'armée française qui viennent nous voir, qui veulent savoir si on a besoin d'être accompagnés, Véronique de Viguerie — 30:05 si on a subi voilà. Moi je crois que mes les durent Véronique de Viguerie — 30:09 quelques Véronique de Viguerie — 30:10 quelques semaines et puis Et Véronique de Viguerie — 30:13 donc c'est le 1er attentat, Véronique de Viguerie — 30:14 il y en aura d'autres. Est-ce qu'après tu as travaillé différemment Véronique de Viguerie — 30:17 pour te protéger? Non en fait cet attentat, Véronique de Viguerie — 30:21 oui après il y a eu d'autres. Véronique de Viguerie — 30:23 Oui, mais surtout cet attentat m'a donné bizarrement, Véronique de Viguerie — 30:27 je ne pas si Véronique de Viguerie — 30:29 moi ça m'a donné envie de rencontrer les talibans. Je me suis dit, je ne comprends pas en fait. Je ne comprends pas pourquoi Véronique de Viguerie — 30:36 quelqu'un, Véronique de Viguerie — 30:37 donc parce qu'après on a appris que c'était donc un kamikaze qui s'est, qui qui s'était fait Véronique de Viguerie — 30:42 exploser Véronique de Viguerie — 30:44 et je me suis dit je ne comprends pas comment quelqu'un au nom d'une religion Véronique de Viguerie — 30:49 puisse Véronique de Viguerie — 30:50 se tuer Véronique de Viguerie — 30:51 et tuer d'autres personnes qu'il ne connaît pas, qui sont Véronique de Viguerie — 30:55 qui sont là par hasard. Enfin Véronique de Viguerie — 30:58 voilà. Et donc à partir de là, je me suis dit moi je veux les voir. Donc c'est aussi un point de bascule quelque part. C'est aussi un point de. À partir de là, je me suis dit je veux voir Véronique de Viguerie — 31:07 qu'est-ce que c'est, Sidonie Bonnec — 31:08 qu'est-ce qui se cache derrière ce mot taliban en fait. Et après tu as réussi à en sortir parce que pourquoi tu vas quitter l'Afghanistan? Sidonie Bonnec — 31:15 Pourquoi tu vas décider de rentrer? Tu fais beaucoup de reportages, beaucoup de terrains, tu les rencontres, Sidonie Bonnec — 31:20 tu les suis, mais pourquoi maman tu vas rentrer? Et donc 4 ans après, Véronique de Viguerie — 31:26 je, Véronique de Viguerie — 31:27 en fait c'est, je vois un Véronique de Viguerie — 31:30 reportage et son reportage c'est sur Véronique de Viguerie — 31:32 des petites filles qui sont mariées à des vieux en Afghanistan. Véronique de Viguerie — 31:38 Et Véronique de Viguerie — 31:39 Stéphanie Saint-Clair, ça y est, ça m'est revenu. Véronique de Viguerie — 31:42 Et je vois son reportage et je suis, je me dis, mais en fait, je, c'est, je l'ai vu Véronique de Viguerie — 31:49 plein de fois ça. Et je suis tellement Véronique de Viguerie — 31:53 imprégnée Véronique de Viguerie — 31:54 dedans, dans la culture Véronique de Viguerie — 31:56 que ça ne, ça ne m'a même pas choqué. Véronique de Viguerie — 32:00 Ou ça m'a En fait, tu dis sur le terrain, j'ai vu des petites filles mariées avec des des hommes plus vieux. Des et ça ne m'a même pas paru quelque Véronique de Viguerie — 32:08 chose qui était, qui valait le coup d'être Raconté. Raconté. Et là, je me suis dit ça fait trop longtemps que tu es en Afghanistan Véronique de Viguerie — 32:16 Par, tu as besoin de prendre du recul par rapport par rapport à par rapport à ce pays. Tu es en train de devenir trop Véronique de Viguerie — 32:24 Afghane. Véronique de Viguerie — 32:25 Pas habituée quoi. Mais ouais, habituée et tu as besoin de prendre un peu de recul. Plus, Véronique de Viguerie — 32:31 il faut quand même le dire, j'étais fatiguée Véronique de Viguerie — 32:33 de de ces 4 ans Véronique de Viguerie — 32:35 d'Afghanistan. C'est un pays que j'adore, où j'aime toujours retourner avec plaisir et tout, Véronique de Viguerie — 32:40 mais c'est bien de prendre un peu de recul parfois. Véronique de Viguerie — 32:43 Tu parles de fatigue. Est-ce qu'il y des moments où tu es fatiguée, où tu es usée, où tu te dis que tu pourrais arrêter? Véronique de Viguerie — 32:50 Alors jamais, Véronique de Viguerie — 32:51 jamais par rapport au reportage et tout, je suis toujours contente. Il n'y a pas de, il n'y a jamais eu un reportage où je me suis dit, alors des reportages où j'ai peur, il y des reportages où je suis, mais je ne suis pas jamais blasée. Véronique de Viguerie — 33:03 Non, ce ce qui me fatigue parfois, Véronique de Viguerie — 33:07 et franchement je n'ai pas le droit de me plaindre parce que truc, mais ce qui est fatigant, Véronique de Viguerie — 33:11 c'est Véronique de Viguerie — 33:12 cette précarité, Véronique de Viguerie — 33:13 vulnérabilité Véronique de Viguerie — 33:15 dans laquelle on est, Véronique de Viguerie — 33:17 mais par rapport à la situation ici quoi en France. C'est-à-dire? On Véronique de Viguerie — 33:23 est, Véronique de Viguerie — 33:25 enfin voilà, il faut, Véronique de Viguerie — 33:27 il faut qu'on soit content Véronique de Viguerie — 33:29 quelles que soient les Véronique de Viguerie — 33:31 les conditions Véronique de Viguerie — 33:33 de partir parce que, Véronique de Viguerie — 33:36 parce qu'en fait on est beaucoup à vouloir faire des reportages, il y a peu de magazines qui produisent encore. Véronique de Viguerie — 33:43 Et donc Véronique de Viguerie — 33:44 enfin voilà, les les la balle n'est pas du tout du tout dans notre camp. Donc pour comprendre ce qui te fatigue, c'est la précarité du métier. Oui, oui pardon. C'est Véronique de Viguerie — 33:54 Oui, la précarité du métier de C'est la précarité du métier de pigiste parce que tu n'as pas beaucoup de magazines qui vont acheter tes reportages Véronique de Viguerie — 34:01 et tu dois peut-être parfois avoir une frustration, avoir envie de raconter quelque chose et personne ne te l'achète. Ouais voilà, il y a ça temps sur le terrain. Mais sur le terrain jamais. Non, je n'ai jamais été, Véronique de Viguerie — 34:11 j'ai déjà été super énervée par certaines personnes, mais je n'ai jamais été blasée, non. Jamais? Non, jamais. Il y a des situations Véronique de Viguerie — 34:20 cocasses, voire dangereuses Véronique de Viguerie — 34:22 que tu as vécues. Véronique de Viguerie — 34:24 Il y a une situation, j'ai, c'est au delta du Niger. Tu étais avec ta consoeur Franchement, Manon Keroui. Keroui, Et là, il y a un homme qui va avoir envie de l'épouser, c'est ça? Oui. Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé? Véronique de Viguerie — 34:37 En fait, Véronique de Viguerie — 34:39 on venait, Véronique de Viguerie — 34:40 on venait d'arriver donc dans Véronique de Viguerie — 34:43 dans le l'antre Véronique de Viguerie — 34:44 qui est la mangrove d'un certain, Véronique de Viguerie — 34:48 était un, Véronique de Viguerie — 34:49 on va dire un Véronique de Viguerie — 34:51 général Véronique de Viguerie — 34:52 qui s'occupait de de de ses troupes, Véronique de Viguerie — 34:55 qui s'appelait le mouvement d'émancipation du delta du Niger Véronique de Viguerie — 34:58 et qui en gros Véronique de Viguerie — 35:04 faisaient du du raquette Véronique de Viguerie — 35:06 à des des industries pétrolières Véronique de Viguerie — 35:09 pour ne les attaquer. Véronique de Viguerie — 35:10 C'est ça. Véronique de Viguerie — 35:11 Et donc, il était recherché par l'armée et tout. Donc en fait, quand on arrive Véronique de Viguerie — 35:16 dans sa mangrove, c'est lui qui vient nous chercher. Véronique de Viguerie — 35:20 Et pour repartir, c'est aussi lui qui nous ramène dans un point. Donc on est quand même un peu Véronique de Viguerie — 35:27 dépendante complètement de lui. Du mec ouais. Évidemment. Véronique de Viguerie — 35:30 Et donc Manon, Véronique de Viguerie — 35:31 très belle, Véronique de Viguerie — 35:33 magnifique et tout, Véronique de Viguerie — 35:34 tape évidemment, Véronique de Viguerie — 35:36 lui tape dans l'oeil. Véronique de Viguerie — 35:38 Et là, Véronique de Viguerie — 35:39 il nous dit bon, en fait, voilà, Véronique de Viguerie — 35:42 en gros Manon, tu me plais beaucoup quoi. Véronique de Viguerie — 35:45 Donc nous, on est des empareils, il faut réfléchir vite et avec le fixeur, on est là, il n'y a qu'une chose à faire, Véronique de Viguerie — 35:52 c'est dire que Véronique de Viguerie — 35:54 chez nous, ça ne fait pas comme ça, il faut se marier d'abord Véronique de Viguerie — 35:58 pour donner un peu, s'acheter un peu de temps quoi. Juste pour préciser, un fixeur, c'est un journaliste local ou une personne qui a beaucoup de connaissances du terrain. C'est un guide plus plus plus traducteur, Véronique de Viguerie — 36:10 plus qui est entremetteur Véronique de Viguerie — 36:12 entre les trucs et Véronique de Viguerie — 36:14 et là en en plus, Véronique de Viguerie — 36:16 c'est un mec qui qui est super, Véronique de Viguerie — 36:19 enfin bon bref. Donc en tout cas, vous êtes toutes les 2 avec un guide, avec un mec qui vous accompagne, qui est tout aussi bloqué que vous, mais qui connaît aussi la culture. Qui connaît la culture et qui connaît même le le le personnage et qui donc sait à peu près ce qui va marcher ou pas marcher. Donc, on dit ça pour s'acheter un peu de temps. Véronique de Viguerie — 36:38 Et donc il décide que oui, de toute façon il est tout à fait d'accord pour se pour se marier avec Manon. Il faut savoir que là-bas, il n'y a pas vraiment de problème de monogamie, Véronique de Viguerie — 36:48 donc une de plus ou une de moins. Véronique de Viguerie — 36:50 Et que voilà, donc on est là super. Véronique de Viguerie — 36:53 Donc tu es, si tu veux te marier avec Manon, écoute, Véronique de Viguerie — 36:56 il va falloir quand même qu'on rentre à Port Arcours pour prévenir nos parents qui vont évidemment, puisqu'on disait qu'on était des soeurs qui vont évidemment être Véronique de Viguerie — 37:04 enchantées de cette nouvelle et puis acheter une robe et puis tout un tas de trucs à préparer quoi, un mariage quoi. Véronique de Viguerie — 37:11 Et Véronique de Viguerie — 37:13 étant donné qu'il est très mégalo et que je pense que peu Véronique de Viguerie — 37:17 de de de ces demandes soient refusées, surtout une demande en mariage, le le type, Véronique de Viguerie — 37:23 voilà, ne bronche pas et nous donne quelques billets pour aller faire nos petites emplettes et tout, et pour repartir à Port Harcour. Donc, il vous laisse repartir. Il nous laisse repartir. Tellement sûr qu'évidemment, Véronique de Viguerie — 37:35 Manon a Véronique de Viguerie — 37:36 apprécié ses charmes et se fait une joie de rentrer vivre sa vie de jeune mariée dans la mangrove. Véronique de Viguerie — 37:42 Donc, attend qu'il attend un jour sa mariée va pleurer exactement. Sidonie Bonnec — 37:47 C'est hallucinant. Sidonie Bonnec — 37:48 Mais là, est-ce qu'il y d'autres situations comme ça où en tant que femme, Sidonie Bonnec — 37:52 c'est un peu tangent, c'est un peu dangereux? Tu vois, est-ce qu'il y a d'autres trucs où tu as dû inventer ou entourlouper Sidonie Bonnec — 37:56 pour t'en sortir? En fait, Véronique de Viguerie — 37:59 être une femme, c'est avoir certaines armes. Être un homme, c'est avoir certaines Véronique de Viguerie — 38:04 armes. Véronique de Viguerie — 38:05 Donc évidemment qu'on qu'on qu'on les utilise. Véronique de Viguerie — 38:09 Donc, Véronique de Viguerie — 38:10 alors je ne dis pas, Véronique de Viguerie — 38:13 je ne dis pas genre coucher avec les gens, mais utiliser par exemple, moi j'utilise beaucoup Véronique de Viguerie — 38:19 le le le fait de d'avoir l'air Véronique de Viguerie — 38:22 vulnérable Véronique de Viguerie — 38:23 ou fragile ou très blonde Véronique de Viguerie — 38:25 parce que Véronique de Viguerie — 38:27 du coup, c'est, ça ça engendre, je trouve, Véronique de Viguerie — 38:31 de la part de l'autre, souvent de l'homme, de la bienveillance Véronique de Viguerie — 38:34 parce qu'il se dit elle, Véronique de Viguerie — 38:36 elle n'est pas dangereuse. Véronique de Viguerie — 38:37 Peut-être avec un peu de chance, elle est stupide. Véronique de Viguerie — 38:40 Donc je peux, je n'ai pas besoin de trop me méfier d'elle. Et du coup, les gens, ils sont, ils ont plus tendance à Véronique de Viguerie — 38:46 à baisser Véronique de Viguerie — 38:47 la garde plus vite. Véronique de Viguerie — 38:50 Ça, je trouve que voilà, Véronique de Viguerie — 38:51 là Véronique de Viguerie — 38:52 où par exemple, notamment par au Delta du Niger, ça aurait été une très mauvaise idée de jouer Véronique de Viguerie — 38:59 avec la camaraderie, Véronique de Viguerie — 39:01 genre on rigole, on boit des coups ensemble. Est-ce que ça serait tout de suite aller beaucoup trop loin? Alors qu'un homme On peut le faire. Vu ça comme une Véronique de Viguerie — 39:10 réponse positive aux avances quoi. Oui, en plus on nous l'avait dit, on nous avait dit là-bas, vous allez y aller, vous Véronique de Viguerie — 39:17 ne buvez pas, vous Véronique de Viguerie — 39:19 rigolez à aucune blague. Enfin, il faut montrer qu'on est genre chiante, Véronique de Viguerie — 39:24 pas drôle pour couper court. Et même, bon, on voit que ça n'a pas coupé Véronique de Viguerie — 39:30 court à tout. Mais voilà, il y a, il a, enfin voilà, en fait, en fonction des terrains, en fonction des gens, Véronique de Viguerie — 39:37 on sort telle carte ou telle carte, voilà. Tu parlais de blonde sur ton compte x. Moi, j'ai adoré, tu écris photographe de guerre, maman de 2 enfants, blonde, Véronique de Viguerie — 39:47 pas stupide et sans peur. Véronique de Viguerie — 39:49 Est-ce qu'il faut être sans peur pour faire ce métier? Véronique de Viguerie — 39:52 En fait, c'est un peu, Véronique de Viguerie — 39:54 c'est un peu exagéré, bien sûr, parce que j'ai peur. Véronique de Viguerie — 39:58 Mais juste, Véronique de Viguerie — 39:59 n'ai pas peur d'avoir peur Véronique de Viguerie — 40:02 Et la peur ne me paralyse pas. La peur est un peu, Véronique de Viguerie — 40:06 c'est un peu quand même une copine. Véronique de Viguerie — 40:08 C'est qui est, qui va m'aider à Véronique de Viguerie — 40:11 à être plus attentive, Véronique de Viguerie — 40:13 plus Véronique de Viguerie — 40:15 plus, Véronique de Viguerie — 40:16 je sais pas, peut-être développer un peu ce 6e sens dont on parle de se, s'écouter. Véronique de Viguerie — 40:24 Donc en fait, Sidonie Bonnec — 40:25 pas que je n'ai pas peur, c'est que j'aime bien la peur. C'est ça. En fait, c'était ma prochaine question. Est-ce qu'il n'y a pas une sorte de drogue? C'est que moi pour avoir côtoyé plein de confrères qui sont allés sur les terrains de conflit, ils m'ont souvent dit j'ai envie d'y retourner. J'ai envie, tu vois il y a un truc où enfin il y a cette mise en danger qui parfois il y a une forme d'adrénaline qui est très addictive en fait. Sidonie Bonnec — 40:46 Oui, Sidonie Bonnec — 40:46 oui, Véronique de Viguerie — 40:49 oui, évidemment. Après, ça, c'est un peu dommage de réduire Véronique de Viguerie — 40:53 Non, c'est un retard, mais oui, voilà. Mais, mais ça en fait d'énergie, Véronique de Viguerie — 40:58 ça en fait partie. Véronique de Viguerie — 41:00 Moi, j'aime bien aussi les sports un peu extrêmes. Véronique de Viguerie — 41:03 Bon, Véronique de Viguerie — 41:05 je crois que se sentir tellement vivant après Véronique de Viguerie — 41:09 avoir Véronique de Viguerie — 41:11 frôlé Véronique de Viguerie — 41:12 la mort, c'est c'est c'est une réalité en fait. Il y a, il y en a un peu ce cette espèce de d'adrénaline Véronique de Viguerie — 41:19 de se dire que Véronique de Viguerie — 41:21 encore une fois, Véronique de Viguerie — 41:23 on a remporté Véronique de Viguerie — 41:25 la victoire sur la mort. C'est un peu mégalo de dire ça et tout, mais il y a un petit peu de, Sidonie Bonnec — 41:31 ouais, oui, il y un petit peu de ça. Tes mamans ont 2 enfants, tu en as parlé. Sidonie Bonnec — 41:36 Tu parles de remporter cette victoire sur la mort. Est-ce que tu as un rituel quand tu pars? Est-ce qu'à un moment où tu te dis quand tu pars, je pourrais ne pas revenir? Est-ce que tu leur dis au revoir d'une certaine façon? Non, je ne me dis jamais Véronique de Viguerie — 41:48 jamais jamais que je ne vais pas revenir ou Véronique de Viguerie — 41:52 ou qu'il y ait même une possibilité Véronique de Viguerie — 41:54 que je ne revienne pas. Véronique de Viguerie — 41:56 Donc Véronique de Viguerie — 41:56 non, je ne leur fais pas de de rituels particuliers. Véronique de Viguerie — 42:02 Et heureusement parce que si tout d'un coup je leur faisais des rituels particuliers Non, ça aurait dû Véronique de Viguerie — 42:07 Moi j'ai rencontré Véronique de Viguerie — 42:08 quelqu'un qui était sur le terrain que tu as dû croiser, on en parlera, mais qui me disait à chaque fois, je leur dis dans les yeux maman t'aime. En fait, elle voulait que le dernier, tu vois le dernier contact avec ses enfants, ça soit ça. Véronique de Viguerie — 42:20 Donc je me demandais si toi aussi tu avais un petit truc. Non, moi je crois que vraiment je le, je le fais Véronique de Viguerie — 42:26 banalement Véronique de Viguerie — 42:27 pour que ça reste quelque chose de banal. Partez au bureau. Ouais et qu'elle, du coup elle se fasse, elle le prenne aussi de manière Véronique de Viguerie — 42:35 plus Véronique de Viguerie — 42:36 banale. Donc je ne fais pas de, Véronique de Viguerie — 42:38 et vraiment je ne crois jamais que je vais mourir, jamais. Et sur le terrain, tu arrives à les appeler? Véronique de Viguerie — 42:44 Alors moi je m'étais fait un, Véronique de Viguerie — 42:46 on s'était fait un, Véronique de Viguerie — 42:48 on s'était dit avec leur père que moi je n'appelais pas. Ok. Par contre, Véronique de Viguerie — 42:53 parce que ça perturbe un peu dans leur truc, moi ça me fait du bien, mais pas forcément elle. Par contre si j'avais vraiment envie de leur parler, j'enregistrais un message Véronique de Viguerie — 43:02 que je lui envoyais à lui Véronique de Viguerie — 43:04 et qu'il leur donnait Véronique de Viguerie — 43:06 quand elle, elle en avait besoin ou si elle le demandait ou si elle le voulait ou si lui jugeait que c'était le moment Ouais, genre à 19 heures avant de se coucher. Voilà, exactement. Véronique de Viguerie — 43:16 Pas le coup de fil qui moi me fait du bien et qui derrière laisse tout le monde. Véronique de Viguerie — 43:22 Donc non, Véronique de Viguerie — 43:23 maintenant elles sont plus grandes. C'est des, c'est des, c'est des ados. Elles ont quel âge? Elles ont 13 et 11. Véronique de Viguerie — 43:30 Et donc par contre, elles, m'appellent Véronique de Viguerie — 43:32 et je leur dis ça. Et franchement, je décroche tout le temps. Même si je suis en Véronique de Viguerie — 43:38 en plein interview hyper importante et tout, je décroche ou j'envoie un truc genre si c'est urgent, je décroche, Véronique de Viguerie — 43:45 rappel. Et bon oui, parce que ça m'est arrivé de de décrocher, Véronique de Viguerie — 43:50 c'est parce que je ne sais pas, loue à des poux. Véronique de Viguerie — 43:54 Enfin bon voilà, ce n'est pas très intéressant, donc, mais bon. Non, mais du coup, ça m'est arrivé d'être, je ne sais pas quoi, sous un bombardement et elle te dit j'ai des poux. Non, oui, c'est l'école qui m'appelle et me dit oui, Véronique de Viguerie — 44:04 c'est pour vous dire que oui, désolée, mais là, ça me coûte déjà 5 euros la minute. Oui, donc, je vais vous passer. Non, non, Véronique de Viguerie — 44:11 appelez le père. Non, mais c'est pour vous dire qu'elle a des poux. Véronique de Viguerie — 44:15 Je fais autre chose. Je m'en fiche. Véronique de Viguerie — 44:18 Et il des moments où tu as fait réciter une poésie Véronique de Viguerie — 44:22 sur Sidonie Bonnec — 44:23 un camp militaire ou un truc comme ça. Tu as des souvenirs de trucs? Véronique de Viguerie — 44:27 Non, mais par contre, j'ai, Véronique de Viguerie — 44:30 j'ai, j'étais Véronique de Viguerie — 44:32 entre l'Ukraine et la Russie Véronique de Viguerie — 44:35 il y a 2 Véronique de Viguerie — 44:37 il y a 2 ans pour et c'était pendant la rentrée des classes Véronique de Viguerie — 44:41 de ma fille Véronique de Viguerie — 44:43 et je et c'est elle changeait de collège et je sais que là Véronique de Viguerie — 44:47 ça allait, ce n'était pas du tout le bon moment. On était en train de passer Véronique de Viguerie — 44:52 dans Véronique de Viguerie — 44:53 des zones qui étaient bombardées. Enfin, fallait faire hyper attention aux drones et tout. Véronique de Viguerie — 44:58 Et là, elle décroche Véronique de Viguerie — 45:00 et elle m'a, elle m'appelle et je sais qu'elle vient de de d'avoir le Véronique de Viguerie — 45:04 le et Véronique de Viguerie — 45:05 avec qui elle est en classe, si elle est avec ses copines et tout. Et là, j'étais là, Véronique de Viguerie — 45:10 déso, mais on va devoir s'arrêter, je dois prendre cet appel. Véronique de Viguerie — 45:14 Et donc, je l'ai écoutée, Véronique de Viguerie — 45:16 qui me racontait comment elle était désespérée parce qu'elle était toute seule dans sa classe et que c'était horrible et que en plus, elle avait un emploi du temps vraiment Véronique de Viguerie — 45:25 affreux Véronique de Viguerie — 45:26 et elle pleurait. Moi, j'étais obligée de dire, comprends ma chérie, c'est très grave. Oui, je comprends mon coeur, oui, oui, tu dois être très triste. Et là et là tu es où toi? Et moi je suis vraiment Véronique de Viguerie — 45:37 à 2 pas de la frontière Véronique de Viguerie — 45:40 avec la Russie Véronique de Viguerie — 45:42 où on est, voilà, où on est censé Véronique de Viguerie — 45:45 éteindre largement les téléphones Véronique de Viguerie — 45:48 et tout. Mais en même temps, je suis là et je suis là. J'essaye de couper court, mais en même temps, je ne peux pas lui dire je m'en fous de tes, enfin voilà, je suis là où il ne faut pas être avec un téléphone. C'est incroyable. Et et tes filles, elles se rendent compte quand même que tu décroches comme ça, que tu es disponible tout le temps. Ah, mais moi, je ne vais pas lui faire Tu lui dis Ah, mais est-ce que tu lui dis, j'ai les pieds dans la bouche, porte un gilet pare-balles, je vais à 200 mètres de la frontière, tu lui racontes Pas du tout, je ne dis pas du tout, non. D'ailleurs je crois qu'à un moment, y a eu un bombardement pas loin et j'ai raccroché direct quoi pour ne pas qu'elle entende. Oui oui oui. Tes filles comprennent ton métier? Véronique de Viguerie — 46:19 Alors au début pas du tout. Véronique de Viguerie — 46:23 La petite, une fois je lui avais ramené, Véronique de Viguerie — 46:26 ce que j'ai fait un album de reporter sans frontières où il y plein de photos et tout. Et donc je leur en ramène Véronique de Viguerie — 46:31 un pour chacune en disant voilà comme ça vous comprendrez mieux ce que je fais. Véronique de Viguerie — 46:35 Et elle me balance l'album à la figure en me disant de toute façon maman, je n'aime pas du tout ce que tu fais, tu prends en photo que la vie moche. Véronique de Viguerie — 46:43 Ouais, c'est dur. Et là j'étais là ouais, mais pas pour, ouais ok j'entends. Véronique de Viguerie — 46:49 Du coup j'ai un peu changé maintenant, j'essaie, je suis là aussi, c'est vrai que j'en ai marre aussi de raconter que Véronique de Viguerie — 46:55 la vie moche. En vrai, ce qui est publié, c'est souvent la vie moche que c'est, Véronique de Viguerie — 47:00 c'est, il n'y pas beaucoup de photos qu'on peut publier sur un 10 pages quoi, donc voilà. Véronique de Viguerie — 47:05 Mais maintenant je je fais aussi pas mal d'expos et tout où je publie ces photos de Véronique de Viguerie — 47:10 parfois la vie, Véronique de Viguerie — 47:12 bon là moi je l'appelle la vie en rose sur les zones de conflit quoi. Et c'est quoi la vie en rose sur une zone de conflit? C'est Véronique de Viguerie — 47:18 tous les moments qui existent aussi dans les zones de conflits qui sont beaux, Véronique de Viguerie — 47:23 parfois poétiques, Véronique de Viguerie — 47:24 où il y a de l'amour, où il y du rire, où il y a en fait Véronique de Viguerie — 47:28 comme partout quoi, Véronique de Viguerie — 47:30 la vie quoi. Sidonie Bonnec — 47:31 Tu as une scène en particulier pour qu'on imagine? Véronique de Viguerie — 47:34 Par exemple, Véronique de Viguerie — 47:37 quand Véronique de Viguerie — 47:39 je vais en Afghanistan, Véronique de Viguerie — 47:41 les talibans sont déjà depuis 2 ans, il n'y plus déjà d'école pour les petites filles de 12 ans. Il y a encore, Véronique de Viguerie — 47:48 elles ne le savent pas, encore 3 semaines pour les filles à la faculté. Au bout de 3 semaines, sera à la, mais 3 semaines avant, on va devant la faculté. Véronique de Viguerie — 47:58 Et pourtant, il y a eu quand même vachement de, donc elles ne peuvent plus être dans des classes avec les garçons, elles n'ont plus de droits de travaux pratiques. Véronique de Viguerie — 48:06 Ça Véronique de Viguerie — 48:07 a commencé déjà à être un peu dur. Et pourtant, je tombe sur 3 Véronique de Viguerie — 48:13 étudiantes en journalisme Véronique de Viguerie — 48:15 qui sont en train de rigoler Véronique de Viguerie — 48:17 comme des étudiantes en fait, truc avec leur téléphone en train de manger des énormes barbe à papa. Véronique de Viguerie — 48:24 Et donc elles sont avec leur barbe à papa, Véronique de Viguerie — 48:26 maquillées avec leur petit sac et en train de se raconter Véronique de Viguerie — 48:31 Des petits secrets. Des petits secrets que toutes les adolescentes Véronique de Viguerie — 48:35 se racontent à leur âge où qu'elles soient, Véronique de Viguerie — 48:38 en dépit de Sidonie Bonnec — 48:39 cette espèce de couvercle noir qui est en train de leur tomber dessus. Est-ce qu'il y a des reportages que tu aurais aimé faire que n'as pas fait ou est-ce qu'il y des reportages que tu aurais envie de faire que tu peux nous divulguer maintenant par exemple? Véronique de Viguerie — 48:54 Alors ce que j'aurais envie de faire et que je n'ai pas réussi à faire, j'espère les faire. Véronique de Viguerie — 49:00 Voilà Tu ne pas nous raconter lesquels du coup. Sidonie Bonnec — 49:03 Mais Véronique de Viguerie — 49:05 il y en a qui, il y en a qui vont arriver là bientôt. Véronique de Viguerie — 49:09 Et Véronique de Viguerie — 49:12 ce que je, ce que j'aurais aimé faire et que je ne pourrais jamais faire. Véronique de Viguerie — 49:19 En fait, as tu as tout fait. Non, ce n'est pas là, ce n'est pas que j'ai tout fait, mais j'essaye plutôt de me concentrer sur ce que je peux faire. Ce ce que je ne peux pas faire, Véronique de Viguerie — 49:28 bon, je ne veux pas les, je veux pas les garder. J'ai des, les photos que je n'ai pas faites, qui me restent en tête, ça, on en a déjà parlé. Véronique de Viguerie — 49:35 Et ça, ils resteront et je n'y peux rien et c'est comme ça. Véronique de Viguerie — 49:39 Mais des reportages, Véronique de Viguerie — 49:41 bon non, n'ai pas Pas du tout. Oublié. Non, n'ai pas de Sidonie Bonnec — 49:44 Et Sidonie Bonnec — 49:45 avant dernière question, Sidonie Bonnec — 49:47 est-ce que tu peux nous raconter ce qui t'a motivé Sidonie Bonnec — 49:50 pour faire le métier que tu fais? Sidonie Bonnec — 49:52 Et est-ce que ce que tu imaginais du métier Sidonie Bonnec — 49:54 est une réalité ou est-ce que tu avais tu sais des une image du reporter de guerre du photographe et finalement ce n'est pas la réalité? Sidonie Bonnec — 50:01 Qu'est-ce qui m'a donné l'idée? Véronique de Viguerie — 50:08 En fait j'avais envie d'être, Véronique de Viguerie — 50:10 de partir à l'aventure, Véronique de Viguerie — 50:12 de voir plein de monde. Moi je suis née dans une, Véronique de Viguerie — 50:16 enfin je ne pas née dedans, mais j'ai vécu dans une toute petite ville à Carcassonne Véronique de Viguerie — 50:20 et Véronique de Viguerie — 50:21 et voilà j'avais envie de de de de voir tout le reste du monde qu'il y avait autour. Donc je voulais être, Véronique de Viguerie — 50:29 début je m'étais dit la bonne idée c'est d'être militaire. Véronique de Viguerie — 50:32 Bon après la la discipline, Véronique de Viguerie — 50:35 je n'aime pas trop et tout donc je me suis dans Il fallait être sportif quoi. Ouais ouais, ça à la limite ça va, mais Véronique de Viguerie — 50:41 donc j'étais là non. Véronique de Viguerie — 50:43 Et puis après je me suis dit, ne suis pas aventurier, n'est pas vraiment un métier. Véronique de Viguerie — 50:48 Donc je me suis dit journaliste, Véronique de Viguerie — 50:50 en fait Véronique de Viguerie — 50:52 écrire et tout ça me, ce n'est pas non plus mon truc. Et j'avais toujours aimé la photo et donc je me suis franchement, Véronique de Viguerie — 50:58 enfin je ne sais pas pourquoi je n'avais pas pensé avant, mais ça coule de source que c'est ça. Et pendant un de mes stages, Véronique de Viguerie — 51:05 quand j'étais étudiante en Véronique de Viguerie — 51:08 en photo, photo journalisme, Véronique de Viguerie — 51:09 j'ai fait un stage dans un Véronique de Viguerie — 51:11 dans un journal local en Angleterre. Véronique de Viguerie — 51:14 Et mais je ne sais pas, c'est les planètes qui se sont alignées, Véronique de Viguerie — 51:18 ma bonne étoile, je ne sais quoi. Véronique de Viguerie — 51:20 Pendant mon stage, il me demande si je veux, mon boss me demande, ça te dirait de partir en Afghanistan ou pas? Véronique de Viguerie — 51:27 Pendant un stage, c'est dingue. Pendant un stage, dis, évidemment que je pars en Afghanistan, c'est clair. Mais c'est improbable. Voilà, improbable, une chance énorme. Véronique de Viguerie — 51:35 Et en fait quand j'arrive en Afghanistan, Véronique de Viguerie — 51:38 j'ai Véronique de Viguerie — 51:39 un moment d'épiphanie Véronique de Viguerie — 51:41 où je me dis, Véronique de Viguerie — 51:42 je suis exactement Véronique de Viguerie — 51:44 là où je veux être et je fais exactement ce que je veux faire et je voudrais être nulle part d'autre. Je suis, voilà, j'ai trouvé mon Véronique de Viguerie — 51:51 C'est évidence quoi. Mon évidence et je me suis dit, c'est ça que veux faire toute ma vie. Trop bien, voilà. Dans, Sidonie Bonnec — 51:57 on finit toujours avec un petit conseil. Au vu de tout ce qu'on s'est dit, de ton parcours, Sidonie Bonnec — 52:03 tu as parcouru le monde, tu as Sidonie Bonnec — 52:06 vu tellement de choses, c'est quoi le conseil que tu pourrais donner aux gens qui nous regardent et qui nous écoutent? Véronique de Viguerie — 52:16 Moi, je crois que le conseil, Véronique de Viguerie — 52:18 c'est Véronique de Viguerie — 52:20 quand on veut vraiment, Véronique de Viguerie — 52:22 on peut. Véronique de Viguerie — 52:24 Moi au début, tout le monde, j'ai eu beaucoup de gens, des gens du métier qui me disaient, mais alors que j'étais encore étudiante, Véronique de Viguerie — 52:32 le métier, est mort de photographe, c'est laisse tomber, trouve autre chose. Véronique de Viguerie — 52:38 Et Véronique de Viguerie — 52:39 c'était il y a Véronique de Viguerie — 52:41 25 ans, même peut-être plus. Véronique de Viguerie — 52:45 Je connais des photographes qui n'en vivent pas, ils sont obligés de faire d'autres métiers. C'est c'est la fin du du jeu du photo journalisme et tout. Bon ça Véronique de Viguerie — 52:54 m'a super déprimé Véronique de Viguerie — 52:56 et au bout de 3 semaines je me suis dit mais merde en fait, Véronique de Viguerie — 53:00 pourquoi je vais les écouter eux, je vais justement prouver que c'est possible Véronique de Viguerie — 53:05 et Véronique de Viguerie — 53:07 et leur leur leur nom et c'est devenu mon moteur. Mais je crois que c'est ça le truc, c'est, il ne faut pas, Véronique de Viguerie — 53:14 il ne faut pas écouter les gens qui disent non mais ça va être trop difficile et tout. Difficile peut-être mais pas impossible quoi. Il faut foncer quoi. Il faut foncer et parfois le difficile, le complexe c'est bien. Sidonie Bonnec — 53:26 Génial. Merci Véronique de Digri pour tes conseils. Sidonie Bonnec — 53:30 Merci Alex et pour tout ce que tu nous as raconté. Sidonie Bonnec — 53:33 Et nous, on se retrouve mardi prochain. À la semaine prochaine, salut.

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