Un homme en uniforme, seul dans sa voiture. Les larmes coulent. Ce n'est pas un détenu qui vient d'être libéré, mais un gardien qui vient de rendre les clés. Après plus de vingt ans passés dans les prisons les plus tendues de France, Sébastien Pitot craque. Ce moment de bascule n'est pas la fin, mais le début d'une nouvelle vie et d'un témoignage nécessaire. Celui d'un homme qui a vu l'envers du décor, et qui a décidé de tout raconter.
Derrière les barreaux : l'ancien surveillant de prison révèle la vérité 'sans filtre' de 20 ans en milieu carcéral
Publié le 22 juin 2026 · Mis à jour le 12 août 2026
Vingt ans derrière les murs. Vingt ans à côtoyer l'innommable. Sébastien Pitot, ancien 'maton', brise le silence sur la réalité crue des prisons françaises. Entre corruption, violence et rencontres avec les plus grands criminels, son témoignage est un électrochoc.
L'homme derrière l'uniforme : Sébastien Pitot, 20 ans face à l'enfer des prisons
Contexte : Le jour où tout a basculé
Quand Sébastien Pitot quitte la prison pour la dernière fois, il sort "la tête haute". Mais une fois la portière de sa voiture refermée, le barrage cède. Vingt ans de sa vie ne s'effacent pas d'un revers de main. Une carrière entière passée à garder des hommes, dans un univers où chaque jour est une épreuve.
Le plus dur ? Le sentiment de trahison. Pas envers l'administration, mais envers ses collègues, ses "hommes".
« [Sébastien Pitot] « tu es un peu un salaud parce que tu viens d'abandonner tes hommes quoi. »
Ce poids de la culpabilité ronge. Il avait le sentiment qu'ils lui en voulaient. Mais il ne pouvait plus. Le métier l'avait usé. L'heure était venue de parler, de raconter ce qu'il se passe vraiment derrière les grilles.
Défi : Le choc des premiers pas
Entrer en prison pour la première fois, c'est une agression sensorielle. Une onde de choc qui marque à vie. L'interviewer pose la question que tout le monde se pose :
« Host « Qu'est-ce qu'on entend Qu'est-ce qu'on voit Qu'est-ce qu'on sent même quand on met les pieds dans une prison pour la 1re fois de sa vie »
La première chose qui frappe, c'est l'odeur. Indéfinissable. Ni celle d'un hôpital, ni celle d'un EHPAD. Une odeur propre à la prison, tenace, qui s'imprègne.
« Sébastien Pitot « Dans les prisons, y a une odeur. [...] Mais dans une prison, il y aussi une odeur. Mais je ne saurais pas la définir. »
Ensuite, il y a le bruit. Le cliquetis incessant des verrous, le fracas des grilles qui se referment derrière vous. Partout. Visuellement, c'est une cage. Une cage d'acier et de béton où la lumière peine à percer.
Une rencontre qui glace le sang
Le véritable choc n'est pas matériel, il est humain. Lors de son stage à Saint-Martin-de-Ré, Sébastien Pitot croise des regards. Des regards qui vous jaugent, qui vous testent. Au début, une question obsède : "Qu'est-ce qu'il a fait ?".
Parfois, la réponse vient d'elle-même, crue, sans fard. Il se souvient de ce détenu, l'âge de son père, condamné à perpétuité. Un jour, l'homme se confie. Il travaillait dans le bâtiment. Un client refusait de le payer pour des travaux au noir.
Après plusieurs relances, il est retourné voir le client, sa ceinture d'outils à la taille. "Le mec m'a dit, toute façon, je ne paierai jamais", raconte le détenu. Et là, il lâche, d'un ton neutre : "Je n'ai pas eu le choix. J'ai pris le marteau, je lui ai éclaté le crâne à coups de marteau quoi."
Entendre ces mots pour la première fois est une déflagration. La violence du propos, racontée avec une froideur clinique, fait peur. On sait que ces choses existent, mais les entendre de la bouche de leur auteur, sans un gramme de remords, vous confronte à la part la plus sombre de l'humanité.
Solution : Témoigner de l'impensable
Face à cette réalité, comment tenir ? Sébastien Pitot a choisi de regarder en face. Il a côtoyé les figures les plus notoires du grand banditisme, des terroristes, des tueurs en série. Son expérience est devenue une archive vivante de l'horreur ordinaire en milieu carcéral. C'est cette archive qu'il ouvre dans son livre, "Journal d'un maton, la vérité sur la corruption au cœur des prisons".
Quand le tueur a le visage de Monsieur Tout-le-monde
L'un des constats les plus troublants de Sébastien Pitot est le décalage entre l'image qu'on se fait d'un monstre et la réalité. Certains ont "la gueule de l'emploi", comme il le dit. Des braqueurs, des voyous au profil attendu. Mais d'autres... d'autres sont terrifiants de banalité.
Le cas de Jean-Claude Romand est emblématique. Cet homme, qui a menti à toute sa famille pendant des années en se faisant passer pour un médecin chercheur à l'OMS avant de tous les massacrer, n'avait rien d'un monstre au premier abord.
« Sébastien Pitot « Jean-Claude Romand, il n'avait pas la tête de l'emploi. [...] Un type sympathique, discret, presque effacé. »
Le contact avec lui était celui d'une conversation normale. Ce qui a fasciné le public, selon Pitot, ce n'est pas tant les meurtres que le mensonge. Un mensonge "lunaire", hors norme, qui a engendré le pire. Mais le plus grave, rappelle-t-il, ce sont bien les meurtres.
Le bon papy et le routard du crime
Autre rencontre marquante : Marcel Barbeau. Un tueur en série, plus âgé que son propre père. Un colosse, certes, mais avec "la tête du bon papy".
"Tu le croises dans la rue, je te dis ouais c'est lui, est un tueur en série tu vois, c'est pas possible", explique Sébastien. Cette dissonance est une leçon permanente en prison : le mal n'a pas toujours le visage qu'on attend.
Résultats : Une parole pour briser le silence
Le témoignage de Sébastien Pitot n'est pas une simple compilation d'anecdotes macabres. C'est un acte politique. Il met en lumière les failles d'un système où la violence est quotidienne et la corruption, une gangrène. Il parle de ces détenus qui commanditent des meurtres depuis leur cellule avec des téléphones portables. Il raconte la pression constante, le sentiment d'être soi-même emprisonné.
En quittant l'uniforme, il n'a pas seulement changé de vie. Il a endossé un nouveau rôle : celui de lanceur d'alerte. Son livre est un pavé dans la mare, une tentative de faire comprendre ce que personne ne voit, ce que personne ne veut voir. Une vérité "sans filtre", nécessaire pour faire bouger les lignes d'un univers qui broie les hommes, des deux côtés des barreaux.
Les moments forts
Questions fréquentes
Qui est Sébastien Pitot et quelle est son expérience en prison ?
Sébastien Pitot est un ancien surveillant pénitentiaire, ou "maton", qui a travaillé pendant plus de 20 ans dans plusieurs des prisons les plus difficiles de France. Il est l'auteur du livre 'Journal d'un maton' dans lequel il témoigne de son expérience.
Quels types de criminels Sébastien Pitot a-t-il côtoyés ?
Au cours de sa carrière, il a été en contact avec un large éventail de criminels, incluant des figures du grand banditisme, des terroristes, et des tueurs en série notoires comme Jean-Claude Romand et Marcel Barbeau.
La corruption est-elle courante dans les prisons françaises ?
Le titre de son livre, 'Journal d'un maton, la vérité sur la corruption au cœur des prisons', indique que la corruption est un thème central de son témoignage. Il évoque notamment le problème des téléphones portables qui permettent de continuer des activités criminelles depuis les cellules.
Comment se manifeste la violence en milieu carcéral ?
La violence est à la fois physique et psychologique. Sébastien Pitot raconte des histoires d'une brutalité extrême, comme celle d'un détenu expliquant froidement avoir tué un homme à coups de marteau, et décrit un environnement de tension permanente.
Pourquoi un surveillant de prison changerait-il de vie ?
Le métier a un impact psychologique très lourd. Sébastien Pitot décrit un point de rupture émotionnel, un sentiment d'usure et la culpabilité d'abandonner ses collègues, le poussant à quitter une carrière de plus de vingt ans pour préserver sa propre santé mentale.
Quels sujets sont abordés dans 'Journal d'un maton' ?
Le livre aborde sans filtre la réalité du milieu carcéral français : la violence quotidienne, la corruption endémique, les conditions de travail des surveillants, et les rencontres avec des criminels qui ont marqué son parcours.
Quel est le quotidien d'un maton dans les prisons difficiles ?
C'est une immersion dans un environnement hostile, marqué par une odeur spécifique, le bruit constant des grilles, et une vigilance de tous les instants. Le quotidien est fait de tensions, de confrontations avec la violence et d'une charge psychologique intense, avec le sentiment d'être soi-même emprisonné.
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[SPEAKER_00] Dans les prisons, y a une odeur. C'est quoi le plus dur à vivre pour un maton Des fois, a l'impression d'être en prison. C'est des hommes qui gardent des hommes. Tu as passé plus de 20 ans dans les prisons les plus tendues de France. Tu as des gens avec des téléphones qui commanditent des meurtres à l'extérieur depuis leurs cellules. Tu as croisé des grands bandits, des tueurs en série. Il avait un morceau de verre à la main et il fouillait dans son ventre quand on est rentré. [SPEAKER_01] Bonjour à tous et bienvenue dans tous Wonder, le média qui parle de votre point de bascule. Aujourd'hui un invité exceptionnel, [SPEAKER_01] Sébastien Pitot, c'est un ancien maton, [SPEAKER_01] un ancien surveillant de prison, il a passé plus de 20 ans dans les prisons les plus dures de France, il a côtoyé des terroristes [SPEAKER_01] du grand banditisme, [SPEAKER_01] il a côtoyé des tueurs en série, il va tout nous raconter aujourd'hui sans filtre la corruption, la violence en prison et pourquoi il a eu aussi envie de changer de vie et un moment d'arrêter. Il est l'auteur [SPEAKER_01] de journal d'un maton, la vérité sur la corruption au coeur des prisons aux éditions Fayard. [SPEAKER_01] Tous Wonder c'est tous les mardis, vous nous retrouvez sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcasts [SPEAKER_01] Spotify, [SPEAKER_01] Deezer, Amazon et Apple, vous pouvez nous regarder, nous suivre un peu partout et un peu tout le temps. Vous voulez sponsoriser l'émission, [SPEAKER_01] c'est possible, il faut écrire à partenariat au singulier arobase tous wonder point com. Si vous voulez venir me raconter votre vie, votre destin exceptionnel, [SPEAKER_01] là il faut écrire à émission au singulier arobase tous wonder point com et tous wonder, c'est maintenant avec Sébastien Piteau, [SPEAKER_01] ancien maton. [SPEAKER_01] Sébastien Piteau, merci d'être avec nous. Tu avais un métier hors du commun, maton comme on dit, surveillant de prison. [SPEAKER_01] J'aime bien commencer par un point de bascule. [SPEAKER_01] Le tien, c'est le 14 mars 2019. [SPEAKER_01] Tu claques la porte de la prison, [SPEAKER_01] tu décris dans ton livre [SPEAKER_01] que tu es encore en tenue, tu es dans ta bagnole et tu te mets à pleurer. Est-ce que tu peux nous raconter ce moment d'émotion où tu claques la porte à passer plus de 20 ans dans les prisons les plus tendues de France. [SPEAKER_01] Après, évidemment, on va raconter tout ce parcours, mais peut être partant de se souvenir de ce moment où tu tu t'es dit il n'y aura plus de, il n'y aura plus de retour en arrière. [SPEAKER_00] C'en était trop pour moi. [SPEAKER_00] Il fallait que je passe à autre chose. [SPEAKER_00] Après, effectivement, [SPEAKER_00] oui, je me suis. C'est vrai que je suis sorti la tête haute parce que voilà. [SPEAKER_00] Mais une fois dans la voiture, j'ai un peu craqué. C'est vrai, parce que d'une part, on balaie pas 20 ans de sa vie comme ça d'un verre de main. [SPEAKER_00] J'ai découvert ce métier quand j'y suis arrivé, [SPEAKER_00] mais [SPEAKER_00] j'ai appris [SPEAKER_00] à l'aimer [SPEAKER_00] par [SPEAKER_00] la découverte [SPEAKER_01] de gens complètement différents. On peut aimer la prison quoi. [SPEAKER_01] On peut aimer l'univers. C'est [SPEAKER_01] marrant ce que tu dis. C'est pas [SPEAKER_00] l'univers en soi, c'est des personnes qu'on y rencontre. C'est [SPEAKER_00] passionnant, [SPEAKER_00] c'est passionnant. Quand on a investi, c'est quelque chose de passionnant. [SPEAKER_00] Après, je pense que ce qui m'a le plus peiné, j'étais, [SPEAKER_00] j'étais chef d'équipe, [SPEAKER_00] je dirigeais une brigade et [SPEAKER_00] j'ai eu. Je pense que ce qui m'a le plus blessé, je me suis dit ouais, [SPEAKER_00] tu ne pas y retourner, tu ne peux plus. [SPEAKER_00] Mais en fait, [SPEAKER_00] tu es un peu un salaud parce que tu viens d'abandonner tes hommes quoi. [SPEAKER_00] Tu vois, et [SPEAKER_00] je [SPEAKER_00] l'ai mal vécu, j'avais, puis j'avais le sentiment que, qu'ils m'en voulaient, alors peut-être, peut-être que certains m'en veulent, c'est possible, j'ai pas de contact avec tout le monde, mais. Mais moi, en tout cas, ça m'a, ça m'a fortement blessé, mais je ne pouvais plus. La prison, évidemment, c'est ultra violent. [SPEAKER_01] Moi, la 1re question que j'ai envie de te poser en préambule, tu vois, on est parti de la fin, mais envie de revenir peut-être au 1er jour. [SPEAKER_01] Qu'est-ce qu'on entend Qu'est-ce qu'on voit Qu'est-ce qu'on sent même quand on met les pieds dans une prison pour la 1re fois de sa vie [SPEAKER_00] C'est [SPEAKER_00] surprenant. [SPEAKER_00] Alors l'odeur, n'arriverai pas à la définir. Mais dans les prisons, y a une odeur. Il y une odeur qui n'est pas celle de dehors, qui n'est pas celle d'un hôpital non plus. Quand on rentre dans un hôpital, y a une odeur. Quand on rentre dans un EHPAD, il a une autre odeur. Mais dans une prison, il y aussi une odeur. Mais je ne saurais pas la définir. Mais voilà, [SPEAKER_00] on la prend dans le nez quand on. Ça pue. [SPEAKER_00] Je ne pas que ça pue, je ne [SPEAKER_00] pas. Il y quelque [SPEAKER_00] chose, c'est différent, c'est différent et je ne trouve pas les mots pour l'expliquer quoi. Je n'en suis pas capable. Et puis après, [SPEAKER_00] qu'est-ce qui est le plus surprenant C'est des grilles partout. [SPEAKER_00] Il y des grilles partout, des verrous partout. [SPEAKER_00] Bon, ça surprend un peu. Et puis et puis après, 1re, [SPEAKER_00] les premiers détenus qu'on croise. [SPEAKER_00] Alors bon, quand [SPEAKER_00] Moi, quand j'ai débuté, j'ai fait mes stages à Saint-Martin-de-Ré. [SPEAKER_00] C'était une [SPEAKER_00] prison où il y avait des gens relativement [SPEAKER_00] âgés, mais malgré tout, des longues peines. [SPEAKER_00] Alors [SPEAKER_00] ils n'étaient pas désagréables, mais ils jouaient un petit peu, [SPEAKER_00] ils jouaient un petit peu, ils nous regardaient bizarrement et tout. Et c'est vrai que la 1re fois, [SPEAKER_00] et puis en plus quand on croise les gens, [SPEAKER_00] au début, après on voit les choses différemment. Mais au début, [SPEAKER_00] la question c'est on observe le mec, on se dit qu'est-ce qu'il a fait Qu'est-ce qu'il a fait Puis des fois on ne sait pas quoi. [SPEAKER_00] Des fois on ne sait pas ou alors on va échanger. [SPEAKER_00] Moi je me rappelle pendant cette période de stage, [SPEAKER_00] discuté avec un [SPEAKER_00] gars, je me rappelle plus de son nom parce que c'est vieux. [SPEAKER_00] J'avais discuté avec un gars, [SPEAKER_00] il avait [SPEAKER_00] peut-être l'âge de mon père quoi. Et puis bon, j'avais vu qu'il était condamné à perpétuité par contre. Et puis un jour il m'a parlé de ce qu'il avait fait quoi. [SPEAKER_00] Il avait quoi Il [SPEAKER_00] m'expliquait qu'il travaillait dans le bâtiment, qu'il avait fait des [SPEAKER_00] travaux au black chez quelqu'un qui n'avait pas voulu le payer et puis bon, il l'avait relancé plusieurs fois. Puis un jour, il a été chez le mec. Il dit, j'avais mon ceinturon de travail avec marteau, machin, etc. [SPEAKER_00] Et puis, il dit, le mec m'a dit, toute façon, je ne paierai jamais. [SPEAKER_00] Et là, il me dit, je n'ai pas eu le choix. [SPEAKER_00] Ah, elle n'a pas eu le choix de quoi Parce qu'à la fin, y perpétuité quand même. [SPEAKER_00] Il [SPEAKER_00] me dit j'ai pris le marteau, il dit je lui ai éclaté les crânes à coups de marteau quoi. [SPEAKER_00] Et la 1re fois où tu entends des propos comme ça, c'est vrai, [SPEAKER_00] mais la 1re fois où tu entends des propos comme ça, c'est [SPEAKER_00] ouf, qu'est-ce qui s'est passé quoi. Ça fait peur [SPEAKER_00] Peur, [SPEAKER_00] je dirais peur, oui et non, parce que bon, on sait quand même où on est. [SPEAKER_00] On sait qui sont des gens qui sont présents, alors même si on ne connaît pas toujours ce qu'ils ont fait et caetera mais [SPEAKER_00] on [SPEAKER_00] sait que voilà il y des choses très graves mais on a l'impression que même si on le sait on se dit que peut-être ça n'existe pas. [SPEAKER_00] Pourquoi Et là je sais pas parce qu'on se dit mais comment comment on peut [SPEAKER_00] poser le crâne de quelqu'un, coup de marteau, si on peut quoi, on peut. [SPEAKER_00] Et et le mais et le mec qui te parle de ça, [SPEAKER_00] je veux dire voilà, ni ça lui fait monter une rage en lui, [SPEAKER_00] ni le type je le vois s'effondrer, [SPEAKER_00] Non, le mec qui. Le mec qui est neutre. Oui, il est neutre quoi. Je veux dire, bon voilà, [SPEAKER_00] j'ai cru avec la voiture hier quoi. [SPEAKER_00] C'est surprenant. [SPEAKER_01] Tu as croisé [SPEAKER_01] des grands terroristes, [SPEAKER_01] des grands bandits, des tueurs en série. [SPEAKER_01] Et tu dis parfois dans ce livre, [SPEAKER_01] tu prends l'exemple de Jean-Claude Romand. Pour rappel, il a tué sa femme, [SPEAKER_01] ses 2 enfants [SPEAKER_01] pour éviter que sa famille ne découvre qu'il n'était pas médecin à l'OMS. Pour rappel, il a passé sa vie à mentir, à faire croire qu'il était médecin, puis médecin à l'OMS, donc il finit par tuer toute sa famille. Tu dis Jean-Claude Romand, il n'avait pas la tête de l'emploi. [SPEAKER_00] Non, pas du tout, [SPEAKER_00] pas du tout. [SPEAKER_00] Un type sympathique, discret, presque effacé, [SPEAKER_00] presque effacé. [SPEAKER_00] Voilà, il, puis quand on communiquait avec lui, enfin, c'était une conversation comme on peut avoir avec avec n'importe quelle personne. [SPEAKER_00] Après, je pense que c'est c'est aussi un cas particulier. [SPEAKER_00] C'est aussi un cas particulier parce que pour avoir passé des années en prison, [SPEAKER_00] des gens qui un jour [SPEAKER_00] tuent toute leur famille [SPEAKER_00] par rapport à un mensonge ou [SPEAKER_00] ou un drame familial. [SPEAKER_00] Malheureusement, [SPEAKER_00] j'en ai croisé plus d'un quoi. J'en ai croisé plus d'un, mais après tout le monde n'a pas défrayé la chronique comme Jean-Claude Romand, mais je pense en fait, c'est pas tant le le l'acte criminel qu'il a fait, qui a fait que ça défrayait la chronique, c'est le mensonge. [SPEAKER_00] Il n'a pas menti parce qu'il avait une double vie avec une autre femme ou quelque chose comme ça, non, a il a fait croire à tout le monde qu'il était médecin chercheur à l'OMS. [SPEAKER_00] C'est [SPEAKER_00] un mensonge qui est lunaire. Fait, je pense que c'est ça qui a [SPEAKER_00] fait tout le battage médiatique autour de Jean-Claude Romand, plus que les meurtres. Et finalement, le plus grave, ça reste quand même les meurtres. Mais qu'est-ce qu'il a engendré C'est un mensonge hors norme. [SPEAKER_01] Qui sont les détenus qui t'ont le plus marqué justement dans ces terroristes, dans ces tueurs en série [SPEAKER_00] Est-ce que tu peux en citer quelques-uns Ouais, bien sûr. J'ai [SPEAKER_00] j'ai croisé [SPEAKER_00] croisé pendant de nombreuses années, j'ai croisé [SPEAKER_00] Marcel Barbeau. Marcel Barbeau, c'est un tueur en série, [SPEAKER_00] le tueur de l'Oise, [SPEAKER_00] c'était dans les années 70, [SPEAKER_00] je pense qu'il est plus vieux que mon papa, il est, à ma connaissance, je crois qu'il est toujours en prison [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] c'est surprenant parce que bon, moi, quand je l'ai connu, il était déjà âgé. [SPEAKER_00] Mais on voit, c'est un colosse et tout, mais mais la tête du bon papy quoi. La tête du bon papy, je veux dire, [SPEAKER_00] tu le croises dans la rue, je te dis ouais c'est lui, est une ceinture en série tu vois, c'est pas possible, c'est pas possible, [SPEAKER_00] mais si. Voilà donc en fait [SPEAKER_00] des fois le voilà il y a des des des personnages qui vont qui vont pas on s'attend pas à ça. Il y a j'ai croisé aussi en prison des gens ont de la gueule de l'emploi quoi. On n'est pas étonné que voilà. Mais souvent c'est ceux que j'ai communément appelé les et affectueusement j'ai envie de dire les voyous quoi. Des braqueurs, des trucs comme on n'est pas trop étonné quoi, ils ont un peu le ils ont un peu le profil quoi. Ils ont la dégaine quoi. Oui, oui, je ne pas, ce n'est pas surprenant, ce n'est pas étonnant. Mais après, oui, il y des gens, c'est il y a des gens, c'est vraiment surprenant quoi. Alors qui d'autre t'a marqué ou quel [SPEAKER_01] détenu connu tu pu as pu croiser Alors connu, j'ai j'ai eu quelque temps [SPEAKER_00] Carlos, [SPEAKER_00] le terroriste. [SPEAKER_00] On a eu quelques temps. [SPEAKER_00] Alors une anecdote [SPEAKER_00] une anecdote super drôle avec Carlos. [SPEAKER_00] À la prison, je travaillais dans un quartier socio-culturel. [SPEAKER_00] Il y avait un surveillant, c'était toujours le même, [SPEAKER_00] dit travailleuse socioculturel. [SPEAKER_00] Et il avait eu, [SPEAKER_00] il avait eu un souci de santé, il s'était fait opérer d'un genou, je crois, surveillant. [SPEAKER_00] Et puis, donc il a été absent quelque temps. Et dans la période où il était absent, [SPEAKER_00] on a un nouveau directeur qui est arrivé [SPEAKER_00] et on a Carlos qui est arrivé. Bon Carlos, tout le monde connaît le nom de Carlos, mais voilà, mais Carlos, c'est toujours standing en prison quoi. [SPEAKER_00] Carlos se baladait toujours voilà, pantalon à pinces, veste de costume. Dans la prison Dans la prison, oui, sa petite sacoche, la chemise et tout. Et là, on tape un fou rire parce qu'en fait, il avait vu ni de nouveau directeur ni Carlos. [SPEAKER_00] Et Carlos arrive au quartier socio-culturel, [SPEAKER_00] en [SPEAKER_00] costard et tout et le surveillant arrive, il lui dit bonjour monsieur le directeur. [SPEAKER_00] Ah Carlos. Ouais, tout le monde a éclaté de rire, le surveillant, [SPEAKER_00] mais il ne pouvait pas savoir. Mais en fait, c'est vrai qu'après, quand vous prenez du recul par rapport au contexte, [SPEAKER_00] c'est un type qui est charismatique, [SPEAKER_00] machin, un grand bonhomme aussi, Carlos. [SPEAKER_00] Et voilà, un type qu'on impose. Et puis c'est vrai, voilà, on aurait, on aurait pu, je pense, tous se faire piéger. Cette anecdote, je l'ai trouvée super drôle. Énorme, énorme. [SPEAKER_01] T'en as, t'en as pas d'autres comme ça, j'adore moi. [SPEAKER_00] Qui viennent comme ça à l'esprit, pas pas forcément quoi, pas forcément. Rédoine Fahid par exemple. Édouard Fahid. D'un braqueur. Braqueur, ouais, alors moi je Qui s'est évadé plusieurs fois. Oui, mais je l'ai connu avant ça. [SPEAKER_00] J'ai connu Édouard Fahid avant qu'il soit un repenti, qui n'était pas un repenti quoi. [SPEAKER_00] Puisque après il est retombé pour des affaires de braquage. [SPEAKER_00] Après, Raydoine Fayid, c'était, [SPEAKER_00] bon il était beaucoup plus jeune. [SPEAKER_00] C'était c'était le beau gosse, c'était le le bachelor quoi. Ah oui. C'était le bachelor ouais, le mec il a, le mec qui une chatche phénoménale et tout et puis alors sympa quoi très très sympa très intelligent [SPEAKER_00] très très intelligent après [SPEAKER_00] dommage que [SPEAKER_00] il ait mis son intelligence au service [SPEAKER_00] de ces faits-là et puis qui finalement, [SPEAKER_00] ça a bousillé sa vie et celle d'autres personnes Et [SPEAKER_00] c'est terrible parce que c'est [SPEAKER_00] un type, après si on prend du recul avec les faits qu'il a commis, [SPEAKER_00] pense même que c'est quelqu'un de brillant de toute façon pour réussir certaines de ses évasions et tout, mais bon voilà quoi après c'est, [SPEAKER_00] mais il y en a beaucoup, je pense que les [SPEAKER_00] gros voyous [SPEAKER_00] sont des gens intelligents. [SPEAKER_00] Alors il y en a peut-être des encore plus intelligents, c'est ceux qui ne se font pas attraper. [SPEAKER_00] Mais aujourd'hui, pense quand même avec les moyens qu'ont [SPEAKER_00] la police, les moyens d'investigation, et caetera, [SPEAKER_00] des carrières de voyous comme il y a pu y en avoir dans les années 50, 60, aujourd'hui, ce n'est plus possible. [SPEAKER_00] Des fois, on était sûr que c'était tel type qui avait fait le coup. Mais oui, mais [SPEAKER_00] il n'y avait pas de preuves formelles maintenant. Et les ADN, les machins, les trucs, ça devient quand même très compliqué. Bien sûr. Ça devient très, très compliqué. Ce que tu expliques aussi, c'est qu'il y a une certaine relation finalement qui va s'instaurer [SPEAKER_01] forcément [SPEAKER_01] entre les surveillants et les détenus avec des situations improbables. [SPEAKER_01] Tu as assisté à un mariage d'un bandit corse. [SPEAKER_01] Ce que tu peux nous raconter avec [SPEAKER_01] traiteur le nôtre, alliance de luxe et tout. Oui, oui, tout à fait. Tu peux nous raconter c'est qui C'est quoi Oui, il s'est marié, il s'est marié à la prison. [SPEAKER_00] Alors moi, je n'étais pas présent au mariage. Jacques Mariani. Jacques Mariani. Bandit corse. Voilà, tout à fait. Il s'est marié à la prison de Saint-Maure. Alors je n'étais pas présent moi le jour du mariage ou tout au moins sur le lieu du mariage. Après, ça date un petit peu. Et [SPEAKER_00] effectivement, il s'est marié dans les parloirs. J'ai vu d'autres détenus se marier. [SPEAKER_01] Ce qui est fou, c'est qu'en fait, [SPEAKER_01] ce mec là a fait venir le nôtre en traiteur à son mariage dans la prison. Voilà, enfin le nôtre n'est pas rentré quand même. Non, le nôtre, [SPEAKER_00] c'est le nôtre qui a livré [SPEAKER_00] gâteaux, etc. [SPEAKER_00] Pour le mariage, [SPEAKER_00] il y avait [SPEAKER_00] des gens que je ne citerai pas, [SPEAKER_00] des gens qu'on pillons sur rue [SPEAKER_00] à Paris sur une très belle place. [SPEAKER_01] Je ne peux pas donner les noms des gens qui Des bijoutiers, veux dire Voilà, éventuellement, oui, tout à fait, qui étaient présents. Qui étaient présents en mariage. Oui. En fait, il YAYA une vie parallèle, en fait, en prison. [SPEAKER_00] Oui, moi, la je la je la découvrais, en fait La je la découvrais, tout à fait. Et alors ce fameux Jacques Mariani, [SPEAKER_01] il y une histoire de match de foot avec un échange de maillot [SPEAKER_00] Ouais, alors ça, moi, c'était mon, c'était un peu mon délire, effectivement. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] on avait organisé ce match de foot et [SPEAKER_00] alors nous on arrive avec [SPEAKER_00] des maillots [SPEAKER_00] décathlon [SPEAKER_00] un peu bagarres. Même les surveillants participent à ce genre de C'était un match de foot entre détenus et surveillants. Mais après bon, il y a l'anecdote, mais au-delà de ça, contre, c'est des trucs qui sont vachement importants. [SPEAKER_00] C'est des trucs qui sont vachement importants parce que ça permet de [SPEAKER_00] dire voilà, bon en fait, oui, nous on fait peut-être appliquer le règlement, [SPEAKER_00] on n'a pas le choix, est payé pour ça. Et puis on doit faire appliquer la loi, mais après sur le fond, nous on n'est pas là pour vous juger, vous avez été jugés par un tribunal, par une cour d'assises, [SPEAKER_00] voilà [SPEAKER_00] on doit passer du temps ensemble, [SPEAKER_00] qu'on fasse appliquer les règles oui, mais après, si ça peut se passer dans bonne intelligence, ce n'est pas plus mal. Bien sûr. Le [SPEAKER_00] fait de pouvoir faire des événements comme ça sportifs, [SPEAKER_01] match de foot, un match de volley, tournoi de tennis Et ce jour-là, raconte-nous parce que tu dis un échange de maillot. Ouais, Entre un surveillant de toi [SPEAKER_00] Et puis, on Moi, je suis toujours un peu dans la provoc, mais toujours avec de l'humour, toujours avec de l'humour. J'avais cherché dans mes affaires [SPEAKER_00] le t-shirt le plus pourri que j'avais, quoi, et des trous dedans un peu, là, il était un peu vieillot. Et au marqueur, [SPEAKER_00] au marqueur, j'avais [SPEAKER_00] vulgairement écrit FC Maton sur le maillot. Puis, à la fin du match, lui dis, ouais, Jacques, on échange des maillots et tout. Donc là, il a changé les maillots. Il a perdu mon maillot, [SPEAKER_00] mais il était mort de rire, avait rien à foutre, ça avait fait rire quoi, c'était, c'était voilà, c'était une anecdote [SPEAKER_00] comme quoi, il n'y a pas non plus [SPEAKER_00] des des tueries tous les jours en prison, fort heureusement, parce que déjà c'est déjà c'est quelque chose qui compliqué [SPEAKER_00] mais [SPEAKER_01] s'il n'y pas des moments un peu rigolos c'est dommage. Il y quand même des moments qui sont très difficiles, il a des dates que tu n'arrives pas à oublier. [SPEAKER_01] Il y a ce [SPEAKER_01] 4 juillet 2004 [SPEAKER_01] avec un [SPEAKER_01] détenu, tu vas nous raconter, qui se jette sur un autre et qui va l'attaquer [SPEAKER_01] et qui va manger sa cervelle. [SPEAKER_00] Alors en fait, moi [SPEAKER_00] je suis arrivé pour l'intervention. [SPEAKER_00] Il y avait la distribution du repas ce soir-là [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] la distribution du repas. Donc [SPEAKER_00] il y a un détenu qui distribue à manger [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] celui qui est sorti de sa cellule l'a frappé avec un cendrier en terre cuite qu'il avait fait à l'atelier poterie ou un prix comme ça. [SPEAKER_00] Et puis après, il s'est acharné [SPEAKER_00] dessus. [SPEAKER_00] Et quand [SPEAKER_00] les renforts sont arrivés, les premiers renforts sont arrivés, le type baignait dans une mare de sang, il avait un trou dans le crâne. Moi, j'ai vu le corps après par la suite et au moment où les premiers agents sont arrivés, il farfouillait dans sa tête et il mettait les mains à sa bouche. [SPEAKER_00] Donc ça [SPEAKER_01] Qu'est-ce qu'il faisait [SPEAKER_00] Il [SPEAKER_00] mangeait, il mangeait ce qu'il trouvait quoi, c'était, [SPEAKER_00] de façon il avait du sang plein la bouche, avait, [SPEAKER_00] mais [SPEAKER_00] les agents qui sont tombés sur ce truc-là en live là, [SPEAKER_00] je crois qu'ils ne plus dans l'administration pénitentiaire quoi. Je crois qu'ils n'y sont plus, ils sont partis. [SPEAKER_00] Je peux comprendre, [SPEAKER_00] peux comprendre, c'est terrible. Moi, quand je suis arrivé après, moi, c'était, je faisais partie de l'équipe d'intervention parce que le type qui a mangé en fait la cervelle là, [SPEAKER_00] les surveillants étaient un peu des premiers qui sont arrivés, c'est un peu désarmé quoi. Alors ils ne savaient pas trop quoi faire, ils, on [SPEAKER_00] peut, on prépare à tout, mais pas à ça quoi. Et [SPEAKER_00] je me rappelle que les gars ont expliqué, ils lui ont hurlé dessus quoi. Et puis finalement, le type [SPEAKER_00] regardait avec un regard un peu vide, [SPEAKER_00] il s'est relevé, puis il a été se foutre dans une salle [SPEAKER_00] où il n'y avait rien de particulier, qui servait un peu d'office en fait. Et moi, je suis arrivé après plus tard, [SPEAKER_00] je faisais partie de l'équipe d'intervention pour aller le récupérer dans cette pièce. Donc là, on a vu le corps de celui qui était [SPEAKER_00] décédé, [SPEAKER_00] il y en a un autre qui avait été blessé parce que bon, [SPEAKER_00] en [SPEAKER_00] aurait bien pris un 2e, ça ne l'aurait pas dérangé. [SPEAKER_01] C'est un détenu qui était cannibale [SPEAKER_00] Alors [SPEAKER_00] non, non, non, il était, mais par contre, il n'était pas bien dans sa tête. Il n'était pas bien dans sa tête. Mais de toute il y avait déjà des faits parce que sincèrement, moi, savais qu'il avait pris une grosse peine. [SPEAKER_00] Je savais qu'il n'était pas, il n'était pas clair dans sa tête, mais je n'avais pas trop le le les détails de son affaire et il avait pris 30 ans pour un pour un meurtre [SPEAKER_00] un [SPEAKER_00] peu [SPEAKER_00] inexpliqué ou inexplicable, il n'y avait pas vraiment de de motifs et ça avait été quelque chose d'extrêmement d'extrêmement violent quoi, d'extrêmement violent. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] en fait après donc le le type est enfermé dans cette pièce [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] quand on a dû aller le chercher, donc il y avait un oeilleton parce que c'était même si c'était un office, c'était comme une cellule, [SPEAKER_00] il avait bouché l'oeilleton et puis on voyait. [SPEAKER_00] Avec n'importe quoi, un bouchon de bouteille, du papier un peu mouillé, machin, je ne pas. [SPEAKER_00] Et et donc on ne pouvait pas voir où il était, qu'est-ce qu'il faisait, et caetera. Donc là, on y va quand même avec [SPEAKER_00] avec méfiance. Surtout que depuis un moment, on voit quand même de temps à autre qui passe sous la porte, je vous rappelle, c'était assez marquant, de de l'eau mélangée avec du sang qui passe sous la porte quoi. [SPEAKER_00] Alors c'est pas c'est pas non plus une nappe extraordinaire, mais bon on se dit voilà quoi, on voit ce qui vient de se passer. [SPEAKER_00] Et en fait, quand on a ouvert la porte, il y avait, je me rappelle, ces pièces-là étaient étaient vides. Y avait juste une petite tablette au fond le long de la fenêtre. Et quand on a ouvert la porte, il était pantalon de survêt torse nu [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] il avait un morceau de verre à la main [SPEAKER_00] et il s'était [SPEAKER_00] ouvert le bide et il fouillait dans son ventre en fait quand on est rentré quoi. [SPEAKER_00] Et il a strictement rien fait, on l'a on l'a on l'a percuté, il y avait on l'est équipé comme les CRS, tenu par coup, bouclier, et caetera, On l'a percuté, on l'a menotté et après derrière, c'était fini, c'était un poids mort. [SPEAKER_00] Et c'est un type qui faisait peut-être, j'en sais rien, moi, moins 100 100, 120 kilos, [SPEAKER_00] même menotté, machin, il a fallu qu'on le porte. [SPEAKER_00] Et il est passé dans un trou. Moi, je me rappelle, on l'a porté à un moment, je dis si je suis pas, je suis tout mouillé et tout. Il s'est mis à pisser. [SPEAKER_00] Ah oui, il s'est pisser dessus. Moi, il m'a pisser sur la jambe, il a pisser sur tout le monde, mais il l'a même pas fait de manière volontaire. Il a peut être parce qu'il avait peur, j'en sais rien. [SPEAKER_01] Sais pas parce que là, on est passé dans un dans une dimension. Mais des gens comme ça, ils devraient pas se trouver en prison, mais dans un hôpital psychiatrique. [SPEAKER_00] Oui, je pense d'ailleurs, c'est là où il est parti par la suite. [SPEAKER_00] Il est parti en UMD mais [SPEAKER_00] après [SPEAKER_00] après c'est difficile pourquoi pourquoi il n'a pas été mis en hôpital psychiatrique parce que il y a des gens aussi qui sont [SPEAKER_00] moi j'ai vu des gens aussi se dégrader en prison il y des gens qui sont rentrés en prison [SPEAKER_00] pour des faits, [SPEAKER_00] moi je n'ai pas forcément d'exemples, mais [SPEAKER_00] des faits que je vais qualifier de de droit commun, des faits qui étaient graves. Et puis par contre, qui avaient qui avaient bon pied, bon oeil. Et puis, petit à petit, la prison les a, entre guillemets, rendus fous. Notamment un des membres du gang de Roubaix. [SPEAKER_00] Ouais, j'en ai connu un comme ça. Alors pas rendu fou, mais c'est un type qui est devenu dépressif. C'était un type qui avait un type qui était solide. [SPEAKER_00] Et puis, [SPEAKER_00] et puis, il s'est complètement alors [SPEAKER_00] mémoire, sous réserve, mais il me semble qu'il [SPEAKER_00] a eu une séparation avec sa femme ou quelque chose comme ça. Et derrière, il a sombré complètement, quoi. Et [SPEAKER_00] c'est quelqu'un qui, alors que [SPEAKER_00] il a eu une période où il est en forme, machin, n'y avait pas de soucis, voilà, il faisait sa prison, il faisait sa prison. Et puis un jour, voilà, il s'est passé quelque chose, il a un élément déclencheur, il a, il a craqué, je pense qu'il a fait tout simplement de la dépression. Et tout [SPEAKER_00] ce qui s'attrape en prison [SPEAKER_00] devient toujours plus grave. [SPEAKER_00] La petite dépression va devenir une grosse. [SPEAKER_00] Il y a beaucoup de choses comme ça. C'est la prison amplifie les choses. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] puis après, c'était un type, moi je l'ai vu pendant des mois [SPEAKER_00] marcher au radar quoi. Comment il prenait de cachets, il marchait un peu comme un zombie, [SPEAKER_00] il y avait très peu de communication. [SPEAKER_00] Après il n'y jamais eu de soucis majeurs avec lui, [SPEAKER_00] Mais voilà quoi, il avait, [SPEAKER_01] il était tombé quand même dans dans dans quelque chose de de compliqué quoi. Et toi de d'assister à des événements comme celui que tu viens de nous décrire, [SPEAKER_00] j'imagine que tu as des images, des odeurs qui restent parce que l'odeur du sang, là, par exemple. Alors les odeurs, ouais, les les images, moi, enfin personnellement, après, on ne réagit pas tous pareil, bien évidemment. [SPEAKER_00] Mais je je je me rappelle que [SPEAKER_00] ce soir-là, je suis rentré, je je sais pas à quelle heure je suis rentré chez moi en pleine nuit, machin. [SPEAKER_00] Il avaient laissé le [SPEAKER_00] la direction de l'époque avait laissé le le messe [SPEAKER_00] du personnel ouvert, l'endroit où on peut se restaurer, il y avait un petit bar. Je se cache pas qu'on était se poser là-bas, je ne pas, il était peut-être 3 heures, 3 heures et demie du matin, les gens qui étaient encore là. Et [SPEAKER_00] ouais, je pense que le 1er truc à 3 heures et demie du matin, les gens s'est mis quelques whiskys dans la gueule. [SPEAKER_00] Un, pour se détendre [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] 2, pour passer l'odeur. Enfin, en tout cas, moi, pour passer l'odeur. C'était quoi l'odeur L'odeur du sang. [SPEAKER_00] L'odeur du sang, [SPEAKER_00] après il s'est passé des heures, le sang ça coagule et ça prend une odeur, c'est très désagréable l'odeur du sang. Et même en ayant bu quelques verres machin, moi je me suis, [SPEAKER_00] à l'époque j'habitais à côté de la prison parce qu'il y avait des logements pour le personnel [SPEAKER_00] et donc je rentrais chez moi à pied et en fait, Thomas, je me suis déshabillé, [SPEAKER_00] j'ai jeté mon uniforme à la poubelle parce que j'avais du sang, j'avais tout sur mon uniforme [SPEAKER_00] et je suis rentré chez moi en caleçon parce que je n'avais pas envie de ramener ça chez moi quoi. Et arrivé chez moi, je sais qu'avant d'aller me coucher pour me reposer, alors ça m'a paradoxalement, [SPEAKER_00] ça ne m'a pas empêché de dormir. [SPEAKER_00] Mais par contre, cette odeur était restée. J'ai dû me laver les dents au moins 3 fois [SPEAKER_00] avant d'aller me coucher parce que l'odeur passait pas quoi. Dans la bouche, tu avais même l'odeur dans la bouche, dans [SPEAKER_00] le nez, ça restait. Je ne sais pas, j'avais une gêne. Alors après, il était peut être psychologique, je n'en sais rien quoi. Mais [SPEAKER_00] après bon, c'est [SPEAKER_00] comme ça, on croit qu'il y a des choses qui n'existent pas. Mais même quand on arrive sur la scène, [SPEAKER_00] en fait, on croit, on croit que c'est un film quoi. [SPEAKER_00] Il y a tellement de sang partout que on se dit mais c'est pas ouais c'est pas possible, il y a je [SPEAKER_00] vais pas dire qu'on cherche la caméra cachée mais on se pose un peu la question quoi, on sait que c'est vrai mais [SPEAKER_00] mais l'inconscient [SPEAKER_00] dit que c'est pas possible. [SPEAKER_01] Ce qui est difficile aussi, c'est que tu décris très bien que parfois, [SPEAKER_01] les surveillants sont responsables. [SPEAKER_01] Il y une autre scène que tu décris d'un détenu qui se fait attaquer dans le cou, qui s'est, qui se fait poignarder dans le cou [SPEAKER_01] et tu vas nous raconter. Et [SPEAKER_01] en fait, [SPEAKER_01] on a fini par te dire qu'il fallait que tu trouves une tenue propre, Enfin, je te laisse raconter l'histoire, mais je ne veux pas trop dévoiler en fait si tu veux l'histoire. [SPEAKER_00] Écoute, je me souviens très bien de cette histoire, mais [SPEAKER_00] si tu veux, on est dans le couloir [SPEAKER_00] du rez-de-chaussée d'un bâtiment. [SPEAKER_00] C'est le moment des, ce qu'on appelle les mouvements où les gens, ils peuvent passer de la cour de promenade [SPEAKER_00] à la salle de peinture, à la salle de sport, [SPEAKER_00] retourner à leur étage, et caetera. Il y a une espèce de petit quart d'heure américain [SPEAKER_00] où tout le monde peut circuler [SPEAKER_00] là où il veut et au bout d'un quart d'heure, referme tout, mais c'est vrai qu'à ce moment-là, il y a pas mal de surveillants qui circulent aussi dans les différents secteurs. [SPEAKER_00] Et moi j'étais avec, j'étais avec d'autres collègues, [SPEAKER_00] je crois qu'on était, on devait être 2 ou 3 [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] on voit un peu plus loin peut-être peut-être je ne pas 10, 15 mètres devant nous [SPEAKER_00] Un couloir très long [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] on voit un mec qui qui tombe contre le mur et puis qui s'affaisse. [SPEAKER_00] Et en fait, le mec vient de prendre un coup de pic en pleine gorge [SPEAKER_01] et en fait Mais c'est quoi comme pic C'est quoi Enfin, c'était un. [SPEAKER_00] Un truc [SPEAKER_00] qui était qui était souvent travaillé comme ça pour faire un beau pic, c'était des des anses de saut métalliques. [SPEAKER_00] On les redresse, [SPEAKER_00] on la met bien droite et puis après, on taille la longueur de de l'épée quoi, en fait, en quelque sorte. [SPEAKER_00] Et mais là, en l'occurrence, je pense que c'était plus fin. C'était plus fin, mais un bout de ferraille rond [SPEAKER_00] qui va être taillé en pointe et voilà, ça rentre tout seul, il n'y pas de souci. [SPEAKER_00] Et donc type s'affaisse et là, putain, on voit [SPEAKER_00] pleine [SPEAKER_00] gorge, un geyser, y du sens, ça gicle au moins à ça de, [SPEAKER_00] au moins, ouais, 50 centimètres. 50 centimètres, ouais. Alors, n'est pas un gros flux parce que le trou est tout petit, mais bon, enfin, mec, et puis c'est la gorge, Mais c'est la carotide qui est touchée. Non, non, non, parce que sinon, il serait mort. Va pas se réveiller. Sinon, il serait mort. Mais on voit, voit les Et puis, fait des giclées avec les battements de cœur et tout. Puis, on fait quoi et tout machin. Et puis, on n'a rien parce que c'est D'une part, on n'a rien pour intervenir à l'instant t. Et puis on n'avait pas des fois l'hiver, enfin c'est rien une écharpe, un machin qui traîne dans une poche, là c'est les beaux jours quoi, on est en on est en t-shirt quoi et [SPEAKER_00] et puis à un moment, je dis genre un peu foutre les mains dedans, enfin il y avait ma collègue qui avait commencé à mettre la main et tout puis ça ne suffisait pas la main quoi. C'était et donc j'ai enlevé par réflexe. Moi, j'ai enlevé mon mon polo, donc j'étais torse du au milieu du truc. Et puis je [SPEAKER_00] on vient comprimer [SPEAKER_00] comme on pouvait parce que on va pas faire un garrot, c'est la tête. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] puis bon, on a appelé, machin, puis bon, on a reçu bien sûr des projections [SPEAKER_00] de sang par la force des choses. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] puis bon, ça met un peu de temps. Alors, [SPEAKER_00] bon, moi, je m'agace un petit peu. J'ai dit, qu'est-ce qu'il fout le toubib Enfin bon, et puis c'est vrai que bon après voilà [SPEAKER_00] on vient quand même peut-être [SPEAKER_00] de sauver la vie de quelqu'un [SPEAKER_00] et puis [SPEAKER_00] moi je me balade alors c'est vrai ça n'arrive pas sur les gens qui se baladent torse nu au milieu de la prison quoi [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] puis à un moment, il y a quelqu'un de ma hiérarchie qui est arrivé et puis lui dire, voilà, putain super, [SPEAKER_00] tu es sauvé Et [SPEAKER_00] ouais, tu vas peut-être pas rester torse nu, il faudra peut-être trouver un t-shirt quoi. [SPEAKER_00] Mais [SPEAKER_00] je trouve que c'est [SPEAKER_00] Alors après, c'est pareil quand on est en dehors du truc, on arrive, peut-être qu'on n'a pas la bonne analyse, je veux pas non plus. Mais vous voyez, c'est des choses, [SPEAKER_00] on vient quand même de vivre un moment qui n'est [SPEAKER_00] pas dans le quotidien de tout le monde. Et [SPEAKER_00] qui n'est pas non plus, et heureusement, j'ai envie de dire, le quotidien de la prison. [SPEAKER_00] Mais [SPEAKER_00] voilà, il n'y a pas de Mais comment tu t'es senti quand [SPEAKER_01] ta hiérarchie, en tout cas cette personne te fait cette remarque-là, alors que tu as sauvé la vie du mec [SPEAKER_01] Écœuré. [SPEAKER_00] Écœuré, [SPEAKER_00] oui et non, parce que je me suis dit dans ma tête, je me suis dit, [SPEAKER_00] je savais que tu étais un gros con, mais je ne pensais pas à ce point quand même. Ne [SPEAKER_00] lui ai pas dit. [SPEAKER_00] J'ai pensé très fort. Il a peut-être entendu d'ailleurs. [SPEAKER_01] Il y un autre moment, tu vas me raconter où on te reproche d'avoir cassé les lunettes d'un détenu. [SPEAKER_00] C'était, oui, c'était, [SPEAKER_00] c'était mon 1er poste [SPEAKER_00] en banlieue lyonnaise. [SPEAKER_00] Et [SPEAKER_00] en fait, [SPEAKER_00] alors là, c'était en maison d'arrêt, donc on était plusieurs surveillants [SPEAKER_00] et il y avait une [SPEAKER_00] jeune surveillante qui venait d'arriver. Moi, je n'étais pas là depuis très longtemps, mais enfin un petit peu plus. [SPEAKER_00] Et puis, elle ouvre une cellule où en principe, il y avait 2 détenus. Et là, bon, il y en avait qu'un. Alors, je ne sais pas si c'est qui, exceptionnellement, il était tout seul ou l'autre était peut-être parti ailleurs, n'en sais rien. [SPEAKER_00] Et elle ouvre et puis elle m'appelle, moi j'étais [SPEAKER_00] j'étais au milieu du du couloir, je je je ne faisais rien. Elle m'appelle et elle me dit ouais, me dit tu peux venir, elle me je crois qu'il y a un problème. [SPEAKER_00] Et donc là, [SPEAKER_00] je [SPEAKER_00] rentre dans la cellule et je vois le type, [SPEAKER_00] il avait, il était allongé droit comme un lit sur son lit, [SPEAKER_00] serviette [SPEAKER_00] nouée autour du cou et un sac plastique sur la tête. [SPEAKER_00] Et le type, il ne bouge pas. [SPEAKER_00] Donc [SPEAKER_00] je dis, ouais ouais, y un problème, il est en train de se suicider quoi. Et donc là, bon, j'arrive, 1re des choses, je je ne sais pas quoi moi, est-ce que le mec, la 1re des choses déjà enlève le sac plastique [SPEAKER_00] Et en fait, moment où est-ce que le type ne bouge pas d'un poil, je lui dis, peut-être qu'il est mort quoi. [SPEAKER_00] Et là je j'enlève le le sac plastique [SPEAKER_00] et au moment où je veux enlever le sac plastique, il me prend la main et non en fait je pense qu'il venait juste de le faire quoi et il a même bon pied bon oeil et puis là non non laissez-moi je veux mourir machin et puis je dis non non il n'y pas de voilà non on va pas laisser le mec donc je j'arrache un peu plus fort puis bon à l'époque moi j'avais [SPEAKER_00] je sais pas j'avais j'avais 24 ans 24 25 ans le type il devait en avoir [SPEAKER_00] une soixantaine voilà puis bon il n'était [SPEAKER_00] pas épais, n'était pas équipé pour, il faisait pas la maille, on va dire. Et [SPEAKER_00] cependant, [SPEAKER_00] il se lève et puis là, il commence à se jeter sur moi [SPEAKER_00] et à [SPEAKER_00] m'étrangler, [SPEAKER_00] mais à m'étrangler, [SPEAKER_00] me griffer et tout ça. [SPEAKER_00] En quelque sorte, enfin voilà, je veux dire, le type, fait [SPEAKER_00] le tiers de mon physique. [SPEAKER_00] Et en fait, je ne m'énerve même pas quoi. Je lui dis, mais dis écoute, lâche-moi parce que tu vas avoir un souci là. [SPEAKER_00] Et je sens bon il commence à planter machin les ongles. [SPEAKER_01] Dans ton cou quoi [SPEAKER_00] donc ça je mets une tartine quoi ça me semble complètement logique quoi et puis après mon maîtrise au sol et puis après bon voilà il y des gens qui sont arrivés et tout. [SPEAKER_00] Il n'a pas été [SPEAKER_00] il n'a pas été mis au mitard parce que on [SPEAKER_00] passe d'une tentative de suicide à une agression surpersonnelle. [SPEAKER_01] Oui voilà. [SPEAKER_00] Il n'a pas été mis au mitard alors je peux l'entendre parce que [SPEAKER_00] il y a [SPEAKER_00] le mitard, le mitard en prison, c'est un lieu où il y beaucoup de suicides. Alors bon, le type vient d'essayer de se suicider, on va pas en plus l'inciter à aller dans le truc. Ça, à la rigueur, je peux le comprendre quoi. [SPEAKER_00] Mais par contre, derrière, moi, je suis appelé, alors j'ai des traces de griffures partout dans le cou et tout. [SPEAKER_00] Et je suis appelé effectivement [SPEAKER_00] peut-être une heure après, je suis relevé de mon poste et [SPEAKER_00] je me dis, vous dites quoi ok chez le directeur, ouais ok j'y vais, [SPEAKER_00] et je me dis, ouais bah le directeur m'appelle pour voir comment ça va machin, [SPEAKER_00] non non. [SPEAKER_00] Vous pouvez m'expliquer pourquoi les lunettes du détenu sont cassées [SPEAKER_00] Mais je dis, mais vous foutez de ma gueule ou quoi [SPEAKER_00] Et je dis, regardez mon coup là, [SPEAKER_00] c'est moi qui est, [SPEAKER_00] ouais, mais quand même, [SPEAKER_00] il n'y avait pas besoin, mais il a pas besoin, vous étiez dans votre bureau. Qu'est-ce que vous me dites, il n'y avait pas besoin C'est vous qui vous êtes fait sauter dessus Enfin, je n'en faisais pas une sinécure, n'était pas l'affaire du siècle. [SPEAKER_00] Mais mais par contre, [SPEAKER_00] ça commence pour moi à devenir l'affaire du siècle à partir du moment où on vient me demander des comptes, ouais, les lunettes du détenu sont cassées. [SPEAKER_01] Alors que tu l'as empêché de se suicider et qu'il t'a Et Et [SPEAKER_00] et en fait, en fait, tu vois, moi, à la fin, [SPEAKER_00] je m'en vais, je m'en vais parce que j'en ai marre de l'administration. Je m'en vais pas parce que j'en ai marre des voyous, je m'en vais parce que j'en ai marre de l'administration. [SPEAKER_00] Mais il y a eu plein de petits trucs comme ça. En fait, as écrit [SPEAKER_01] dans ce livre, attends une phrase que je cherche sur mes fiches. [SPEAKER_01] Je crois que c'est la prison est au bord de la crise de nerfs. [SPEAKER_01] C'est ça que tu as écrit. [SPEAKER_00] Ouais, [SPEAKER_00] mais oui, mais des fois, c'est on en est là quoi. Mais [SPEAKER_00] mais la crise de nerfs, on sait que [SPEAKER_00] voilà les gens qu'on garde. [SPEAKER_00] Alors oui, des fois, on entend [SPEAKER_00] les prisons, [SPEAKER_00] c'est devenu des camps de vacances. [SPEAKER_00] Alors [SPEAKER_00] ouais quand je vois par exemple des, [SPEAKER_00] quand j'avais vu à la télé j'y étais pas mais les karting qui viennent à Fresnes machin enfin ça je trouve pas ça ça [SPEAKER_00] je trouve pas ça bien mais après il faut aussi qu'il y quand même des choses quand un type il est là pendant 30 ans si pendant 30 ans on le renferme on jette la clé [SPEAKER_00] s'il ressort c'est un animal [SPEAKER_00] à un moment faut quand même qu'il ait des choses de mise en place et caetera [SPEAKER_00] Mais c'est pas non plus des camps de vacances. Un type, il peut péter les plombs en prison quoi. C'est quoi les pires violences en prison C'est les [SPEAKER_01] les suicides de détenus [SPEAKER_01] C'est les pointeurs C'est les violences sexuelles [SPEAKER_00] c'est quoi Des gens qui sont incarcérés Ouais. [SPEAKER_00] Je pense que les affaires demeurent, c'est [SPEAKER_00] dégueulasse quoi, [SPEAKER_00] c'est dégueulasse et puis [SPEAKER_00] puis en plus [SPEAKER_00] voilà il y en a on le voit bien dans leur comportement [SPEAKER_00] du quotidien. Et là, je ne pas parler d'un aspect de violence sexuelle. [SPEAKER_00] On voit le type dans sa manière d'être [SPEAKER_00] que c'est un pervers. [SPEAKER_01] C'est un pervers [SPEAKER_00] parce qu'il va toujours être, il va toujours être nihileux, il va toujours être gentil, il va toujours être, il va toujours chercher à être lisse, [SPEAKER_00] toujours chercher. On s'approche pour les petits enfants là. Pareil, [SPEAKER_00] ils font pareil en prison en fait, ils font pareil en prison. [SPEAKER_00] Moi je préfère, [SPEAKER_00] voilà, vais voir un type et puis il y avait un problème et puis oh pardon surveillant, [SPEAKER_00] ça se reproduira pas, voilà. Et je préfère, [SPEAKER_00] je préfère aller voir [SPEAKER_00] un braqueur, je vais lui dire la même remarque, elle veut dire, c'est bon, tu ne pas faire chier tes conneries, [SPEAKER_00] tu nous emmerdes, machin. [SPEAKER_00] Mais je préfère ça, quoi. D'abord, j'ai l'impression d'avoir un humain en face de moi parce que je vais à l'encontre de ce qu'il souhaite. [SPEAKER_00] Donc voilà, [SPEAKER_00] ça l'agace. Mais l'autre non, je vais à l'encontre de ce qu'il souhaite. Mais vous avez raison, je n'aurais pas dû être. Et c'est que ça quoi. Ces gens là, ils sont, ils sont détestables. C'est quoi le plus dur à vivre pour un maton, pour un surveillant en prison [SPEAKER_00] Le plus dur, c'est de, des fois, on a l'impression en fait d'être en prison quoi. [SPEAKER_00] Et là, je parle même pas [SPEAKER_00] ce qui se passe autour ni de la de la hiérarchie ni des détenus et caetera, mais on passe quand même énormément de temps [SPEAKER_00] à l'intérieur. [SPEAKER_00] On passe énormément de temps à l'intérieur. Moi j'ai connu des périodes où on travaillait en en 13 heures. [SPEAKER_00] Des fois, on faisait 3 journées de 13 heures d'affilée. [SPEAKER_00] 7 heures, 20 heures, quand on fait 7 heures, 20 heures, 3 jours de suite, quand on sort du boulot, on rentre à la maison, on prend la douche, on dîne et on dort. [SPEAKER_00] Et en fait, on est presque tout le temps à l'intérieur, quoi. Et des fois, c'est [SPEAKER_01] ouais, des fois, c'est fatigant, quoi. Il y a aussi dans ton livre, j'y fais beaucoup référence parce que franchement, je le recommande. Il fabuleux, mais [SPEAKER_01] c'est un petit pas de côté. Mais tu expliques que les surveillants, ils ont toujours un peu de tabac [SPEAKER_01] parce qu'en fin de mois, il y a des mecs qui en ont plus [SPEAKER_01] et tu leur file un peu de tabac. Et peut être que ça évite aussi une émeute, un débordement. Alors c'est un petit pas de côté, tu vois, mais ça, ça m'inspire. C'est devenu, c'est devenu plus compliqué parce qu'en fait, [SPEAKER_00] je t'explique le tabac d'où ils venaient, les surveillants ils n'achètent pas du tabac pour distribuer aux détenus. [SPEAKER_00] Il y a ce qu'on appelle l'indigence en prison, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas de travail, [SPEAKER_00] qui ne reçoivent pas de mandat de leur famille, qui n'ont pas un centime. [SPEAKER_00] Et pendant longtemps l'indigence presque tous les détenus fument en prison presque tout le monde fume [SPEAKER_00] donc dans le il y avait un petit colis d'indigence et dans l'indigence [SPEAKER_00] et paquet de tabac [SPEAKER_00] Donc des fois nous on en gardait un ou 2 de côté et puis on dépannait, ça permettait de dépanner un peu en fin de mois [SPEAKER_00] même un type qui travaillait bon [SPEAKER_00] il avait été malade alors ils n'ont pas de, ils n'ont pas de, comment dire, ils n'ont pas d'indemnités de la sécu, s'ils ne vont pas travailler, il n'y pas d'argent. Donc le type a été malade, ça peut arriver. [SPEAKER_00] Et puis parce qu'il y en a qui géraient [SPEAKER_00] leur petit budget quoi. Et puis le type, il n'a plus de tabac à la fin du mois. Bon, non, un petit peu. Mais par contre, ils rendent. [SPEAKER_00] Moi, quand je [SPEAKER_00] faisais ça, [SPEAKER_00] j'avais, j'avais un cahier en tant que responsable [SPEAKER_00] de bâtiment ou adjoint de bâtiment. J'avais un cahier, [SPEAKER_00] hop, je mettais tel jour, [SPEAKER_00] j'ai donné un paquet de tabac à un tel. [SPEAKER_00] Et puis le mec, quand il avait la paye, et 9 fois sur 10, les types étaient réglos. Ah ouais, c'est vrai. Quand quand il touchait la paye, hop, il commandait 3 paquets de tabac, [SPEAKER_00] il venait me voir et je préférais faire ça. Je pouvais aussi dire, moi, le récupère directement. [SPEAKER_00] Non, je préférais qu'il y ait cette démarche, justement. [SPEAKER_00] Je t'ai dépanné, tu viens, les chefs, c'est le paquet de tabac, vous m'avez dépanné il y 10 jours, ok. Donc je rayais sur le cahier où je m'étais rendu telle date, machin, et caetera quoi, c'était pas. Est-ce qu'il faut être un peu filou aussi pour réussir à gérer les détenus [SPEAKER_00] Bien sûr, [SPEAKER_00] mais c'est ça, moi, c'est ce que j'ai aimé dans mon travail. Alors après, c'est pareil, en face, les gens qui sont incarcérés, [SPEAKER_00] ils ont des années d'expérience, c'est les malins aussi, quoi. Ouais. Mais après, c'était voilà, quand je dis ouais, être un peu filou, bon, il y des choses qui sont interdites, on essaye de. [SPEAKER_01] T'as pas un exemple de filouterie pour obtenir un truc [SPEAKER_00] Non, après, tu vois, c'est genre, je sais rien. Tu tu tu sais, moi, j'ai eu une info machin par par [SPEAKER_00] un autre voyou souvent. [SPEAKER_00] Une fois j'ai dit à un détenu, [SPEAKER_00] il me dit, mais comment tu as fait encore pour trouver ce truc-là et tout Et [SPEAKER_00] je lui dis, tant que chez vous il y aura encore des balances, on aura toujours un coup d'avance. [SPEAKER_00] C'est la réalité. Le slowing, la réalité. Ouais, non, mais voilà, mais c'était et [SPEAKER_00] et en fait, bon, j'en sais rien. Le le le type, [SPEAKER_00] le type, je sais que voilà, on m'a donné l'info, il a il a un téléphone portable, a un petit cache avec du fit machin et tout [SPEAKER_00] et [SPEAKER_00] et on y va et on le tape mais moi ce que j'aimais c'est pas [SPEAKER_00] tu vois le le le truc tu peux il y a des fouilles de cellules des fois le type il est sorti de sa cellule [SPEAKER_00] on retourne sa cellule elle est un peu retournée du sol au plafond tout est contrôlé machin et tout tu vois [SPEAKER_00] et des fois tu trouves quelque chose et des fois tu trouves rien parce que c'est ce qu'on appelle des fouilles de sécurité qui arrivent régulièrement etc. [SPEAKER_00] Mais moi ce que moi ce que j'étais ce que je trouvais [SPEAKER_00] dans la filouterie c'est quoi c'est c'est dire voilà tu vois mec je suis pas venu par hasard c'est-à-dire que je rentre dans ta cellule je foule pas ta cellule [SPEAKER_00] je vais à un endroit bien précis et je trouve ce que je suis venu chercher. Je trouve du shit voilà je trouve une merde. Et là et là parce que tu tu fouilles [SPEAKER_00] tu fouilles bon voilà tu fouilles un peu des fois au hasard, des fois c'est pas au hasard mais des fois c'est au hasard mais je je trouvais [SPEAKER_00] je trouvais et et quand tu avais des types en face parce qu'il y en a beaucoup qui sont aussi bons princes, [SPEAKER_00] Je rentrais dans un endroit, ça m'est arrivé et hop je trouve un peu de cheat machin mais je vais à un endroit très précis dans une cellule qui est super encombrée. Pourquoi je vais à cet endroit là [SPEAKER_00] Et là le mec me regarde en rigolant et il me dit ça [SPEAKER_00] tu vas bien baiser quoi. [SPEAKER_00] Tu vas bien baiser. Et après, [SPEAKER_00] ça arrivait aussi dans l'autre sens où des fois, j'étais un peu sur les côtes d'un mec et tout ça. Et puis, [SPEAKER_00] et puis bon, [SPEAKER_00] ratais mon coup quoi. Je ratais mon coup, alors le mec passe son sourire. [SPEAKER_00] Il dit une histoire qui a marqué aujourd'hui. Mais [SPEAKER_00] voilà, puis je rigolais quoi. Parce que bon, s'il prend comme ça, je vais te raconter une anecdote, je je sais même pas si elle est dans le livre. Je sais même pas si elle est dans le livre, mais elle me vient à l'esprit, tu vois. Il y avait un un détenu [SPEAKER_00] qui était condamné à perpétuité, on l'appelait, [SPEAKER_00] il était surnommé Jésus. Il était surnommé Jésus parce qu'il était toujours habillé, tu vois, tenu un peu en lin blanc, [SPEAKER_00] la grande barbe, [SPEAKER_00] un certain âge, [SPEAKER_00] un type un peu un peu perché, mais pas [SPEAKER_00] pas chiant au demeurant. Je ne même pas ce qu'il avait fait, enfin, me semble qu'il était condamné à perpétuité, mais je je ne sais même pas si j'ai su ce qu'il avait fait, ce mec. [SPEAKER_00] Et un jour, qu'il n'était pas habitué de de de problèmes disciplinaires, [SPEAKER_00] il se retrouve en commission de discipline. Le [SPEAKER_00] motif pareil, je m'en rappelle pas parce que ce n'est pas le l'intérêt de la chose. [SPEAKER_00] Là, fait quelque chose qui peut paraître [SPEAKER_00] surprenant pareil. [SPEAKER_00] Il avait décidé qu'il ne parlerait pas en commission de discipline, donc pour être sûr de ne pas parler en commission de discipline, [SPEAKER_00] avec du fil et une aiguille, il s'était cousu la bouche. [SPEAKER_00] Donc il est arrivé, il a été cousu l'intérieur de la bouche, il a essayé de dire Quelle horreur. [SPEAKER_00] Tu imagines le truc quoi, enfin c'est c'est. [SPEAKER_00] Et donc là, il est en commission de, puis bon quand il est venu pour pour aller sur la commission de discipline, il s'est cousu la bouche, machin [SPEAKER_00] Et puis là, s'engage [SPEAKER_00] s'engage une discussion. [SPEAKER_00] Et puis [SPEAKER_00] le, [SPEAKER_00] il y avait un chef, il y avait un personnel de Ouais, non, [SPEAKER_00] Je suis en train de visualiser ce que je dis une discussion, c'est que si tu veux, il y avait il y avait un chef, y avait une [SPEAKER_00] directrice directrice adjointe, je ne plus, qui qui essaye de le le raisonner en lui disant, écoutez monsieur monsieur, il faut faut aller infirmerie. [SPEAKER_00] Bon voilà, il faut enlever ça. [SPEAKER_00] Ils vont vous faire ça proprement machin etc les infirmières [SPEAKER_00] et le mec qui veut recevoir [SPEAKER_00] donc là bon on fait comment et puis je te parle de ça là je te la version courte ça a duré être un quart d'heure une heure [SPEAKER_00] Dingue. Puis à un moment, [SPEAKER_00] un moment, dis à mon chef, [SPEAKER_00] je voulais que j'essaye de lui parler et tout, je connaissais bien le mec quoi, je voulais que j'essaye de lui parler, il me dit bah [SPEAKER_00] ouais enfin il dit tu vas faire quoi de plus [SPEAKER_00] Je dis, est-ce que je, est-ce que vous m'autorisez Il me dit, ouais, ouais, pas de problème. [SPEAKER_00] Et là, j'ai [SPEAKER_00] simplement été lui parler à l'oreille. Tu lui as dit quoi 3 secondes. [SPEAKER_00] Il a regardé, il a fait, [SPEAKER_00] je dis c'est bon, il va à l'infirmerie, il va les enlever. Et là, putain, m'ont regardé. Et [SPEAKER_00] ils m'ont toujours dit, mais qu'est-ce que tu lui as dit Allez, je dis un secret professionnel, enfin tu vois, machin, alors moi je vais te dire ce que je lui ai dit. Tu lui as dit quoi J'écoute, [SPEAKER_00] c'est une plante qu'on est là, tu fais chier tout le monde avec ton truc. Alors, tu as 2 options, vois. Soit tu descends avec moi à l'infirmerie et l'infirmière va t'enlever le truc bien, soit que je te promets qu'avec ma main droite, je vais tellement t'écraser les couilles que les fonds, je dois tellement hurler que les poignets vont tous sauter quoi. [SPEAKER_00] Et et voilà, [SPEAKER_00] bluff, [SPEAKER_00] Je dis j'aurais pas touché. [SPEAKER_01] Mais voilà, s'est dit putain, ce con, il va le faire. [SPEAKER_00] Donc il m'a dit tu [SPEAKER_00] vois, c'est, [SPEAKER_00] mais c'est des histoires. Tu vois déjà le début du truc, des histoires qui n'existent pas, le mec, c'est cousu la bouche Mais [SPEAKER_01] tu n'as vécu que des histoires qui n'existent pas comme tu dis, c'est c'est fou. Mais mais mais le truc, c'est que si tu veux aujourd'hui, je [SPEAKER_00] sais ce ce livre, il ne va pas plaire à tout le monde, je vais peut-être prendre des coups, je vais peut-être, [SPEAKER_00] mais je suis content de l'avoir fait parce que [SPEAKER_00] c'est presque tous les surveillants qui vivent ça. Bien sûr, bien sûr. Sauf que les surveillants, on ne les entend jamais parce qu'il y le droit de réserve, on n'a pas droit à la parole publique. [SPEAKER_01] C'est très, très rare. [SPEAKER_00] Parce que moi, j'ai démissionné et aujourd'hui, je ne suis plus soumis à ça. J'ai [SPEAKER_01] le droit de m'exprimer. Il y a quelque chose de fondamental dont tu parles, c'est la corruption. Tu racontes qu'une fois, tu as été approché [SPEAKER_01] par une proche d'un détenu. Tu es au supermarché. [SPEAKER_01] Et qu'est-ce qu'elle va te dire cette femme [SPEAKER_00] Elle me dit bonjour très gentiment, mais chez moi aussi d'ailleurs, je réponds, a des gens courtois. [SPEAKER_00] Et j'étais j'étais avec mes enfants qui étaient qui étaient petits à l'époque. Et puis c'est vos enfants et tout ça. Je dis ouais, [SPEAKER_00] qu'est-ce qu'ils ont l'air gentils. [SPEAKER_01] Et là, tu sais que c'est une proche de détenu. [SPEAKER_00] Ah ben je je sais, parce que c'est quelqu'un que je croise au parloir quoi. C'est pour ça qu'on se dit bonjour d'ailleurs, parce que sinon je l'aurais pas connu. Et elle me dit, oh, elle me dit, sois adorable. Elle dit, va rentrer, c'était dans le hall du magasin. Elle me dit, on va rentrer, je vais leur faire un petit cadeau. Elle dit, je vais leur acheter chacun un iPad, tu vois. Je [SPEAKER_00] dis non, non, ça va aller quoi C'est Mais tu vois, [SPEAKER_00] ce [SPEAKER_00] On peut tenter de toutes les manières. [SPEAKER_00] C'est fréquent la [SPEAKER_01] corruption en prison [SPEAKER_01] C'est quotidien Quotidien, [SPEAKER_00] non, non, [SPEAKER_00] je n'irai pas jusque là, [SPEAKER_00] mais ça existe. On ne peut pas l'éradiquer, [SPEAKER_00] mais on peut la limiter, [SPEAKER_00] on peut la limiter. Il y a un truc, moi, j'ai décidé d'être sans filtre et il y un truc aussi, [SPEAKER_00] il y des avocats qui rendent des choses en prison aussi. Ils n'ont pas le droit non plus. Ils n'ont pas le droit non plus et ça existe. J'ai envie de dire après, [SPEAKER_00] l'alcool et le téléphone, c'est interdit en prison, ce n'est pas illégal dans le pays. [SPEAKER_00] Le seul truc qui est illégal, c'est les shit. [SPEAKER_00] Le téléphone, mais en fait, [SPEAKER_00] le téléphone, [SPEAKER_00] c'est un problème. Évidemment. [SPEAKER_00] A eu malheureusement Alors, [SPEAKER_00] il y a 9 téléphones sur 10, [SPEAKER_00] le mec la nuit, il prend le téléphone pour appeler sa chérie, machin, pour appeler maman, pour appeler [SPEAKER_00] son frère, il y en a sûrement 8 ou 9 sur 10 qui servent à ça quoi. Et j'ai envie de dire c'est pas grave, [SPEAKER_00] c'est pas grave. Mais il y en a quelques-uns, ils servent à autre chose. À quoi Ils servent par exemple, est-ce que tu crois que [SPEAKER_00] l'affaire qui a défrayé la chronique où 2 de mes anciens collègues ont été abattus, [SPEAKER_00] l'évasion de Amra, est-ce que tu crois qu'elle est aussi bien huilée, aussi bien organisée si Amra, il n'a pas de téléphone [SPEAKER_00] Moi, j'en doute fortement. [SPEAKER_01] J'en doute fortement, quoi. Comment tu t'es senti la 1re fois que tu es rentré dans une prison Les odeurs, le bruit, et caetera. Qu'est-ce que tu as senti [SPEAKER_01] la dernière fois [SPEAKER_01] que tu as mis les pieds dans une prison [SPEAKER_00] Alors je te dirais, n'est pas, pas en fait la dernière fois où j'ai mis les pieds dans une prison. [SPEAKER_00] C'est quelques mois plus tard parce que le 14 mars [SPEAKER_00] 2019, [SPEAKER_00] j'ai claqué la porte. [SPEAKER_00] Je n'avais pas prémédité. [SPEAKER_00] Donc en fait, le 14 mars, quand je passe la porte, je reviens pas, je ne sais pas encore ce que je vais faire. [SPEAKER_00] Donc je me suis mis en arrêt de travail, je suis mis en arrêt de travail, j'ai été en arrêt de travail pendant 6 mois, [SPEAKER_00] le temps de, [SPEAKER_00] d'une part de de récupérer parce que tu vois pour te dire, [SPEAKER_00] bon ça va, j'étais encore, [SPEAKER_00] je me suis refait un peu là tu vois mais [SPEAKER_00] dans les 2 mois et demi qui ont suivi le 14 mars j'ai perdu 20 kilos. Waouh ah ouais. [SPEAKER_00] Ça m'a un peu abîmé la gueule quand même tu vois. Mais [SPEAKER_00] après, il a fallu que je travaille mon projet, et caetera. [SPEAKER_00] Et j'ai démissionné. [SPEAKER_01] Ça te manque pas la prison [SPEAKER_00] Non. [SPEAKER_00] Non, franchement, ça ne manque pas quoi. J'ai vu des voyous être libérés après 20, 30 ans de placard. [SPEAKER_00] J'avais l'impression qu'on venait de m'ouvrir la porte et que je venais d'être libéré quoi. [SPEAKER_01] Tu vois, c'est comme ça que je l'ai ressenti quoi. On arrive à la fin de cet entretien. J'aime bien demander aux gens qui sont à ta place [SPEAKER_01] un petit mot de la fin. Au vu de tout ce qu'on s'est dit [SPEAKER_01] de ce métier hors du commun que tu as exercé pendant plus de 20 ans, [SPEAKER_01] de ces terroristes, [SPEAKER_01] ces voyous, ces tueurs en série que tu as côtoyé, [SPEAKER_01] toi, tu as le sentiment de t'abimer et en même temps, tu as rencontré des gens extraordinaires. On l'a compris, c'est toute l'ambivalence [SPEAKER_01] de ce que tu as vécu. Qu'est-ce que tu as envie de dire pour conclure aux gens qui nous regardent, qui nous écoutent [SPEAKER_00] Ce que j'aimerais, c'est que [SPEAKER_00] ce livre, moi, après, il a une teneur personnelle pour moi. [SPEAKER_00] Mais j'aimerais qu'il [SPEAKER_00] fasse [SPEAKER_00] un peu bouger les lignes [SPEAKER_00] et peut-être [SPEAKER_00] améliorer le système. [SPEAKER_00] Et quand je dis améliorer le système, c'est [SPEAKER_00] améliorer [SPEAKER_00] la [SPEAKER_00] qualité [SPEAKER_00] vie des surveillants [SPEAKER_00] et améliorer aussi la qualité de vie des détenus. Et je pense que pour améliorer la qualité de vie, la 1re des choses, [SPEAKER_00] c'est de garder à l'esprit qu'en prison, c'est des hommes qui gardent des hommes, [SPEAKER_00] que le centre d'intérêt [SPEAKER_00] de tout ça, ça reste de l'humanité. Quand bien même les types, ils ont commis des trucs ignobles. [SPEAKER_00] Il faut garder une part d'humanité [SPEAKER_00] et aujourd'hui, [SPEAKER_00] on vit dans un monde [SPEAKER_00] où l'humanité a disparu. On passe notre temps à faire des statistiques, machin, et caetera. Et finalement, aujourd'hui, [SPEAKER_00] les matons sur le terrain, alors je caricature un petit peu, mais les matons sur le terrain et les voyous dans les cellules, c'est devenu des chiffres et des numéros. On [SPEAKER_00] a oublié que c'était simplement des êtres humains, quoi. Et ça, je trouve que c'est important. Et [SPEAKER_00] je dirais voilà moi le la sortie du livre [SPEAKER_00] voilà j'avais j'avais besoin de le faire c'était important pour moi et [SPEAKER_00] si en plus [SPEAKER_00] il peut servir à améliorer la situation [SPEAKER_00] des gens qui vivent dans le monde carcéral des [SPEAKER_00] directeurs jusque jusqu'aux détenus en passant par les surveillants [SPEAKER_01] alors là je me dirais ouais c'est une réussite. Merci Sébastien Piteau il faut replacer l'humain tu l'as dit au coeur des prisons. Je remonte ton ton livre, je me penche, [SPEAKER_01] d'un maton, la vérité sur la corruption au coeur des prisons, ça c'est chez Fayard. [SPEAKER_01] Vraiment c'est un livre que je recommande parce qu'il y a plein d'anecdotes, [SPEAKER_01] tu en as évoqué un peu ici, pas toutes, tu nous as même raconté les anecdotes que tu n'as pas mis dans le bouquin. Donc c'est pour ça qu'il faut nous écouter chez tous Wonder. En tout cas, merci, [SPEAKER_01] merci à toi. Aujourd'hui, as une nouvelle vie, [SPEAKER_01] loin des prisons et tu reviens quand tu veux pour nous parler de la suite en tout cas. Ecoute avec plaisir. Merci à vous [SPEAKER_01] pour votre fidélité et tous c'est tous les mardis et je vous dis à la semaine prochaine salut.
Points clés
- Sébastien Pitot a exercé comme surveillant de prison pendant plus de 20 ans.
- Il est l'auteur du livre 'Journal d'un maton, la vérité sur la corruption au cœur des prisons'.
- Il a travaillé dans les établissements pénitentiaires les plus difficiles de France.
- Son témoignage porte sur la violence, la corruption et l'impact psychologique du métier.
- Il a personnellement côtoyé des criminels célèbres comme Jean-Claude Romand.
À éviter
❌ Imaginer que tous les criminels violents ont une apparence menaçante.
✅ L'expérience de Sébastien Pitot montre que de nombreux criminels, y compris des tueurs en série comme Jean-Claude Romand ou Marcel Barbeau, peuvent avoir une apparence banale et même sympathique, ce qui rend le contact d'autant plus troublant.
❌ Penser que les surveillants sont insensibles à l'environnement carcéral.
✅ Sébastien Pitot décrit le lourd tribut psychologique du métier, l'usure émotionnelle et le sentiment d'être soi-même emprisonné, qui l'ont finalement poussé à démissionner.
❌ Croire que la prison est un monde sans aucune humanité.
✅ Bien que l'environnement soit ultra-violent, il le qualifie aussi de 'passionnant' en raison des personnes qu'on y rencontre, soulignant la complexité des relations humaines qui s'y nouent, même dans les pires conditions.
Glossaire
- Maton
- Terme argotique et courant désignant un surveillant de prison. Bien que parfois perçu comme péjoratif, il est souvent utilisé par les professionnels eux-mêmes.
- Jean-Claude Romand
- Criminel français célèbre pour avoir menti pendant 18 ans sur sa profession de médecin chercheur à l'OMS avant d'assassiner sa femme, ses enfants et ses parents en 1993.
- Marcel Barbeau
- Tueur en série français, surnommé 'Le routard du crime', condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour plusieurs meurtres commis dans les années 1970 et 1990.
- Point de bascule
- Moment clé dans la vie d'une personne où une décision ou un événement provoque un changement radical de trajectoire, de perspective ou de mode de vie.
Conclusion
Le témoignage de Sébastien Pitot est plus qu'un récit de guerre. C'est un appel à regarder la prison en face, non pas comme un monde lointain, mais comme le reflet de nos propres failles sociétales. En partageant sa vérité, il espère non seulement panser ses propres blessures, mais aussi, peut-être, faire 'bouger les lignes' d'un système qui a besoin de lumière.

